TENUES A DES ÉPOQUES INDËTERMINÉES
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CéraDooies k CouroBnemenl et de la Consécration du souTerain Pontife.
A pdne le Cardinal élu Pape (1) a-t-il donné son consentement^ qu'A est revêtu des insignes de sa nonvelle dignité (2) , et qnll reçoit^ dans le lien même où l'élection vient d'être faite ^ la premi^ adoration (3) des Cardinaux , qui baisent la main et les pieds du Pape "*". On ouvre les portes du conclave. Lorsque le nouveau Pontife était élu au Vatican , il se i^ndait dans la chapeOe Sixtine pour j recevoir la seconde adoration. Les conclaves ayant lieu maintenant au palais Quirinal^ il se rend au Vatican , suivi du cortège que nous avons décrit sous le nom de demifubUcy le même jour de Féiection ou le suivant , comme Font pratiqué Pie VIII en 1829, et Grégoire XVI en 1831 , pour j recevoir cette seconde adoration. Les Cardinaux même en Carême et en Avent, revêtus de la soutane rouge, précèdent le Pape dans la chapelle Sixtine, où ils se sont rendus en cortège de gala. Avant d'y entrer, ils prennent dans la salle Royale leur manteau de la même couleur. Le tableau de Fautel rejurésentait anciennement Jégm-Christ donnant les clefs à saint Pierre; celui qu'on lui a substitué aujourd'hui représente le Sauveur ordonnant
* On verra plus bas les rares drcoDStanoes où les Cardinaux , qui ne baisent que la main ou Fanneau du Pontife, baisent cependant quelquefois ses pieds.
( 78 ) ^ à ses Apôtres la prédication de V évangile. Le dais de Fautel^ ou baldaquin^ est en velours cramoi^, à galons et franges d'or^ et orné des armes du nouveau Pape; celui du trAne est en tout semblable; la housse du fauteuil ponti&al et le doarier sont d'étoffe de moire, lamée d'argent, à fleurs d'or; le devant d'autd est en moire d'argent.
Le Pape, arrivé dans la petite salle des Paremens, prend la mitre d'or et la chape d'argent, et, précédé des Prélats et dignitaires de sa maison qui ont rang aux Chapelles , il se rend à la Sixtine, où, après avoir prié brièvement sur les marches de Tautel , il reçoit, assis sur un coussin au milieu de Fautel, la deoiième adoration des Cardinaux. Après cette cérémonie , le Pontife est porté sur la sedia dans la basilique de Saint-Pierre , pour y recevoir la troisième adoration des Cardinaux , accompagné de tous les Prélats et dignitaires de sa maison et de la cour pontificale. Des hautes-contres de la Chapelle papale entonnent Fantienne Ecce Saeérdos magnus; le chœur répond : Qui in diebus stUs^ete. On répète cette antienne jusqu'à ce que le Pape ayant traversé la salle Royale et descendu l'escalier Royal, soit arrivé processioiinellement devant l'autel du Saint-Sacrement, où il descend delà sedia pour Fadorer, après avoir été reçu sous le portique par le chapitre de la basilique Vaticane : on chante alors Fantienne Tu es Petrus. Après avoir fait une courte prière, à genoux sur son prie-dieu, remontant sur la sedia^ il est porté devant Fautel de la Chaire de saint Pierre, faisant face au grand autel de la Confession. Sa Sainteté descend de la sediàj prie de nouveau à genoux sur le marchepied, et s'asseyant ensuite sur un coi;Bsin au milieu de cet autel, il reçoit la troisième adoration des Cardinaux , qui vont la lui rendre en manteau traînant et la barrette à la main. Aussitôt que le Cardinal-Doyen , qui va le premier à ïadoration^ a rendu son obédience , et pendant que les autres Cardinaux rendent la leur, il se place du côté de Fépttre, et entonne le Te Deunij qui est continué par les Chantres pontificaux, jusqu'à ce que le Pape ait reçu la troisième adoration de tout le
( 79 ) Sacré-Gollége. Après le caDtiqne d^action de grâces^ le même Cardinal-Doyen entonne le Pater noster, et le verset Sahum foc ienmm Itium^ avec les versets ordinaires : le ehœur répond , et le Pontife, sans mitre, assis sur l'autel, commence le verset SU noimen Dommi benediciumj et bénit ensuite , debout , solennetkment le peuple pour la première fois. Remontant sur la sedia^ accompagné et précédé du même cortège , il quitte la chape et la mitre dans la chapelle de la Pitié , la première à droite en entrant dans Saint-Pierre, et. que Ton dispose dans les solennités pontificales pour servir de salle des Parements ou de sacristie au Pape, et il rentre au Vatican, ou revient au palais Quirinal s'il habite cette résidence.
Gomoiineiieiit et consécration lu nonYeaa Pontife dans Tégliie de Saint-Pierre.
L'usage de couronner les Pontifes romains remonte à des temps reculés. En entourant cette cérémonie d'une grande pompe, les Papes n'ont point voulu élever aux yeux des hommes leur dignité souveraine, mais contribuer à la plus grande exaltation de Jésus- CivnsX et de son Église. On veut que la première cérémonie du couronnement remonte à saint Léon III , en. 79S ( elle se fit sur les degrés inférieurs de la façade de la basilique Vaticane) ; oiî à Nicolas L", élu en 868. Cette cérémonie a été célébrée à Saint- Jean-de*Latran, ensuite à Saint-Pierre; depuis Marcel II, en 1 655 , on la câèbre dans la grande loge de cette dernière basilique. On ne se bornait pas, après leur exaltation, à couronner les Pontifes une seule fois; on était dans Fusaga de le faire à différentes époques de l'année , aux fêtes des Quatre Saints couronnés, de saint Martin I.^, de saint Clément I.^, le prem^ dimanche de l'Avent, à Saint^Marie-Majeure ; le dimanche de Lœtare, dans l'église de Sainte-Croix de Jérusalem; le dimanche Gaudete^ à Saint-Pierre ; on y renouvelait la cà*émonie la deuxième fête de PAques, le dimanche du Bon-Pasteur, le jour de l'Ascension , de la Pentecôte , de saint Pierre, de Noël , de saint Etienne , de saint Sylvestre , et enfin le jour anniversaire du couronnem^t
(80) da Ptmtîfew Dans ces diverses cérémonies, il paratt que le fope se servait de diiïérentes mitres y et il portait ainsi la cooromie y car cette solennité s'appelait Festum coronœ. Dès la plos haute anti^ qoité les Papes se servaient de trois mitres: une blanche y toote Ksse ; Fautre brodée en or y mais n'ayant point de cercle dans la partie inférieure qui entoure le front ; une troisième y semUabie à la précédente, mais plus précieuse , terminée par un cerde en or appelée regnum Phrygmn^ mura turbinata; enfin y tiam et triregnum, après avoir été ornée des trois couronnes.
On veut encore que la première couronne ait été donnée i saint Sylvestre, élu en 314, par Constantin, lorsqu'il emlntia» le Christianisme ; ou bien la mitre , dont la forme conique la faisait ressembler au pileum des anciens Rqmains, espèce de bonnet qui était chez eux un symbole de liberté, fut comme un premier indice de la liberté donnée à l'Église. La deuxièoie couronne fut ajoutée à la première, en 1058, par Nicolas II, ou par Boniface VIII, ou enfin par Clément V; tandis que k troisième le fut par Bcnott XII, Urbain V on Boniface IX , qui vivaient tous dans le quatorzième siècle. Paul II , Jules II , Qé* ment VII , Paul III , Clément VIII et Urbain VIII , enfin Pie VI, commandèrent les noUes et magnifiques tiares que les révolutions de la fin du dernier siècle ont perdues pour toujours; de sorte qu'aujourd'hui il n'existe plus que la tiare donnée à Pie VII par Napoléon (4), et celle que l'on doit au Pontife régnanL. On gardait précieusement au château Saint-Ânge les mitres pi^écieuses et les tiares ; ce n'était qu'en observant les formalités prescrites, qu'on pouvait, la veille des Chapelles papales solennelles, de la fète^du Corpus, ou du couronnement d^un nouveau Pape, les le*. tirer de ce château, où on les rapportait après les cérémonies.
Les anciens Pontifes choisissaient pour leur couronnement un jour de fête ou de dimanche , comme on est dans l'usage de le faire aujourd'hui, quoique un grand nombre de Papes, Clément VII , et Paul III entre autres , aient été couronnés aux jours de simple férié. La veille du couronnement du Pontife,
(81) rÂumAaerie apostolique distribue , dans la cour du Belvédère j au Vatican , un paul (55 c.) à chaque pauvre qui se présente, et la rnèoie distribution se renouvelle chaque année aux anniversaires du couronnement du Pontife. Dans la première partie de la matinée du jour destiné à la cérémonie, on plaçait anciennement devant le nouveau Pape une colonne surmontée d'un coq de bronze , pour lui rappeler la faute de saint Pierre, la fragilité humaine, et Fexhort^ à être affable, indulgent, et à compatir aux misères de son peuple; mais il n'a jamais été exact de dire que le même jour on chantait devant le nouveau Pape : Non videbù annos Pétri; comme s'il n'était pas possible que son règne atteignit la durée de celui de l'Apôtre , et qu'il ne pût rester sur le trône au*delà deuxingt-cinq ans.
Cétait encore un ancien usage suivi par les Pontifes romains, de jeter au peuple , le jour de leur couronnement , de fortes sommes d'argent , dans les escaliers du Vatican ; ils faisaient dresser une table somptueuse pour les Cardinaux et les Ambassadeurs des Princes. Cet usage remonte au pape Valentin, élu en 827, et dura jusqu'à Paul II, élu en 1464; il se maintint sous quel^ ques autres Pontifes. Mais Pie IV , saint Pie V, Grégoire XIII et Sixte^uint , abrogèrent cette coutume de jeter de l'argent, ce qui entraînait toujours de graves abus ; ils supprimèrent aussi le banquet donné aux Cardinaux , et employèrent ces sommes , soit à secourir les indigents, soit à des établissements de bienfaisance ou à des couvents pauvres. Dans ces circonstances solennelles, le peuple romain fait éclater ses sentiments d'allégresse: ce sont des inominations, des feux de joie, des salves d'artillerie; les palais! des Cardinaux , des Ambassadeurs et des magistrats romains , se font remarquer la nuit par des feux brillants; la magnifique illumination de Saint-Pierre, et la GiranMa, gigantesque feu d'artifice du château Saint-Ange, signalent toujours les fêtes du couronnement.
Si le Pape habite le Quirinal , il se rend à la basilique du Vatican, accompagné du cort^e noble ou demi-public {trem mobile
(82) 0 semt-publicd)j que nous avons décrit; il a dans sa Toiture les deux plus dignes Cardinaux étrangers qui ont assisté an conclave. Lorsque le cortège passe sur le pont Saint-Ânge ^ Tartillerie salue le Pontife, et de grands étendards , aux armes du nouveau Pape, flottent sur le château de ce nom. Arrivée au Vatican , Sa Sainteté se rend dans la salle des Parements , et si elle habite cette résidence, elle s'y rend à pied directement de ses appartements: elle y trouve réunis tous les membres du Sacré-Collége. Elle prend Famict, Taube, Fétole blanche, la chape d'argent , le formai précieux et la mitre d'or , après avoir déposé le camail et le rochet entre les mains des Prélats qui l'entourent ; tandis que les autres dignitaires de la cour pontificale attendent le Pape dans la salle Royale. Un prélat Auditeur de rote prend la croix pontificale, et fait une génuflexion devant Sa Sainteté, qui monte sur la sedia : le cortège se forme , pour se rendre dans la basilique de Saint- Pierre, dans Tordre qui sera bientôt indiqué.
BispositioDs de la kasilifoe.
Placé sous le baldaquin , le magnifique autel de la Confession, réservé exclusivement au souverain Pontife, présente deux faces. Le Pape, lorsqu'il célèbre, est tourné vers le peuple, et regarde par conséquent la principale porte d'entrée de Saint-Pierre. Dans les circonstances ordinaires , le grand autel est isolé sous la coch pôle. Lorsque Sa Sainteté doit officier , on forme dans la nef du chevet de l'église une grande enceinte à l'aide de plusieurs rangs de bancs à dossier et garnis, placés à droite et à gauche, qui dessinent ainsi le presbytère , dont le parvis compris entre Fautel et le trône est recouvert de riches tapis. Le trône pontifical , faisant face à l'autel , est dressé devant la chaire de saint Pierre, soutenue par quatre Docteurs de l'Église * ; il est ainsi placé entre le tom-
* Dans ce gigantesque monument de bronze , dû à Alexandre YII , est enfermée, comme on ne Tignore pas, la véritable chaire de saint Pierre, soutenue par saint Ambroise et saint Augustin, pères de l'Église latine; saint Jean Cbrysostôme et aint Athanase , pères grecs. Ce monument , précieux symbole de Tuiiité catho-
(8J) beaa où repose le corps de l'Âpôtre, et la chaire^ symbole de son enseignement. De grandes tentures de damas rouge ou blanc, à frangés d'or , suivant le rit de la fête, ferment la nef, la séparent du chevet de l'église, et paraissent servir de point d'appui au trône. Dans les pontificats autres que celui du couronnement , un trône saas baldaquin, moins élevé que le premier, est dressé non loin de l'autel, du côté de Tépitre; c'est celui sur lequel le Pape doit réciter les tierces, faire sa [Mréparation à la messe, et se revêtir de ses ornements sacrés, comme nous le verrons dans les chapelles solennelles et ordinaires de l'année.
Des tribunes réservées remplissent le vide des arcades latérales; celles de gauche sont destinées aux Princes; l'estrade du corps diplomatique se trouve du même côté ; à droite et à gauche de l'autel de la Confession , sont les places réservées aux dames admises ; la tribune grillée des Chantres de la chapelle est au-dessous de la statue de sainte Hélène.
L'autel est riche, mais simple : une grande croii de vermeil, ouvrage, dit-on, du célèbre Benvenuto Cellini, an milieu de six diandeliers de vermeil, et des statues de saint Pierre et de saint Paul, égidement en vermeil, le décorent. Derrière la croix, est un septième chandelier plus élevé , dont le cierge domine les autres; il est regardé comme un symbole de suprématie pontifia» cale. Noos verrons placer sur l'autel ube tiare et quatre mitres^ pour rappekr les cinq Patriarches dont le Pontife OBCuménique domine la dignité. A droite et à gauche sont les crédences :
liqiie , sur leqad M. ral>bé Gerbet vient de jeter d'éclatantes lumières , est y(M dans les du^Ues papales solennelles , et c'est au pied de ce monument qu'on âève fe trône , dont les deux côtés sont parés de grandes tentures de damas qui dérobent le chevet de l'église. Nous trouvons dans cette disposition une ingénieuse application de ces paroles de saint Augustin , qui mentionne ( epist S04 ) absides gradatm et catludrœ velatœ,.., (Toyez l'intéressant opuscule de Mgr. Baggs : 7%e pomti/kal mass sung a S. Peter s, ) Les anciennes liturgies nous apprennent que Fanld et le trône étaient dérobés aux regards du peuple , et on connaît k coutu- Dw religieosement observée dans TÉglise grecque et arménienne, de cacher à l'assistaiice la vue da prèlre pendant les moments les plus redoutables du sacrifice. .
CN. du TJ
(84) celle du Pape^ du côté de l'évangile; celle du Cardinal-Diaere et du prélat Sacristain^ du cAté de Tépitre. On voit sur ces crédences les vases sacrés de la sacristie pontificale, le cbaluroeau d'or , des aiguières et des bassins de vermeil , l'argenterie du Cardinal , les coupes employées à la prégusfation des espèces sacramentelles, et tout ce qui est nécessaire pour le service de l'autel.
Telle est la disposition des lieux * : elle consiste donc, comme on le voit, en un grand exèdre formant un carré long , terminé è ses extrémités les plus éloignées, d'un côté, par l'autel de h Confession , et de l'autre , par le trône pontiBcal. Les bancs dont nous avons parlé servent de limite i droite et à gauche, et forment comme deux lignes parallèles qui unissent l'autel an trône. Cette disposition n'est point arbitraire; elle se rapproche le phis possible de la forme des anciennes basiliques, où siégeatent l'Ëvèque et son clergé. Les Prêtres se plaçaient sur un banc , et à peu près au centre était un siège de marbre, de forme antique , destiné au premier pasteur , qui célébrait la messe la figure tournée vers le peuple. Les basiliques présentaient toujours un carré long , terminé par un hémicycle , dont la partie postâîeàre portait le nom de tribune ou apside. L'antique église de Saint-Clément, à Rome, offre le modèle le mieux conservé de la disposition des anciennes basiliques ; l'autel est complètement isolé, et on y voit la double chaire de marbre , ou plutôt l'ambon , destiné à la lecture publique de l'épttre et de l'évangile.
L'érudit François Cancellieri (Descriz. di tre pontt'f. Rome, 1814 ), fait une description détaillée des chandeli^^de l'autel, de la croix, des statues de saint Pierre et de saint Paul^ en
* nies sont les mêmes pour les autres Chapelles papales où le souveraia Pontife officie en personne : nous n'aurons donc pas à les décrire de nouvean ans iétes de Pâques , de Saint-Pierre et de Noël , quand nous parlerons des Chapelles papales tenues à ces solennités ; exceptons toutefois le trône de tierce , qu'on élève , comme on le Terra dans les autres pontificats de Tannée , à côté de Tau tel de la Confession , du côté de Vépitre. fJK. du T.J
( 85 ) vermeil, qui le décorent, el des deux candélabres placés sur les degrés du marchepied. Ces deux candélabres, d'un travail admirable , ont été tirés du tombeau de Sixte IV , que l'on voit dans la chapelle du Saint-Sacrement de cette basilique ; ils sont du célèbre Antonio Pollajoli , et c'est le chapitre qui les fit dorer. Les deux statues en vermeil des deux Apôtres ont été données par Grégoire XIII. Des sept chandeliers, les deux premiers sont un ouvrage remarquable d'Antonio Gentile, de Faenza. Ils coûtèrent 13,000 écus romains (69,140 fr. ) au cardinal Farnèse , qui en fit don à cette basilique , dont il était archiprètre. Les quatre autres , non moins remarquables , sont dus au cardinal François Barberini , archiprètre de la même église; ils sont Fceuvre de Charles Spagna. Le septième chandelier , qui se place sur l'autel quand le Pape y célèbre , appartient à la chapelle pontificale.
Cortège et entrée solennelle da Pape dans Saint-Pierre.
Le cort^e pontifical , sortant de le salle Royale pour se rendre à Saint-Pierre, marche dans Tordre suivant :
Un Maître des cérémonies, les Procureurs des collèges, en manteau nœr , et deux Suisses ;
Le Prédicateur et le Confesseur de la Famille pontificale j en habit religieux;
Les Procureurs-Généraux des ordres religieux, portant l'habit des ordres respectifs auxquels ils appartiennent ;
Les Bussolanttj en habit et cape rouge ;
Un Chapelain du commun , en cape rouge , bordée d'hermine , accompagné de deux SuisseS, portant sur un coussin la tiare précieuse , à côté de laquelle marche le Joaillier du Sacré-Palais apostolique, en habit de ville, portant l'épée;
Les Chapelains du commun, en soutane et cape rouges avec hermine , portant les mitres précieuses ;
Deux Curseurs pontificaux, en habit noir et soprma violette, tenant leur masse d'argent;
Les Adjudants de chambre^ en soutane et cape ronges, ^jec hermine ;
Les Chapelains du commun , en soutane ronge et cape de la même couleur, fourrée d'hermine; les Clercs secrets, les Chapelains d'honneur et participants, même costume;
Les Avocats con^storiaux , en cape violette, fourrée d'be^ mine ; les Camériers d'honneur surnuméran*es et secrets, vêtus comme les Chapelains ;
Les Chantres pontificaux, en soutane et ceinture de soie violette, et en cotte;
Les Âbréviateurs du Parc-Majeur, les Votants de signature, en cotte et rochet ;
Les Clercs de la Chambre, en cotte et rochet , ayant à leur côté deux Curseurs pontificaux;
Les Auditeurs de rote , en cotte et rochet, avec le Maître du Sacré-Palais, en habit de dominicain et manteau de Tordre; deux Chapelains secrets, en soutane rouge et cape de la même couleur, fourrée d'hermine , portant les deux mitres usuelles du Pape ;
Le Maître du Sacré-Hospice ( c'est seulement après la céré monie qu'il occupe ce rang , au retour du cort^e; avant la foneiioUj accompagné de ses deux Chapes-Noires et de deux Suisses, il se rend dans le presbytère de la basilique , où il occupe la place qui sera indiquée plus tard); après lui doivent marcher les Camériers secrets surnuméraires et d'honneur, de cape et d'épée;
Uu Votant de signature , en cotte et rochet , portant l'encensoir et la navette ;
L'Auditeur de rote , Sous-Diacre apostolique , en tunique blanche , portant la croix pontificàte , l'image du Christ toujours tournée du câté.du Pape : on l'appelait autrefois Subdiacomts de Cruce; il marche au milieu des sept Votants de signature, Acolytes pontificaux portant les sept chandeliers dorés, garnis de cierges , ornés d'arabesques, de talcs et de dorures , et remplacés au besoin par les Abréviateurs et les Référendaires des signatures ;
Deux Maitres-Portiers de la verge-rouge ^ Gardiens de la croix papale , en soutane et ceinture de soie violette , tt manteUone de serge de même couleur : ils suivent^ l'Auditeur de rote portant cette croix, la placent près l'autel, du côté de Févangile, et la gardent debout , pendant que l'Auditeur reste assis auprès , sur la première marche de l'autel de la Confession , durant la messe pontificale;
L'Auditeur de rote qui remplit les fonctions de Sous-Diacre latin y en dalmatique blanche, au milieu du Diacre et du Sous- Diacre grecs, pris quelquefois parmi les élèves du collège Grec ou de la Propagande ;
Les Pénitenciers de Saint-Pierre, en chasuble de damas blanc, couverts de leur barrette noire jusqu'à l'entrée de la basilique;
Les Abbés mitres et le Commandeur du Saint-Esprit, en chape de damas blanc à franges d'or^ et mitre de toile blanche "^ ;
Les Ëvèques non assistants, en chape lamée d'argent à franges d'or, et mitre de toile blanche; les Archevêques et Ëvèques orien* taux, avec le costume propre à leur rit;
Les Archevêques et Ëvèques assistants au trdne, revêtus comme les précédent», ainsi que les Patriarches;
Les Cardinaux-Diacres, en dalmatique blanche, brodée d'or et ornée de glands d'or, portant leur mitre de damas, comme les autres membres du Sacré-Collége ;
Les Cardinaux-Prêtres , en chasuble blanche , également brodée d'or ;
Les Cardinaux-Ëvêques suburbicaires, en chape d'argent à torsade et à franges d'or, avec leur formai précieux;
* Il ert essentiel de prévenir le lecteur , que les Prélats dont il est ici question , j compris les Cardinaux , ne portent que leurs costumes de chœur à la procession du couronnement ; on les verra se revêtir , plus tard , dans la chapelle Clémentine, de leurs habits sacrés, et tels qu'ils passent ici sous les yeux du lecteur. Dans les ponHficats ordinaires de Tannée , ils portent toujours ce dernier costume. Les Avocats consistoriaux portent une chape blanche à cette cérémonie; et c'est pour n'avoir pas à revenir sur la description de ce cortège, qu'on fait ici connaître l'usage le phis général , en consignant cependant J'oliservation d-dessus. fN, du T,J
Chaque membre du Sacré-Collége est suivi de 9on Gaudataire^ en cotte , ayant sur ses épaules le voile blanc , dont les extrémités lui servent à porter et à garantir la mitre de son m^le patron quand il ne Fa pas sur la tète. Des Curseurs pontificaux , tenant leur ma&se d'ai^nt^ et des Suisses^ escortent le Sacré- Collége.
Les Conservateurs de Rome et le Prieur des Chefs de quartier, le Sénateur de Rome marchant au milieu ^ revêtus de leur n^ d'étoffe d'or;
Le Gouverneur de Rome, en cape fourrée d'hermine blanche, ayant à sa droite le Prince assistant, en habit de yille, et manteau de soie noire, garni de dentelles de même couleur;
Les Camériers secrets séculiers de cape et d'épée, en habit de ville et rabat; le Fourrier majeur et l'ÉcuyCT majeur, portant leur manteau semblable à celui du Prince assistant, le premier veillant sur la sedia, où est le Pape, porté par douze Palefreniers ( Sedtarii), sous la conduite de leur Doyen, en simarre rouge; à droite et i gauche, des Camériers secrets, vêtus de leur cape à hermine, portant les flabelles; les huit bfttons du dais en moire d'argent , sous lequel est le Pontife, qui béoit son peuple, sont soutenus par huit Référendaires de signature , en roohêt etmantelkUa violette; les deux Protonotaires apostoliques et deux Auditeurs de rote qui doivent porter la falda du Pape ; les deux premiers Mat très des cérémonies pontificales, en cotte et ro* chet , soutane et ceinture violettes ; les deux Cardinaux-Diacres assistants et le Cardinal-Diacre d'office, marchant ensemble, en avant de la sedia ^ que précèdent et entourent les capitaines et officiers de la Garde-Suisse, en grand uniforme, dont plusieurs, armés de leur cuirasse de fer et de leur large épée, représentent les sept cantons catholiques; les Commandants, les Exempts de la Garde-Noble, qui escortent le cortège ; le Général commandant les troupes pontificales , et son Âdjudant-Major ; les Curseurs pontificaux et les Massiers, Fépée au côté, avec leur rabat de dentelle et leur boemia'de drap violet, garni de velours : derrière
(89) là iedia marche le Bussolante Sous-Fourrier pouliflMy qui veille h ce qu'elle soit toujours portée horizoutaleineot et avec pré^ caution;
Le Doyen de la rote^ tenant la mitre usuelle du Pape au milieu de deux Gamériers secrets, qui doivent lui soutenir la falda; l'Ârchiàtre pontifical, en cape rouge bordée d'hermine, et le premier Adjudant de chambrîe , qui est suivi d'un Balayeur secret ( Scopatore ) , en soutane de serge violette, ceinture de soie et de drap violet , bœmta bordée de velours , plus courte que celle des Massiers , de drap violet ;
L'Auditeur de la Chambre, le Trésorier, le Majordome , avec les Protonotaires participants et honoraires; le Régent de la Chancellerie , s'il assiste à la cérémonie ; portant tous la cape bordée d'bermine ;
Les Généraux d'ordres religieux, revêtus de l'habit de leur ÎDstitat.
Des Suisses ferment la marche.
C'est dans cet ordre que ce majestueux cortège, dirigé par des Maîtres des cérémonies , traversant la salle Royale et descendant l'escalier Royal du Vatican, arrive sous le portique de Saint- Pierre, décoré dans cette solennité de riches tenture9 de damas à franges d'or. A Farrivée du Pape, les Chantres de la basilique entonnent l'antienne Tu es Petrus. Sa Sainteté descend de la gedùij et va s'asseoir sur un trône élevé dans le vestibule, en face de la porte Sainte; tout autour sont dressés des bancs où se placent successivement les Cardinaux. L'Archiprètre-Cardinal de la basihque de Saint-Pierre est le premier à rendre son obédience au Pape : il monte les degrés du trône , et baise les pieds et la main du nouveau Pontife, qui lui donne une double accolade. Le même Cardinal lui adresse ensuite un discours , où il fait agréer à Sa Sainteté ses sentiments de félicitation, lui exprime la joie qui l'anime, ainsi que le chapitre de Saint-Pierre , en voyant son exaltation au pontificat ; il finit par supplier Sa Sain-» teté d'admettre les membres du clergé au baisement des pieds ^
(90) ce que le P66life accorde avec bienveiilaoce : alors les Chanoioes, les Bénéficiers, les Chapelains lonocentins Jes Clercs bénâiciers, les Chantres et les Clercs de la basilique ^ les élèves du séœniaire du Vatican et les autres membres du clei^é de Saint-Pierre, vont successivement baiser les pieds du Pape. Ayant ainsi reçu ces hommages publics, le Pontife remonte sur la sedûi^ et entre dans la basilique par la porte principale, sur laquelle sont représentées ses armes, au milieu des images de saint Pierre^ de saint PàuL Au moment où il franchit le seuil de la basilique, le» trompettes des Gardes-Nobles , placés dans les galeries des portes iotérieures, font entendre des fanfares. Cette entrée solennelle do Pontife , prêtre et roi , dans le plus beau temple du monde , est un des plus sublimes moments de la cérémonie. Le cortège se développe dans rimmense nef de Saint-Pierre, et arrivé devant la chapelle du Saint-Sacrement, le Pape descend de la sedia^ se met à genoux sur un prie-dieu, quitte la mitre, et adore la sainte Eucharistie, exposée sur l'autel. Après une assez courte prière , remontant sur la sedia, il est conduit à la chapelle de Saint-Grégoire, dite Clémentine ^ que Ton doit à Clément VIII. Elle remplace dans cette solennité Fancien Secretarium ^ aujourd'hui sacristie , où les Pontifes avaient coutume de se revêtir des ornements sacrés pour recevoir l'hommage des Diacres. Dans cette chapelle on a élevé un trône sans baldaquin ; le fauteuil pontifical est semblable à celui de la chapelle Sixtine; des bancs sont disposés pour les Cardinaux et les dignitaires de la cour romaine. Le Pape descend de la sedta; portant la mitre, il s'agenouille devant l'autel sur un prie-dieu , et fait une courte prière; s'asseyant ensuite sur son trône, ayant à sa droite, et debout, le Prince assistant , sur les marches inférieures et du même côté, le Sénateur de Rome, les Conservateurs du peuple romain, le Prieur des Chefs de quartier, il reçoit l'obédience des Cardinaux, qui, en manteau traînant, lui baisent la main droite sous la frange de la chape.
A[ffès l'obédience , l'Auditeur de rote portant la croix
(91 ) s'avance du trône ^ et le Pape, debout et sans mitre, profère le Sit nomenDomini benedictunij et bénit l'assistance; il se rasseoit ensuite , et le Cardinal-Diacre lui remet la mitre. Aussitôt tous les membres du Sacré^ollége sont revêtus par leurs Maîtres de chambre et leurs Camériers des ornements sacrés de leur ordre : lesÉvèques prennent la chape, les Prêtres la chasuble, et les Diacres la dalmatique de couleur blanche , ce que font aussi les deux Cardinaux-Diacres assistants; tous, à l'exception des deux derniers , mettent la mitre de damas blanc. Le Cardinal-Diacre qui doit chanter l'évangile, le Sous-Diacre, et l'Auditeur de rote qui doit chanter l'épitre, se revêtent aussi de la dalmatique. Les Prélats assistants et non assistants, les Abbés mitres > prennent la chape et la mitre; les Ëvêques orientaux se revêtent également des ornements sacrés propres à leur rit. Les Auditeurs de rote, les Clercs de la Chambre, les Votants de signature, les Abréviateurs, les Référendaires, mettent la cotte sur le rochet ; le Diacre et le Sous-Diacre grecs, qui doivent chanter l'évangile et répitre en leur idiome, prennent les vêtements sacrés conformes à leur rit. Enfin , les Pénitenciers de Saint-Pierre , en chasuble blanche, et les Avocats consistoriaux, en chape blanche, qu'ils mettent en travers sur l'épaule droite , prennent leur place parmi les dignitaires de la Chapelle.
Le Pape se levant, récite, découvert, le Pater et VAve, et entonne tierce, que les Chapelains chantent alternativement; il se rasseoit, et récite les psaumes et oraisons qui servent de préparation à la messe : les deux plus anciens Évêques assistants soutiennent , l'un le livre , l'autre le cierge allumé. U faut observer que toutes les fois que le Pape lit, dans l'exercice de ses fonctions pontificales, c'est un Patriarche ou un Ëvêqne assistant qui tient le livre; quand il chante, le livre est soutenu par le Cardinal-Évêque assistant. A la fin de tierce, un Auditeur de rote et un Adjudant de chambre, faisant une génuflexion devant le Pape, lui aient les souliers blancs, ornés d'une croix, qu'il portait, et lui mettent les sandales, ou souUers de cérémonie, en étoffe
de soie brodée, ornés d'une croix d'or. Ces deux dignitaires retournent à leur place , précédés de deux Massiers.
Le Pape se lève pour terminer tierce : debout, sans mitre ^ devant son fauteuil, après le Dominus vobiscumj U récite Foraison. Deux hautes-contres chantent le BeneéUcamus Domino ; le chœur répond : Deo grattas^ et Sa Sainteté récite tout bas le Fidelium animœ.
Le Pape se lave les mains pour la première fois; un Auditeur de rote ceint le Pontife d'un grémial de fin lin brodé, entouré de dentelles; le Prieur des Chefs de quartier, ou le Mattre du Sacré-Hospice, les épaules couvertes d'un voile de soie blanche, sans épée, à genoux aux pieds du Pontife, lui vearse l'eau sur les mains , l'un d'eux tenant le bassin de vermeil ; un Clerc de la Chambre présente à Sa Sainteté le linge pour s'essayer. Le Pape ayant lavé ses mains , l'Auditeur reprend le grémiaL Ces dignitaires reviennent à leur place, après avoir fait la génuflexion au pied du trône, accompagnés des Massiers. Ce cérémonial s'observe toutes les fois que, pendant la messe, comme nous le verrons, le Pontife lave ses mains.
Ornements que reyét le Pape quand il doit célébrer pontificalemest la messe.
Le Cardinal-Diacre d'office ôte la mitre au Pape, le formai, la chape, Fétole blanche, qu'il remet au Maître des cérémonies; et les Prélats portent les ornements sacrés (5) , dont il appartient au Cardinal-Diacre de revêtir le Pontife. Ils arrivent successivement au pied du trône , et font la génuflexion avant que d'en monter les degrés. Ce Cardinal prend des mains de lAcolyte Votant de signature le succentoriurrij ou ancien cordon auquel était attachée la bourse, en forme de manipule, appelée en italien saccone, qui contenait l'argent destiné aux aumônes du Pape. Le Pontife est ceint de ce cordon , tissé en or , placé sous celui qu'il porte déjà , de manière que les extrémités , larges et aplaties , retombent à gauche; l'autre cordon , que le Cardinal-Diacre enlève, est remis au Sous-Sacristain. Le même Cardinal-Diacre lui
(9J) met la croix pectorale , ornée de saphirs , brillants et perles fines y et le fanon , attribut particulier du Pontife quand il célèbre solennellement la messe : c'est une grande pèlerine double^ ou. deux pèlerines superposées l'une sur l'autre : la première reste sur l'aube; la supérieure, qu'on relève, entoure et recouvre la tète de Sa Sainteté , jusqu'à ce qu'elle ait revêtu ses autres ornements. Le Cardinal-Diacre continue successivement de lui mettre l'étole , la tunique , la dalmatique , les gants , la chasuble , sur laquelle il laisse tomber la portion du fanon qui entourait la tète du Pape ; cet insigne ressemble alors à une mosette ; enfin il met la mitre au Pape, et prend le manipule, qu'il remet au Sons-Diacre latin ; tandis que le Cardinal-Évèque assistant place au quatrième doigt de la main droite de Sa Sainteté l'anneau pontifical, et lui présente la navette, afin qu'elle bénisse l'encens; le Doyen Votant de signature , à genoux , présente l'encensoir. Le Pape ainsi revêtu de ses ornements sacrés , le premier Cardinal-Diacre tenant une férule (6) à la main , chante ces paroles : Procedamus ùi face; le chœur répond : In ncnnine Chrisii. Amen; précédé de la m>ix et du cortège que nous avons décrit , porté sur la fedta, que recouvre le grand dais flottant à moire d'argent , ayant à ses côtés les flabelles, il se dirige vers l'autel de la Confession. Au sortir de la chapelle Clémentine , un Maître des. cérémonies, tenant à la main un long bâton argenté, à l'extrémité duquel sont liées desétoupes , fait une génuflexion devant le Pape, eo même temps qu'un Clerc de la chapelle, à l'aide d'un flambeau, allume ces étoupes. Le Maître des cérémonies se relevant, chante ces paroles : Pater sanctej sic transit gloria mundi. Cette cérémonie allégorique est répétée trois fois: en sortant de la chapelle Clémentine , comme nous le disons ; devant la statue de saint Pierre, dans la nef de la basilique; et devant la chapelle de saint Procès et de saint Martinien. Un Maître des cérémonies porte les étoupes nécessaires, dans un coussin de soie, et le même Maitre des cérémonies répète chaque fois : Pater sancle, etc. Ces paroles rappel* lent naturellement au Pontife^ au milieu de la pompe qui l'envî?
(94) ronne^ et au moment d'être couronné et reconnu souverain , combien passe rapidement la gloire de ce monde, qui ressemble à une flamme d'étoupes, finissant au moment même où elle commence.
Arrivée du cort^e dans le presbytère ; langs assignés au dignitaires. — CMunenceBiil de la messe ; le Pape reçoit le paHiui.
 mesure que le cortège arrive devant Fautel de la Confession j les dignitaires qui le composent vont occuper, sur les bancs dont nous avons fait connaître la disposition , la place qu'assignent à chacun Tordre et la dignité de leurs fonctions, à moins qu'ils n'en remplissent de particulières auprès de Sa Sainteté. Sur le trône placé en face de l'autel, nous verrons s'asseoir le souverain Pontife, ayant à ses côtés les deux Cardinaux-Diacres assistants; à gauche et debout, le premier Maître des cérémonies; sur un fauteuil sans dossier, nous verrons s'asseoir le Cardinal-Évèque assistant; à la droite de celui-ci, d^ut, le Prince assistant au trône ; à droite et à gauche du fauteuil pontifical et sur la première marche du trône, s'asseoient les Patriarches, les Archevêques et les Évèques assistants; sur le devant du marchepied du trône , qui forme un grand carré , et au bas de la dernière marche, se tiennent les Auditeurs de rote, le Père dominicain Maître du Sacré-Palais, les Clercs de la Chambre, les Votants de signature et les Abréviateurs du Parc-Majeur. Ceux qui ne peuvent se placer vont se mettre auprès du trône de tî^t^^ ou à l'endroit où on le dresse dans les autres pmtifkats^ du côté de l'épître. Au côté droit du trône et sur la seconde marche, est assis le Sénateur de Rome; sur la troisième s'asseoient les trois Conservateurs de Rome, le Prieur des Chefs de quartier; les Avocats consistoriaux un peu au-dessous. Au côté opposé est assis le Doyen de la rote, entre les deux Camériers secrets de la faldcu
Sur le premier banc, à droite du trône, se placent les Cardinaux-Évèques et Prêtres; sur le second, les Ëvêques non assistants au trône, les Abbés mitres, parmi lesquels prennent place
(95) le Commandeur du Saint-Esprit et les Pénitenciers du Vatican. Sur le premier banc^ à gauche^ sont les Cardinaux-Diacres^ et même les Cardinaux-Prêtres qui n'ont pu trouver place avec ceux de leur ordre; au second banc sont le Gouverneur de Rome^ FAudîteur de la Chambre, le Trésorier, le Majordome, les Protonotaires apostoliques participants et honoraires , avec le Régent de la Chancellerie, s'il fait partie du cortège; sur le troisième banc sont assis les Généraux et les Procureurs-Généraux des ordres religieux , le Prédicateur apostolique , le Confesseur de la maison pontiGcale et les Procureurs des collèges. Enfin, à l'extrémité de ces bancs , se tient debout le Maître du Sacré-Hospice. Sur les marches de l'autel se placent les Camériers secrets participants et surnuméraires , les Camériers d'honneur , les Clercs secrets , les Chapelains communs et les Adjudants de chambre. Les premiers prennent leur rang sur les premières marches , et les autres ainsi successivement. La première place est occupée par le Gbandne altariste de Saint-Pierre (7), en cotte et rochet ; sur les gradins inférieurs sont assis les Bussolanfi. A droite et à gauche sont deux beaux candélabres ; les cierges dont ils sont garnis , ainst que les chandeliers de la balustrade qui entoure l'autel de la Confession, du câté de la grande nef, sont de cire blanche de grande dimension.
Le Pontife, arrivé devant Pautel de la Confession , descend de la sedia^ et après une courte prière , il commence Fintroït de la messe. Le Cardina^Évêque assistant , qui , dans cette solennité comme dans toutes les Chapelles papales solennelles , est le Doyen du Sacré<2olIége, est placé à la droite du Pape , et à la gauche le Cardinal-Diacre d'office : tous les deux répondent à la messe. Derrière sont les deux Cardinaux-Diacres assistants , les Prélats et tous tes autres officiers de Fautel , qui font à leur tour la confession , comme les autres dignitaires de la chapelle. Après le Confiteor^ le Pape ayant reçu le manipule des mains du Sous-Diacre , à genoux du c6ié de Févangile , le premier Diacre lui met la mitre , et Sa Sainteté s'asseoit sur la seéia. Les trois premiers Cardinaux-
Ëvèques suburbicaires y placés en face du Pontife y récitent mr loi ,
fMir ordre d'ancienneté , les Oraisons prescrites au cérémoniaL
Le plus jeune des trois récite la première*
Dens, qui adesse non dedigoaris, obicnmqne devotâ mente ioTOcauls : adesto, quaesumus , invocatioDibns nostris, et hnic famulo tao ( Grq;orio ) qnem ad culmen apostolicum inditinm tn« plebis elegisli; nbertatem snpenue beoedictionîs înfande , ut sentiat se tuo mnnere ad hanc apicem penreoisse.
Le second récite la suivante.
Sapplicationibos nostris, omnipotens Deus, effectam consnetae ]^etatis impende , et gratiâ Spirîtûs sancti famulam tunm ( Gregoriam ) perlbode r Ht qui in capite Ecclesiarum nostrae servitutis niinisterio constitaitiir , tiw virtutls soliditate roboretnr.
Le plus âgé termine par la dernière oraison.
Deus , qui Apostolum tunm Petrnm , inter csteros Apostolos primatum tenere yoluisti , eique univers» Clirbtlanitatis molem super humeros iraposuisti, respice, qnaesumus, propitius hanc famulum tuum (Gregorium) quem dehumili Cathedra violenter sublimatum in thronumejnsdem Apostolorum principis sublimamus : ut sicut profectibus tantae dignitatis aogetar, ita virtutum meritis cumuletur , quatenus Ecclesiasticao universitatis onos te adjuvante digne ferat; et à te , qui es beatitudo tuornmi vicem meritam recipiat; Per Christum Dominum nostrum. Amen.
Après la récitation de ces oraisons, le Pontife descend de la $edia; s'approchant des premiers degrés de l'autel, devant lequel il se place, le premier Cardinal-Diacre lui. âte la mitre, et aidé du second Cardinal-Diacre , il met sur les épaules du Pape le pallium(S) pontiBcal, qu'il reçoit du Sous-Diacre latin. L'ayant fait baiser au Pape , il l'assujettit autour du cou de Sa Sainteté, à l'aide de trois épingles ornées de pierreries , qui représentent les trois clous qui servirent à attacher le Sauveur à la croix. Eo décorant du pallium le nouveau Pontife, le premier Cardinal-Diacre récite les paroles suivantes : Accipe pallium sanctumj plenùudh nem Pontificalis officiij ad honorem omnipotentis Dei^ et glnriosù^ simœ Virginis MaricBj ejm matrisj et beatarum Apostolanm Pétri et Paulij et sanctœ romance Ecclesiœ. Le Pontife monte à l'autel, qu'il baise au milieu , ainsi que le livre des évangiles; il encense l'autel à la manière ordinaire, remet la mitre, et
( 97 ) «lOttisé trois fois par le Cardinal-Diacre d'office ^ qui le baise respectaeasemeDt sur la jooe gauche et sur la poitrine , comme le font les deux Cardinaux-Diacres assistants*, le Pape descend les marches de Tautel, et accompagné des trois Cardinaux, des Auditeurs de rote, des Camériers secrets qui soutiennent la fcMa, des Patriarches et Évèques assistants , il se rend au trâne , où il reçoit la dernière adoration. Les Cardinaux baisent, debout, le pied et la main du Pontife , qui leur donne une double accolade; les Patriarches, les Archevêques et Éyèques, faisant une génuflexion, baisent les pieds et le genou droit; les Abbés mitres et les Pénitenciers baisent seulement les pieds, à genoux, après avoir fait trois génuflexions. Il faut faire remarquer ici que les Cardinaux ne baisent les pieds au Pape que le jour de son éfectîoa et de son couronnement; quand ils sont promus à la dignité cardinaUce, et quand ils sont présentés au Pape pour la première fois , ou qu'ils reçoivent le chapeau ; quand ils prennent congé de Sa Sainteté , se rendant en légation , ou qu'ils en leTiennent; enfin , quand ils sont promus à qudque dignité da Sacré-Coll4e.
Après avoir ainsi reçu Thommage dû à sa haute digmté^ le Pape lit, sans mitre, l'introït de la mease , et récite le Kyrie, aur qoel répond Fassistance; il entonne ensuite le Gloria, qu'il récite, aussi bien que tous les ministres assistants. Le Cardinal-Diao^ lut remet la mitre, et s'asseoit sur son siège; un Clerc de la Chambre place le grémial d'étoffe d'or sur les genoux du Pontife ; le cbceur continue le Gloria. Tous les dignitaires occupent leur place d'usage : le Cardinal-Diacre d'office^ ayant la mitre sur la tète , est assis sur un siège sans bras ni dossier, sur le marchepied de Fautel., du cAté de Fépitre; il occupe la même place pendant le chant du Credo, ayant toujours à ses pieds un Maître des cérémonies, et derrière lui son Caudataire ; le Sous-Diacre d'office est asris sur les marches de Fautel , au milieu du Diacre et du Sous-Diacre
* Nous Terrons se renouveler cet ancien rît , et Ton dira les raisons qui serrent àrexpiM{Qer. (Ti. du T.)
( 98) grecs. Le Gloria terminé, toute Tassistance se lève quand le Pape dit : Pax vobis; le Pontife récite l'oraison de la messe , In die coronattonù; le Cardinal-Diacre remet la mitre au Pontife y qui se rasseoit. Ferrari (Biblioth. Canon.) rapporte que le jour du couronnement du Pape , le Pontife disait trois oraisons : la première au Saint-Esprit, pour en être éclairé ; la seconde à la sainte Vierge, pour en être protégé; la troisième à saint François^ comme suscité par Dieu pour relever les ruines de FÉglise , afin qu'il continue de la défendre. Â cette troisième oraison on en substitua une autre qui n'était qu'une prière , que le Pontife adressait à Dieu pour lui-même.
Cependant le premier Cardinal-Diacre, la férule à la main, pour appeler la protection divine et celle des saints sur le nouveau chef de l'Église, accompagné d'un Maitre de^ cérémonies, suivi des Auditeurs de rote Sous-Diacres apostoliques, des Avocats consistoriaux et d'autres officiers de la cour pontificale, et précédé par quatre Massiers, descend processionnellement au tombeau des saints apôtres Pierre et Paul , sous l'autel de la Confession. Arrivé dans la chapelle souterraine, il chante d'une voix sonore, et pendant trois fois, ces paroles: Exaudij Christe; les assistants répondent autant de fois : Domino nostro (GregorioJ à Deo decreto summo Pontifid et universali Papœ, vita; ensuite le même Cardinal chante par trois fois les prières suivantes :
LiTAiriES Dt7 Couboukemeht.
Salvator mnndi , on répond trois fois : Te , lllum adjava.
Deux fois : Sancta Maria , i). Te , illam adjnva.
Z7>t6/bû.*SancteNichael, i). Te, iUnm adjaya.
Sancte Gabriel, i). Te, illum adjuva.
Sancte Raphad, i). Te, illum adjava.
Sancte Joannes Baptista, ij. Te, illam adjava.
Sancte Petre, i)*Te, illam adjava*
Sancte Paole, i). Te, illam adjuva.
Sancte Andréa, i). Te, illum adjava.
Sancte Stéphane, i). Te, illum adjava.
Sancte Léo , i). Te, illum adjava.
(99) Saucte Gregorl, i). Te, illum adjava.
Sancte Bénédicte, ij. Te, illum adjava.
Sancte Basili, ^. Te, illum adjuva.
SaDCte Sabba, i^. Te, illam adjuva.
Sancta Agnes, ^. Te, illum adjuva.
Sancta Cxcilia, ^. Te, illum adjuva.
Sancta Lncia, ^. Te, illum adjuva.
Âprè3 le chant de œs litanies, (9) pendant lequel le Pape, couvert , 'est resté assis sur son trône , le grémial sur les genoux, le cort^e remonte dans Féglise, et ceux qui le composaient reprennent leur place.
Alors le Sous-Diacre latin, assisté d'un Maitre des cérémonies , chante Fépitre , et quand il l'a terminée , il attend que le Sous- Diacre grec l'ait chantée dans son propre idiome , pour aller avec lui baiser les pieds du Pape , le premier à droite , le second à gauche. On chante le graduel pendant que le Pontife récite lui-même l'épitre, l'évangile, le livre étant soutenu par le premier Évèque assistant au trône , à genoux ; un autre Évoque assistant tient la bougie. Aussitôt que le Pape a fini l'évangile , le Cardinal-Diacre d'office quitte l'autel , au milieu duquel il a placé le livre des évangiles ; il va au trône lui baiser la main droite, et le Cardinal-Évèque assistant présente la navette à Sa Sainteté, qui bénit l'encens. Revenu à l'autel, le Cardinal-Diacre récite à genoux le Munda cor meum^ se relève, prend le livre des évangiles, ayant à sa gauche le Sous-Diacre latin, accompagné des sept Céroféraires, précédé du Thuriféraire Votant de signature ; il monte au trône , se met à genoux aux pieds du Pape, et demande en ces mots la bénédiction du Pontife: Juhe y Domne, benedicere; Sa Sainteté répond, en le bénissant trois fois : DommtÂS sit in corde tuo^ etc. Le Cardinal-Diacre , ainsi que les officiers qui l'accompagnaient, se rend au lieu désigné dans le presbytère pour chanter l'évangile ; il place le livre sur un pupitre qui rappelle l'ambon des anciennes basiliques, derrière lequel se place le Sous-Diacre. L'évangile est chanté et encensé à la manière ordinaire ; le Cardinal et tous les assistants
( 100 ) se signent sur le front *, sur la bouche et sur la poitrine^ selon l'ancien usage , dont Amalarius nous a conservé le souyenir.
L'évangile terminé , le Diacre revient à l'autel , accompagné des cinq Acolytes y pour marquer la suprématie de l'Église latine; deux seulement restent à droite et à gauche du pupitre^ près duquel se place le Sous-Diacre latin y tenant le livre ouvert. Lo Diacre grec^ ayant fait les génuflexions ordinaires ^ et suivi le même cérémonial que le Cardinal-Diacre , demande en sa propre langue la bénédiction au Pontife , qui le bénit y et lui répond en latin; il va chanter l'évangile en grec : le Sous-Diacre de ce rit, placé derrière le pupitre , lui répond , au commencement et à la fin, dans son propre idiome. L'évangile terminé , les deux Sous- Diacres vont au trône faire baiser au Pape le livre des évangiles, et le Cardinal-Evèque assistant encense , debout , trois fois Sa Sainteté.
En faisant ainsi chanter l'évangile en grec et en latin dans les solennités pontificales (10), l'Église romaine constate sa catholicité, et tout à la fois son union avec l'Église grecque. Cet usage est plus particulièrement en vigueur depuis le concile de Lyon, en 1274, sous Grégoire X, dans lequel l'Église grecque voulut accepter la foi romaine, et où le Symbole fut chanté dans les deux langues.
L'usage d'employer ainsi dans les Chapelles papales solennelles sept Acolytes , remonte à des temps éloignés , et prend son origine des sept quartiers ecclésiastiques qui divisaient la ville de Rome, et où le Pape allait exercer ses fonctions sacrées, précédé par les sept Acolytes portant des flambeaux allumés , les sept Diacres et les sept Sous-Diacres, représentants de ces quartiers. On peut dire encore que ces Acolytes avec leurs chandeliers rappel-
* On connaît cette pensée si chrétienne de saint Augustin ( m Ps, 141 ) : Usquè adeb de eruce non erubesco , ut non in occulto hablam crucem ChrisU , sed m fronte portem. Nous faisons le signe de la croix sur le front, à la récitation de TévaDgile , pou{ montrer que nous n^en saurions jamais rougir ; nous le faisons sur la bouche , pour apprendre que nous sommes prêts à le professer hautement ; sur la poitrine ou le cœur , en signe de pieux amour. ( N. du T.J
( 101 ) lent les sept chandeliers d'or de TApocalypse^ comme aussi les sept dons du Saint-Esprit, que doit plus particulièrement posséder celui qui est appelé à exercer d'augustes fonctions. On a rappelé plus haut que plusieurs anciens Papes récitaient l'homélie après l'évangile, le Cardinal-Diacre disait le Confiteor^ et le Pape bénissait l'assistance : aujourd'hui, après le chant de l'évangile, Sa Sainteté entonne le Credo ^ après avoir été encensée par le premier Gardinal-Evèque , le récite à voix basse, fléchit le genou à Xlncarnatus est ^ s'asseoit après avoir fini le Symbole, et reçoit la mitre des mains du Cardinal -Diacre ; le Clerc de la Chambre place sur les genoux de Sa Sainteté le grémial d'étoffe d'or^ comme nous l'avons dit ; quand le chœur chante Ylncarnatus , le Pontife incline la tète avec tous les assistants , et les officiers de l'autel qui sont debout fléchissent le genou.
FooclioDS da Cardinal-Diacre , da Sons-Diacre , du prélat Sacristain , de Ticolyte , pour purifier les yases sacrés ; le Pape revient à Tantel ; prégnstation des hosties par le prélat Sacristain , du pain et du vin par le Crédencier ou Échanson ; encensement de Fantel , du Sacré-Collége et des dignitaires.
Le chœur ayant chanté Xlncarnatus^ le Cardinal- Diacre d'office, accompagné du Sous-Diacre latin , qui se tient à sa gauche , quitte l'autel après avoir fait les salutations d'usage ; précédé par un Maître des cérémonies et deux Massiers , il se rend à une des crédences, dû côté de l'épître, sur laquelle sont placés cinq chandeliers des sept que portent les Acolytes, et où est aussi le service en vermeil du même Cardinal : ce dernier lave ses mains , ainsi que le Sous-Diacre. Accompagnés des mêmes officiers , ils retournent l'un et l'autre à l'autel : le Cardinal-Diacre se place du côté de l'évangile , le Sous-Diacre du côté de l'épître , et ils étendent ensemble la nappe , roulée le long du gradin de l'autel ; elle est de fin lin damassé, bordée de dentelles et de franges d'or : on rappelle la nappe de XlnmmatuSy parce qu'on la déplie sur l'autel après ces paroles du Credo. Le Cardinal-Diacre, tourné* vers la croix , reste au milieu de l'autel , tandis que le Sous-Diacre en
( 102 ) descend pour se rendre ^ assisté d'un Maître des cérémonies et précédé des Massiers^ à la crédence du Sacristain, placée du côté de l'épttre^ et voisine de celle du Cardinal-Diacre; sur cette crédence sont les deux autres chandeliers des Acolytes. Un Maitre des cérémonies et un Clerc de la chapelle placent sur les épaules du Sous-Diacre un voile de soie blanche, brodé d'or, vulgaire* ment appelé bavarola; les deux extrémités de ce voile croisent sur la poitrine : il prend la bourse qui contient le corporal, deux purificatoires, et une boite d'argent qui renferme les hosties, placée sur la bourse; il revient à l'autel par le câté de l'épttre, en monte les degrés, et présente cette bourse, qu'il porte de ses mains élevées, au Cardinal-Diacre; ce dernier prend la boite des hosties et la pose sur l'autel; il reçoit aussi la bourse, et étend à la manière ordinaire le corporal, plaçant à côté les deux purificatoires.
Le prélat Sacristain, ayant quitté le trône quand le Sous-Diacre a quitté la crédence, y vient lui-même, portant un voile de soie blanche à dentelles d'or, qui lui couvre les épaules; il prend le calice, la patène, deux autres purificatoires, la cuillère d'or, et recouvre le tout du voile qu'il porte ; en même temps un des Acolytes Votants prend deux burettes vides, une petite coupe ou yase; et l'un et l'autre , précédés des Massiers et du Maitre des cérémonies, vont à la crédence du Pape, du côté de l'évangile : là, le prélat Sacristain dépose les vases sacrés , de même que le Votant de signature, les burettes; assisté du Crédencier, ou Échanson pontifical, il purifie le calice, la patène, la cuillère, les burettes, avec du vin ; il purifie avec de l'eau la burette destinée à renfermer ce liquide. L'Échanson , après avoir versé le vin et Peau dans une autre coupe, en fait la prégustation (1 1) ; il met ensuite le vin et l'eau dans les deux burettes , qu'il donne à l'Acolyte Votant ; ce dernier et le prélat Sacristain , couvrant du voile qu'il porte le calice, la patène et la cuillère, reviennent à l'autel, accompagnés des mêmes officiers, et y déposent les vases sacrés. Alors le Cardinal-Diacre prend trois hosties de la boite qu'ouvre le prélat
( 105 ) Sacristain ^ et les dispose sur la patène , en ligne droite y de manière qu'elles ne la dépassent pas.
Après le Credo y le Pape se lève de son fauteuil pour chanter le Dominus vobiscum^ XOremm, et lire l'offertoire ; les Chantres de la Chapelle exécutent en contre-point le motet de Palestrina : * In diademate eapùis Aaron. Cependant les Cardinaux-Diacres assistants âtent au Pape l'anneau pontifical (11) et les gants ^ qu'ils remettent à un des Acolytes Votants^ placé à genoux devant le Pontife, et les reçoit dans un bassin de vermeil. Le Prieur des Chefs de quartier , ou un des Conservateurs du peuple romain , précédé de deux Massiers, se rend à la crédence du Pape , pour y prendre l'aiguière et la cuvette de vermeil , et reyient au trône pour verser l'eau sur les mains de Sa Sainteté ; un Auditeur de rote ou un Clerc de la Chambre porte le grémial de fin lin et le linge destiné à les essuyer. Le Cardinal-Évèque assistant présente au Pape l'anneau usuel y différent de celui qu'il porte quand il met les gants. Sa Sainteté descend du trône , bénit le Sacré-CoUége , arrive au pied de l'autel , en monte les degrés, et le baise au milieu.
Cependant le Cardinal-Diacre d'office , avant que le Pape n'arrive à l'autel, prenant une des trois hosties qu'il a mises sur la patène , la donne au pré|at Sacristain , après l'avoir touchée avec cette même patène ; il prend ensuite une des deux hosties qui restent, et après l'avoir fait toucher intérieurement et extérieurement au calice et à la patène , il la remet au prélat Sacristain , qui doit la consommer aussitôt , ainsi que la première , le visage tourné vers le Pape; la troisième est employée au sacrifice. Après cette cérémonie, qu'on appelle Proba (Voy. Cancellieri, de Sécrétants : prœgustatio panis et vint in sacris Pontificum à Sacristâ prœstanda) , le Cardinal pose la patène sur l'autel , prend les burettes des mains du Sous-Diacre latin , et verse dans la petite coupe que lui présente le Sacristain , une portion d'eau et de vin , que ce dernier Prélat boit immédiatement, pour achever l'épreuve des deux espèces sacramentelles. Le Cardinal-Diacre prend la
( 104 ) patène^ avec la seule hostie qui reste , la présente au Pape , arrivé à Fautel; le Pontife loffre à la manière ordinaire. Cependant le Sous-Diacre latin présente au Cardinal-Diacre la burette du ym^ ce dernier en verse dans le calice une quantité suffisante pour •trois personnes ; le Sous-Diacre prend la cuillère dor *, reçoit quelques gouttes d'eau du prélat Sacristain , et fléchissant doucement le genou , demande la bénédiction au Pape'^ en disant: Benedidtej Pater sancie; il verse ensuite l'eau dans le calice (13), que le Cardinal présente au Pontife , qui l'offre égalemrént à la manière ordinaire. Le Pape récite les prières qui suivent Foblation du calice; il encense ensuite le pain ^ le vin et l'autel, reprend la mitre, et reçoit lui-même l'encens du Cardinal-Diacre d'office, qui , après avoir encensé le Cardinal-Évèque assistant et les deux Cardinaux-Diacres , va rendre le même honneur aux membres du Sacré-Collége et aux Évoques assistants au trône ; il remet Fencensoir à l'Auditeur de rote, par qui il est lui-même encensé, comme le sont ensuite les Évèques non assistants, le Gouverneur de Rome, le Prince assistant, l'Auditeur de la Chambre, le Trésorier , le Majordome , les Abbés mitres , les Protonotaires apostoliques, le Régent de la Chancellerie, les Généraux d'ordres religieux , le Sénateur , le Conservateur , et le Prieur des Chefs de quartier , enfin les autres membres de la prélature auxquels cet honneur est dû.
Le cardinal Bona explique le rit de l'encensement des laïques (jRerwm liturgie-), en disant que cet encensement des ministres de l'autel et ensuite des laïques ne constitue point un privilège de dignité, comme l'opinion s'en est introduite plus tard d'une manière abusive; mais c'est un acte de religion propre à exciter l'adoration et représenter l'effet de la grâce divine. C'est pourquoi dans l'Apocalypse (chap. viii) il est dit : (c L'encens est le symbole des prières des saints » ; et nous chantons dans le psaume :
* Dans rÉglise grecque , le Preire communiant les fidèles sous les deux espèces , se sert d*une petite cuillère. Dans TÉglise latine , elle n*est seulement employée à Fusage précité qu'aui messes solennelles chantées par le Pape. fN. du T,J
( 105 ) « 0 Seigneur , que ma prière se dirige vers vous comme la fumée de Fenceos ».
Dès que le Pape a été encensé , il lave de nouveau ses mains : les dignitaires que nous avons fait connaître lui versent l'eau ; le Cardinal-Évôque soutient le livre , dans lequel le Pontife lit le psaume Lavaboj pendant qu!un Patriarche ou un Ëvèque assistant tient la bougie; Sa Sainteté revient au milieu de Fautel^ continue les prières de la messe , et entonne ensuite la préface. Il faut que le Cardinal-Diacre qui encense le Sacré-Collége règle sa marche de manière à se trouver au milieu du presbytère lorsque le Pontife chante le Grattas agamus Domino Deo noslro. Au SanctuSy huit Votants de signature portant des torches allumées^ accompagnés des Maîtres des cérémonies ^ se mettent à genoux sur la dernière marche de l'autel. Sa Sainteté récite le Canon , tandis que le chœur chante ÏHosanna in excelsis. Bientôt toute l'assistance garde un profond silence , et se prosterne quand le Pontife prononce les redoutables paroles de la consécration : il adore lui-même l'hostie ; il la montre au peuple en élevant ses bras perpendiculairement devant lui, et puis les tournant à droite et à gauche; il en fait de même à l'élévation du calice (14). Les Gardes- Nobles, les Suisses, se découvrent, fléchissent le genou; les premiers déposent à terre leurs épées ; en môme temps les troupes qui occupent une partie de la nef, présentent les armes, et mettent aussi le genou à terre. Après l'élévation , le corps des trompettes des Gardes-Nobles, placé à la grande fenêtre intérieure, sur la porte principale d'entrée de l'église , exécute de religieuses symphonies; le chœur chante ensuite le Benediclus^ et le Pape continue les prières du Canon.
Avant que le Pape ne commence le Pater, le prélat Sacristain se rend à sa crédence, où se trouve l'Acolyte Votant; ce dernier prend les burettes. Fa coupe, pendant que le premier, couvert de son voile blanc, prend le chalumeau de la main droite, et le calice pour les ablutions du Pape, de la main gauche; l'un et l'autre, précédés des Massiers, se rendent à la cré-
( 106) dence du Pontife, sur laquelle le Sacristain pose le chalumeau d'or et le calice^ et FAcolyte la coupe et les burettes, que FÉchansoD jpontifical achève de vider , et qu'il remplit ensuite d'eau et de vin , après les avoir purifiées , ainsi que la coupe , le chalumeau et le calice^ en renouvelant Fépreuve que nous lui avons vu faire sur les espèces sacramentelles. L'Âcolyte prend les burettes^ la coupe, et le Sacristain le chalumeau , le calice et deux purificatoires ; précédés des Massiers et d'un Mattre des cérémonies, ils vont se placer à la droite du trdne , restant l'un près de Fautre sur le gradin supérieur. Le Pape , après avoir chanté le Pax Dommi sit semper vobtscumj divise l'hostie en deux parties *, et récite VAgnus Dei, que les Chantres ne finissent qu'à la communion du Pape. Sa Sainteté récite ensuite la prière Domine, Jâsu Chrùte; il baise l'autel avec le Cardinal-Ëvéque assistant , lui donne la paix , la donne encore aux deux Cardinaux-Diacres, se réservant de le faire à l'égard du Cardinal-Diacre d'office , quand il l'aura communié. Après avoir fait une génuflexion au Saint-Sacrement, la tète découverte et les mains jointes , il quitte l'autel , et retourne au trône , accompagné des Cardinaux et Prélats assistants.
A peine le Cardinal-Évèque a-t-il reçu la paix du Pape, qu'il est allé la porter au premier Cardinal-Prètre , au premier Cardinal-Diacre, au premier Patriarche ou Archevêque assistant, a la droite du trône; ensuite au premier Archevêque ou Ëvêque assistant, à gauche, et à un Auditeur de rote, qui, accompagné d'un Maître des cérémonies, la porte au premier Ëvêque non assistant, qui la donne aux Prélats orientaux et aux Abbés mitres; ces dignitaires la donnent aux Pénitenciers , au Gouverneur de Rome, qui la transmet aux Prélats di fiocchetti, et ces derniers
* Les Grecs et les Orientaux divisent l'espèce sacramentelle en quatre parties ; dans le rit mozarabique , on divise lliostie en neuf; autrefois dans l*Église latine; on la divisait en trois parties , dont une conservée pour les malades. Les pains d*autd étaient anciennement beaucoup plus épais et plus grands , et il est à croire que oe n*e8t que postérieurement au douzième siècle , qu'à peu de chose près on leur a donné ù forme que nous leur voyons aujourd'hui. ^iV. du T,J
( i07 ) aux Protonotaires, aux Généraux d'ordres religieux y aux Procu-^ reurs-Généraux des nièmes ordres , au Prédicateur apostolique , au Confesseur de la Famille pontificale j aux Procureurs des collèges. Après que le Gouverneur l'a reçue , l'Auditeur de rote la donne encore au Prince assistant au trdne, au Sénateur, qui la donne au premier Conservateur de Rome , et ce dernier à ses collègues; ensuite le même Prélat la porte au Mattre du Sacré- Hospice , et à son collègue l'Auditeur de rote le plus ancien. Les Clercs de la Chambre , les Votants de signature, les Abréviateurs^ les Référendaires, la reçoivent à leur tour. L'Auditeur de rote la donne enfin au Maître des cérémonies qui l'a accompagné, et ce dernier la porte aux dignitaires qui assistent à la cérémonie , tels que les autres Maîtres des cérémonies, les Camériers secrets, les Avocats consistoriaux, les Chapelains secrets, les Clercs secrets , les Chapelains du commun, les Aides de chambre, les officiers de l'autel. Ces divers dignitaires se la communiquent réciproquement; tous ceux qui la donnent disent : Fax tecum; ceux qui la reçoivent : Et cum spiritu tuoj se faisant réciproquement une inclination de tète.
Dès que le Pontife a quitté l'autel , le Cardinal- Diacre d'office se place du côté de l'épître, de manière qu'il puisse voir la sainte Eucharistie sur l'autel et le Pape sur son trône ; le même Cardinal revient au milieu de Tautel, prend la patène, sur laquelle le Maître des cérémonies a placé X astérisque (15), ou l'étoile qui recouvre et garantit l'hostie, l'élève jusqu'à la hauteur de son front pour la montrer au peuple; se tournant à droite de manière qu'il aperçoive le Pape, il l'élève plus haut, faisant un demi-cercle, et retournant à gauche, pour la montrer une troisième fois au peuple, de manière à voir encore le Pontife; il donne la patène, avec l'hostie consacrée, et assujettie par ïastérisque, au Sous-Diacre , à genoux du côté de l'évangile, qui la reçoit sur les mains, couvertes d'un riche voile brodé d'or , et lui-même fléchit le genou et adore la sainte hostie, jusqu'à ce que le Sous-Diacre, se relevant, la porte au Pape; le Cardinal-Diacre se relève aussi, et se tournant du
( 108 ) côté de répitre 9 il attend que le Sotis-Diacre , qu accompagne an Mettre des cérémonies , soit arrivé au trône. Le Pape , à genoux , adore dans un profond recueillement la sainte Eucharistie, lorsqu'on la porte de lautel au trône *; toute Fassistance est paiement k genoux. Les Gardes-Nobles qui entourent le presbytère se découvrent y baissent leurs épées et fléchissent le genou. Le Pontife se relève y en restant toujours dans Tatlitude de la prière ; le Sous- Diacre se place à sa gauche; le Cardinal-Diacre resté à Fautel, prend ensuite le calice , lelève pour le faire voir au Pape et au peuple y comme il Ta fait pour Thostie sacrée. Accompagné par an Maître des cérémonies, qui couvre le calice d'une pale brodée d'or, et marchant avec lenteur et dans un profond recueillement, il le porte au Pape, qui, à genoux sur son trône, adore le précieux sang, et se relève ensuite. Le Cardinal monte sur le palier du trône, se place à côté du Cardinal-Ëvèque assistant et du prélat Sacristain, c'est-à-dire, à la droite du Pape. Ensuite deux des premiers Patriarches ou Évèques assistants présentent au Pontife, Fun le missel , dans lequel il lit les deux oraisons : Domine Jesu Christe^ filt Dei vivij et la suivante : Perceptio; l'autre tient le cierge allumé. Le second Maître des cérémonies enlève de la patène, que tient le Sous-Diacre , Fétoile d'or, et le Pape prend une des deux parties de Fhostie de la main gauche : Ex dextro latere ad designandum Dominici laterts percussionem , et dit le Panem ccelesiem et le Dominey tion sum dignus, qu'il répète trois fois , en se frappant la poitrine; il se communie en formant sur lui le signe de la croix , et disant : Corpus Dominij etc. Le Sous-Diacre latin s'éloigne après la communion du Pape, pour permettre au Cardinal- Diacre qui tient le calice du précieux sang , de s'avancer du Pontife. Cependant le prélat Sacristain remet au Cardinal-Évèque
* Il est à remarquer que le Saint-Sacrement porté par le Cardinal-Diacre, traverse le presbytère sans être précédé ni suivi de cierges portés par des Clercs de la chapelic. Cet usage s'observe religieusement en France. Paride de Grassis nous apprend qu'à la messe célébrée à Bologne par Léon X devant François I.cr, le Saint- Sacremeat porté de l'autel au trône fut précédé de torches allumées. /^iV. dtt TJ
assistant^ qui le donne au Pape, en baisant sa main, le chalumeau d'or y emblème du roseau surmonté de l'éponge qu'on approcha des lèvres du Sauveur expirant : Sa Sainteté le plonge dans le calice , et absorbe une partie du précieux sang. Après la communion du Pape , le chœur achève XAgnus Det.
On remarque que le Cardinal-Diacre se place à la droite de Sa Sainteté , pendant l'imposante cérémonie de la communion du Pontife suprême: sa dignité est supérieure à celle du Sous-Diacre , qui se place à gauche. Macri fait observer que le sang du Christ coula du côté droit, et qu'anciennement le calice ne se plaçait pas sur l'autel, derrière l'hostie, comme aujourd'hui, mais k droite, pour marquer l'effusion du sang et de l'eau , qui sortirent du côté droit du Rédempteur. Innocent III ( Mysler. Missœ ) explique ainsi le rit de la communion pontiûcale faite sur le trône : Romantis Pontifex non communicat ubifrangùj sed ad altare frangit , et ad sedem communicat^ quia Christus in Emmaiis coram dwh hus discipulis fregitj et in Jérusalem coram Apostolis manducavitm In Emrnaus fregisse legitur^ sed manducasse non legitur. In Jerw salem non legitur fregisse ^ sed legitur comedisse. Macri voit dans cet usage un souvenir plus particuHer de la passion du Sauveur; et Durandus ( Ration, divin. Offic.) ajoute : Sicut sanctissimus Pontifex et Christi vicariusj et caput omnium qui in Ecclesia degunt militantij ita Christum Ecclesiœ caput ferfectiùs ac sublimiùs reprœsentans j ad sublimiorem locum communicare solet. Chiapponi ( Àcta Canonis. S. PU V. ) rapporte encore que , de même que Jésus-Christ consacra le pain et le vin dans le Cénacle, et, s'offrant à son Père sous les yeux de tous , accomplit et perfectionna le sacrifice sur le Calvaire; de même aussi le Pontife, vicaire de Jésus-Christ , consacre sur l'autel , emblème du Cénacle , et se communie sur son trône , à la vue de tous les assistants , à l'exemple du Sauveur crucifié. Cette explication est conforme à celle que donne saint Bonaventure ( in Psal. )^ qui reconnatt aussi dans cet usage une plus grande conformité du vicaire de Jésus-Christ avec l'invisible chef de l'Église. L'ancien rit qui permettait au
( iio)
Pape de commanier assis les Cardioaux-Diacres et les premiers dignitaires laïques , n'est plus observé depuis long-temps , bien que le cérémonial de la Chapelle papale laisse au Pontife la liberté de le faire. Ce n'est d'ailleurs qu'aux solennités de. Pâques et de Noël y comme nous le verrons ^ que les Cardinaux-Diacres et les nobles laïques sont admis à recevoir la communion des mains du Pape (16).
Après avoir pris le précieux sang^ le Pontife donne la communion au Cardinal-Diacre et au Sous-Diacre latin : pour cela^ il partage en deux l'autre partie de I hostie y qu'il donne au premier^ resté debout devant lui , et à l'autre^ qui se met à genoux; tous les deux ^ avant de prendre la sainte Eucharistie ^ baisent Panneau papal y et reçoivent du Pontife \osculum pacù. Gancellieri^ ( Descriz. di ire Ponlt'f. ) fait remarquer que le Diacre et le Sous- Diacre grecs ne reçoivent point la conmiunion , parce qu'ils n'ont point directement servi à l'autel comme le Diacre et le Sous-Diacre latins^ qu'ils n'ont fait que chanter l'épttre et Févangile dans leur idiome ; il ajoute qu'étant le plus souvent prêtres y ils ont célâ)ré la messe avant la cérémonie^ et qu'il n'est pas nécessaire^ sans un grave motif y de changer leur rit y qui leur permet de communier avec du pain levé. Après avoir fait la communion y comme nous venons de le dire , le Diacre et le Sous-Diacre reviennent immédiatement à l'autel^ le premier rapportant le calice et le chalumeau d'or ^ et le second la patène. Le Pape et toute Fassistance fléchissent le genou quand le Diacre et le Sous-Diacre quittent le trône pour retourner à l'autel. Lorsqu'ils y sont arrivés , le Sous-Diacre purifie la patène sur le calice^ et le Diacre consume^ avec le cba« lumeau^ une partie du précieux sang resté dans le calice; le reste est consumé par le Sous-Diacre^ sans l'emploi du chalumeau; il purifie ensuite le calice. Cependant le Pape prend les .ablutions dans un calice particulier^ que lui présente le Gardinal-Évèque^ qui le rend ensuite au prélat Sacristain.
Dès que le Pape a pris la dernière ablution y le prince assistant au trâne se rend à la crédence pontificale^ recouvre ses épaules
du voile^ prend Taiguière et le bassin y et revient au trône ^ où le Pape doit laver ses mains. Sa Sainteté purifie ses doigts avec du vin contenu dans une burette en cristal : le vin est versé par le premier Gardinal-Prètre^ qui^ à cette fin ^ s'est rendu sur le trône; le Cardinal-Évèque présente le purificatou'e. Reprenant ensuite la mitre , le Pape se lave les mains pour la quatrième fois , en ob« servant toujours le cérémonial que nous avons fait connaître ; il revient ensuite à Fautel pour achever la messe. Les Chantres entonnent l'antienne de la communion quand le Pape descend les d^rés du trône , et la prolongent jusqu'à ce que Sa Sainteté l'ayant lue sur l'autel^ du côté de l'épitre, revienne au milieu et le baise. Après la dernière oraison ^ chantée par le Pontife , et ïlte Missa est par le Cardinal-Diacre (16); l'Auditeur de rote^ en tunique^ prend la croix pontificale^ se place devant le Pape^ qui bénit l'assistance^ et récite Févangile selon saint Jean. Le Cardinal-Diacre ne publie pas l'Indulgence^ qui doit être publiée après la triple bénédiction solennelle donnée du haut de la Loggia.^ Après le denuer évangile, le Cardinal-Diacre remet au Pontife la mitre; Sa Sainteté descend de l'autel , sur lequel elle laisse le manipule dans un bassin de vermeil^ et va se placer à genoux sur un priedieu, au pied de l'autel, où, quittant de nouveau la mitre, elle demeure quelque temps en oraison.
Après que le Pape a fini sa prière, et que le Cardinal-Diacre loi a remis la mitre, les gants, le grand anneau pontifical, il se place sur la sedia. Cependant l'Archiprètre de la basilique de Saint-Pierre, avec deux Chanmnes-Sacristains majeurs, portant la cotte et le rochet, s'approchent de Sa Sainteté , et lui présentent une bourse de soie blanche, brodée d'or, contenant 25 jules, ancienne monnaie , lui disant : Beatissime Pater ^ Capitvlûm et Catumki hujus sacrasanctœ BasUxcœ^ Sanctitatœ Vestrm conmetum offerunt presbyterium^ pro missi bene cantatâ. Le Pape donne la main à baiser à l'Archiprètre, et son pied aux deux Chanoines; il donne la bourse au Cardinal-Diacre d'office, qui la remet à son Caudataire; celui-ci la porte au Sacristain de la basi-
liqoe^ en échange de S écus (27 fr. )^ savoir : 25 panls pour la monnaie , et autant pour la bourse.
CoaroDBemeDt do Pape , et Bénédictioi sekueUe.
Après avoir ainsi reçu l'olTrande et Thommage du chapitre de Saint-Pierre, le Pape, porté sur la sedta^ recouvert du grand dais flottant, accompagné des Camériers portant les flabelles^ précédé du cortège que nous avons décrit, parcourt la longue nef de l'élise, traverse le portique, et se rend processionnellement à la grande loge (Loggia y àe la Bénédiction , sous le portique de Saint-Pierre: là s'élève un trdne où s'asseoit le Pontife , entouré de tout le Sacré-GolIége, Prélats et dignitaires de la cour, à la vue du peuple immense qui couvre la place Saint-Pierre , empressé de voir son nouveau souverain. La croix papale, les chandeliers des" Acolytes, les mitres, les tiares pontificales, apparaissent sur leprenuer plan de ce majestueux tableau. Les Chantres commencent le motet de Palestrina, Corona aurea super caput ejus, après lequel le Cardinal-Doyen récite le Pater noster^ avec les versets et répons suivants :
i. Cantemus Domino ,
i), Gloriosè cnim magnificatus est.
i, Buccinate in neomeniâ tuba ,
i). In insigni die solemnitatis yestrae.
-f . Jubilate Dco , omnis terra ,
i). Servi le Domino in laetitiâ.
i. Domine , exaudi brationem meam ,
ij. Et clamor meus ad te yeniat.
-f. Dominus yobiscum ,
ij. £t cum spiritu tuo.
Le Cardinal récite sur le nouveau Pontife, l'oraison suivante :
Omnipotens , sempiterne Peus , dignitas sacerdotii , et aactor regni, da gratiam famulo tuo (Grcgorio ) Pontifici nostro , Ecclesiam tuam fractuosè regendi , ut qui tnâ clementiâ pater regum , et rector omnium fideliam constituitur , et coronatur, salubri tua dispositiime cnncta benè gnbernentur ; Per Christum , etc.
Le chœur répond : Amen. Alors le second Cardinal-Diacre ôte
( 41« ) la mitre au Pape; le premier Cardinal-Diacre^ à qui il appartient de le couronner^ lui met la tiare sur la tète^ en disant :
Accipe tiaram irihm coronis omatamj et scias te essepatrem princtpum et regum rectorem orbis in ierrâ^ vicarivm Salvatoris nostri Jesu Christi, cui est honor et gloria^ in secvla secuiorum. Amen.
Le front ainsi orné de la triple couronne, le Pontife, porté sur la sedia j s'approche du grand balcon de la façade de la basilique ; un Evèque assistant , à genoux , tenant le livre , et un autre le cierge, le Pape, assis, récite les prières suivantes :
Sancti Apostoli Petrus et Paulus^ de quorum potestate et auctoritate canfidimWj ipsi intercédant pro nobis ad Dominum.
Precibus et merilis beatœ Mariœ semper Virginis^ beati Michaelis Archangelij beati Joannis Baptistœ, et sanctorum Apostélorum Pétri et Pauli^ et omnium Sanctorum^ misereatur vestrî omnipotens Deus j et dimissis omnibus peccatis vestris j perducat vos Jésus Christus ad vitam œtemam. Amen. ^
Indulgeniiam , absolutionem j et remissûmem omnium pecca^torum vestrorumj spatium vercSj et fructuosœ pœnitenticBj cor semper pœnitens et emendationem viiWj gratiam et consolationem Sancti Spiritûsj et finalem perseverantiam in bonis operibus, tribuat vobis omnipotens et misericors Dominus. Amen.
Après la récitation de ces prières, le souverain Pontife se lève, entrouvre ses bras, bénit le peuple avec trois doigts, et fait trois fois le signe de la croix , devant lui et des deux cdtés , en disant : Benedictio Dei omnipotentiSj Patris^ et Filiij et Spiritûs sancti, descendat super vos , et maneat semper. 11 Amen, est solennellement répété plusieurs fois. Les deux Cardinaux assistants publient, Fun en latin, l'autre en italien, les formules d'indulgences plénières accordées aux fidèles qui ont reçu la bénédiction papale dans les dispositions convenables; ces formules, imprimées, sont jetées à la foule, qui assiège les avenues du portique.
Avant de quitter le balcon , le Pape donne une dernière bénédiction ; et ; porté sur la sedia, il rentre dans l'intérieur de la
( 112 ) lique, en échange de 6 écus (27 fr. };, monnaie , et autant pour la bourso.
Couronnement du Pape , et '
Après avoir ainsi reçu roffr.'* Saint-Pierre, le Pape, porté «"^ flottant , accompagné des C^' du cortège que nous avons r- ' traverse le portique, et :
loge (Loggia) de la Béi:»' ' là s'élève un trône où •' ,,
cré-CoIIége , Prélats ( . . .^a
immense qui couvre ' nouveau souverain les mitres, les ti.î:
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.i . où , assisté des
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.•linal-Doyen s'avance
. ..> de félicitation , où,
.. n jct mérité de devenir
.0;: et glorieux pontificat.
. e prie de l'assister de la
. ..inement de l'Église et de
.i . iemandant la protection de
.ux Aputres. Enfin , le Pontife,
v.i§e privé , rentre dans l'intérieur
de ce majeslii' de Palestrin.'i Cardinal-lksuivants :
i. Caiilr i, liuc. ••
.uie le spectacle imposant de cette ^ct que présente la place Saint* ..ouïe , qui ne dure que quelques ins- ^^.citî de sublimité et de grandeur qui
.X. ;tAi couvre cette place, se prosterne «* recevoir la bénédiction du souveraia -ayife la piété et le respect. La musique •.ç»^* ou bataille sur la place , exécute de* ^ . Saiut-Pierre retentissent, et l'artillerie -, iH)rte au loin l'heureuse nouvelle dut .^.«.àu Pontife. Sur les galeries et les ter- .^^♦: • HHit placés des sièges réservés pour les X ^e distinction qui assistent h la cérémonie: ^^^e Ciipe et d'épée et les Bussolantt reçoi-
•^^ie donne cette bénédiction solennelle, im- V , »v* ci Orbi (1 9)^ du balcon de Saint-Pierre, ,,,^ciUont- Nous verrons que, pendant Tannée, Au^ùK'tion, dans le même lieu, le jour du Jeudi
( ils ) «int et le jour de Pâques; à Saiot-Jean-de-LatraD, le jour de TAscension ; à Sainte-Marie-Majeure , le jour de l'AssomptioD. La disposition des lieux est à peu près la même dans ces basili- ]oes^ situées au milieu de grandes places^ et dont les façades [Hnésentent un balcon ou une tribune destinée au Pape pour bénir la multitude.
GoDsécntioB du Bonyeaa Pape.
Élevé du rang de clerc, de sous-diacre, de diacre , ou de prêtre, au suprême pontiGcat (20), le nouvel élu doit être sacré évêi|iie. Mabillon nous apprend qu'en 827, le rit de la consécration da nouveau Pontife se bornait à Fonction épiscopale, à l'oblation la saint sacrifice pour celui qui était élu , à Fancien usage de le faire asseoir sur la précieuse chaire de saint Pierre ; au ban^ qoet qu'il offrait; aux aumônes qu'il distribuait; aux dons oflerts ra Sénat , aux Juges , aux Avocats, aux Scriniaires, enfin au peuple romain. Ces offrandes s'appelaient presbyteriù
La cérémonie, pour le nouveau Pape déjà prêtre, est la même que pour le sacre d'un Évêque , à quelque différence près , à cause de h haute dignité h laquelle est appelé le vicaire de Jésus-Christ.
La consécration du Pontife romain se faisait autrefois un dimanche; dans ces derniers temps, cette cérémonie a été célébrée aux jours ordinaires. Les derniers Papes qui n'avaient pas le caractère épiscopal avant de monter sur le trône, sont : Clément VIII, Clément XI, Clément XIV, Pie VI, Grégoire XVI. Dans les premiers siècles du Christianisme, les Diacres, comme véritables administrateurs des biens de l'Église, étaient plutôt élus que les Evèques. Nous savons qu'en 991, Formose, évêque de Porto, passa de son évêché sur le siège pontifical. Les écrivains citent aa nombre des Ëvêques qui, dans les premiers siècles de l'Église, n'avaient pas de siège déterminé , et qui furent cependant appelés ao suprême pontificat, saint Lin, consacré évêque par saint Pierre; Marin L", élu en 882. Quand le Pape était évêque avant BOD élection , il n'était pas de nouveau consacré ; il était l'objet
d'uDe bénédiction particulière , que quelques-uns ont appelée cmsécratton, qu'il recevait un jour de dimanche : Episcopus qui m Papam eleclus est, non consecratur denuo, sed benediciiur, alir quo die dominico , et coronatur, est-il dit dans YOrdo romm du cardinal Stephaneschi , rapporté par Mabillon. Nous lisons encore , dans le cérémonial de Patrizzi : Si electus Poniifex jam episcopus est, (antùm benedicendus et coronandus.
Le Gardinal-Ë vèque d Ostie (2 1 \ assisté des Gardinaux-Évèqœs de Porto et d'Âlbano, a eu ^ dès les premiers siècles de rÉglêe, le privilège de consacrer le Pontife. Aujourdliuî ^ le Doyen da Sacré-Collége étant toujours évèque d'Ostie , le Sous-Doyen , évèque de Porto , comme la consécration doit être faite par les tro» Suburbicaires les plus anciens, et que FÉ vèque d'Âlbano peut bien n'être pas le troisième Cardinal en dignité ; alors le Gardinal- Ëvêque de Sabine , de Palestrine ou de Frascati ^ se réunit au deux premiers pour concourir à la solennité , à laquelle participent aussi le premier Cardinal-Prêtre, les trois Cardinaux-Diacres ^ enfin tous les membres du Sacré-Collége, revêtus d'ornements blancs propres à leur ordre, et les dignitaires de la cour papale. Elle se fait dans la basilique Saint-Pierre. En voici une description abrégée, d'après Âdami {délia Consagr. delnuovo Pontefice).
11 n'est pas nécessaire que, dans la même matinée , le nouveau Pontife soit tout h la fois consacré et couronné; nous en avons un exemple assez récent dans la personne de Clément XIV , qui ne voulut point que ces deux cérémonies eussent lieu le même jour. La consécration du nouveau Pontife se fait après le chant de tierce , et les dispositions prises dans l'église Saint-Pierre pour cette cérémonie sont les mêmes que celles que nous avons indiquées pour le couronnement. Le Pape se revêt sur son trône de ses habits pontificaux ; le Cardinal consécrateur et ses deux collègues, vont revêtir également les mêmes ornements, et reviennent auprès du Pontife : le premier porte , pour ce jour-là seulement , le pallium.
La procession se rend à l'autel de la Confession : le Cardinal-
( 117 ) Diacre Aie la mitre au Pape, et, après une courte prière , le Pontife^ à genoux^ fait l'acte solennel de la profession de foi, après lequel il monte sur le marchepied de l'autel , oiî il se met à genoux sur un prie-dieu richement décoré. Le Cardinal-Doyen, prélat consécrateur , se met à genoux à la gauche du Pape, et les deux Gardinaux-Évèques se mettent aussi à genoux , derrière le nouveau Pontife; les Chantres de la chapelle commencent aussitôt les litanies des Saints ,^ après lesquelles les trois Cardinaux-Ëvèques font sur le nouvel élu les bénédictions d'usage , rimposition des mains et du livre des Évangiles, en récitant les prières prescrites au Pontifical pour la consécration des Évéques; le Cardinal-Doyen entonne ensuite le Vent^ Creator^ que le chcenr continue. Après le chant de cette hymne, le Cardinal- Doyen fait sur la tète et les mains du Pape les onctions sacrées > et entonne l'antienne Unguentum in captte^ que les Chantres exécutent en contre-point; le chœur tout entier chante ensuite le psaume Ecce quàm bonum^ et réplique à la fin l'antienne Vngumlum in capite, sans intonation.
Cependant le Cardinal consécrateur met au Pape l'anneau pontifical, et, réuni aux deux autres Cardinaux-Ëvèques , il lui fait toucher le livre des saints Évangiles. Après une profonde inclination, tous les trois vont déposer leurs habits sacrés; le Doyen du Sacré-Collége revêt la chape ornée du formai, pour assfster, comme évèque, à la messe solennelle, le Pontife nouvellement consacré. Le Cardinal-Diacre d'office s'approchant du Pape, assis sur son fauteuil, lui essuie la tète, sur laquelle les onctions ont été faites, et se lave ensuite les mains. Le Pontife, descendant au pied de l'autel , assisté du Cardinal-Doyen , du Cardinal-Diacre d'office , d'im Auditeur de rote Sous-Diacre apostolique , qui doit lui mettre le manipule au bras gauche , commence la messe. Le même Auditeur de rote présente ensuite au premier Cardinal- Diacre le pallium , qu'il doit placer sur les épaules du Pape. La messe pontificale se continue et s'achève suivant le même cérémonial que nous avons décrit en parlant du cou ronnement.
( il8)
 l'oiTertoire^ les Chantres de la chapeHe exécutent le motet ExuhaieDeOj de Massini, à deui chœurs, et cinq prélats Votants de signature , précédés des Massiers et d'un Maitre des cérémonies, se rendent au trône pour les offrandes à faire au Pape; elles consistent en deux cierges ornés de l'écusson pontifical , ea deux pains et en deux petits barils de vin : le Gardinal-Doyen présente successivement ces offrandes au Pape, Le Pontife continue ensuite la messe , et on exécute à l'élévation le motet de Palestrina : Fratres, ego enim.
Quand le Pape invitait le même jour à sa table les Cardinaux qui l'avaient assisté, Âdami fait remarquer que le collège des Chapelains-Chantres se rendait au lieu du festin ; et lorsque le Pape avait bu pour la première fois, ils exécutaient trois ou quatre motets à plusieurs voix , avec accompagnement d'orguô. Lorsque Pie VII fut élu , dans le conclave qui se tint à Venise, dans le couvent de Saint-Georges, le ^1 Mars 1800, le Cardinal d'Yorck, en sa qualité d'archiprètre de la basilique Saint-Pierre, prononça une courte et savante allocution ; deux moines arméniens Méchitaristes, du monastère de Saint-Lazare, firent Diacre et Sous-Diacre grecs, et chantèrent Tépitre et Févangile dans leur dialecte.
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Prise de possession de la basiliqae de Sml-Jean-de-Labran, par les Papes.
Les souverains Pontifes, après leur couronnement, se rendait dans la basilique patriarcale de Saint-Jean-de-Latran pour en prendre solennellement possession; cérémonie qu'on nommait processto et processione^ du mot latin procéderez sans doute parce que , du Vatican, on se rendait en procession à la basilique
( li9 ) de Latran ; ce n'est que depuis Si^^te-Quint que Ton trouve ce mot chaugé eu celui de possesso , qui exprime la prise de possession de cette basilique^ église cathédrale du Pape. Lorsque^ en 7S|(9 Etienne III fut élevé au souverain pontificat^ les historiens nous apprennent que ce Pape, profondément aimé et respecté du peuple^ fut porté sur les épaules de ses sujets^ en signe d'allégresse y jusqu'à la basilique Latérane. On fait ainsi remonter à ce Pape la première prise de possession ^ et l'usage de porter les souverains Pontifes , et conséquemment celui de la ^àifk gestatoria; d'autres^ tels que Ganceliieri^ veulent que la première prise de possession ait été celle de saint Léon III : ce Pontife, élu le 26 Décembre 795, consacré le jour suivant, et couronné sur les marches inférieures de la basilique Yaticane, comme on l'a dit^ se rendit ensuite en procession à la basilique de Latran , exemple qui fut imité par ses successeurs.
II est certain que, dans le douzième siècle, la prise de possession était en usage à chaque nouveau règne : Galixte II prit possession le 2 Juin 1120, au milieu des plus vives démonstrations de la joie publique; il reçut, au récit des anciens historiens, dans son trajet, l'hommage des petits enfants, des Grecs, des diaconesses , des vierges , qui portaient des branches de laurier et des palmes; et celui de toute la milice et des fonctionnaires qui assistaient au banquet solennel dans le palais de Latran. Les prises de possession d'Innocent III , en 1 1 98 ; d'Honorius III , en 1216 ; de Grégoire IX, en 1227 ; de Grégoire X, en 1272 , à laquelle assista Charles I.^^, roi de Sicile, qui lui servit jd'écuyer; enfin , celle de Soniface YIII , en 1 295 , font époque par la magnificence que l'on déploya dans cette cérémonie.
Clément Y, élu en 1305, voulant établir la résidence pontificale en France, se fit couronner à Lyon dans l'église Saint-Just; et, pour suivre le rit pratiqué à Rome, il se rendit, accompagné d'un brillant cortège , à une autre église , pour en prendre possession, comme il l'eût fait de la basilique Latérane; ainsi l'avait fait Célestin Y à Âquila. Grégoire XI, en 1377, ayant
( i20 ) rétabli la résidence pontiGcale à Rome , ses saccessenrs y observèrent l'usage dont nous parlons. Nicolas V, couronné le 19 Mai 1447, à Saint-Pierre, le dimanche Lœ.tare, après avoir béni la rose-d'or, la tenant à la main, monta à cheval, et se rendit, précédé du Saint-Sacrement, à Saint- Jean-de-Latran , dont il prit possession. Buccardo rapporte que Pie III, en 1503, se trouvant dans l'impossibilité de' se rendre à la basilique, reçut de la part des Hébreux l'hommage du Pentateuque écrit sur parchemin , qu'ils avaient coutume d'ofTrir au Pontife romain à son passage sous l'arc de Titus. EnBu , Jules II , couronné te 26 Novembre 1 503 , fut le premier Pontife qui sépara définitivement la cérémonie du couronnement de celle de la prise de possession ; Grégoire XIV, en 1 590 ^ suivit cet exemple , que ses successeur» ont imité.
Il faut avouer cependant que la cérémonie du couronnement réunie à celle de la prise de possession , était un témoignage de plus en faveur de la majesté du pouvoir pontifical ; il ne faut pa9 croire que cette dernière cérémonie fût comme la sanction du ministère papal : la prise de possession, n'est qu'ime consécration solennelle de l'ancien rit, qui ne donne aucune autorité au nouvel élu. Les Pontifes romains commencent à exercer leur ministère apostolique dans toute sa plénitude le jour de leur couronnement, et il ne manque pas d'exemples pris dans l'histoire des Papes, qui nous apprennent que plusieurs d'entre eux l'ont exercé aussitôt après leur élection. La prise de possession n'est donc qu'une cérémonie de forme , qui se rattache aux fonctions d'évèque de la ville de Rome, dont l'église de Saint- Jean-de-Latran est le siège.
L'anniversaire de l'élection et du couronnement des nouveaux Pontifes est célébré à Rome, chaque année, par des Chapelles papales et des témoignages de la joie publique; la prise de possession n'est l'objet d'aucun anniversaire , et il ne reste de cette cérémonie qu'une médaille frappée à ce sujet, qu'on distribue, comme nous le verrons , aux Cardinaux , aux Prélats , et à ceux qui ont le même privilège à la fête du Prince des Apdtres.
Le dernier Pape qui prit possession en se conformant aux anciens rites ^ et en déployant une magnificence telle que l'on n'en a jamais vu depuis de semblable^ fut Léon X^ en 1513 : on éleva sept arcs de triomphe. Après lui ^ le cérémonial fut modifié : les Pontifes ne se revêtirent plus des habits sacrés et ne portèrent plus la mitre ^ la sainte Eucharistie cessa de les précéder dans leur marche du palais à la basilique ; ils cessèrent aussi de recevoir, ft leur passage sous l'arc de Titus, l'hommage de la loi de Moïse, que des Juifs, drapés de riches étoffes de soie, étaient admis à leur faire ; on ne vit plus le clergé des églises devant lesquelles passait le cortège, encenser le Pape; et bien d'autres cérémonies touchantes et symboliques tombèrent en désuétude.
L'ancien cérémonial , qui fut , comme nous le disons , modifié après Léon X, portait que les nouveaux Papes devaient s'asseoir sur trois sièges de porphyre dans le portique de la basilique. Le Prieur de l'église Saint-Laurent ad Sancta sanctorum , remplacé aujourd'hui par le Gardinal-Archiprètre de la basilique, présentait au Pape, assis sur le premier de ces sièges, une férule ou petit bâton , symbole du droit qu'a le Pape de corriger et de frapper ; de même que les clefs du palais de la basilique , symbole du pouvoir qu'il a de fermer et d'ouvrir. Plus anciennement on offrait au Pape sept clefs , qu'on attachait à une ceinture ou à une zone, et qu'on lui mettait autour des reins : le nombre des clefs fut réduit à deux , l'une d'or , l'autre d'argent. Le Pape , assis sur le second siège de porphyre , rendait la férule et les clefs à celui de qui il les tenait. On mettait alors au Pontife une autre ceinture rouge , à laquelle était attachée une bourse de soie de la même couleur, contenant douze pierres précieuses et du musc; il prenait des pièces de monnaie de cuivre d'une autre bourse , que lui présentait le Camerlingue, et, comme il l'avait déjà fait une première fois, il les jetait au peuple, en disant : ilurum et argentum non est mthij quod autem habeo tibi do. Une seconde fois, prenant des pièces de monnaie de diverses sortes, il les jetait
en disant : Dispersùj dedil pauperibus; justùia eftu manêt m seculum seculi. Le troisième siège de porphyre ou le Pape s^a»seyait^ portait le nom de chaise stercoraire^ parce que l'on chantait y lorsqu'il s'y mettait , ces paroles du Psalmiste : SuscUat âe pulvere egenum, et de stercore erigù pauperem; ui $edeai cum principibus, et solium gloriœ tentât (22).
Ces diverses cérémonies portent avec elles leurs touchante» significations : le Pontife devait s'asseoir sur ces sièges , disent les anciens auteurs, comme s'il se fût couché entre la primauté de Pierre et la prédication de Paul. La ceinture qu'on lui mettait et les sept clefs , étaient une allusion évidente à la vertu ^ chasteté, qui doit être si chère au Pontife, comme à Fagneands l'Apocalypse , seul digne de briser les sept sceaux du livre mystérieux ; ou aux sept dons du Saint-Esprit , que le Pontife doit tons posséder; aux sacrements, qu'il doit administrer. La bourse, et les monnaies qu'elle contenait , sont un emblème de la charité; les douze pierres précieuses le sont du pouvoir des douze Apôtres; le musc , de la bonne odeur des vertus du Pontife , qui doit pouvoir s'appliquer plus particulièrement à lui-même ces paroles de l'Apôtre : Christi bonus odor sumus. Enfin , le dernier des si^es de porphyre sur lesquels s'asseyait le nouveau Pape, et les paroles du Psalmiste, devaient lui rappeler la condition modeste qu'il quittait , et le rang si élevé auquel l'Église venait de rappeler. On chantait laudes au patriarcat de Latran , dans la salle du Concile; plus tard, elles furent chantées dans la basilique même, par le Cardinal titulaire de Saint-Laurent hors-des-murs. Les oblations et le somptueux banquet où Ion voyait les Princes et les Souverains servir le Pontife, furent autant de cérémonies qu'on négligea peu à peu.
Il est à regretter que ces divers rites symboliques , qui avaient un caractère si attachant, ne soient plus observés depuis longtemps; le seul que l'on conserve avec soin, consiste dans la présentation des deux clefs de la basilique, qui remonte à Pascal II; en 1099, d'après Bonnani, et dans laquelle on voit conune le
( 123 ) signe de la souveraiDeté pontificale de lier et de délier; maiil cette cérémonie n'est encore qu'un, emblème , puisque , comme le veulent les auteurs les plus graves^ cette présentation des clefs ne confère au Pape aucune autorité ; il les reçoit comme un Évèque recevrait celles de sa cathédrale.
Les Ambassadeurs des puissances ayant cessé peu à peu d'as^ sister aux Chapelles papales^ cx)mme on Ta vu, par suite des rivalités de préséance; ils ne se rendirent plus aux cérémonies de prise de possession ; et Clément XI abolit définitivement l'usage où étaient ces dignitaires d'assister aux fonctions pontificales.
Diverses circonstances prises, soit de l'époque où ont vécu les Papes, soit de leur propre volonté, ont contribué à diminuer ou à augmenter la pompe de cette cérémonie. Le plus ordinairement elle a eu lieu un jour de dimanche ou de -fête. Les Pontifes se rendaient à la basilique à cheval , en. litière ouverte , ou en chaise, à des heures différentes de la journée, en partant, soit du Vatican , soit du Quirinal , suivant qu'ils habitaient l'un ou Fautre de ces palais. Les rues par où passait le cortège étaient élégamment ornées; on élevait des arcs de triomphe aux frais des nations auxquelles le Pontife élu appartenait. Lorsque le Pape était romain, le Capitole était magnifiquement décoré; on y voyait les drapeaux des quatorze quartiers de la ville * ; le Pape recevait l'hommage du Sénateur de Rome, portant son sceptre d'ivoire à la main, qui prêtait, à genoux, serment de fidélité au nouveau Pontife , au nom du Sénat et du peuple romain. Du Campo Vaccino au palais de Latran , les soixante-dix arts de Rome (23) ornaient les places et les rues de belles tentures, de guirlandes de fleurs et d'inscriptions en l'honneur du Pontife élu.
* On a dà voir plus haut qu'il était question des sept quartiers de la ville de Home , et des sept églises principales ou basiliques , où le Pontife romain allait faire ses stations ; c'était là l'ancienne division ecclésiastique , empruntée peut-être aux sept collines , autour desquelles se groupaient ces quartiers. La division de la ville en quatorze quartiers ( Rionî ) , qu'on attribue à César , subsiste encore. On a vu que le Prieur ou le premier des Chefs de quartier assbtait aux fonctions papales.
CN. du T.J
En face des jardins Farnèse on élevait , aax firab du Roi de Naples^ propriétaire de ces jardins, situés sur le mont Palatin, un très-bel arc de triomphe y dont le représentant du Roi des Deux-Siciles, en habit de gala, lui présentait, à genoux, le dessin. Les Ducs de Parme, tributaires du Saint-Siège, rendaient au Pape le même honneur ; et la maison de Rourbon imita ce noble exemple lorsqu'elle régna à Naples. De Tare de Titus aa Colysée , le chemin parcouru par le cortège était orné aux frais de l'université des Hébreux (24) , qui le décoraient de tapisseries, et de diverses inscriptions tirées de Fancien Testament, faisant allusion à lobéissance due au souverain , et à la cérémonie da jour. Pour augmenter la joie du peuple , des orchestres étaient placés sur divers points de la ville , et les fontaines du Capitule jetaient du vin. Quant au cortège , rien n'était négligé pour le rendre le plus riche possible.
Les Cardinaux se réunissaient, soit au Vatican, soit au Qui* rinal : le Pape , en rochet et camail de soie ou de velours rouge, fourré d'hermine , suivant la saison , prenait la falda , l'étole précieuse et le chapeau pontiBcal (25). La prélature romaine, la noblesse, la Famille pontificale , et toutes les dignités de la cour, se rangeaient autour du Pontife, et Te cortège commençait à défiler dans l'ordre suivant :
Un détachement de Chevau-Légers, en habit de velours cramoisi galonné dor, le cimier orné de plumes blanches, ouvraient la marche ; il était suivi par quatre Chevaliers de la garde dite Lande spezzate (Anspesades ) *, portant leur cuirasse d'acier; de deux Surintendants des écuries pontificales; du Fourrier ma-
* Oa appelait autrefois anspesades ou Lancepesades ( lance rompue ) , un militaire retiré du service , qui , au besoin , était appelé à aider le caporal dans Texercice de ses fonctions. Cétait un emploi tout-à-fait subalterne. Dans nos anciens tournois , le chevalier renversé de son cheval , et dont la lance avait été rompue, s^en retournait à pied et sans armes. Le mot lancca n^est point d'origine italienne ; on pense qu'il appartient primitivement à la langue espagnole : ce qui ferait croire q[ue ces Lancie spezzate , formés de militaires retirés , ont sans doute été empruntées aux temps de la domination espagnole en Italie. (^. du TJ
(125) jeur; de l'Ëcuyer majeur^ en habit de cour^ qni prenait cette place après avoir aidé le Pape à monter à cheval ou en litière. On voyait ensuite les Camériers des Cardinaux , en habit de ville , portant de riches valises, couleur d'écarlate , ornées de broderies, aux armes de leurs nobles patrons ; les autres Camériers , également deux à deux, portant, appuyé sur Tarçon de la selle, le bâton d'argent du Cardinal , également armoirié; les Gentilshi^mmes des mêmes Cardinaux; ceux des Ambassadeurs et des Princes , en habit de ville et en épée; les Familiers du Pape, c'est-à-dire, le tailleur, le boulanger, le barbier, le gardien des potagers et des jardins, en espèce de casaque (casacche) rouge, ou longue veste ronde '^ ; suivis par les Écuyers pontificaux , en manteau rouge , le capuchon plié , et par les domestiques et les garçons des écuries pontificales, vêtus comme le gardien des po* tagers : ceux-ci conduisaient par la bride douze haquenées, ou mules blanches , que les Ambassadeurs du Roi de Naples avaient ofTert au saint Siège les années précédentes, avec les sept mille ducats d'or , à titre de tribut , pour le fief du royaume des Deux- Siciles. Ces haquenées étaient couvertes de housses de velours cramoisf, brodées d'argent; les armoiries qu'on y voyait représentées faisaient connaître les Pontifes auxquels elles avaient été données.
Les litières pontificales, portées sur des mules caparaçonnées de housses en velours cramoisi, richement galonnées d'or, suivaient immédiatement ces haquenées; le Maître de l'écurie, en rabat et en habit noir , à cheval , suivi de deux Officiers du palais; quatre Trompettes des gardes, faisant alternativement entendre des symphonies; les Camériers exlra-muros j vêtus de leur manteau rouge à capuchon; les Adjudants de chambre du Pape, portant leur cape rouge à capuchon, bordée d'hermine ou de soie rouge, suivant la saison; la noblasse romaine, en habit de
* Les Palefreniers pontificaux qui remplissent Temploi de Sediarii , et qui statioanent dans les premières antichambres pontificales , portent encore aujourd'hui ces larges vestes d'étoffe damassée , à grandes fleurs. fN, du T.J
( 126 ) ville; le Fiscal et le Commissaire de la Chambre apostolique, en habit et en capuchon violets, avec hermine ou doublure en soie cramoisie ; les Chapelains ordinaires et les Chapelains secrets , vêtus comme les Adjudants de chambre; les Avocats consistoriaux, en habit violet et capuchon, portant Thermine, ou les parements de soie cramoisie ; les Camériers secrets et d'h(»ineur surnuméraires, de cape et d'épée, en habit de ville; les Camériers secrets et d'honneur surnuméraires, vêtus comme les Chapelains secrets; les quatre Camériers secrets participants , vêtus conmtie les précédents, portant les quatre chapeaux pontiBcaux, surdesbAtODS garnis de velours cramoisi , marchaient dans Tordre indiqué.
Si le Pontife était de Rome , on voyait ensuite quarante députés du peuple romain, k cheval, en grande robe noire ^ précédés des OiBciers du Capitole, et suivis par les Maîtres justiciers; après ces derniers venait le baronage romain , composé de Ducs et de Princes, qui montaient de beaux chevaux; ils avaient à droite et à gauche douze. Pages vêtus avec recherche, sm'vis de plusieurs domestiques en riche livrée ; le Capitaine de la Garde- Suisse, portant sa cuirasse, environné de six soldats helvétiques, revêtus de leur armure de fer , et portant leur hallebarde.
La Prélature romaine prenait ici rang dans le cortège: on voyait d'abord les Âbréviateurs du Parc -Majeur, en rochet, mantettetia et capuchon, et le chapeau demi-pontifical, montés sur des mules caparaçonnées de noir; les Votants de la signature de justice, même costume, sur des mules caparaçonnées de violet, ainsi que les Clercs de la Chambre; les Auditeurs de rote , précédés par le Maître du Sacré-Palais apostolique , en habit dominicain , portant le chapeau pontifical , ayant à droite Favant-demier Auditeur de rote; les Auditeurs de rote, vêtus de leur manteau , portant le chapeau pontifical , et montés sur leurs mules caparaçonnées de violet. Si le Pontife était romain, on voyait encore après ces Prélats les quatorze Chefs de quartier de la ville, en robe de velours cramoisi, doublée en toile d'argent, ayant sur la tète un grand bonnet de velours noir, orné de pierreries.
Quand le Pape était porté en chaise ou en litière découverte^ les Conservateurs de Rome avec le Prieur des Chefs dé quartier prenaient ici leur place ; mais si lePontifç était à cheval^ ils devaient tenir la bride : ils. étaient vêtus à la manière des anciens Sénateurs, en velours et brocart d'or, leur manteau doublé de soie cramoisie, entouré d'une broderie d'or. L'Ambassadeur des villes de Bologne et de Ferrare, faisant partie des domaines du Pape; le Gouverneur de Rome, à la droite d'un des Princes assistants au trône, servi par ses Pages, son Doyen et ses Palefreniers, en riche livrée; trois Maîtres des cérémonies du Paj)e, ayant de grands manteaux à capuchon , et leurs chapeaux demipontificaux; le dernier Auditeur de rote, en rochet, manteau à capuchon et chapeau pontifical, portant la croix papale, monté sur la mule, caparaçonnée de violet, et conduite par un serviteur de l'écurie pontificale, vêtu de rouge; à droite et à gauche, deux Maîtres portiers de la verge-rouge. Custodes de la croix, précédaient à distance le groupe pontifical.
Quand le défilé d'un aussi long cortège le permettait, le Pontife descendait de ses appartements , et montait sur sa haquenée, couverte d'un magnifique caparaçon en velours cramoisi , à broderies , frangés , crépine et glands en or , qui lui était présentée par rÉcuyer majeur. Un des Princes assistants au trône tenait, > du côté gauche, l'étrier au Pontife , ainsi que la bride, tissée d'or et de soie; il suivait en cela l'exemple de beaucoup de princes et de souverains; il amenait le cheval pontifical jusqu'à l'obélisque de la place Saint-Pierre, où le Pape, en le bénissant, lui donnait la permission d'aller rejoindre dans le cortège le Gouverneur de R(»ne : alors Fun des Conservateurs ou le Prieur des Chefs de quartier le remplaçait pour tenir les cordons de la bride , jusqu'à la basilique de Latran. Le Pontife , en montant à cheval , avait mis ses gants et pris sa baguette d'argent; les Maîtres des rues, les Pages, au nombre de vingt-cinq, délégués par le Cardinal-CamerUngue et par les Conservateurs , entouraient le cheval papal Si le Pontife était romain, le nombre des Page^ était de
( iî» )
cinquante; ils étaient vêtus d'étoiïes lamées d'argent^ bordées d'or, et couverts d'un manteau de même étoiïe^ à parements de satin en or^ culottes blanches, garnies de rubans, bas et escarpins à Tancienne coutume romaine. Un de ces Pages y placé à la droite du Pape , à côté de l'étrier , portait un voile de soie cramoisie , bordé d'une dentelle d'or , qui enveloppait le chapeau pontifical de velours, quand le Pape se servait de celui de satin, les gants du Pontife , et ce qu'il pouvait demander pendant la cérémonie ; un autre Page, placé à Fétrier de gauche, tenait dans ses mains deux baguettes d'argent , afin qu'au besoin le Pape pût les prendre. Ces Pages étaient créés Comtes des palais apostoh'ques, ou Comtes palatins, et Chevaliers de l'éperon-d'or; ils étaient plus tard présentés à l'audience de Sa Sainteté, et admis au baisement des pieds; ils recevaient d'elle une couronne en agathe, et une couronne d'or bénite. Autour du Pontife se groupaient les fonctionnaires de la cour domestique papale , les Massiers et Curseurs Pontificaux, à pied, portant leur masse d'argent; le Doyen et Sous-Doyen pontificaux , en habit noir , ayant en main l'ombrelle ouverte; les Palefreniers pontificaux, l'épée à côté, et six soldats suisses , portant leurs longs et larges espadons sur l'épaule.
Derrière le groupe pontifical , sur une mule caparaçonnée de violet , suivait le Maître de chambre , en rochet , marUelletta d chapeau ecclésiastique sur la tète ; il avait à ses côtés deux Camériers secrets, l'Échanson et le Secrétaire d'ambassade y vêtus de leur cape rouge, avec capuchon doublé d'hermine ou de satin rouge. Derrière ce Prélat se plaçaient le Médecin et le Caudataire du Pape , douze Adjudants de chambre, suivis par les Balayeurs secrets , en habit violet , portant une bourse renfermant ce qui accidentellement pouvait être utile au service du Pape. La chaise papale était portée par deux mules, recouvertes de housses brodées d'or, si le Pape montait sa haquenée; dans le cas contraire , le cheval du Pape , conduit en laisse par des serviteurs des écuries pontificales, occupait dans le cortège la place delà chaise ou de la litière portée par les Sediariù Après la maison
( i29 ) du Pape^ on voyait les Cardinaux^ dans Tordre de leur ancienneté , revêtus de leur manteau rouge , portant le chapeau pontifical sur la tète^ montés sur leurs mules, richement caparaçonnées de rouge, et ayant après eui leur Doyen , en habit noir, et leurs Palefreniers, en livrée de gala; les Patriarches, Archevêques et Évêques assistants au trdne, sur leurs mules caparaçonnées de violet; le Trésorier, le Majordome des palais apostoliques ,. les Protonotaires , en manteau et capuchon; les Archevêques et Évêques non assistants, les Référendaires des signatures, en rochet, manlellella et chapeau demi-ponti6cal , les mules de ces derniers caparaçonnées de noir; le magnifique carrosse de cérémonie du Pape, recouvert de velours cramoisi, avec galons et franges d'or, tiré par six chevaux blancs, conduits par de nobles Ëcuyers et uo Cocher, richement vêtus ; deux Trompettes de Chevau-Légers ; quatre Pages, portant leurs lances élevées; les Capitaines de la même garde , portant leur cuirasse d'acier et leur riche soubreveste; au milieu d'eux, le Porte-Enseigne de la sainte Église, drapeau flottant ; les Cornettes, les compagnies de Chevau-Légers, un corps de trompettes et de timbales, le Capitaine des Cuirassiers, avec une compagnie de la même arme. Enfin, l'éUte de l'infanterie pontificale fermait le cortège.
Sur le pont Saint-Ange, si le Pape sortait du Vatican , quatrevingt pièces de canon et des mortiers en grand nombre saluaient de leurs bruyantes détonations le passage du Pontife sur le Tibre; le Ch&telain et la garaison du château rendaient hommage à Sa Sainteté. Lorsque le Pape arrivait sur le mont Capitolin , le Sénateur de Rome descendait par le grand escalier du palais, pour aller à sa rencontre ; il portait son habit de velours , plaqué d'or, son collier d'or, et son sceptre d'ivoire à la main ; il avait à ses c^tés les Lieutenants du Capitole, les fonctionnaires de son tribunal , et la Curie capitoline. Après avoir arrêté le cheval du Pontife , il se mettait à genoux , offrait son hommage , et promettait pour lui , le Sénat et le peuple romain , fidélité , obéissanoe au nouveau Pontife : cette harangue du Sénateur, de pen
( 130 ) (l'étendue ; était écrite en lutin. Le Pape acceptait Tbommage, répondait avec bonté, et touchait les clefs du Capitole, que le Sénateur lui présentait dans un bassin de vermeil; lui donnait ensuite sa bénédiction , et continuait sa route. Lorsque le Pape était arrivé sur la place de Saint-Jean-de-Latran , le Chapitre et FArchiprètre de la basilique allaient à sa rencontre ^ précédés des deux croix et des deux pavillons ou gonfalons (26) de la basilique, qui rentraient dans Féglise aussitôt que la croix papale apparaissait. Comme les autres cérémonies de la prise de possession ont continué d'être en usage de nos jours, nous les faisons connaître en décrivant celles qui eurent lieu pour Pie YIII, dans la relation que nous allons eu faire. Pie Vil et Léon XII se rendirent en carrosse à Saint-Jean-de-Latran , mais sans le brillant cort^ décrit plus haut , accompagnés seulement des principaux dignitaires de la cour pontificale ; ils n'observèrent de Tancien cérémonial , que les dispositions les plus essentielles. Il en fut de même de Grégoire XVI , qui prit possession de la basilique de Latran, le 31 Mai 1832, jour de FAscension, en n'observant qu'une partie du cérémonial.
Description du cortège et des cérémonies de la prise de possession de la basilique de Lalran par Pie TIII, le dimanche U lai 1839.
Ce jour était pour les Romains l'anniversaire du glorieux retour de Pie VII , qui rentra à Rome le 24 Mai 1814 : il fut choisi par le successeur de Léon XII pour la prise solennelle de possession. Grégoire XIII y Sixte V et Benoit XIY ^ s'étaient solennellement rendus dans la basilique de Latran , dans le courant du même mois. Le Préfet des Maîtres des cérémonies &t annoncer
( 131) rheure de la fonction solennelle^ par les Curseurs apostoliques , porteurs de la cédule d'intimation (schedula d'iniimazione), aux membres du Sacré-Coliége ^ à tous les Prélats et dignitaires appelés à assister à cette solennité. Pie VIII ^ qui habitait le Vatican y se rendit y la veille de la cérémonie , au Quiriual : il fit distribuer d'abondantes aumônes à tous les pauvres de Rome ; des secours furent portés à domicile^ à toutes les familles indigentes; il constitua un capital considérable pour subvenir au besoin des paroisses de Fétat ecclésiastique, et fixa une rente annuelle de i 800 écus ( 9630 fr. , valeur française ) , destinés à être partagés aux élèves les plus distingués des écoles de peinture, d'architecture et de sculpture de la ville de Rome. Il donna aussi, à cette occasion , de précieux encouragements à l'agriculture.
A l'heure convenue, les Cardinaux, en habit de cérémonie, se rendirent à Saint-Jean-de-Latran , dans leur carrosse de gala^ suivis de leurs Gentilshommes et de leurs livrées. Le cortège sortit du palais Quirinal , au bruit de l'artillerie du château Saint-Ange; il défila daus l'ordre suivant :
Un détachement de Dragons, un autre détachement de Carabiniers pontificaux , la Garde civique avec son drapeau *;
Deux Piqueurs à cheval ; le frullotie palatin du Fourrier majeur et de l'Écuyer majeur;
Les Camériers secrets surnuméraires et d'honneur, de cape et d'épée, en habit de ville ; les Camériers secrets, en manteau violet; .
Le Capitaine de la Garde-Suisse , portant sa cuirasse d'acier , sa cotte-d'armes en peau de daim et son chapeau empanaché, escorté par des soldats de sa nation;
Le Gouverneur de Rome, en habit de prélat, une baguette
* A Rome , les drapeaux des régiments nationaux étaient blancs ; Pie TU ordonna qu'ils fussent de couleur blanche et jaune ; et tel est aujourd'hui le pavillon romain , avec les armes de l'Églbe ou celles du Pontife régnant. Les drapeaux des troupes suisses au service du Pape , sont bleus , rouges et jaunes , portant , d'un côté , les armes du Pape régnant ; de l'autre , celles du Capitaine-Commandant , sons les ordres duquel sont placés ces régiments. ( Voir la note sur les troupes pontificales. ) fN, du T.J
d'urgent à la main, sur son cheval caparaçonné de violet; un détachement de la Garde-Noble ;
La croix papale portée par le Crucifère pontifical y Auditeur de rote , monté sur sa mule blanche , caparaçonnée de violet; le magnifique carrosse pontifical que Ton doit à Léon XII y traîné par six chevaux noirs y richement harnachés y conduits par de nobles Écuyers romains y dans lequel était le vénérable Pie VIII, en rochct et camail , et portant Tétole précieuse : il répondait par la plus grande affabilité aux démonstrations de la joie publique, et répandait ses bénédictions sur le peuple qui Fentourait;
Un second carrosse pontiQcal y où se trouvaient le Doyen et le Sous-Uoycn du Sacré-Collége y les Cardinaux délia Sommaglia et Pacca , en rochet et camail y suivait immédiatement ;
Les Palefreniers pontificaux , les Doyens , portant le parasol et la bourse, pour recevoir les plaçets; enfin, les Gardes-Suisses, environnaient les carrosses.
Venaient ensuite, à cheval, le prince de Palestrina, François Barbcrini; le prince di Viano , Clément Altieri; le premier Commandant et le second Capitaine des Gardes-Nobles; tous en grand costume et richement montés ;
Un autre carrosse pontifical, à six chevaux, où étaient le Majordome , le Maître de chambre , FËchanson et le Secrétaire d'ambassade ; FAumdnier , le prélat Sacristain , le Camérier garderobe, le Caudataire , occupaient un troisième carrosse pontifical, également attelé de six chevaux , et que suivait un détachement de la Garde civique, de Carabiniers et de Dragons;
Deux carrosses du Doyen et du Sous-Doyen du Sacré-Coll^e : dans le premier étaient les Adjudants de chambre du Pape; dans le second , les fonctionnaires des antichambres papales ;
Deux carrosses du Majordome et du Maître de chambre , qq étaient leurs Gentilshommes; ceux du Gouverneur de Rome, do Commandant des Gardes-Nobles , ou étaient aussi leurs Gentilshommes ; enfin , le fruHone palatin ou étaient le Crédencier secret et un serviteur de la Chambre du Pape.
( 1S3 ) Un détachement de Dragons fermait la marche. C'est dans cet ordre que le cortège se rendit à Saint-Jean-de- Latran : les rues qu'il parcourut étaient ornées de tentures et de guirlandes de fleurs. Sur la place de la basilique , le carrosse pontifical s'arrêta devant le somptueui pavillon dressé au palais de Latran : là y le Sénateur de Rome , en grand costume , rendit h(»nmage au Pape , comme le faisaient autrefois ses prédécesseurs^ au Capitole. On voyait à côté de ce dignitaire les trois Conservateurs , le Prieur des Chefs de quartier , et autour d'eux les Juges du Capitole, les Pages , les Gentilshommes, les Chapelains, les Gamériers , les Doyens, les Fidèles du Capitole , ces derniers vêtus de l'ancien costume rouge et jaune. Le carrosse pontifical s'étant arrêté , l'Écuyer majeur ouvrit la portière , et le Sénateur , à genoux , félicita le Pontife sur son exaltation , et lui jura obéissance et fidélité pour lui , le Sénat et le peuple romain. Le Pape répondit à cette harangue , prononcée en latin , par les paroles suivantes : Fidelùatem et obedienliamj popuH romani nomine exhibilanij acceptamus in nomine Pains j et Filii, et Spiritûs sancii. Amen. Il bénit le Sénateur.
Après cette réponse du Pape, l'Écuyer majeur ferma la portière du carrosse pontifical , qui se dirigea vers la basilique. Les Chanoines de Latran, en cotte et rochet , et les Pénitenciers franciscains, allèrent à la rencontre du Pape. Tous ceux qui composaient le cortège pontifical descendirent des carrosses ou des chevaux qu'ils montaient, et furent se placer sous le portique de la basilique. Sa Sainteté descendit également de son carrosse , et se dirigea vers la grande porte d'entrée , où elle trouva le corps diplomatique , les Princes romains, et les Commandants de l'armée pontificale, qui venaient offrir leur hommage. L'église et le portique étaient richement ornés de damas rouge , bordé d'or, et de tentures de soie jaune et de mousseline blanche, garnies de franges d'or. A Tautel papal , au trône , sur les portes de la basilique , on lisait de pieuses inscriptions relatives à la cérémonie. Pie VIII , arrivé à la balustrade du portique^ se mit à genoux sur un prie-dieu recouvert
de velours cramoisi à galons d'or. Les membres du Sacré-Collége, qui avaient revêtu leurs habits sacrés , entouraient le Pontife. Le Cardinal-Doyen, Archiprètre de la basilique, en chape ronge, présenta au Pape le crucifix d'ivoire à baiser ; il Pavait reçu des mains du Chanoine-Doyen, en habit de prélat; ce crucifix était posé sur un plat d'argent , recouvert d'une riche étofTe de brocart. Cependant les Chantres entonnèrent L'antienne Ecce Sacerdos magnfis^ au bruit des cloches de la basilique. Le Pape, s'étant relevé, fut conduit dans une salle contiguë, où, après avoir déposé son chapeau et l'étole , il prit la faldaj et revint aussitôt sous le portique ; s'étant placé sur son trône , il fut revêtu des ornements pontificaux, c'est-à-dire, de l'aube , de l'étole précieuse, de la chape au riche formai^ par les deux Cardinaux-Diacres , assistés par des Votants de signature et des Acolytes apostoliques ; il s'assit sur le fauteuil pontifical ^ après que le Cardinal-Diacre lui eut mis la mitre d'or.
L'Archiprètre de la basilique, et le Doyen du Chapitre, portant le bassin de vermeil dans lequel étaient placées les clefs de l'église, montèrent au trône; le Cardinal adressa à Sa Sainteté, après une profonde inclination , un discours où, offrant au Pape les hommages des dignitaires de la basilique, et les prières de tous pour son heureux pontificat, il s'exprimait en ces termes: ... Cum tn hâc tam insigni celehriiale, quâ nulla augustior est m omni ierrarum orhe^ tu, Pater beatissime, divtnâ quâdam luee drcumfusus, alter quasi Christus appareas ; quod ad me attinet, eece ego amplissimâ sanctœ Ecclesiœ Cardinaïium coronâ, einctus, quarmis rêvera omnium minimus^ adsum coram te. Videlicel m istâ sacratissimâ sede, quœ prima est cathedra tui episcopatûs, et in quâj PU VII beneficio, vicariam pro te auctoritatem exerteo, ad tuospedes provolutum piissimum hune ecclesiasticum ordinem, Capitulum nempè et Clerum basilicœ Lateranefm'Sj tibisisto, atque meipsum. Hinc primùm, maximâ quâ par est reverentiâ et obse^ quioj Sanctitatem Tuamveneramurj,mysticas dates tibi de mare ^ferentes : deindè vero eamdem pro tuteïa et prœsidto tuo erga
( 125 ) nos eniœè rogamus^ gui onmes Jeswn Chrislum Redemptorem^ purissimam Virgtnem ejusque mairem^ ufrumque Joannem (Bap- (ùtanij et Evangelistam ) intimo animiaffectu supplices obsecramuSj et assidue obsecrabimus, pro tuo pontificaiu maxmo, inilo' cum tantâj quaniam tpsemel vidtstij hominum frequentiàj alque effusâ omnium ordinum lœtitiâ : quœ res tanti momentij utinam^ (ibi beatissime Pater, et Ecclesiœ universm, et populo romano sic benevertat, ut nomen Domini ubique sanctificetur
Aprè5 cette harangue , le Cardinal-Archiprêtre présenta les clefs au Pape, qui les prit^ et les lui remit immédiatement; il rendit ensuite son hommage, en baisant les pieds et la main du Pape, qui Fadmit ad osculum oris. Les Chanoines , les Bénéficiers , les Clercs de Saint- Jean-de-Latran, les Pénitenciers, baisèrent les pieds. Bientôt après se forma le cortège qui devait précéder rentrée du Pape dans la basilique; il se composait des mêmes dignitaires que nous avons fait connaître en décrivant le cérémonial du couronnement. Accompagné des Prélats de sa maison, le Pape entra dans Téglise par la porte Majeure , où il reçut Tencens et l'eau bénite des mains du Cardinal-Archiprêtre ; il monta ensuite sur la sedia, recouvert du dais en toile d'argent , aux armes pontificales, dont les Chanoines de la basilique portaient les huit bâtons, selon Fusage adopté aux prises de possession. Des hautes-contres entonnèrent le Te Deum^ pendant que le cortège se dirigeait vers l'autel papal par le milieu de la nef.
Le Pape arriva devant la chapelle du Crucifix , où était exposé le Saint-Sacrement ; il descendit de la sedia, et s'étant mis à genoux , il l'adora profondément ; après l'hymne arabroisienne , le Cardinal-Archiprêtre récita l'oraison d'usage. La procession continua sa marche vers l'autel : les têtes sacrées de saint Pierre et de saint Paul étaient placées sur le baldaquin qui le surmonte; le Pontife vénéra lui-même ces précieuses reliques , et les Chantres entonnèrent l'antienne Petrus apostolus. Arrivé au pied de l'autel , le Pape descendit de la sedia; après une courte prière il fut se placer sur son trône, au milieu de l'abside, et les Cardinaux occu-
( ^36 ) pèrent les stalles des Chanoines; ils furent successivement rendre leur honDimage au Pontife y et recevoir dans leur mitre le preibytère, consistant en deux médailles à TefOgie de Sa Sainteté, frappées à l'occasion de la prise de possession : en les recevant , chaque Cardinal baisait la main du Pape, à qui ces médailles étaient présentées par le cardinal Âlbani , premier diacre y qui les recevait lui-même de Mgr. Matei y trésorier-général y placé à genoux sur le palier du trône. Des médailles semblables furent ensuite distribuées à tous les dignitaires qui ont rang aux Chapelles papales.
Après avoir reçu son presbytère ^ le cardinal Fesch, comme le premier des Cardinaux présents, suivi des Auditeurs de rote, des Avocats consistoriaux , fut à Tautel papal entonner les laudes et chanter les litanies, qui sont les mêmes que celles du couronnement. Après ces prières^ le Pape vint à Tautel y le baisa, et y déposa son presbytère^ que lui remit , dans une bourse de velours cramoisi, brodée d'or, le Trésorier, et qui consistait en 150 écus d'or * ; le Chanoine-Fabricien prit cette bourse , la donna au Camerlingue du Chapitre , pour employer au bénéfice de la basilique la somme qu'elle contenait. Cependant le Pape, qui n'avait pas quitté le milieu de l'autel , entojnna le verset Sit nomen Dominij et donna la bénédiction ; le Cardinal assistant lui remit la mitre. Le Pape descendit de l'autel et remonta sur la sedia. Après avoir encore une fois déposé la mitre et pris la tiare , précédé et suivi de son cortège , il se rendit , par l'intérieur de l'église , sur la galerie du portique, noblement décorée pour la cérémonie; et là, entouré du Sacré-Collége, il donna au peuple, au bruit des cloches de la ville , des fanfares, et des salves d'artillerie , la bénédiction solennelle , d'après le rit que nous avons fait connaitre.
Après la cérémonie, le Pape fut conduit dans la salle des Parements , où ayant déposé ses habits pontificaux , pris le rochet et le camail , accompagné par le Chapitre de Saint- Jean-de-Latran , il
* L'écu d'or de Pie VII Taul 17 fr. 50 c. ; ce qui donne pour toUl 8625 fr.
( la? )
remonta en carrosse pour se rendre au Quirinal , précédé des Palefreniers^ portant des torches, à cause de Fbeure avancée. Sa Sainteté n'avait pas voulu que les Cardinaux raccompagnassent Rentré au Quirinul , Pie VIII , après quelques instants de repos, revint au palais du Vatican , accompagné de son cortège privé. Le même jour, il adressa une lettre encyclique aux Patriarches, Archevêques et Évêques du monde catholique, pour leur notifier son avènement au souverain pontiGcat.
lort da PoDlife romain On transporte le corps , le troisième jour, du Quirinal ou de lappartemenl du Vatican, à la chapelle Siiline; et le (quatrième jour, à la basilique de Saint-Pierre. — Sépulture du Ponlile (lumulazieie).
Après que le Pape est passé des agitations de ce monde au repos éternel , le Cardinal-Camerlingue de la sainte Église réunit le tribunal de la Chambre ; il se rend au palais de Fillustre défunt , en habit violet , et de là dans la Chambre pontificale , où , après une courte oraison, il jette de l'eau bénite sur le corps. Des Adjudants de chambre découvrent le visage du Pape. Le Cardinal constate la mort (27) , qu'il notifie immédiatement de l'appartement du Pontife au Sénateur romain , afin que ce dernier la fasse annoncer à la ville par le son lugubre de la cloche Majeure * du Capitole, à laquelle, par ordre du Cardinal- Vicaire, doivent ré-
* Dans plusieurs Voyages en Italie, notamment dans celui que nous devons à M. Valéry , on lit que cette cloche est la Patarina , prise comme tropliée sur les Yiterbois. Cette ancienne cloche n'existe plus ; elle a eu le sort de bien d'autres : fêlée , cassée , elle a servi à en fondre de nouvelles. La cloche qui a remplacé celle de Viterbe an Capitole , ne date que du règne de Pie YII. Elle annonce , comme on le voit , la mort des Papes , et tous les ans le commencement du Carême. (7f, du T.J
( 15S ) pondre toutes les cloches des églises de Rome. AccompagDé par la Garde-Suisse , le Camerliogue retourne à son palais. Si le Pape est mort au Quirinal , le corps est exposé dans la chapelle Pauline de cette résidence , après avoir été soigneusement embaumé par les Cubiculaires ; revêtu de Fétole et chape rouges^ il est transporté de ce palais à la chapelle Siitine du Vatican ; si^ au contraire, le Pontife est décédé dans ce dernier palais, le corps, revêtu des mêmes habits pntificaux , placé sur un lit de parade , ayant a ses pieds deux chapeaux pntiGcaux , en signe de la double juridiction de rillustre défunt j est exposé dans la même chapelle. La cii'e qui brûle sur lautel ^ sur la balustrade et autour du lit de parade, est blanche; le tableau de Fautel représente la Résurrection de Lazare; on ne voit dans la chapelle ni le trône , ni le fauteuil pontifical. Les Pénitenciers de Saint-Pierre, rangés autour des restes mortels du Pape, récitent lofficedes morts; et jusqu'à leur translation dans l'église Saint-Pierre, les Gardes-Nobles, portant le crêpe de deuil, et les Suisses, montent la garde autour de IW trade funèbre.
Après que le corps a été embaumé, comme on Fa dit plus haut, les entrailles ont été aussitôt placées dans une urne scellée avec soin : un Chapelain secret et le Caudataire de Fauguste défunt les portent, le soir, dans un carrosse, précédés des Palefreniers, ayant des torches en main , dans Féglise Saint-Anastase et Saint- Vincent *, où, après avoir été bénies par le Supérieur de Féglise, elles sont placées dans le tombeau bâti exprès. Ce fut là que, pour la première fois, furent déposées les entrailles de Sixte- Quint, en 1590, parce qu'il fut le premier Pape qui mourut au
* Il existe à Rome trois églises de ce nom : celle dont il est question ici est distinguée par la désignation de Trévi, ajoutée aux noms de ces patrons ; elle est située près de la fontaine de ce nom. Celte paroisse , desservie par les Minears de saint François , avait autrefois le titre de pontificale , comme comprenant dans ses limites le palais du Quirinal. Dans une chapelle souterraine sont déposées les entrailles des Papes ; et près du maitre-autel est une pierre tumulaire , où nous avons lu les noms de vingt Papes , de Sixle-Q inl à Léon XII, dont les entrailles sont déposées dans celte diapelle. fN- du T.)
( 139) palais Quirinal. Si le Pape meurt au Vatican ^ les entrailles sont transportées dans le souterrain de la basilique de Saint-Pierre. Léon XII^ en 1829^ quoique décédé au Vatican , voulut que ses entrailles fussent portées à Saint-Anastase.
Quand le Pape meurt au Quirinal ^ le soir du troisième jour on procède à la translation du corps à la chapelle Sixtine ^ au palais du Vatican. Le cortège suit les rues qui forment à Rome la voie Papale (strada Papale); il défile dans Tordre suivant :
Deux Dragons à cheval en avant y six Dragons marchant de front, douze Massiers portant des torches, deux Piqueurs, quatre Trompettes, un autre détachement de Dragons, deux Trompettes des Gardes-Nobles, avec un de leurs Cadets et quatre Gardes à cheval ; une compagnie de la Garde-Suisse , portant le drapeau plié; le Capitaine, à cheval ; un Maître des cérémonies, à cheval; la grande litière pontificale , sur laquelle repose le corps du Pape , portée par des mules blanches , caparaçonnées de deuil ; des Palefreniers et des Sediarit^ portant des torches de cire blanche , entourant la litière ; douze Pénitenciers de Saint-Pierre , portant des flambeaux allumés, récitant l'office des morts; des Gardes-Nobles, à pied , et des Suisses sur deux rangs , marchant des deux côtés de la litière. Vient ensuite le Commandant des mêmes Gardes* Nobles , un détachement de ces Gardes avec leurs Officiers supérieurs , et le Mattre des écuries pontificales. Un détachement de Carabiniers , précédé de leurs Trompettes , et un train d'artillerie composé de sept pièces de canon, terminent le cortège funèbre, éclairé sur tous les points de sa marche par de grandes torches.
Quand le cortège est arrivé au Vatican , des Pénitenciers reçoivent le corps sur le palier de l'escalier, et le transportent à la chapelle Sixtine , où ils le revêtent des ornements pontificaux que nous avons énumérés en décrivant la messe pontificale du couronnement. Us continuent l'office des morts jusqu'au lendemain matin , qui est le quatrième jour de la mort du Pontife. Ce jourlà , les Cardinaux se rendent dans cette chapelle , vêtus de leurs insignes en soie violette, que les Cardinaux créatures du Pape dé-
( i40 ) rédé y portent en serge ; là aussi se rend le Chapitre du Vatican. Après que les Chantres pontiGcaux ont entonné le répons Suboenile iancti Dei^ le Chanoine-Doyen de la basilique, en chape noire , fait labsoute , en observant de fléchir le genou devant le corps du Pontife , à cause de la haute dignité qu'a exercée celui pour qui il prie; on place ensuite le corps sur un poêle ou drap mortuaire , et il est ainsi déposé dans le cercueil. Huit Chapelains du Chapitre , en cotte , le transportent , par Fescalier Royal , dans la basilique ; des Chanoines soutiennent les extrémités du drap mortuaire ; les Maîtres des cérémonies du Pape accompagnent le corps , autour duquel les Gardes-Nobles et les Suisses font le service; le Chapitre de Saint-Pierre^ portant des cierges allumés, et les Cardinaui , récitant en commun les psaumes Miserere et De profundiSj précèdent les Chapelains , qui portent le corps du Pape. Le cortège funèbre arrive au milieu de la basilique : le corps est placé sur un lit de parade élevé, et richement décoré de tentures de velours violet , aux armes de Tillustre défunt. Le plus ancien des Ëvèques-Chanoines de la basilique fait une seconde absoute , et le corps est ensuite transporté dans la chapelle du Saint-Sacrement , où il est déposé sur une estrade , de manière que les pieds, placés en dehors de la grille qui forme Feutrée delà chapelle, puissent être baisés par le peuple. Après avoir quitté leur manteau violet , les Cardinaux , accompagnés de leurs Cau4ataires, en manteau noir, et de leurs Gentilshommes, retournent dans leurs palais.
Pendant les jours dexposition du corps dans la chapelle du Saint-Sacrement, tous les habitants de Rome s'empressent de venir payer un dernier tribut de vénération aux restes mortels du Vicaire de Jésus-Christ ; et le soir du second jour des iiovendialiy que nous décrirons bientôt , on procède à la sépulture. Les Cardinaux créatures du Pape décédé , en habit de serge violette , se rendent dans la sacristie de Saint-Pierre , avec leurs Gentilshommes et leurs Caudataires; Içs prélats Clercs de la Chambre y accompagnent le Cardinal-Camerlingue. Cependant
l'Archiprètre de Saint-Pierre, en chape noire, et les Chanoines de la basilique , précédés de la croix , se rendent dans la chapelle du Saint-Sacrement : on chante le Miserere sur le ton le plus grave. Les Chapelains et les Confrères du Saint-Sacrement mettent sur le cercueil le corps du Pape, et accompagnés des Gardes- Nobles et des Suisses, ils le transportent dans la chapelle dite du Chœur * ^ où se rendent immédiatement les Cardinaux , le Majordome, le Maître de chambre, les Chapelains secrets, vêtus de violet , parce que le cadavre du Pape n'est pas encore dans sa dernière demeure , et les Maîtres des cérémonies pontificales , en mantellonne. On chante le répons In paradtsum. Le Chanoine-Évêque fait une troisième absoute , bénit et encense le corps ; il bénit ensuite celle des bières de cyprès qui doit le renfermer , et récite une oraison spéciale; les Chantres entonnent Fantienne Ingrediar^ et continuent ensuite le psaume Quemadmodùm destderat ; on répète Fantienne, et les Chapelains placent le cadavre dans la bière. Le Cardinal neveu, s'il en existe, ou un autre parent du Pape^ ou, en leur absence, le Majordome, couvre la figure du Pontife d'un grand voile blanc ; le Maître de chambre couvre d'un voile semblable les mains. Le Majordome place également dans la bière trois bourses de velours cramoisi, contenant des médailles d'or, d'argent et de bronze , à l'effigie du Pontife , frappées sous son règne. Ensuite le plus digne des Cardinaux créatures du Pape couvre tout le corps d'un grand voile rouge, frangé d'or, et l'on place aux pieds du corps un cylindre de fer-blanc , renfermant un -parchemin , sur lequel sont reproduits les principaux événements de son pontificat. La bière est fermée avec des vis , et scellée. Le cercueil est remis au Chapitre par les Cardinaux , et l'acte constatant cette remise est dressé par tes Notaires du Chapitre ,
Cest dans cette chapelle que ron chante tous les jours Fofûce canonial et la ! capitulaire. Entourée de plusieurs rangs de stalles , elle est la plus spacieuse de la basilique; elle est séparée du bas-côté de Téglise par une porte en fer, sur laquelle sont ajustées de grandes glacées qui , interceptant Tair extérieur , maintiennent une certaine égalité de température. T^. du T,J
( i42) du Camerlingue et du palais apostolique. Le corps est (dacé dans une autre bière de plomb, aux armes du Pape décédé, et portant une inscription ; cette bière est également scellée, et enfermée dans une autre en bois : sur cette dernière sont apposés les sept sceaux du Camerlingue, du Majordome et du Chapitre. Cette dernière formalité termine la cérémonie.
Dans la soirée du jour précédent , on avait transporté dans les souterrains de la basilique , ou dans une autre église , les bières contenant le corps du dernier Pape décédé, et déposé au lieu convenu , près la chapelle dite du Chœur. On constate Fautheoticité du cercueil, on dresse un acte de reconnaissance, et le Pape récemment mort prend la place de son prédécesseur, jusqu'à ce que celui qui doit lui succéder , obéissant à la loi commune , vienne à son tour augmenter le nombre des illustres morts de la basilique , et occuper sa place.
CérémoDies funèbres. — Noyeadiali célébrés dans Téglise Saint-Pierre, ei rhonneur du Pape décédé , en présence du Sacré^lollége et des dignitaires qni ont rang en Chapelle.
II parait qu'anciennement on commençait et on terminait en un seul jour les cérémonies funèbres faites en Thonneur du Pontife que rÉglise venait de perdre. Boniface III ordonna , en 603 , qu'on ne commencerait de procéder à l'élection du Pape , que trois jours après la mort de son prédécesseur. Mabillon fait remarquer, dans ses Commentaires sur les Ordo romains j que cette coutume était depuis long-temps en vigueur, sans qu'aucune loi l'eût pescrite. Grégoire X décida et ordonna, dans les lois qui régissent encore l'élection des Pontifes, dans le quatorzième Concile général
( 143 ) tenu à Lyon, en 1274^ que les Cardinaux attendraient les absents pendant dix jours , à partir de la mort du Pape ; qu'on célébrerait pendant neuf jours ^ dans la ville où il résidait , des cérémonies funèbres en son honneur, et que des cérémonies semblables auraient lieu dans les principales villes des États-Romains. La célébration des obsèques novendiales (esequte novendiali) fut ordonnée par Pie IV , dans sa bulle In eb'gendiSj et par celle Docet romanum Vontificem, de Grégoire XV , qui régla aussi que l'on ne pourrait dépenser plus de 10,000 ducats pour les obsèques du Pontife défunt , sans comprendre cependant dans cette somme les dons qu'on avait l'habitude de faire au peuple romain , ni les aumônes versées dans le sein des pauvres-
Ou célèbre donc pendant neuf jours consécutifs , dans la chapelle du chœur de la basilique de Saint-Pierre, les cérémonies funèbres en l'honneur du Pontife décédé, pourvu que dans la même période de jours on n'ait pas à célébrer aussi les fêtes de Noël , de Pâques, de Pentecôte, ou quelque autre aussi solennelle; alors on suspendrait ce jour-là le service funèbre, pour ne point le reprendre les jours suivants; on doit donner aux pauvres le prix de la cire qu'on a l'habitude de distribuer, le matin de chaque novendiaky aux Cardinaux et Prélats, comme l'ont prescrit Pie IV et Grégoire XV.
L'architrave de la porte Majeure de Saint-Pierre , les vestibules et les portiques, sont ornés de tentures violettes à franges d'or, et surmontés des armes du Pape décédé ; au milieu de la chapelle du chœur s'élève un beau monument , qu'on n'y laisse que jusqu'au sixième jour; il est entouré par les Gardes-Nobles en grand costume, tenant l'arme renversée, et portant leurs insignes de deuil. Des torches brûlent sur l'autel et autour du monument; des cierges également allumés brûlent sur les principaux autels de la basilique , et devant la statue de saint Pierre , comme autour du corps du Pontife , dans la chapelle du Saint-Sacrement , ou^ pendant les trois premiers jours des novendiali^ il reçoit , comme Qous l'avons dit , les derniers hommages du peuple, qui se presse
( 14» ) aux grilles de la chapelle pour baiser les pieds de rillastre dé^ fant y entouré par des Chapelains et des Gardes-Nobles.
Les Cardinaux ^ invités au nom du Doyen du Sacré-Collége par les Curseurs apostoliques^ qui en reçoivent Tordre du Préfet des cérémonies ^ se rendent, en soutane et camail violets , mais sans mantellettaj en signe de juridiction , dans la basiliqne de Saint- Pierre. Ils sont revêtus dans la sacristie, par leurs Caudataires, du manteau violet , que les créatures du Pape décédé portent en serge; ils se rendent individuellement dans la chapelle. Les Ëvèques suburbicaireâ occupent les premières stalles canoniales , du cdté de révangile ; après eux se rangent les Cardinaux-Prêtres ; du côté de Tépître se placent les Cardinaux-Diacres , les Patriarches y les Archevêques assistants au trône , les quatre Prélats dt fiocchettij les Évêques non assistants; tous les autres Prélats qui ont rang en Chapelle , vêtus de leurs habits de chceur , en serge et en bas noirs , costume qu'ils doivent porter pendant la vacance du siège, prennent place aux stalles inférieures. Les Prélats orientaux conservent le costume ordinaire des Chapelles; le Maître de chambre et le Majordome ne quittent leur habit violet que lorsque le cx)rps du Pape a été mis dans la dernière bière, parce qu'ils sont considérés comme faisant encore leur service auprès du Pontife ; les Auditeurs de rote et les Avocats consistoriaux portent le grand manteau violet; le rochet des premiers , comme celui des Évêques et autres Prélats , doit être sans dentelles. Le Maître du Sacré-Palais , les Généraux et Procureurs-Généraux d'ordres religieux , prennent place aux stalles des bénéGciers; le Clerc du Sacré-Collége assiste aussi à la cérémonie en habit de bussolante. Tous les assistants, en entrant dans la chapelle , fléchissent le genou , ce qu'observent aussi tous les officiers de l'autel dans l'exercice de leurs fonctions, non-seulement devant l'autel, mais encore à droite et à gauche, devant les stalles occupées par les Cardinaux , parce que , quoique inconnu , le Pape à élire se trouve au milieu d'eux.
Le premier jour des nwendiali^ qui est le quatrième de la
( 145 ) im)rt du Pape, le Cardinal-Doyen chante la messe, les Cardinaux Ëvéques les jours suivants , et les trois derniers jours les Cardinaux-Prêtres. Le Cardinal désigné pour la célébration des saints mystères , se rend , en manteau violet , à sa stalle ; prévenu par un Maître des cérémonies, il se dirige vers l'autel, où sç trouvent réunis le Diacre , le Sous-Diacre et les autres officiers de service. Après avoir quitté le manteau, mettant la barrette sur sa tète, il reçoit Teau de son Maître de chambre, pour laver ses mainç; le Cardinal prend T^jmict, Faube, le cordon , le manipule, la croix pectorale, qu'il avait quittés pour laver ses mains ^ rétole, la tunique-dalmatique, la chasuble noire, la mitre de damas blanc , les gants et l'anneau cardinalice, et le Caudataire pend le voile blanc pour soutenir la mitre.
On chante la messe Pro Papa defunclOj en plain-chant : pen« dant la prose Dies irœ, les Acolytes céroféraires distribuent aux Caudataires des Cardinaux la torche en cire qu'ils doivent leur donner , et les cierges qu'ils doivent garder pour être allumés pendant l'évangile, et depuis la préface jusqu'à la communion, enfin , pendant l'absoute. 11 faut faire remarquer ici que , outre les distributions abondantes de cire qu'on est en usage de faire aux ministres du saint Siège, aux officiers du palais et de la Chambre apostolique , chaque famille de Cardinal reçoit aussi sa part, consistant en trois livres de cire blanche par jour, en tout vingt-sept livres; la famille du Cardinal absent et celle du Cardinal étranger ont également part à cette distribution. Pendant que Ton chante le Libéra y le Cardinal-Célébrant prend la chape, et s'asseoit; ensuite il va faire Tabsoute, revient à Fautel, qu'il salue profondément, et se retire, à la sacristie, où les Cardinaux se réunissent pour tenir bientôt après la seconde congrégation générale. C'est ainsi qu'on chante , les cinq jours suivants, les messes de Requiem; les trois derniers , on fait les absoutes solennelles. Après ce troisième jour des novendialij lorsque le corps du Pontife défunt a été inhumé, les Gardes- Nobles, de service auprès du Sacré-Collége, reprennent leur uni-
forme ordinaire^ mais ils gardent toujours les insignes de deuil; les Curseurs et les Massiers portent , pendant la cérémonie funèhrc , le bâton et la masse renversée.
Le septième jour des novendiali , après la messe solennelle, on commence les cinq absoutes pontiGcales prescrites par les Ordo rmnams. Le monument funèbre de la chapelle du chœur a été enlevé , et un monument plus noble et plus riche a été élevé au milieu de la nef de la basilique. Il est orné d'inscriptions et d'emblèmes en l'honneur du Pontife ; elles retracent les événements mémorables de son règne et ses vertus apostoliques. On voit , entouré de lumières , son portrait , ses armes et celles de l'Église, sur les faces du mausolée. Aux quatre extrémités sont des sièges sans bras ni dossier, placés sur des tapis, destinés aux quatre Cardinaux qui , avec le Célébrant , doivent faire les absoutes solennelles. Les frais du mausolée ne doivent pas dépasser plus de 2,000 écus romains ( 10,700 fr. ), y compris les 50 auxquels a droit le Chapitre de Saint-Pierre, d'après une disposition d'Alexandre VIL Des Gardes-Nobles, des Suisses, des Grenadiers, entourent le catafalque ou gardent la chapelle du chœur. Dans ces trois derniers jours , les Secrétaires de la chambre ou d'autres officiers des palais apostoliques distribuent au peuple , devant la grille en fer de la chapelle du Saint-Sacrement, des cierges de cire blanche de deux onces.
Après que le saint sacrifice a été offert, le Célébrant, revêtu de la chape noire, et les quatre Cardinaux Suburbicaires qui doivent faire les absoutes , invités par les Maîtres des cérémonies, quittent leur stalle, et vont à l'autel, où ils prennent l'amict, Paube, le manipule, l'étole et la chape noire, enfin la mitre et les gants; les Maîtres de chambre tiennent leurs torches allumées. Les cinq Cardinaux , précédés de la croix , portée jiar le Sous-Diacre assistant , et gardée par les Maîtres-Portiers , accompagnés de deux Acolytes et des Céroféraires , sortent de la chapelle, après avoir salué le Sacré- Collège. Arrivés au pied du catafalque , le Célébrant s'asseoit devant la croix , tandis que les
( 147 ) autres prennent place aux quatre angles ; il récite le Non inlreSj et le chœur répond solennellement : Àmen. On chante ensuite le répons : Subvemte^ sancti Detj et pendant le dernier Kyrie, le moins ancien des quatre Cardinaux bénit l'encens qu'on lui présente, et entonne, debout, le Pater noster. Le Prélat termine par l'oraison DeuSj cui omnia vivunt. A l'intonation du Pater , les Cardinaux restés à la chapelle du chœur se sont levés de leurs sièges , et ont pris des mains de leurs Caudataires les torches allumées, qu'ils gardent pendant les cinq absoutes. Le Cardinal bénit et encense le mausolée, et achève la prière funèbre; les Chantres commencent le Libéra; les trois autres Cardinaux font également l'absoute ; la dernière est réservée au Cardinal-Célébrant. On chante pour second répons: Qui Lazarum resuscitâsti j et pour le dernier, le Libéra*
Après la cérémonie , les Cardinaux rentrent dans la chapelle du chœur , où ils reprennent leurs insignes ordinaires. Réunis à leurs collègues, ils vont tenir une des congrégations générales auxquelles ils assistent pendant la vacance du siège. Le dernier jour desnovendialij immédiatement après la messe, on prononce, en latin, l'oraison funèbre du Pape décédé : l'orateur est désigné par le Sacré-CoIlége , à la première congrégation ^ et il prononce son discours portant le manteau et la barrette.
ChapeDe du Sacré-Collége qui précMe Fenlrée des Cardinaux dans le conclave. — Messe du Sainl-Esprit. — Oraison Pro Papa eligendo.
Après les novendiali, les Cardinaux se rendent dans la même chapelle de la basilique pour assister à une messe du Saint-Esprit , chantée pontificalementpar le Cardinal-Doyen. Les Gardes-Nobles
ont quitté le deuil , ainsi que les troupes; les Curseurs et les Massiers relèvent leur masse. A l'offertoire, on exécute le motet Cantate DomxnOy de Giovanelli. Après la messe, le Célébrant, portant la mitre précieuse, donne la bénédiction solennelle; ensuite le Prélat désigné dans la première congrégation de Cardinaux, monte dans la chaire de la chapelle, qui est ornée de damas, et récite Foraison latine Pro eligendo Pontifice. Il exhorte les membres du Sacré-Collége a faire une sainte et prompte élection, et à désigner celui d entre eux qu'ils croient le plus digne d'être revôtu de l'auguste et sublime dignité de vicaire de Jésus- Christ sur la terre. Si l'orateur est évêque, il garde sa mitre. Ce discours est imprimé et distribué. Autrefois les Cardinaux entraient en conclave immédiatement après celle cérémonie; aujourd'hui ils se réunissent, l'après-midi, dans la chapelle Sixtine, pour aller de là on procession au lieu où il doit se tenir.
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Chapelle papale pour les obsèques des souverains catholiques, qui se tient dans le palais, dès que le Pape a annoncé leur mort aux Cardinaux, réunis ei consistoire.
La messe est chantée ordinairement par un Cardinal attaché au prince défunt. Le Pape assiste à la cérémonie, et il fait lui-même, du haut de son trône, l'absoute, qui termine la messe de Requiem, chantée d'après le rit usité dans les Chapelles pontificales. Les cierges et les torches sont de cire jaune. Après l'absoute, un Prélat, en manteau et barrette, récite l'oraison funèbre du monarque décédé ; ce discours est ensuite imprimé et pubiré.
Il est à remarquer que le Pape n'annonce jamais en consistoire la mort des princesses régnantes, et qu'on ne célèbre pour
(149 ) elles aucun service funèbre en Chapelle papale. On ne dérogea point à cet usage pour la reine de Castille , Isabelle y qui avait cependant si bien mérité de l'Église romaine; ni pour Marie- Stuart , reine d'Ecosse ; ni pour la princesse Marie , reine d'Angleterre , qui avait tant souffert pour le maintien de la foi catholique dans ce royaunie; non plus que pour la grande Marie- Thérèse d'Autriche. Déjà en 1034, Jules II prétendait qu'on ne célébrait les obsèques des rois dans les Chapelles pontificales que parce que ces princes occupaient eux-mêmes une place dans ces Chapelles ; tandis qu'aucune n'étant assignée aux princesses régnantes 5 les obsèques de ces dernières ne doivent point y être célébrées. Si un souverain ou une princesse régnante vient à décéder à Rome , on célèbre les obsèques , prœseufe corpore, dans une église ou une basilique , comme on le fit pour la reine Marie- Clémentine Sobieski, femme de Jacques lil, roi d'Angleterre; pour ce prince lui-même, et pour Marie-Louise, reine d'Espagne, épuse de Charles IV. On tient alors dans cette église ou basilique une Chapelle papale, où Sa Sainteté assiste; un Cardinal chante la messe, et, avant l'absoute, on prononce l'oraison funèbre; mais cette cérémonie n'a jamais lieu dans la chapeJe des palais apostoliques.
Lorsqu'un souverain veut faire célébrer à Rome un service funèbre pour celle qui partageait avec lui le trône, le Sacré- Collége est invité, au nom du prince, à se rendre dans l'église, désignée : un Évêque chante la messe, et, après l'oraison funèbre, quatre Ëvêques font l'absoute, et la dernière est faite par le Célébrant. Ce pieux devoir fut rendu a Rome , dans l'église de Saint Ignace, le 26 Septembre 1819, à la mémoire de Marie- Isabelle de Bragance, reine d'Espagne, femme de Ferdinand VII.
-oHo-
Chapelle papale pour les obsèques d'un Cardinal.
Les obsèques des Cardinaux qui meurent à Rome ou dans toute autre résidence qu'habite le Pape , sont célébrées dans l'église dont ils étaient titulaires, ou dans toute autre désignée par eux, avec la permission du Pontife. Le Sacré-Collége assiste à la cérémonie , ainsi que tous les fonctionnaires des Chapelles , de même que le Clerc du Sacré-Collége. L'église est tendue de noir; les tentures du trône pontifical sont violettes ; sur la devanture de l'autel , qui est noire , brille une grande croix lamée d'or ; au milieu de l'église est placé le lit funèbre. La veille , dans la soirée , on y transporte le corps du Cardinal décédé , qui a été embaumé, revêtu de ses ornements sacrés de couleur violette , selon qu'il appartient à l'ordre des Évèques ou des Prêtres, et de la dalmatique rouge, s'il appartient à celui des Diacres ; mais à quelque ordre qu'il appartienne, on lui met la mitre blanche. Le lit funèbre, recouvert d'un drap de soie lamé d'or , aux armes du défunt, est entouré de cent torches, portées sur des candélabres en fer; aux angles sont placés d'autres candélabres d'argent , semblables à ceux de la balustrade.. Au pied du lit funèbre est attaché le chapeau cardinalice , et aux quatre angles se tiennent des serviteurs du Cardinal défunt, en habit et manteau noirs, qui agitent légèrement des bandelettes funèbres, aux armes du Prélat décédé. Ces serviteurs , pris parmi les plus anciens de la Famille cardinalice, sont vulgairement appelés Piagnoni, parce que , connaissant depuis long-temps le Cardinal défunt, ils sont censés le regretter plus vivement que les autres.
Après que les religieux appartenant aux ordres mendiants ont
(loi ) chanté l'office des morts aux heures indiquées, les Cardinaux se rendent dans Tégiisc pour assister à la messe de Requienij chantée par le Cardinal-Camerlingue de Tannée. Avant de se rendre à leurs stalles, et dès qu'ils arrivent dans l'église , après avoir adoré le Saint-Sacrement , placés aux pieds du lit funèbre , ils aspergent et bénissent le corps. Si le Pape assiste à la cérémonie, les Cardinaux, après avoir ainsi jeté Teau bénite sur le cadavre, se rendent à la sacristie, où ils font cortège au Pontife, qui porte l'étole violette, la chape rouge, la mitre d argent. Toute la cire de lautel , de la balustrade et du lit funèbre est jaune. Après la messe , le Pape , précédé de la croix , fait lui-même Fabsoute. La cérémonie terminée, on procède à Tinhumation du corps, que l'on dépose dans trois bières, en présence de quelques parents de Fillustre défunt, et dun notaire, qui la constate. On fait des distributions de cire blanche à la Famille ponltficale ; celle du Célébrant en reçoit vingt-quatre livres; les serviteurs des autres Cardinaux en reçoivent une portion moindre. Les restes mortels du Cardinal décédé sont portés dans un des caveaux d'une des églises de Rome, où sa propre famille lui fait élever quelquefois un monument.
Le cérémonial observé à la mort des Cardinaux a varié suivant les circonstances et les dispositions émanées des souverains Pontifes. Le Cardinal Gaetano nous apprend qu'Alexandre IV ordmavù ut Cardinali obeundj tam idem summus PonhfeXj quam Cardinales in capellis suis cantent cum nota solemniter officium pro defunclis; idemque romanm Pcndfex ducentos pauperes pro anima ejus pascal^ et vigintiquinque quilibet Cardinalis. Imo et ipse dominas Papa missas pro defunctis ducentaSj et vigintiqwnque Cardinalis quilibet faciat celebrare.
Les Cardinaux ont eu aussi le privilège des obsèques novendialeSj dans les églises dont ils étaient les titulaires, ou dans celles où on les inhumait. Le P. Casimir nous a laissé une relation des obsèques pompeuses qui furent faites au cardinal Agriense, dans l'église à' Ara Coe/t, en 1486. Dans le cinquième concile de
(153) Latran ^ terminé sous Léon X , on fixa à 1 500 florins ^ d'après des évaluations déjà faites , les frais des funérailles des Cardinaux. Sestini nous apprend {Maestro di caméra. Liège, 1634) que lorsqu'un Cardinal mourait, on exposait le corps dans une des salles de son palais , comme on le fait encore aujourd'hui ; les religieux des quatre ordres mendiants s'y rendaient pour réciter l'office des morts; les Cardinaux allaient y prier , et jeter l'eau bénite sur le corps ; une portion de la Famille pontificale et quelques-uns des fonctionnaires qui composaient les cortèges ou cavalcades du Pape , accompagnaient la pompe funèbre des Cardinaux décédés, quand ils étaient revêtus d'une des grandes charges du Sacré-Collège. Benoît XIII ordonna, en 1724, que l'office des morts continuerait à Être chanté par les religieux mendiants; que la messe serait célébrée par le Cardinal-Camerlingue du Sacré-Collège, en présence des Cardinaux. Alors s'introduisit pour la première fois l'usage, quelquefois observé depuis par les souverains Pontifes , de se rendre à cette messe funèbre , et d'y faire eux-mêmes l'absoute. Clément XII ordonna que l'office des morts serait chanté seulement par les religieux mendiants , dans la matinée des obsèques. Benoit XIV confirma ces dispositions, qui s'observent aujourd'hui.
Les Papes ont voulu quelquefois honorer, par de pompeuses obsèques ou des cérémonies funèbres particulières, la mémoire des Cardinaux d'un mérite distingué. C'est ainsi que Clément XI assista k une Chapelle papale funèbre en l'honneur du cardinal de Tournon, légat du saint Siège en Chine, et décédé dans la prison de Maccao, le 8 Juin 1710, après avoir souffert pour la gloire de la religion. La même cérémonie fut renouvelée l'année suivante , et le cardinal Corsiui chanta la messe ; le prélat Majella , chapelain secret , prononça l'oraison funèbre , usage souvent renouvelé aux obsèques des Cardinaux.
11 est inutile de rappeler que, dans les fêtes solennelles, du jeudi de la semaine sainte jusqu'à la seconde fête de Pâques, on ne peut célébrer les cérémonies funèbres dont npus venons de
( i53 ) parler; elles sont alors différées. En 1793, le cardinal Carrara décéda le Mardi saint ; ce ne fut que le mercredi après Pâques qu'eut lieu la Chapelle papale funèbre en son honneur; le cardinal Chiaramonti , devenu pape bientôt après sous le nom de Pie VII, chanta la messe. Quand les Cardinaux meurent en conclave, leurs restes mortels, exposés sur un lit de parade dans la chapelle apostolique, où les Cardinaux vont faire l'absoute après Je scrutin , ne sont point transportés solennellement dans l'église où doivent se faire leurs obsèques. Accompagné par les Cardinaux jusqu'à la porte du conclave, le corps est rerais au clergé de Saint- Pierre ou à celui de la paroisse où résidait le Cardinal , et transporté, dans une voiture de deuil , à l'une ou à l'autre de ces églises, où la messe funèbre est exécutée par les Chantres pontificaux.
Cérémonies de FouYeriiire et de la cldlure de la porte Sainte de Féglise Saint- Pierre, dans Tannée sainte du jubilé universel.
Le retour de Tannée sainte ou du jubilé universel est accompagné de pieuses cérémonies papales, que nous allons décrire. Chez les Juifs , la cinquantième année , qui succédait aux sept semaines d'années, était celle du jubilé, qui, dans leur langue, signifie rémission. Les prisonniers et les esclaves devaient être mis en liberté , les héritages vendus retourner à leurs anciens maîtres, et la terre demeurer sans culture. L'Église catholique a pris aux Hébreux leurs traditions d'indulgence et de pardon : en se les appropriant , la loi nouvelle les a dépouillées de ce qu'elles pouvaient avoir de trop humain; elle a institué des œuvres de piété et de pénitence, auxquelles elle a attaché des grâces spirituelles, pour nous engager à les faire, et à accroître ainsi nos mérites devant Dieu.
Quelques ;iuUur^ foiit remonter rixistitulion du jubilé chrétie» aui lemp» apostoliques. Deiiîs Pelau veut ^ Ratio îetnpor. ) que deux juhilés aient élé célébrés dans le premier siècle; Zaccharia ' Tratt. deF Aun. sautoj \eut aussi que FanDée saiote ait eiisté a^aot Fépoque où il est le plus sûr d'en fixer rinslitution. Le premier jubilé dont la date n'est pas douteuse , fut solennellemeot établi à Rome par Booiface VIII, en 1300 ; diaque cent ans, Œglise devait ouvrir ses trésors spirituels en faveur de ses enfants; mais Clément VI 9 considérant la brièveté de la vie humaine, (lia le retour de Tannée sainte à chaque demi-siècle , et, quoique résïidant à Avignon, il fit célébrer le jubilé à Rome. En 1330, Urbain VI en restreitinit la célébration à chaque période de trentetrois ans , en considération des années que Jésus-Christ avait passées sur la terre; mais Paul II, voulant que tous les Ages pussent jouir d'un avantage spirituel si précieux , fixa la célébration du jubilé à chaque vingt-cinquième année; cette disposition a été fidèlement observée depuis. Pie VI célébra Tannée sainte, en 1775; elle aurait dû encore être célébrée en 1800; les événements [>oIitiques du siècle s'y opposèrent. Elle ne le futqn'en 1825, par Léon XII , c'est-à-dire, cinquante ans après.
Pour obtenir Tiiidulgence plénière du jubilé, les Pontifes prescrivent, dans leur bulle de publication, la vbite de quelques basiliqu(;s de Rome. lionifuce VIII avait désigné celles de Saint- Pi(?rre-au-Valiran et de Saint-Paul hontes-murs. Clément VI ajouta celles de Saint-Sauveur ou de Latran, et Grégoire XI la basilique Libérienne ou de Sainte-Marie-Majeure : c'est pour cela que les quatre basiliques ont chacune leur porte Sainte , ouverte seulement pendant Tannée du jubilé; ces mêmes basiliques oot continué d\Mre désignées à la piété des fidèles. Urbain VIII et Clément XI substituèrent, à cause de la peste, et de l'inondation du Tibre, en 1624 et en 1700, à la basilique de Saint-Paul, celle de Sainte-Marie «Vi Tras(evere. En 1825, Léon XII désigna cette même église ; la basilique de Saint-Paul , si malheureasement incendiée en 1823, n'étant point réédifiée.
A chaque jubilé on prescrit ordinairement aux habitants de Rome trente visites à faire à chaque basilique, et quinze seulement aux étrangers, à cause de l'éloignement des lieux d'où ils viennent. Ce nombre de visites a été restreint , selon la volonté des Papes , en faveur des personnes appartenant aux chapitres , institutions religieuses, confréries et autres corporations. Les cérémonies qui accompagnent l'ouverture et la clôture des portes Saintes ont été modifiées suivant les circonstances et le libre arbitre des Papes. On doit à Alexandre YI quelques-uns des rites en usage dans cette solennité; il les pratiqua lui-même le premier avec pompe à l'ouverture et à la clôture du jubilé de 1 500. On lui doit aussi l'extension de l'année sainte à tout le monde catholique ; enfin , c'est à Clément VII que nous devons les touchantes prières récitées aujourd'hui à l'ouverture et à la clôture des portes Saintes. La garde de ces portes a été confiée, jusqu'à Benoît XIV, aux Chevaliers de Saint-Pierre et de Saint-Paul, qui en prenaient possession après l'ouverture; aujourd'hui c'est aux gardiens des confréries et des archiconf réries romaines à qui la garde de ces portes est dévolue.
C'est le Pape qui ouvre et ferme la porte Sainte de la basilique Vaticane; il est remplacé par le Cardinal-Doyen, en cas d'empêchement. Il choisit trois Cardinaux , sous la désignation de Légats à latercj pour faire la cérémonie dans les autres basiliques. Ces Cardinaux recevaient leur mandat dans la chambre des Parements ; ils se rendaient, vêtus de leurs ornements sacrés, dans la chapelle Sixtine, où le Saint-Sacrement était exposé; le Pape les bénissait , et disait sur eux ces paroles : Procedatis in pace. Ces Légats déposaient ensuite leurs ornements, prenaient leur manteau rouge, et se rendaient, à cheval, précédés d'un brillant cortège, dans leur basilique respective; mais Benoît XIII ordonna^ en 1725, que chaque Cardinal ainsi désigné partirait de sa propre résidence. La porte Sainte existe donc dans chacune des basiliques que nous venons de nommer, et les fidèles qui veulent gagner l'indulgence entrent par cette porte pour faire la visite de ce»
églises. Dans Fintervalle des années saintes^ ces portes sont soigneusement murées. A la cérémonie de clôture on voit des personnes pieuses apporter des briques , auxquelles elles font une marque particulière pour les reconnaître, les prendre au jubilé suivant , et les garder avec soin ; les pèlerins surtout se montrent empressés de ramasser les débris du mortier ou ciment qui sert à murer ces portes.
Il nV'st pas sans intérêt de rappeler ici que les années du jubilé ont autrefois appelé à Rome une foule innombrable d'étrangers et de pèlerins. Les rois de TEuropc , des princes , des personnages éminents, s'y rendaient pour Tédificalion des peuples. Au jubilé de 1475, on vit arriver à Rome le Roi de Naples, celui de Danemarck , le Duc de Saxe, et plusieurs autres princes; à celui de 1S75 , ouvert par Grégoire XIII , on y vit les princes de Bavière, le saint archevêque de Milan , saint Charles Borromée , qui lavait les pieds aux pèlerins et les servait à table; il faisait nu-pieds la visite des églises. L'auteur de la Jérusalem délivrée assista à ce jubilé. On comptait que pendant la célébration des anciennes années saintes ^ il se rendait toujours à Rome un million de pèlerins.
Pablication da jabilé.
Le jour de la fètc de l'Ascension qui précède la célébration de l'année sainte, le Pape , accompagné des Cardinaux et de tous les dignitaires de sa cour, se rend dans la salle Royale du Vatican; il s'asseoit sur le trône qu'on lui a élevé : là un des prélats Abréviateurs, en cape, après avoir demandé et obtenu la bénédiction pontificale, à genoux aux pieds du Pape, reçoit le pouvoir de publier la bulle pour la promulgation du jubilé de Tannée suivante. L'original de cette bulle est remis au Prélat par le Substitut des brefs, en présence du Gouverneur de Rome, du Trésorier, du Clerc de la Chambre, entouré des Curseurs pontificaux. Ces Prélats se rendent dans le portique de Saint-Pierre, où, montant sur une chaise richement ornée de tentures de brocart^ placée à
(157) côté de la porte Majeure de la basilique^ FAbréviateur lit à haute et intelligible voix la bulle , écrite en latin. Aussitôt que la lecture en est terminée^ des corps de musique militaire exécutent de brillantes fanfares, et des salves d artillerie, tirées sur la place Saint- Pierre, annoncent la promulgation du décret pontifical. Les Prélats remontent au Vatican pour assister à la Chapelle papale; les Curseurs, après avoir affiché un exemplaire de la bulle à une des colonnes du portique, montent à cheval ; ils tiennent leur bâton d'argent appuyé sur Farçon de la selle; l'un d'eux porte la bulle ouverte, attachée par des cordons de soie rouge. Précédés par des tambours et des trompettes , ils se rendent dans les basiliques : reçus sous les portiques par le clergé, ils lisent sur des chaires qu'on y a élevées, la bulle du jubilé, qu'ils affichent ensuite sur une des colonnes ou sur les murs extérieurs. Le soir, après vêpres , le premier Bénéficier de l'ordre des Diacres lit dans chacune de ces basiliques, en présence de tout le clergé, cette même bulle, qui est imprimée, et distribuée au Sacré-Collége, à la prélature , et aux principaux officiers du saint Siège.
Le quatrième dimanche de l'A vent de la même année, avant la Chapelle papale, on renouvelle avec les mêmes cérémonies la publication de la bulle du jubilé , avec cette différence que ce sont deux Auditeurs de rote qui la lisent à la porte Majeure de la basilique Saint-Pierre , l'un en latin , l'autre en italien. Si le Pape habitait le Quirinal , la lecture en serait faite à la porte extérieure du palais par les deux Auditeurs de rote ; de cette résidence partiraient les Curseurs pour se rendre aux basiliques. Avant ou après ce même dimanche , le Pape désigne, en consistoire secret, les trois Cardinaux-Légats qui doivent ouvrir et fermer les portes Saintes. Accompagnés de leurs carrosses de gala^ de plusieurs Prélats, des ecclésiastiques attachés à leur personne et de tous leurs Gentilshommes, en habit de cérémonie, ces Légats se rendent dans les basiliques désignées , et suivent dans la solennité de l'ouverture et de la clôture, le même cérémonial que le Pape dans la basilique Vaticane. Pendant la cérémonie de la clôture
( i58 ) et de rouverturc, toutes les autres portes des basiliques sont fermées.
La veille de Noël, le Pontife, qui veut faire l'ouverture de la porte Sainte , se rend dans la salle des Parements, où il prend la chape blanche , et de là , précédé des Prélats et des dignitaires, dans la chapelle Siitine, où le Saint-Sacrement est exposé; il Fadore profondément, ainsi que toute l'assistance. On distribue des cierges aux Cardinaux, aux Évèques, aux Abbés mitres, aux Pénitenciers , aux Prélats di fiocchettij aux Protonotaires apostoliques et aux Généraux d'ordres religieux. Après avoir encensé le Saint- Sacrement, le Pape reçoit du Sous-Diacre assistant le grand cierge doré qu'il doit porter à la procession ; il est orné d'un paremaio Çparamano) en soie blanche, brodée d'or, qui garantit sa main des gouttes de cire. Le Pontife entonne ensuite le Vent^ Creator j que chantent solennellement et alternativement les Chapelains- Chantres et le chœur. La procession commence à sortir de la salle Royale, descend l'escalier Royal, suit le vestibule des Suisses, et se dirige en droite ligne vers le portique de la basilique.
Cette procession se compose de tout le clergé séculier et régulier, de tous les Prélats , des Évèques et Archevêques , et des membres du Sacré-Collége. Le Pape est porté sur la sedia; il tient le cierge à la main et porte la mitre précieuse. Les prélats Référendaires tiennent les bâtons du dais ; les Gardes-Nobles et les Suisses font leur service ordinaire. Le cortège fait le tour da portique de la basilique; arrivé devant le trône, dressé près la porte Sainte, le Pape descend de la sedia^ monte au trône, et pendant que le chœur chante la dernière strophe de l'hymne, les Cardinaux assistants ceignent le Pontife du grémial d'étoffe blaoche; il en descend, portant toujours la mitre, et le cierge à la main, se place devant la porte Sainte, remet son cierge au Cardinal-Diacre , et prend des mains du Cardinal-Pénitencier un marteau d'argent , d'un travail élégant , dont le manche est en ivoire. Les panneaux de la porte ont été écartés, et des ouvriers maçons, placés derrière , doivent faciliter la chute du mur de clôture.
Le Pape , en donnant le premier coup de marteau sur la porte ,
dit:
i. Aperite mihi portas justiliae , ^. iDgressus in eâ conûtebor Domino.
Sa Sainteté frappe la porte une seconde fois , en disant : i. Introîbo in domum tuam , Domine ,
Les Chantres répondent :
i). Adorabo ad templum sanctum tuum in timoré tuo.
Sa Sainteté frappe la porte au milieu pour la troisième fois , en disant :
f . Aperite portas, quoniam nobiscum est Deus ,
Les Chantres répondent :
i). Qui fecit virtutcm in Israël.
Alors la porte tombe ; et après que le Pontife a rendu le marteau au Cardinal-Pénitencier, il remonte sur son trône. On achève la démolition de la porte , et on en rend le passage entièrement libre. Debout sur son trône , Sa Sainteté chante les versets suivants :
i. Domine , exaudi orationem meam ,
Le chœur répond :
]). Et clamor meus ad te veuiat.
i. Dominus vobiscum , i). Et cum spiritu tuo.
Il récite ensuite l'oraison Actiones nostraSj par laquelle il implore le secours divin. Cependant les Pénitenciers de Saint-Pierre, ceints de tabliers, lavent avec des éponges trempées dans l'eau bénite , les jambages de la porte Sainte , et les maçons recueillent dans des vases les fragments des briques et les débris de mortier ou de ciment. Le chœur chante le psaume Jubilai e Deo , omnis terra j après lequel le Pape, se levant sur son trône, et quittant la mitre , récite les versets et l'oraison qui suivent :
i, Haec dies, quam fecit Dominus , i). EiLultemns et laetemur in eâ.
i. Beatus populus tuus, Domine , i). Quiscitjubilationem.
i, Haec est porta DomiDi ,
1^ Josti intrabuat ÎDeam.
1^. Domine , exaiidi oratiooem meam ,
i). Et clamor nieus ad te veniat.
^. Dominus vobiscum,
lO. Et cum spiritu tuo.
Oremas.
Deus, qui per Moysen famnliim tunm popnio Israelitico anonm jnMlxi et icmissioiiis instituisli, concède propitius nobis famiilis tiiis jnbilaei aiionm hnnc . luâ aiiclorilate iii.sliliitiim , qiio porlaiii hanc populo tuo ad preces tuae tnajpstati perngeiidas ingredicnti , solemniter nperire volnisli , fcliciter incbôare, ut , in eo veiiiâ et iiidnlgentiâ plenè reroissionis omninm delictoruin obleniâ , cùm dies iio^trae vocalionis adveoerit, ad cœlestem gloriam pei fi uciidatn tuic misericordix muuerc perducamur ; Per Domiiiom oostrum, etc.
Après cette oraison , le Pontife se rasseoit ^ reprend la mitre et descend du trône; arrivé devant la porte Sainte^ il se découvre^ et reçoit du premier Cardinal-Diacre la croix patriarcaie ^ qu'il tient de la main droite, tandis que le second Cardinal Diacre lui donne le cierge allumé, qu^il prend de la gauche; il fait ensuite la génuflexion, et entonne le Te Deum^ que le chœur continue. Après le premier verset, il franchit le seuil et entre dans le temple; il est suivi des Cardinaux, des Archevêques et Évoques, des Abbés mitres, des Pénitenciers, de tous les Prélats de sa maison , des Avocats consistoriaux , et du clergé séculier et régulier. Entré dans la basilique, le Pontife tourne à droite, et se rend dans la chapelle de la Pitié; il dépose la croix et le cierge, et , assis sur un fauteuil placé sur le marchepied de Tautel de cette chapelle, qui est la plus voisine delà porte Sainte, il confie aux gardiens des confréries et archiconfréries romaines la garde des portes des quatre basiliques , et leur recommande avec bienveillance et autorité , de remplir leur charge avec zèle et diligence, de veiller à ce qu'on ne commette aucun désordre aux environs de ces portes , et qu'on n'en franchisse l'entrée qu'avec respect et dévotion. Le Pape remonte ensuite sur la sedia, et la procession continue sa marche par le milieu de la nef. Arrivé devant la
( 161 ) chapelle du Saiot-Sacrement , où est exposée la sainte Eucharistie ^ au milieu d'une riche illumination y le Pontife descendant de la sedtaj se met à genoux^ et l'adore profondément; la procession se rend ensuite à l'autel de la Confession , où arrive bientôt le Pape lui-même; après une courte prière an pied de l'autel, il monte au trône élevé devant la chaire de Saint-Pierre. Après que les Cardinaux, les Abbés mitres et tous les Prélats ont éteint leurs cierges , il reçoit l'obédience qui lui est due , et entonne solennellement les vêpres , qui marquent le commencement des indulgences de l'année sainte ; ces vèprés sont terminées par la bénédiction pontificale^ Le Pape rentre au Vatican , et les Cardinaux y après avoir repris leurs habits de chœur, quittent la basilique et reviennent dans leurs palais.
Dans le cours de l'année sainte, le Pape donne la bénédiction apostolique du haut de la Loggia du Vatican , à chaque fête solennelle; il se livre à des exercices fréquents de piété pendant ces jours de grâce et de salut. Les Cardinaux, les Prélats, le clergé et le peuple, imitent les salutaires exemples du Pontife.
L'année suivante, à pareil jour, veille de Noël, a lieu la clôture du jubilé : le souverain Pontife ferme la porte Sainte de la basilique de Saint-Pierre , et les Légats à latere désignés pour exercer ces fonctions, vont les remplir dai^ les autres basiliques, où le même ordre de cérémonies s'observe pour la clôture des portes Saintes. Après le chant des vêpres, chantées solennellement dans la basilique Saint-Pierre par Sa Sainteté, en présence de tout le Sacré-ColIége, des Archevêques, Êvêques, Prélats et dignitaires de la cour romaine, la procession, à laquelle assistent ces mêmes dignitaires et Prélats , portant des cierges , se dirige , par le milieu de la basilique , vers le portique. Arrivé devant Fautel de la Confession , le Pape descend de la sediaj et vénère, à genoux , ainsi que tous les Cardinaux , les précieuses reliques de la Lance ^ de la vraie Croix j du Saint-Suaire ^ qu'un des Chanoines de la basilique présente à l'assistance du haut de la tribune. Remonté sur la sedia^ le Pontife, tenant son cierge à la
( 1«2 ) main j fait son adoration ordinaire à Tautel du Saint-Saercment ; il entonne Fantienne Cum jucunditatej et les Chantres pontificaux continuent y en contre-point : Et cum gaudio deducemini; nom montes et colles exsilxent spectanies vos cum gaudioj alléluia. On reprend cette antienne^ et on la continue jusqu'à ce que le Pontife soit lui-mèroc arrivé sous le portique de l'église ; là ^ descendant de la sedia , il monte sur son trône y qu'il quitte bientôt après pour se rendre devant la porte Sainte, où, après qtfoo lui a ôté la mitre , il bénit les ciments en disant :
i. Âdjutonum nostrum in Domine Pomini ,
i). Qui fecit cœlnm et tcrram.
i. SitnomeQ Domini benedictam,
ij. £x hoc, nuDc, et usquè iii seculum.
f . Lapidcm , quem rcprobavernnt aedificantcs ,
ij. Hic factus est in capnt angnli.
f . Domine, exaudi orationcm meam ,
ij. Et clamor meus ad te yeniat.
1^. Dominus yobiscum ,
^. Et cum spirita tuo.
Oremus.
Summe Deus , qui summa , média, imaquc custodis, qai omnem creataram intriosecùs ambiendo concludis , sanctifica et benedic has creaturas lapidis , calcis , et sabuli^ Pcr Christam, etc.
Le Pape asperge ces mortiers avec l'eau sainte , et les encense; les Cardinaux assistants le ceignent d'un grémial d'étoffe blanche; le Pontife reprend la mitre ; le Cardinal-Pénitencier lui présente une drague en argent, à manche d'ivoire, avec laquelle il prend dans un vase à large surface , soutenu par un Maître des cérémonies , un peu de chaux à l'état de mortier, qu'il place au milieu du seuil de la porte Sainte , en disant : In fide et virfute Jem Christi fili Dei vivù II en prend une seconde fois, pour la placer à sa droite , toujours sur le seuil de la porté, en disant : Qtsi Apostolorum Principi dixit : Tu es Petrus; et tandis que sur le sol, à gauche, il dépose une autre drague, il ajoute : Et super hanc Petram œdtficabo Ecclesiam meam. Prenant ensuite trœs briques pour les placer sur le ciment, qu'il égalise et aplatit, il place la première, en disant : CoUocamus lapidem istum pritM-
( 163 ) rium; la seconde : Ad cïaudendam portam Sanctam ipso tantummodo; la troisième : Singulo jubilœi annOj iterùm reserendam tn nomme Patris ^j et Filiii^, et Sptritûs >^ sancti. Amen.
Les Gbantres entonnent l'hymne de Palestrina ^ Cœlestis urhs Jérusalem; le Cardinal-Grand-Pénitencier place du ciment et une assise de briques; les San-Pietrini^^ ouvriers dé la révérende fabrique de Saint-Pierre, portant le sac des confrères, continuent d'élever le mur de clôture, pendant que le Pape, de retour au trône, récite l'hymne que l'on chante, et se lave les mains ; quittant ensuite sa mitre, toujours assisté par les Cardinaux-Diacres, il récite les versets suivants , auxquels le chœur répond.
f . Salvum fâc populum tunm , Domine,
i}. £t benedic haereditati tuae.
i. Fiat misericordia tua , Domine , super nos,
i). Qaemadmodùm speravimus in te.
1^. Mitte eis , Domine, auxiliam de sancto,
i}. Et de Sion tuere eos.
f. Domine, exaudiorationemmeam ,
i). Et clamor meus ad te yeniat.
i. Dominus yobiscum ,
i). Et cum spiritu tuo.
* Les soaverains Pontifes n^ont rien négligé pour assurer rentretienr de la magnifique basilique de Saint-Pierre , et conserver dans son état de perfection cet admirable monument. Il euste depuis long-temps , dit M. de Tournon , dans ses Études statistiques , nine institution très-propre à atteindre ce but si louable ; elle se compose d^ouvriers de divers états et professions , organisés en compagnies , et connus sons le nom de San-PietrirU. Ces hommes , habitués dès leur jeune âge à tous les travaux , à toutes les manœuvres qu^exigent son entretien , acquièrent une adresse extraordinaire , et ce sont eux qui , dans les solennités , ornent Téglise de tentures , et qu*on voit , affaissés sous le poids de lourdes tapisseries , courir sur les corniches les plus étroites ; ce sont eux encore qui , dans la soirée de certaines solennités , soutenus par une corde liée à leilr ceinture et deux torches aux mains , tantôt glissent le long des courbes de la coupole , tantôt s^élancent au sommet de la croix ou sur les saillies des corniches , et opèrent en quelques instants le magique changement d^Uumination qui a lieu dans les grandes réjouissances.
Tous les métiers relatifs à Tart de bâtir étant familiers aux San-Pieinni , ils exécutent ou ils dirigent les travaux avec une grande habileté. Cette brigade , d'environ 60 individus , qui a rendu d'éminents services à l'église Saint-Pierre , coûtait en 1811 environ 18,000 fr. , et les pensions des infirmes, des veuves et des enfants , s'élevaient à 8,000 fr. L'administration française la conserva.
Oremns.
Deas , qai in omni loco dominatioais tu« démens et benignas exanditor existi , exandi nos , quaesumus , et praesta ut inviolabilis permaneat hajos loci sanctiûcatlo, et bénéficia tni muneris in hoc jubilxi anno uniyersitas fidellum impctrassc laetetur ; Pcr Christum , etc. i). Amen.
Le Pontife entonne ensuite le Te Deum^ que le chœur continue. Après l'hymne de la reconnaissance^ Sa Sainteté donne ^ da haut de son trône , la bénédiction solennelle , et les Diacres assistants publient l'indulgence ordinaire. Après avoir déposé leurs ha-« bits sacrés , les Cardinaux accompagnent le Pape dans la salle des Parements^ et sahient Sa Sainteté; ils retournent à leurs palais^ suivis de leurs carrosses de cérémonies, et accompagnés de leur cortège de gala. L'artillerie du château Saint-Ange et le son des cloches de la ville annoncent la clôture des portes Saintes dans les basiliques , et la fin de l'année sainte.
Quelques Pontifes, fldèlcs aux anciens usages, ont promulgué les jubilés qui devaient commencer la veille de Noël, avant d'avoir pu , empêchés par la mort , faire l'ouverture de la porte Sainte : ces jubilés n'en commençaient pas moins h Fépoque convenue; mais l'ouverture des portes de la basilique était retardée. Paul III promulgua l'année sainte que Jules III commença par les cérémonies d'usage , le 24 Février 1 560, et qu'il clôtura le même jour de l'année suivante. Pie VI, élu Pape le 18 Janvier 1775, année sainte, promulguée par Clément XIV, fit l'ouverture de ce jubilé le 26 du même mois , et le clôtura la veille de Noël.
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frocessions et antres cirémonies reli^enses en usage dans les eitraordinaires.
Les jubilés extraordiDaires sont ceux que les souverains Ponti^ fes accordent pour implorer plus spécialement la miséricorde divine, et que Ton célèbre dans de graves circonstances. Les grâces de ces jubilés sont ordinairement attachées , soit à des processions de pénitence, soit à d'autres pratiques de piété. Sixte-Quint fut le premier Pape qui promulgua un jubilé extraordinaire, à Toccamn de son avènement au pontiGcat; il voulut appeler les bénédictions du ciel sur son règne : cet exemple a été suivi par ses successeurs. Les Papes, en général, sont en usage d'ouvrir euxmêmes ces jubilés, annoncés d'ailleurs par une constitution apostolique , en faisant une procession à laquelle ils assistent en étole et mosette. Ils se rendaient autrefois à l'église de Sainte-Marie des Anges j aux Thermes de Dioclétien, où, après la messe, la procession se dirigeait vers la basilique de Sainte-Marie-Majeure; le clergé séculier et régulier , les Cardinaux et tous les Prélats de la cour romaine, assistaient à la cérémonie, pendant laquelle on chantait les grandes litanies* Dans les jubilés ordonnés dans les pressants besoins de l'Église, les Papes prescrivaient les mêmes processions , que l'on faisait le jeudi ou le vendredi , et déterminaient l'église d'où elles devaient sortir et celles qu'elles devaient visiter ; ils célébraient une messe basse dans la première de ces églises, assistés par les Cardinaux les plus anciens. Autrefois, lorsque l'église d'où la procession devait sortir était trop éloignée, les Papes s'y rendaient en litière ou h cheval.
Nous saTons que Clément XI, en 1718, ordonna un jubilé
( i66 ) extraordinaire y à Toccasion de la guerre contre les Turcs : il assista lui-même à la procession ^ qui se rendit à Féglise du Saint-Esprit fVi Sassia '*'. Un semblable jubilé fut ordonné également par le même Pontife, en 1719, et cette année ne s'acheva pas sans que le même Pape en ordonnât un autre pour demander à Dieu la cessation d'une maladie pestilentielle qui afOigeait ses états. Innocent XIII, en 1721 , ordonna un autre jubilé pour le même motif; Clément XIII, en 1774, en ordonna un autre pour tous les besoins spirituels et temporels de l'Église et de l'État. Ce Pontife assista à plusieurs processions de pénitence, et on le vit lui-même monter à genoux l'escalier ad Sancta sanctorum. Enfin , mentionnons ici les processions des jubilés ordonnés par Pie VI et Léon XII, auxquelles ces Pontifes assistèrent en donnant l'exemple d'une profonde piété, et les neuvaines ordonnées par ce dernier Pape en l'honneur de l'archange saint Michel , protecteur de l'Église, pour toutes les nécessités de cette même Église. Quelquefois on célèbre ces jubilés sans faire de procesaon ; les Papes se contentent de désigner plusieurs églises à la piété des fidèles; ils sont tenus de les visiter, et d'accomplir aussi les autres pratiques de piété ordonnées pour gagner ces indulgences plénières.
De la béatification des vénérables serriteurs de Dieu. — En quoi elle diffère de la canonisation. — Actes qui la précèdent ; cérémonies qui raccompagnent.
La béatification est un acte par lequel FÉglise déclare, par Porgane du Pontife suprême , qu'une personne décédée après une
• * c'est réglûe du grand hôpital du Saint-Esprit , situé, conune on le sait, dans le Borgo, La dénomination de Sassia \ient du nom d'une rue voisine où campèrent les Saxons , arrivés en Italie avec Cbarlemagne pour la délivrer du joug des Lombards. fN. du TJ
( 167 ; vie exemplaire^ et à l'intercessioD de laquelle il faut attribuer plusieurs miracles, jouit dans le ciel du bonheur étemel. Elle diffère uotablemeut de la canouisatiou ^ comme le fait remarquer Beoott XIV {de Canon, sanctor.), car elle consiste en une simple concession ou permission émanée du souverain Pontife, en vertu de laquelle le serviteur de Dieu peut être l'objet d'un culte ecclésiastique; tandis que la canonisation est la sentence définitive, prononcée en forme par le Pontife romain , qui déclare et ordonne que tous les fidèles doivent honorer comme un saint celui qui d'abord a été déclaré bienheureux. Le culte que la béatification solennelle ou équivalente autorise, est circonscrit à une province,^ à - un diocèse, à une ville , et môme quelquefois à une communauté religieuse. Ce culte est facultatif, et non de précepte; celui, au contraire, qui a été décrété par la canonisation, est étendu à tout funivers catholique , et il oblige tous les fidèles. Enfin , dans la béatification, le Pape n'intervient pas comme un juge qui profère la sentence relative à la condition de celui qu'il béatifie; tandis que 7 dans la canonisation , il prononce ex cathedra sur l'état de celui qui est l'objet de cet acte solennel : c'est ainsi qu'on a appelé la béatification , une canonisation imparfaite (28).
Les serviteurs de Dieu qui n'ont été que béatifiés, sont l'objet d'un culte moins solennel que ceux qui ont été canonisés ; aussi , sans un induit apostolique, ils ne peuvent être choisis pour patrons de royaumes et de cités; leur office n'a point d'octave^ le jour de cet office ne peut être une fête obligatoire; on ne peut célébrer de messe votive.
La béatification fut introduite dans l'Église lorsque les longues, procédures qui précèdent la canonisation furent reconnues nécessaires.
Nous verrons , en parlant de la canonisation , que les honneurs publics décernés aux saints, remontent aux premiers temps de l'Église. De siècle en siècle se propagèrent ces vénérables rites; et quoique de temps à autre les Évêques aient exposé des reliques de martyrs à la vénération des fidèles , et élevé des autels en
( i68) leur honneur^ néaDmoios la prescription du culte pubfic a été itigardée comme proprement dévolue aux seub Pontifes romains, depuis surtout le douzième siècle.
Ce jugement qui décerne aux yénérables senriteurs de Dieu les honneurs dus k ceux qui jouissent de la yision béatifiqoe, est donc de deux sortes : Fun s'appelle béatiâcation , et Faotre canonûation. Le premier est préparatoire du second^ et le second est h sentence dernière et définitive qui impose le nouveau culte k l'universalité de FËglise. Dans le bref de la béatification ^ le Pape n'emploie que la formule suivante : Tenore prœserUiwn MulgemuSj ut idem servus Deij beati rumine nuncupetur.
La procédure de la béatification a[^rtient k la congrégation des Rites ^ instituée par Sixte-Quint, en 1&87. Cette congrégation se conforme avec soin aux prescriptions pontificales d'Urbain YIH^ d'Innocent XI et de Benoit XIV : elle reçoit d'abord les pièces du procès, qui lui sont transmises par l'intermédiaire de l'autorité ecclésiastique du lieu où cessa de vivre le serviteur de Dieu, dont il faut prouver la réputation de sainteté, et Fopinion des miracles opérés pendant sa vie ou après sa mort Sur la prière du Postalateur de la cause, et sur le rapport du Secrétaire de la congre^ gation des Rites, le Pape nomme d'abord un Cardinal-Rapporteur ( Ponenie ). Après avoir entendu l'Avocat défenseur de la cause et les répliques contradictoires du Promoteur de la foi^ la congrégation examine et discute avec maturité la question qui lui est soumise^ savoir, si la cause proposée doit être introduite^ An su signanda commissio introduciionis causcBj etc., canonisationis m cam. Après un sérieux examen , elle présente le résultat de ses délibérations au Pape , qui décide s'il y a lieu ou non à introduire la cause. Dès que le Pontife s'est décidé pour l'affirmative, i( signe le décret en vertu duquel la connaissance de la cause est en définitive dévolue à la congrégation des Rites. Ainsi, exclusivement réservée au saint Siège , Sa Sainteté enlève à qui que ce. soit la faculté d'en connaître sans une spéciale délégation
( 169) . Ce premier décret, porté par le souTerain Ponlîfe^ suffit^ d'après Topinion la plus générale y pour que le seryiteur de Dieu soit déclaré vénérable ; qualîGcation qui n'emporte avec elle aucun culte. La congrégation^ ainsi juridiquement investie de la cause ^ doit rechercher avant tout si le serviteur de Dieu n'a été l'objet d'aucun culte public ecclésiastique; elle devra eiaminer ensuite s'il y a réputation^ en général j de vertu et de sainteté, et procéder^ au nom du saint Siège apostolique, et par des commissaires qui reçoivent mandat exprès^ aux longues informations qui doivent se faire dans le diocèse oiî est décédé le vénérable serviteur de Dieu, où de nombreux témoins viennent juridiquement déposer sur les vertus et les miracles du sujet proposé.
Lorsque les procédures sont renvoyées à la congrégation des Rites, on examine d'abord si toutes les formalités prescrites ont été observées, et on procède ensuite à la discussion des faits qui doivent conduire à labéatiâcation, et, plus tard, à la canonisation du vénérable serviteur de Dieu. Nous remettons à parler avec plus de détail des actes consistoriaux relatifs aux vénérables serviteurs de Dieu, qui précèdent la canonisation, quand nous traiterons de cet important sujet.
Cérémonies qui accompagnent la béatification solennelle.
L'Église naissante décernait les premiers honneurs de la béatification h ceux qui vivaient et mouraient saintement; soit en gardant avec dévotion leurs précieux restes, soit en écrivant leurs nom dans les diptyques sacrés. On suspendait une lampe devant le tombeau du serviteur de Dieu , et son image décorait la porte d'entrée de l'église. Danà la suite des temps, on multiplia les rites sacrés de la béatification , en leur conservant quelque chose de leur antiquité primitive.
La première béatification solennelle faite dans les derniers siècles , fut celle de saint François de Sales , mort le 28 Décembre 1622, qui fut célébrée le 8 Janvier 1662, par Alexandre VU, dans la basilique de Saint-Pierre , où ce pontife canonisa le saint
( 170 ) Éfèque le 19 Avril 1665. Ce Pape avait décidé que la cérémonie de la béatiûcatioQ devait , à Tavenir ^ être célébrée dans la basilique deSaint-Pierre, bien que Benoit XIII et Glémeut XII aient célébré postérieurement plusieurs béatifications dans la basilique de Saint Jean-de-jLatran ; mais depuis que Benoit XIV eut ^ dans sa bulle du 23 Novembre 1741 y Ad sepulcra Àpostolimm, confirmé le décret d'Alexandre VII y la cérémonie a toujours été célébrée dans l'église Vaticane.
Sur la façade du temple est appendu et (lotte au dehors on immense étendard , représentant l'apothéose du serviteur de Dieu, recouvert d'un grand voile jusqu'au moment que nous ferons connaître. Sur la porte Majeure de la basilique , sous le portique, on place un tableau représentant quelques faits remarquables de sa vie , ou quelques miracles opérés par son intercession. Les mun intérieurs de l'église sont recouverts de grandes tentures de damas rouge, bordées de franges d'or. La tribune de l'élise est close par une balustrade , sur laquelle reposent des masses de lumière ; elle est ornée de tentures de soie ou de velours de diverses couleurs , à franges d'or ; d'emblèmes en l'honneur du saint , de ses armoiries , de celles du Pontife , et du souverain dont le béatifié est né le sujet ; de celles enfin de l'ordre religieux auquel il a appartenu. De grandes statues , symbole des vertus qu'a le plus particulièrement exercées le serviteur de Dieu ; des faisceaux de lumière , symétriquement distribués^ augmentent la magnificence du temple. Dans les deux grandes arcades de la tribune on expose deux médaillons où l'on a représenté les deux miracles approuvés, et sous ces arcades on dresse des orchestres pour les chantres et les musiciens. Enfin ^ au c^tre de la gloire qui couronne la chaire de saint Pierre, on place un tableau ovale, représentant le serviteur de Dieu porté au ciel par un groupe d'anges , et richement illuminé. Des faisceaux de lumières jettent une vive clarté sur ce tableau , qui n'est découvert qu'au moment précis que nous allons indiquer.
Au jour fixé pour la cérémonie, et deux heures avant le milieu
( 171 ) du jour 9 les Cardinaux de la congrégation des Rites , en manteau violet , suivis de leurs Gaudataires en soutane et ceinture violettes et manteau noir, la prélature romaine et les Gonsulteurs de la congrégation, prennent leurs places du câté de l'évangile ; tandis que , du côté opposé, les Chanoines de Saint-Pierre et le Cardinal-^ Archiprètre, portant la chape rouge, prennent les leurs. Le Postulateur de la cause, accompagné du prélat Secrétaire des Rites, prononce devant le Cardinal-Préfet de la congrégation, un discours latin, qui n'est qu'un panégyrk[ue du serviteur de Dieu. Il lui présente ^suite le bref apostolique de la béatification , et demande qu'il soit rendu public, suivant les coutumes et les formes solennelles prescrites par les décrets pontificaux. Le discours terminé, le Cardinal-Préfet adresse le Postulateur au Cardinal-Ârchiprètre de la basilique, pour obtenir la permission de publier le décret Ce Prélat l'ayant accordée, le Secrétaire chargé de présenter le bref, monte en chaire, et en fait la lecture, en même temps que le Notaire de la congrégation des Rites dresse l'acte de la cérémonie. Le canon du château Saint- Ange et le carillon de l'église Saint-Pierre annoncent la publication du décret apostolique, et au même instant tombent les voiles qui couvraient, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur de l'église, l'image du béatifié.
On expose à la piété des fidèles une relique du saint, pendant que l'on chante le Te Deum. Le Chanoine-Célébrant encense trois fois l'image du nouveau béatifié ; un des Chanoines-Ëvèques de la Yaticane chante ensuite la messe solennelle du Commun des Martyrs, ou d'un Confesseur, selon l'ordre auquel appartient le serviteur de Dieu , et récite l'oraison qui lui est propre. Le souverain Pontife accorde une indulgence plénière à ceux qui visitent la basilique, assistent au saint sacrifice, et honorent pour ia première fois les reliques du nouveau saint. Après la cérémonie , on distribue au peuple des images et de petits abrégés de la vie du serviteur de Dieu qu'on vient de béatifier.
Dans la première partie de l'après-midi de ce jour, le souverain
( i75 ) PoDtife j en étole y suivi des Prélats de la Chambre y descend dans la basilique^ où il est reçu par le Sacré-Gollége, le GardioaU Archiprètre et les Chanoines. Après avoir adoré le Saint-Sacrement renfermé dans le tabernacle, il va honorer la relique et l'image du béatiâé. Le Postulateur de la cause ou le Supérieur de Tordre auquel appartenait le bienheureux y se mettant à genoux devant le Pape, oiïre à Sa Sainteté le portrait du serviteur de Dieu, gravé sur cuivre, et imprimé sur satin, entouré d'une dentelle d'or; . la vie du saint, richement reliée; enfin , un beau rameau de fleurs artificielles. On distribue ensuite aux Cardinaux des images et des exemplaires de la vie du même bienheureux. Dans une des églises de Rome, ou dans celle du monastère auquel appartenait le béatifié, ou^dans Téglise de sa nation, on est dans l'usage de célébrer pendant trois jours une fête en son honneur; quelquefois même on y tient Chapelle cardinalice. Le Pape s'y rend; le Postulateur de la clause a humblement offert à Sa Sainteté quelques tableaux représentant des miracles du serviteur de Dieu, et un reliquaire d'argent, contenant une petite partie de ses ossements. Le Pontife reçoit encore des images et des exemplaires de la vie du bienheureux , et des branches de fleurs artificielles, ornées avec élégance de nœuds de rubans.
Des béatifications éqnÎTatentes.
Outre les béatifications solennelles, il en est d'autres appelées equipollentesj c'est-à-dire, équivalentes à ces dernières. Elles consistent dans un décret émané du souverain Pontife, confirmant celui qui a été précédemment porté par la congrégation des Rites , et qui approuve , après une procédure instruite, le culte rendu à un serviteur de Dieu depuis un temps immémorial. Les décrets approuvés et confirmés par Urbain VIII , pour arriver à la parfaite régularité des procès de béatification, publiés en 1625 et 1634, prescrivent, entre autres dispositions, qu'on ne doit exposer à la vénération des fidèles que les reliques des serviteurs de Dieu dont les vertus et les miracles ont été examinés
( 175 ) conformément aux nouvelles dispositions prescrites dans les mêmes décrets.
Le même Pape défend^ en conséquence, le culte de tous les autres , n'exceptant que ceux qui , du consentement général de l'Église^ sont regardés comme vénérables^ ou ont été pendant un temps immémorial l'objet d'un culte justifié , soit par les écrits des Pères ou d'hommes les plus dignes^ soit parce qu'il est connu et permis depuis long-temps^ soit enfin parce qu'il est à la parfaite connaissance du saint Siège ou des ordinaires respectifs. On a supposé que ce long espace de temps depuis l'établissement du culte du bienheureux y devait s'entendre d'une période de cent années révolues.
Quand on veut obtenir du saint Siège une déclaration constatant le culte immémorial^ dès-lors il faut légitimement prouver une des conditions d'exception exigées par Urbain VIII y et , cette condition une fois remplie , le vénérable serviteur de Dieu est béatifié d'une béatification équivalente^ parce que les effets sont les mêmes que ceux de la béatification solennelle.
Il est important de remarquer que si Ton veut procéder à la canonisation du bienheureux solennellement béatifié^ la preuve de deux miracles opérés par son intercession^ après sa béatification^ est suffisante; tandis que pour les bienheureux béatifiés par equipoUenzaj il est nécessaire de produire une preuve sommaire des vertus, justifiées par les écrits des hommes vénérables dont nouç avons parlé, et des miracles, appuyés sur des faits propres et sur les plus légitimes témoignages , afin que la voie divine supplée en cette circonstance à la voie humaine.
( 17ft )
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Fonctions et cérémonies pontificales relatiyes à la canonisation.
En traitant de l'éminenle prérogative réservée aujourd'hui aux seuls Pontifes romains^ de décréter la canonisation des saints^ nous jugeons convenable^ pour la plus grande intelligence des rites sacrés usités dans ces augustes fonctions, de diviser en plusieurs paragraphes ce qui précède et accompagne la solennité de la canonisation.
La canonisation ( Canonisatio y alicujm in numerum sanct<h rum relatioj adscriptto) est l'acte, la fonction sainte ou le décret par lequel le Pape déclare solennellement sainte une personne décédée, qui a exercé pendant sa vie les vertus chrétiennes à un degré héroïque , et k l'intercession de laquelle Dieu a surtout, après sa mort, opéré des miracles. Le Pape, en déclarant qu'on doit honorer comme saint celui qu'il canonise , permet d'exposer ses reliques à la vénération des fidèles, de célébrer la messe* et l'ofBce divin en son honneur , et de faii^ inscrire son nom , soit dans le canon , soit dans le catalogue de ceux auxquels l'Église rend un culte public. La canonisation remonte à l'ancien Testament, car Beliarmin remarque que l'Ecclésiaste canonise Hénoch, Noé, Abraham, Isaac, et d'autres justes, en disant : Laudemus vtros gloriosos.
L'acte de canonisation est un commandement fait à toute l'Église d'honorer une personne comme sainte; et, pour employer ici les paroles de Benoît XIV lui-même ( de Canon, sanctorumj liv. 1 , ch. 13), nous dirons a que la canonisation des saints, non-seulement élève la foi catholique , mais confond encore les hérétiques, qui admirent avec surprise les actions héroïques des
( 175) catholiques : ils contemplent ces héros chrétiens ^ exaltés aussi sur la terre; ils écoulent la voix de ceux qni^ en admirant leurs vertus y déposeront avec serment^ d'après les sévères prescriptions du droit civil et du droit canon ^ dans des procès juridiques , en faveur de leur sainteté héroïque; ils entendent la voix divine, et cette langue des miracles due à leur invocation , qui confirment les preuves humaines; ils comprennent que , dans les sectes séparées de l'Église catholique, il n'existe point et ne saurait exister de ▼rais miracles; ils touchent, en quelque, sorte avec leurs mains les recherches soigneuses et scrupuleuses qui précèdent Fexamen des vertus des personnes des deux sexes qu'on doit canoniser, et des prodiges arrivés par leur intercession ; de sorte qu'il ne reste aucun doute dans l'esprit ».
Il fsoi CMflttUit la canonisation dans les premiers siècles de l'iglise. — Qaelle fut la première canonisation célébrée par le soarerain Pontife.
Dans les premiers siècles de l'Église, comme on le sait, les premiers saints furent les martyrs, auxquels les chrétiens rendirent un culte solennel : on élevait des autels sur leurs tombeaux , ou sur les lieux mêmes où ils avaient confessé la foi ; on y célébrait les saints mystères; on écrivait leurs noms dans les diptyques sacrés; on les invoquait dans le canon delà messe, d'où est venu dans la suite le mot de canonisation. Tels étaient les actes publics par lesquels on reconnaissait la sainteté des premiers confesseurs de la foi. C'était en cela tpie consistait la canonisation ; nous en voyons un exemple dans les actes du martyre de saint Ignace, et dans la lettre de FÉglise de Smyrne, au sujet du martyre de saint Polycarpe. Baronius rapporte que le pontife Pie I." écrivait, l'an 166, à Juste : Martyria sancla^ Spiritu sancto proba. L'Église a approuvé avec raison le culte que les fidèles , pénétrés de son esprit, ont rendu aux saints; mais les Évèques jugèrent qu'il était nécessaire d'user de beaucoup de précaution , afin de ne pas s'exposer à rendre un culte religieux à qui n'en serait pas digne , puisque quelquefois les hérétiques et les schismatiques étaient mis à mort
( 176 ) par les. persécuteurs^ sans mériter cependaut d'être placés au rang des martyrs, ni d'être inscrits dans les diptyques sacrés de l'Église. Saint Gy prien recommande les plus diligentes informations à l'égard de ceux qui seraient morts pour la foi : il voulait connaître toutes les circonstances qui accompagnaient le martyre de ceux que I'od désirait honorer, a6n de ne pas les confondre avec des personnes d'un zèle suspect.
Macri nous apprend les règles observées dans les siècles postée rieurs pour constater la vérité dans des matières si délicates. L'Évoque dans le diocèse duquel était mort martyr celui que Foo voulait honorer, en informait le Primat de la province^ qui, après une mûre délibération , et le conseil des Évèques ses collègues, réunis en concile, comme on l'a vu dans l'Église d'Afrique, déclarait s'il y avait lieu à instituer en son honneur un culte public L'exemple le plus ancien que nous ayons des Évèques ainsi réunis pour s'éclairer avant de porter un si important jugeaient est celui que nous a laissé l'Ëvèque deTagaste^ qui, au rapport* de saint Augustin, présenta les actes des martyrs à Mensorios, évèque de Carthage. Nous apprenons aussi de MilIevitanuSy que Lucille, protectrice des Donatistes^ fut reprise par Cedlianus, archidiacre de Carthage^ pour avoir vénéré et baisé 1^ rdiques d'un martyr qui n'était pas encore canonisé. On appellait mar4ffr vindicatus, celui qui^ ayant été reconnu comme tel^ pouvait être Jbonoré.
On croit que ce fut après le quatrième siècle que s'établit le culte des fidèles décédés qui^ après avoir pratiqué d'une manière exemplaire toutes les vertus chrétiennes, bien qu'ils n'eussent pas répandu leur sang pour la foi^ méritaient d'être invoqués^ tek que les confesseurs^ les vierges^ les cénobites; mais ce culte reposa toujours, comme l'atteste Sarnelli dans ses Lettres eeeUsiastiques, tom. 2 , sur des décrets synodaux qui permettaient d'élever un autel sur les restes du fidèle décédé dans la foi, et de lui dédier des églises ou oratoires. C'était là la cérémonie de la canonisation , ou la promulgation de la loi qui autorisait la
( 177 ) céiébratioii de la mémoire du bieDheureux. Telle fut^ au rapport du même auteur^ la pratique des souverains Pontifes^ qui cependant n'inscrivirent dans le catalogue des saints que les martyrs^ au moins jusqu'à Boniface IV, en 608 , qui fit la dédicace de l'ancien Panthéon romain, sous le titre de l'église Sainte-Marie aux Martyrs j sans faire mention des confesseurs , dont la sainteté, reconnue ensuite par les synodes ou conciles provinciaux, fut publiquement honorée, comme on le vit pour saint Antoine abbé^ saint Hilarion, saint Grégoire de Nice, saint Jean Chrysostome, saint Âmbroise, saint Augustin, saint Jérôme, et autres saints confesseurs.
Quand on voulut déterminer le culte qui était du à ceux qui avaient pratiqué les vertus chrétiennes à un degré héroïque sans recevoir la couronne du martyre , on jugea convenable d'user de toute la circonspection possible; on s'écarta de l'usage où étaient les peuples de proclamer saint celui qu'ils voulaient honorer, comme on le pratiquait dans les réunions des premiers chrétiens. Cette cir<X)nspection fut nécessaire, afin de ne pas s'exposer à rendre un culte à ceux dont les vertus ne seraient pas solennellement constatées. La piété souvent imprudente , l'ignorance des peuples trompée par les apparences, la négligence de quelques Ëvèques dans les recherches qu'ils avaient à faire dans l'examen des qualités requises pour conférer les honneurs de la canonisation, obligèrent les souverains Pontifes à ne plus s'en tenir au consentement tacite, mais à se réserver à eux-mêmes ce suprême jugement. Il suffisait , en effet , dans les premiers siècles , qu'un Évêque déclarât dans son diocèse les vertus et les miracles de quelqu'un mort en odeur de sainteté , pour que ce dernier fût honoré par les fidèles soumis à sa juridiction. C'était une marque de sainteté, et tout à la fois un témoignage du culte ecclésiastique, que de peindre les images des morts en entourant leur tête d'une auréole ou d'une couronne lumineuse , comme l'indique Benoit XIV.
Avant de parler de la réserve faite par les Papes, dans le douzième siècle, du droit de canoniser les serviteurs de Dieu; des
( i78 ) formes de procédure qui ont été adoptées^ et des pratiques usitées aujourd'hui dans les procès de canonisation ; il faut faire connattre Fépoquc où , pour la première fois , fut introduite dans TÉglise la cérémonie de la canonisation. Parmi les plus anciens monuments qui ont rapport aux canonisations faites par les Papes, nous trouvons le procès de canonisation de saint Swidebert, instruit par les Évoques de Trêves , de Mayence et de Cologne, choisis à cet effet par Etienne II, en 752, à la demande de P^in> roi de France. Cette canonisation ne se Bt cependant que sous Léon III , malgré quelques témoignages contraires : ce Pontife serait donc le premier qui eût célébré avec solennité la canonisation d'un saint. Se rendant en Allemagne avec Charlemagne, en 804 , il canonisa ce saint en présence de ce grand empereur et des Cardinaux. Dieu, dans sa miséricorde, daigna sanctionner ce décret , en rendant la vie à un enfant qui s'était noyé dans le Rhin , et qui avait été recommandé par ses parents à l'intercession du nouveau canonisé, comme nous l'apprenons de Surius et deBellarmin. Mentionnons encore parmi les anciens monuments, la canonisation de saint Alban , proto-martyr d'Angleterre, due à Adrien I.", en 794, qui céda aux instances du roi des Marciens , Offa.
Cependant, malgré ces témoignages , la plupart des écrivains ecclésiastiques reconnaissent que la canonisation solennelle n'est pas antérieure au dixième siècle ; ils nous apprennent que le premier Pontife qui , à une date certaine , célébra la canonisation , fut le pape Jean XV, dit XVI romain : il mit au rang des saints, en 993, Uldaric, évèque, mort le 4 Juillet 973. Le second saint canonisé solennellement, fut saint Siméon l'Arménien, inscrit au catalogue des saints par Benoit VIII , en vertu de la constitution Requisitis {Bull. , tom. 1 ). Selon les auteurs les plus accrédités, la canonisation de saint Gérard, évèque de Toul , mort en 994, doit être attribuée à saint Léon IX, qui la célébra en lOSO, à Hartzhein ou à Rome, dans un concile qu'il réunit pour la promulgation de la constitution Virtus divinœ operationis^ rapportée
( 179 ) dans le BulL^ tom. 1. Bellarmin nous apprend que, dans ces temps éloignés, les Ëvèques continuaient quelquefois de canoniser dans leurs églises respectives quelques bienheureux dont le culte était restreint dans leur diocèse; quelquefois cependant il en franchissait les limites, et le Pape ne désapprouvait pas cette canonisation , non plus que le culte qui en était la suite. Pierre Damiens (Epist i6, ch. 29) nous apprend qu'au onzième siècle, les Ëvèques procédaient aux canonisations dans des synodes où ils se réunissaient. Nous savons enfin que les souverains Pon. tifes ont cru, dans certaines circonstances, devoir permettre aux Ëvèques de procéder eux-mêmes à des canonisations. C'est ainsi qu'Urbain II, en 1088, publia une bulle qui autorisait Bisantinus, archevêque de Trani, à inscrire solennellement au catalogue des saints le bienheureux Nicolas , surnommé le Pèlerin. La canonisation de saint Gualtere de Pontoise, faite en 1163 par l'archevêque de Rouen, est le dernier exemple que nous offre l'histoire ecclésiastique d'un saint qui n'a pas été canonisé par le souverain Pontife.
On peut dire qu'il y avait autrefois deux espèces de canonisations, une générale et une autre particulière : la première, faite par le Pape ou par un concile général , était pour l'Ëglise universelle ; la seconde , faite par l'Évêque , ou par un concile particulier, ou une église particulière, ne regardait que les fidèles sujets à leur juridiction partielle. Les Ëvèques conservaient le pouvoir de faire ces canonisations , ou plutôt les béatifications. Alexandre III, qui régnait en 11 59, fut le premier qui se réserva le privilège de proclamer ainsi la sainteté des serviteurs de Dieu; et , après lui, ce privilège a constamment appartenu à ses successeurs, à l'exclusion de tout autre Ëvêque, Archevêque, Primat, Patriarche, Légat à latere ^ collège des Cardinaux , etiam sede apostolicâ vacante. Plusieurs théologiens et canonistes soutiennent que ce droit n'appartient pas même au concile général durant la vacance du siège , s'il n'a été convoqué par l'ordre du Pape, par l'intermédiaire des Légats apostoliques; ce qui le rend œcuménique.
Le culte des saints devant être en honneur dans toute FÉglise , il était naturel que le juge suprême ^ appelé à prononcer en dernière instance , fût le vénérable chef de cette Église , successeur de saint Pierre, vicaire de Jésus-Christ, qui peut avec certitude délibérer sur un objet d'une si haute importance , se fondant sur les promesses faites au siège apostolique. C'est pour éviter tout ce qui serait nuisible an corps entier des fidèles , et afin qu'ils ne puissent vénérer sur leurs autels des sujets qui ne méritaient pas un tel honneur, à plus forte raison ceux qui en seraient indignes, que les Pontifes romains ont fait prévaloir, dans ces matières délicates, la suprématie de leur juridiction. La première canonisation après les décrets d'Alexandre IH, fut celle de saint Bruno, évèque de Segni, mort en 1 125 , par le pape Luce III, successeur immédiat d'Alexandre. Innocent III , dans la bulle Cùm secundàm, donnée le 3 Avril 1200 (Bull. R(m.j t. 3), pour la canonisation de sainte Cunégonde, impératrice, morte en 1040, confirmant le décret d'Alexandre III , déclare qu'au seul Pontife romain , légitime successeur de saint Pierre , appartient le droit de porter un si haut jugement. Benoit XIV nous apprend que le premier procès de canonisation régulièrement fait par un Ëvèque , fut celui qui fut instruit lorsque l'Église rendit un culte à la mémoire de saint Raymond de Pennafort, décédé en 1275.
Nous rappellerons ici, à propos de la procédure usitée en matière de canonisation, l'extrême sévérité des jugements portés par le saint Siège, les recherches, les précautions qui accompagnent l'examen des miracles attribués aux bienheureux que l'on veut honorer. Les catholiques ne sont pas les seuls à professer une telle opinion ; on connaît l'aveu de ce gentilhomme anglais protestant, pour n'en pas rapporter ici plusieurs autres, à qui un Prélat fit lire à Rome des procès-verbaux qui contenaient le rapport de plusieurs miracles. Après une lecture attentive, il les rendit à celui de qui il les tenait, en lui disant que si tous les miracles approuvés par l'Église romaine avaient pour fondement des preuves aussi solides que ceux dont il avait la la relation, il
( 181 ) n'y aurait aucune difBcuIté à y souscrire. — « Eh bien ! répondit le Prélat, de tous ces miracles qui vous semblent si bien prouvés, la congrégation des Rites n'en a admis aucun, ne les croyant pas suffisamment démontrés ». Étonné de cette réponse, le gentilhomme avoua qu'une prévention aveugle pouvait seule rejeter la canonisation des saints, et il ajouta qu'il n'aurait jamais pensé que l'Église romaine employât une si grande circonspection dans l'examen des miracles dus à l'intercession des saints qu'elle doit canoniser. (Vie de saint François Régis ^ 1716.)
Si Ton eiamine la discipline des temps les plus reculés , on se convaincra qu'une profonde maturité a toujours accompagné les jugements émis par les Pontifes romains en matière de canonisation ; ils se sont toujours entourés des sages conseils des Cardinaux et des Ëvèques. Dans des temps moins reculés , nous voyons les Papes confier l'examen des miracles et des vertus des serviteurs de Dieu au tribunal de la Rote. On procédait ainsi : dès que le Pape était informé que le fidèle était mort laissant après lui une réputation de sainteté, il en appelait au conseil des Cardinaux, et , aidé de leurs lumières , il désignait des personnes sages et accréditées de la localité où avait vécu celui qu'on réputait bienheureux, pour recueillir sur ses mérites, et sur la dévotion du peuple dont il était déjà l'objet , des documents certains qui pussent justifier les vœux généralement émis pour sa canonisation. Ces préliminaires achevés , on savait seulement s'il convenait de procéder ultérieurement. Si le Pape jugeait utile, après avoir pris connaissance du rapport des commissaires, de poursuivre l'instruction , il déléguait de nouveau les mêmes personnes , ou il en désignait d'autres , pour recueillir avec plus de connaissance de cause des rapports plus détaillés, des renseignements contradictoires et de nouvelles lumières sur les faits qu'il leur spécifiait , sur les doutes qu'il proposait, au sujet des vertus et des miracles du saint présumé , et sur le degré de croyance qu'il fallait y ajouter. Cette information terminée, le Pontife remettait l'examen de l'affaire aux Auditeurs de rote, ou à quelques autres personnes d'un mérite
( 182) reconnu^ pour déterminer les principaux points de la procédure; il soumettait ensuite toutes les informations faites à l'examen particulier de trois Cardinaux ^ savoir^ d'un Ëvèque suburbicaire, et de deux autres appartenant à Tordre des Prêtres et des Diacres^ qui devaient en faire un rapport en plein consistoire. On lisait, dans une autre réunion^ les dépositions des témoins, concernant les vertus chrétiennes et les miracles attribués aux bienheureux ; mais avant cette réunion, le Pape, de concert avec les Cardinaux, déterminait, dans sa sagesse, si les vertus et les miracles du serviteur de Dieu étaient suffisamment justifiés ;- on examinait article par article , et les décisions étaient écrites de point en point par un Cardinal.
Toutes ces formalités remplies, le Pontife demandait en consistoire au Sacré-CoIIége s'il était d'avis de procéder à la canonisation du personnage proposé. Il faisait encore d'exactes diligences, si les avis recueillis étaient pour l'affirmative. A ce consistoire en succédait un autre, où assistaient les Patriarches, les Archevècpies et les Ëv6ques présents à Rome : le Pape exposait tout ce qui avait été fait jusque-là ; on recueillait ensuite sur la question les votes des Cardinaux et des Prélats mentionnés , comme nous l'apprend Benoit XIV. Enfin , dans un autre consistoire , on déterminait le jour et l'église où devait se faire la canonisation, dont les cérémonies étaient h peu près celles qui sont en usage aujourd'hui.
Ajoutons encore, qu'Honorius III, en 1218, fut le premier Pape qui accorda une indulgence plénière à ceux qui, dans les dispositions requises , assisteraient à la cérémonie de la canonisation , lorsqu'il mit au rang des saints Guillaume, évèque de Bourges, mort en 1209; et que la première canonisation célébrée dans une église a été celle de saint Stanislas, évèque de Cracovie, martyr en 1079, faite par Innocent IV, dans la ville d'Assise, le 17 Septembre 12S3.
Ce fut en 1587 que le Pape Sixte-Quint, comme on l'a dit "éjà, établit, par sa constitution Immensa œtemi Dei, une congrégation particulière sous la dénomination de congrégation des
( 183 ) Riies sacres j à laquelle serait désormais conûé Texamen de toutes les causes de béatification et de canonisation. Les trois plus anciens Auditeurs de rote, un grand nombre de Consul teurs, prélats du clergé séculier, assistent à cette congrégation. C'est ainsi que lea jugements portés en pareille matière devinrent plus dignes du respect des peuples, les proc édures plus exactes et plus rigoureuses, et que les causes proposées furent discutées avec un scrupuleux examen , conformément aux dispositions et aux décrets émanés des Pontifes romains, principalement d'Urbain VIII, d'Alexandre VII, d'Innocent XI et de Benoît XIV. Le souverain Pontife, se rendant aux prières du Postulateur de la cause, prenant en considération le rapport du Secrétaire de la congrégation des Rites , désigne un Cardinal-Rapporteur dans les procès de canonisation. Tous les actes sont soumis aux lumières de la congrégation, et tous les Consulteurs donnent leur suffrage. A la suite des recherches les plus minutieuses , et après toutes les questions possibles relatives à la collection des jugements rendus et de toutes les informations prescrites, on agite dans une si docte assemblée, pesant dans la balance du sanctuaire Tes actions du serviteur de Dieu, examinant toutes les allégations produites, et les soumettant à un jugement contradictoire, la question essentielle, savoir, si les vertus du personnage proposé atteignent ce haut degré d'héroïsme qui doit leur mériter un culte public.
^ C'est avec les mêmes soins et la même rigoureuse exactitude que se discute l'importante question de la véracité des miracles. Ce n'est jamais qu'après avoir adressé au ciel d'incessantes prières , imploré les lumières de Dieu , après avoir recueiUi les votes de ces assemblées nombreuses et recommandables, que le Pape se décide à publier le décret qui constate les vertus du bienheureux , et les miracles opérés par son intercession. Enfin , après ce double jugement, le Pape entend, dans un autre consistoire, la protestation écrite du Promoteur de la foi, qui est tenu, par devoir, remplissant les fonctions de fiscal, de proposer les objections ou de donner seulement son adhésion. Ensuite le Pontife
( 1B4) interpelle souverainement tous les Cardinaux et Consulteurs de ia congrégation des Rites, pour savoir s'il peut , avec certitude, procéder à la béatification ou à la canonisation du serviteur de Dieu, qui devient plus tard Fobjet d'un décret spécial et solennel.
ictM eoDsistoriani ; circensUiices particulières qui précèdent les cueiisatiois , ou qui s';
rattachent.
Dans les procès de canonisation , la discipline actuelle est devenue plus rigoureuse : FÉglise romaine les soumet toujours aa Jugement des consistoires ; au lieu de deux , on en tient trois maintenant, afin que l'examen des causes se poursuive avec plus de vigilance. Le jugement de la congrégation des Rites ayant été formulé, comme nous venons de le voir, chaque cause de canonisation est soumise d'abord à un consistoire secret, où assistent les seuls Cardinaux ; ensuite à un consistoire public ; en6n , elle est portée devant un troisième consistoire , demi-public. Avant la tenue de la première de ces assemblées, le Promoteur de la foi présente à tous les Cardinaux l'abrégé de la vie, des vertus et des miracles des bienheureux qu'on doit canoniser, extrait des actes authentiques de la procédure, que l'on conserve dans les archives de la congrégation des Rites, afin qu'ils puissent s'éclairer et réfléchir sur le jugement qu'ils devront porter dans les trois consistoires. Ces abrégés sont distribués ensuite ii tous les Patriarches, aux Archevêques et aux Évéques appelés à donner leur vote dans le consistoire demi-public.
Le Pape, réunissant, comme nous l'avons dit, le Sacré-Collége dans un consistoire secret, prononce l'allocution dans laquelle il émet le désir d'effectuer la canonisation solennelle projetée.
Le Cardinal-Préfet de la congrégation des Rites fait son rapport sur les vertus et les miracles du serviteur de Dieu proposé pour la canonisation , et sur tous les actes précédemment examinés et les jugements portés par cette même congrégation. Ce rap« port terminé , le Pontife interroge les Cardinaux pour savoir s'ils jugent que sur de tels actes on peut procédera la canonisation,
( 185) et cha(pie Cardinal exprime son avis, en disant : Placetj ou Non placet. Si plusieurs bienheureux doivent être canonisés dans là même solennité, on procède pour chacun d'eux de la même manière. Le Pape clôt le consistoire , ordonnant que ces causes de canonisation seront plaidées par des Avocats consistoriaux dans les consistoires suivants. A ce consistoire secret succède le consistoire public , où se rend le Pontife , porté sur la sedia^ portant la falda^ la chape rouge et la mitre d'or , ou à pied , précédé de la croix papale. Assis sur le trône , le Pontife reçoit l'obédience des Cardir Baux; ensuite le premier Maître des cérémonies, après avoir obtenu la permission du Pape , avertit les Avocats consistoriaux qu'ils peuvent se présenter devant le trône , en disant : Accédant. Ceux-ci 5 après avoir fait la génuflexion devant le Pape, forment devant lui un demi-cercle ; celui qui doit le premier prendre la parole, se place au milieu de ses collègues, et plaide la cause; il fait connaître les principaux faits de la vie du bienheureux, et, racontant ses vertus, il indique les actes qui ont précédé l'instruction de la cause, et fait connaître quelques-uns des miracles opérés par son intercession , ceux principalement approuvés avant et après la béatification. 11 termine en priant le Pape de ne pas retarder la canonisation du bienheureux. Après ce discours, le Maître des cérémonies avertit le second des Avocats consistoriaux de prendre la parole , en disant : Dicat aller; ce qu'il fait aussitôt dans la forme ordinaire. Les autres , s'il y a lieu , prennent successivement la parole; et lorsque les causes sont nombreuses, plusieurs consistoires publics se tiennent pour entendre les Avocats. Pendant qu'ils parlent ainsi devant le Pape , quatre Protonotaires apostoliques participants occupent près du trône la place que leur a accordée Pie II , au quinzième siècle. Après la plaidoirie , les Avocats se mettent à genoux sur les derniers degrés du trône, et quoique déjà un rigoureux examen ait précédé les plaidoiries, le Pape n'accède pas encore aux vœux qui lui sont exprimés, mais il fait répondre en son nom, par le prélat Secrétaire des Brefs à' pnnripïV, que la demande que l'on forme
( i86 ) présentant une haute gravité , il exhorte tous les fidèles à adresser leur prière au Père des lumières^ aGn qu'il puisse se déterminer pour la plus grande gloire de Dieu ^ après qu'il aura entendu le jugement porté par les Cardinaux et les Évèques dans le consistoire suivant. Les Avocats consistoriaux saluent de nouveau le Pape ^ et se retirent ; Sa Sainteté quitte elle-mènoe la salle du consistoire.
Pour se conformer aux ordres du Pontife , le Cardinal- Vicaire engage les fidèles à adresser d'humbles prières à Dieu , afin qu'il daigne assister de ses lumières l'auguste chef de son Église dans le jugement qu'il doit porter et l'acte qui doit suivre. A cette fin il est prescrit des prières publiques, et l'on propose, pour gagner l'indulgence plénière , trois jours de jeune , les faisant suivre d'une communion et de la visite d'une des églises patriarcales de Rome. Dans chacune d'elles le Saint-Sacrement est exposé à la vénération des fidèles. Le Pape et les Cardinaux sont dans l'usage de visiter aussi ces églises pour implorer les lumières d'en haut, et gagner l'indulgence. Ces grâces spirituelles sont accordées aux religieuses, aux dames pieuses qui vivent en communauté, pourvu qu'aux jours indiqués elles visitent leur église ou leur chapelle intérieure, et qu'elles y prient pour toute l'Église et pour le Pape.
Bientôt après se tient le consistoire demi-public, dont les Curseurs pontificaux font connaître le jour aux membres du Sacré- Collége. On appelle ces sortes de consistoires, demi-publics, parce que, non-seulement les Cardinaux sont appelés à y donner leur vote, mais encore tous les Évoques qui se trouvent à Rome, prévenus par l'avis de la congrégation du Concile , avec cette distinction cependant , que ceux placés à une distance de cent mille de Rome sont obligés de s'y rendre , à moins qu'ils n'aient des motifs à alléguer qui puissent les en dispenser. Le savant Clément XI disait judicieusement , dans son allocution prononcée à l'occasion de la canonisation de saint Pie V, qu'un tel concours de Cardinaux et d'Évèques représentait un concile romain. Dans la matinée du jour fixé pour le consistoire , le Pape se rend dans la salle ordinaire,
( 187) en chape et mitre d'or ; les Cardinaux et les Évèqucs ^ informés des vertus et des miracles de chaque bienheureux par les extraits des actes imprimés qui leur ont été remis ^ et par les plaidoiries des Avocats consistoriaux , donnent leur vote écrit, et formulé selon l'avis reproduit dans la cédule des Curseurs apostoliques. Si quelque membre du consistoire était , pour cause de maladie , dans l'impossibilité d'assister à la réunion^ il doit faire parvenir son vote cacheté dans les mains du Pape. C'est le Cardinal-Doyen qui commence à émettre son sentiment; il se lève de sa stalle, se découvre, se tourne vers le trône, et fait une profonde inclination au Pape ; il se rasseoit, se couvre de nouveau , et lit son vote. C'est ainsi que successivement les Cardinaux émettent le leur , auxquels succèdent les Patriarches , les Archevêques et les Évoques ; ceux-ci lisent debout leur vote écrit , et font la génuflexion devant le Pape avant de commencer. Dès que le premier Patriarche ou Archevêque se lève, tous les autres se tiennent égale^ient debout jusqu'à ce que le dernier ait parlé. Le Secrétaire de la congrégation des Rites recueille les suffrages. On vote dans chaque cause séparément, selon la teneur de la cédule consistoriale. Les votes émis dans la première cause ayant été recueillis , le Pape, résumant son allocution, demande l'avis du Sacré-Collége et du corps épiscopal dans les autres causes de canonisation, s'il y a lieu, et l'on recueille également les suffrages. Ces formalités remplies, le Pape donne son assentiment à la canonisation ; mais il exhorte toute l'assistance à renouveler ses prières pour que Dieu le conduise et l'éclairé dans une circonstance aussi délicale. Les deux premiers Auditeurs de rote, le Secrétaire de la congrégation des Rites, le Promoteur de la foi et le Secrétaire du consistoire, assistent à la réunion. Quand le Pape a fini de parler dans les consistoires demi-publics , le Procureur fiscal de la Chambre apostolique fléchit le genou à la place qu'il occupe derrière le banc des Cardinaux-Prêtres, et, se tournant vers les Protonotaires apostoliques, il leur demande la publication des votes, des allocutions pontificales et de tous les actes du consistoire. Le plus ancien de
( 188 ) Ces Prélats répond, au nom du^Collége, qu'il y sera pourvu, en disant : Conficiemus. Se tournant ensuite vers les deux Camériers secrets participants , qui , en cape rouge , sont debout auprès du trône, le Procureur fiscal les prend à témoin de la promesse qui lui est faite, en disant : Vobis testibus. Dans le premier consistoire demi-public, le Pape manifeste sa satisfaction de l'unanimité des votes , et annonce la publication du décret solennel de la cérémonie de canonisation , qui devra se faire dans la basilique de Saint- Pierre. Il en appelle encore aux prières de tous, pour obtenir des secours nécessaires du Père des lumières; il termine le consistoire en donnant sa bénédiction , et, précédé de la croix, il se rend dans la salle des Parements, ou il reprend ses vêtements ordinaires.
Après que tant de doctes théologiens et de canonistes appelés à donner leur avis dans la congrégation des Rites, après que les Cardinaux de cette même congrégation, et tout le Sacré-Collége réuni à tant d'Évèques , ont décidé que Ton pouvait procéder à la canonisation , c'est au Pape lui-même à célébrer cette fête, qui intéresse toute l'Église. Il n'est pas permis de douter que les plus anciennes canonisations qui ont été faites à Rome, l'aient été ailleurs que dans la basilique de Saint-Pierre, à quelques exceptions près. La plus grande partie des canonisations ont été solennisées dans cette ville, principale résidence du Pontife romain; ce n'est que par occasion , et par suite d'une résidence temporaire , que d'autres ont été célébrées ailleurs. Rocca , dans son commentaire de Canom's. sanct, , rapporte le catalogue de toutes les canonisations qu'il a pu trouver, en conwnençant par celle de saint Swidebert, faite par Léon III; il nous fait connaître aussi les canonisations qui ont eu lieu hors de Rome, telles que celle de saint François d'Assise, à Assise, en 1228, par Grégoire IXî de saint Antoine de Padoue , par le même Pape , à Spolette , en 1234; de saint Guillaume, à Lyon, en 1248, par innocent IV; de saint Louis, roi de France, par Boniface VIII, en 1297, à Orviete; de saint Louis, évêque de Toulouse; de saint Thomas
d'AqoiQ^ en 1328^ & Avigoon^ par Jean XXII ^ et de plusieurs autres.
En j comprenant les cinq bienheureux canonisés par Grégoire XVI le dimanche de la Trinité 26 Mai 1839, on compte jusqu'ici soixante-onze canonisations célébrées dans Téglise Saint- Pierre de Rome.
Céréfflonifss et lesse pontificale de la taAonisatioii.
En faisant la description des rites sacrés usités dans la cérémonie de la canonisation des saints, nous profiterons de ce que les écrivains érudits nous ont laissé sur cette matière; nous sui- Trons plus en particulier Hyacinthe Amici (il sacro rito délie Canonizatione ) ; nous ajouterons quelques faits particuliers relatifs à la dernière canonisation, célébrée par Grégoire XVI.
Un édit du Cardinal-Vicaire fait connaître le jour désigné, (ète de précepte , pour célébrer la canonisation. Afin que cette fête soit encore plus chère aux fidèles, le souverain Pontife, comme nous Pavons déjà dit , accorde une indulgence pléuière à ceux qui assistent à la fonction^ ou seulement à la procession qui la précède; et cette indulgence peut être gagnée, comme on Ta dit encore, par tontes les personnes cloîtrées qui vivent à Rome dans les conservatoires on autres retraites consacrées i la religion; par les infirmes et les prisonniers qui reçoivent la sainte communion , et qui , au moment ou ifs entendront le canon du fort Saint-Ange ou le son des cloches, réciteront le plus dévotement possible trois fois le Pater, Y Ave et le Gloria Palri, en Fhonneur de la sainte Trinité, et pour remercier Dieu de Faccroissement de gloire que reçoit l'Église catholique des
(190 ) vertus héroïques des nouveaux saints. Le Cardinal- Vicaire publie deux autres édits : le premier est une invitation faite au clergé régulier et séculier d'assister à la procession de la canonisation ; le second prescrit les dispositions relatives à la joyeuse sonnerie des cloches qui doit se faire entendre après l'acte de canonisation; il est adressé à tous les supérieurs séculiers et réguliers, au clergé des basiliques , des collégiales ; en un mot ^ à celui de toutes les églises^ monastères et oratoires de Rome : ils doivent faire sonner les cloches pendant une heure au moins ^ dès que le canon du fort Saint-Ânge et les cloches du Gapitole se sont fait entendre.
Le souverain Pontife a désigné un Cardinal" Procureur de la canonisadm ^ afin qu'au jour de la cérémonie il se présente devant le trône pontifical , et sollicite du Pape la grande sentence. Sa Sainteté désigne encore un Prélat^ qui, réuni aux Postulateurs de la cause, présidera à l'emploi des sommes destinées aux pompeuses décorations de la basilique. De grandes tentures de damas rouge, à franges d'or; de pieux emblèmes; les armes du Pontife, celles des souverains qui ont demandé la canonisation , et celles des instituts religieux auxquels les bienheureux ont appartenu ; enfin, des tableaux représentant les actions héroïques des nouveaux saints, décorent l'immense basilique, magnifiquement illuminée dans toutes ses parties. À la présence du Pontife romain , ce temple splendide ressemble « à la ville sainte, nouvelle Jérusalem que vit saint Jean , dans l'Apocalypse, venant de Dieu, et qui descendait du ciel , parée comme une épouse qui se pare pour son époux ».
Ainsi donc , au jour et à l'heure convenus et notifiés par les Curseurs apostoliques, commence la nombreuse procession de tout le clergé romain; elle sort du palais du Vatican, parcourt l'une et l'autre colonnade de la place Saint-Pierre, et entre dans la basilique par la porte Majeure. Quelquefois elle ne va que jusqu'à l'obélisque de la place, et se dirige en droite ligne vers le portique de l'église. Le Majordome fait, avant la cérémonie, la
( 191 ) visite des lieux que parcourt la procession , dont le cérémonial et l'ordonnance sont , sous bien de rapports , les mêmes que c^ux que nous ferons connaître en parlant de la Chapelle papale de la fête du Corpus Domini; plusieurs circonstances la distinguent cependant. C'est ainsi que , dans les processions de canonisation , tous ceux qui la composent doivent porter à la main des cierges allumés, et non des torches, comme à celle de la Fête-Dieu. Il faut en excepter toutefois ceux qui précèdent l'étendard des bienheureux.
Il n'y a que le clergé des basiliques patriarcales et mineures qui entre dans Saint-Pierre ; le clergé secondaire se range dans le portique, jusqu'à l'arrivée du Pape; la présence des Consulteurs de la congrégation des Rites, et les étendards des nouveaux saints, portés en triomphe, distinguent encore cette procession de toutes les autres. Ces étendards sont placés, après la procession, dans la chapelle du Saint-Sacrement de la basilique, pour être transportés plus tard dans les églises ou communautés auxquelles appartenaient les bienheureux ; les autres étendards que l'on voit exposés dans l'intérieur du temple sont, comme autant de trophées, suspendus à la coupole de ce temple. L'ordre et la marche du cortège, dans la cérémonie de la canonisation des bienheureux Alphonse Liguori , fondateur de la congrégation du Saint-Rédempteur; François de Girolamo, de la compagnie de Jésus ; Jean-Joseph de la Croix , mineur observantin réformé de saint Pierre d'Alcantara; Pacifique de San-Severino, mineur observantin réformé , et Véronique Giuliani , de l'ordre des Capucines , furent les mêmes, comme on l'a dit , que ceux prescrits dans les processions solennelles ; nous ne ferons connaître ici que les particularités qui les distinguèrent. Le premier Cardinal-Diacre, le Gouverneur de Rome et le Majordome , précédés des Curseurs pontificaux , prirent à la porte des Suisses la place qu'ils occupaient pendant le défilé de la procession du Corpus^ et furent ensuite prendre dans le cortège le rang qui leur appartient.
On voyait dans cette procession, 'après le Lieutenant civil et
( 192 ) le prélat Vicc-Géraot^ les Consultears de la congrégation des Rites ^ tant réguliers que prélats; les étendards des bienheureux, portés dans l'ordre hiérarchique, c'est-à-dire que l'étendard des bienheureux appartenant au même ordre ou à la même communauté, fondateurs ou fondatrices, avaient la première place. Ces étendards étaient portés par les membres des confréries désignés pour cela; quatre cordons, attachés à chaque étendard, étaient tenus par des sujets éminents de la compagnie ou de l'institut auquel appartenait chaque bienheureux, et six autres, portant des torches allumées, marchaient devant ces étendards. Celui du bienheureux Liguori était porté par les confrères des SacréS'Stygmates, et précédé par ceux des autres bienheureux : il occupait ainsi la place la plus digne ; les cordons étaient tenus par le prince de Pollicca, don Joseph de Liguuri, neveu du saint Évoque , et par d'autres petits-neveux du même saint. Les cordons de l'étendard de la bienheureuse Véronique Giuliani l'étaient par le prélat actuel MaUre des cérémonies pontiGcales^ et par Ignace Giuliani , tous les deux parents de la bienheureuse. Les Postulateurs de la canonisation suivaient l'étendard de chaque bienheureux , le cierge à la main.
Cependant , lorsque cette première partie du cortège s'était déjà mise en marche dans l'ordre prescrit, le souverain Pontife, portant la falda^ l'amict, l'aube, le cordon, l'étole^ la chape blanche et le formai précieux, ainsi que la mitre d'or, entonna, dans la chapelle Sixtine, YAve^ maris Stella^ pour implorer l'intercession de la Reine de tohs les saints ; l'hymne fut chantée, pendant la marche de la procession , alternativement en fauxbourdon et en chant figuré, par les chœurs de la chapelle pontificale. Le Pape quitta le pied de l'autel , et montant sur la sedk, il reçut du Cardinal-Procureur de la canonisation deux gros cierges, élégamment ornés, et un autre plus petit : les deux premiers furent donnés, par l'ordre du Pontife, au Prince assistant au trône; le troisième, recouvert d'une riche étoffe brodée d'or, fut tenu de la main gauche par Sa Sainteté^ pendant que delà
( 193 ) droite elle bénissait le peuple^ suivie de tous les dignitaires de la cour pontificale qui ont place en Chapelle; cette majestueuse procession^ où tant d'Ëvèques assistèrent^ parcourut la colonnade de Saint-Pierre.
Au milieu des plus touchantes démonstrations de la joie et de la vénération du peuple romain, le Pape arriva au portique de la basilique , sous lequel se rangea le clergé y comme nous l'avons dit Le chapitre de Saint-Pierre reçut le Pape à la porte Majeure de l'église : il doit, d'après les dispositions de Benoit XIV, assister a la cérémonie dans une enceinte près Tautel de la Confession. Â l'entrée du Pape dans la basilique , les Chantres entonnèrent l'antienne Ta es Peiras; en passant devant la chapelle du Saint- Sacrement, le souverain Pontife, comme à l'ordinaire, descendit de la sedia pour l'adorer, et, après une courte prière, remontant sur son siège, il arriva à l'autel papal, devant lequel il pria encore, et se rendit à son trône, où il reçut l'obédience des Cardinaux , Archevêques , Abbés mitres et Pénitenciers. Le cierge que porta le Pape dans la procession fut donné au Camérier secret échanson, qui doit le tenir pendant la cérémonie; les Cardinaux, Prélats et dignitaires, occupaient a droite et à gauche de l'autel leurs places ordinaires, telles que nous les avons fait connaître en décrivant la cérémonie de la messe pontificale. Le Cardinal-Procureur de la canonisation , ayant à sa droite l'Avocat consistorial qui doit solennellement demander au Pontife la canonisation du bienheureux, fut conduit par un des Maîtres des cérémonies devant le Pape. Arrivés au pied du trône , ainsi que les Avocats consistoriaux, celui d'entre eux qui était placé à la droite du Cardinal demanda au Pape, au nom du Procureur, qu'il daignât écrire dans le catalogue des saints les bienheureux dont on lui demandait la canonisation; il s'exprima ainsi : Beatissime Pater y Reverendissimus D. Cardinalù N., htcprcBsens^ instanler petit per Sanctitalam Vestram catalogo sanctorum D. N. J. C, ad^ribi et ianquam sanctos ah omnibus Christi fidelibm pronuntiari venerandos beatos NN.
A celte prière , le prélat Secrétaire des brefs a' principij qui s'est rendu sur le palier du trdne ^ répond, au nom de Sa Sainteté^ que le mérite et les vertus des bienheureux proposés , quoique sufGsamment connus^ ne doivent pas empêcher toute l'assistance d'implorer les lumières divines pour éclairer le chef de l'Église dans la détermination qu'il doit prendre; il exhorte^ en conséquence^ ceux qui Fentendent, à recourir à l'intercession de la sainte Vierge, des saints Apôtres et de tous les saints. Après cette réponse, le Cardinal-Procureur retourne à sa place, et le Pape, sans quitter le trône, s'agenouille sur le prie-dieu. On commence les litanies des saints , pendant lesquelles toute l'assistance reste à genoux; chacun tient son cierge allumé , ainsi que le Pape, à qui le Camérier secret l'a rendu.
Après les litanies, le Pontife se rasseyant, le Cardinal-Procureur, accompagné de l'Avocat consistorial , se rend au trône pour renouveler sa demande , et l'Avocat ajoute à la formule : Instanter et instanttàSj afin que le souverain Pontife veuille bien se rendre aux vœux qui lui sont exprimés. Après cette nouvelle instance, le Secrétaire des brefs répond encore que Sa Sainteté, pénétrée de la grandeur et de l'importance de l'acte qu'on lui demande , veut que l'assistance ecclésiastique, en priant de nouveau , invoque pour elle les lumières du Saint-Esprit , comme source de toute science et de toute sainteté. Le Cardinal et TAvocat consistorial reviennent à leur place, et le Pape, quittant la mitre, se met à genoux sur son prie-dieu ; le Cardinal-Diacre assistant à droite pourvoit à ce que toute l'assistance prie avec recueillement, et dit à haute voix : Orate. Tous prient, en effet, dans le plus grand silence, jusqu'à ce que le second Cardinal-Diacre, après quelques instants , profère le mot Levate. Le Pontife entonne alors, debout, servi par les Patriarches ou les Ëvèques assistants, qui tiennent le livre et la bougie, l'hymne Veni, Creator j et se remet immédiatement à genoux ; la première strophe est exécutée en chant figuré. Après le verset, le Pape récite l'oraison Deus^ qui corda. Le Pontife, assis de nouveau, reçoit, pour la troisième fois, du Cardinal-
( 195 ) Procureur , par l'organe de l'Avocat consistorial , FinstaDtQ prière de célébrer enfin la canonisation si désirée; ce dernier prononce dans la formule les mots : Imtanterj mstanttùsj et instantissimè. Le Secrétaire des brefs a' principt répond que le Pape, ne doutant point que la canonisation demandée ne soit agréable à Dieu , veut enfin en promulguer la sentence. Le Cardinal et l'Avocat consistorial, qui s'étaient rendus au pied du trône, retournent à leur place. Alors', les Cardinaux et tous les Prélats se tenant debout, le Pape, portant la mitre et assis sur son trône, usant de cette autorité divine à laquelle les nations doivent obéir, prononce du haut de sa chaire apostolique , comme docteur et chef de l'Église universelle, la solennelle sentence de la canonisation du bienheureux qu'il met au rang des saints , en disant :
Ad honorem sanctœ et individuœ Trinitatis , ad exahatimem fidei catholicœ et christianœ Reltgionis augmentunij auciorùate D. N. J. C.y beatorum apostolorum Pétri et Paulij ac nostrâ maturâ deliberatione prœhabùâj et divinâ ope scepius imploratâ^ ac de venerabiltum fratrum nosirorum S. R. E. Cardinaltunij Patriarcharunij Archiepiscoporum, in orbe existent ium consilio^ beatos NN. sanctos et sanctas esse decernimus et definimus, ac sanctorumcaicdogoadscribimus, statuentes ab Ecclesiâ universali eorum memoriam quolibet anno, die eorum natali nempè beati N., die y etc., piâ devotione reeoli debere; in nomine Patris ^^ et Fiia >J4^ et Spiritûs ^ sancti Amen.
Après la promulgation de cette sentence, l'Avocat consistorial s'approche du trône, pour rendre au Pape, au nom du Cardinal- Procureur, les actions de grâces qui lui sont dues, et le prier instanmient de faire expédier les lettres apostoliques , en disant : Beatissime Pater ^ idem Révérend. D. Cardinalis N. Me prcesens acceptât pronuntiationem à Sanctitate Vestra factam, eidem graiias agitj ac enixè supplicat, ut Sanctitas Ve^ra super canonisatione eâdem litteras apostolicas dignetur decemere. Le Pape répond : Decernimus. Le Cardinal-Procureur monte alors les degrés du trône , et baise les mains et le genou de Sa Sainteté , et
( 196 ) FÀvocat coDsistorial le pied. Ce dernier, se tournant ensuite vers les Protonotaires apostoliques , les prie de rédiger Pacte de canonisation ; il s'exprime ainsi : Rogantur omnes Protonotarii et Notarii hîc prœsentes , ut super hujusmodi canonisattone actu ununij vel plura^ publicum^ seu publica, instrumentum j vel instrumenta conficiantj ad perpétuant rei memoriam. Le Doyen du collège répond : Confkiemus; et, se tournant vers les Camériers secrets qui sont voisins du trône, le même Avocat consistorial s'écrie, en les prenant à témoin de la promesse qui vient de lui être faite : Vobis testibus.
Ces diverses cérémonies terminées, le Pape, après qu'on lai a ôté la mitre , entonne le Te Deunij pour rendre grâces à Dieu. A peine Sa Sainteté a-t-elle entonné l'hymne ambroisienne , que les trompettes des Gardes-Nobles et celles de la milice urbaine se font entendre; en même temps on sonne les cloches de la basilique, auxquelles répondent celles du Capitole et de toutes les églises de la ville, et le canon du fort Saint-Ange retentit. C'est ainsi que Rome est instruite de l'allégresse spirituelle de ses enfants et de l'exaltation de l'Église, heureuse de l'honneur rendu aux nouveaux saints , qui augmentent dans le ciel le nombre de nos intercesseurs auprès de Dieu. Le premier de tous qui invoque les nouveaux canonisés en leur donnant le nom de saint , est le Cardinal-Diacre ; dès que le Te Deum est fini , il chante le verset Ora pro nobisj sancte N., ou Orate pro nobisj sancti NN. Le chœur répond : Ut digni efficiamurj etc. Ensuite le Cardinal- Diacre qui doit chanter l'évangile , se rendant sur le marchepied du trône, à la gauche du Pape, récite le Confiteor; à l'invocation des saints Apôtres , il joint celle des nouveaux saints ; l'Auditeur de rote , portant la croix papale , se place devant le trône , et le Pontife, debout, bénit solennellement toute l'assistance, en ajoutant dans l'oraison déprécatoire Precibus et meritisj etc., au nom des Apôtres saint Pierre et saint Paul , ceux des nouveaux saints. C'est par cette bénédiction que se termine la partie essentielle de la canonisation. Il n'est pas nécessaire que la messe pontificale
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soit chantée après, comme le prouvent d'assez nombreux et récents exemples; néanmoins il semble convenable, pour accroître la solennité de la fête, que le souverain Pontife célèbre lui-même les saints mystères. Lorsque la messe pontificale doit terminer la cérémonie , le Pape quitte le grand trône, et se rend au trône plus petit et sans baldaquin , du côté de l'épitre, où il entonne tierce , fait sa préparation à la messe, et se revêt des ornements sacrés , assisté des Cardinaux-Diacres et des Prélats de sa maison. Les ornements employés sont de la couleur prescrite pour les Martyrs, Confesseurs , etc. , selon l'ordre hiérarchique des canonisés.
Le cérémonial de la messe pontificale est le même que celui du couronnement , et des fêtes de Pâques , de saint Pierre et de Noël ; il n'en diffère que dans trois circonstances, savoir : à la messe pontificale de la canonisation on place sous une seule conclusion l'oraison propre des nouveaux saints, et celle de la messe du jour; après léchant de l'évangile, en grec et en latin, le Pape, assis sur son trône , prononce ordinairement une homélie , où il exalte les vertus des nouveaux saints qu'il vient de donner à» l'Église. Le Cardinal-Évêque assistant publie, après cette allocution, Findulgence plénière , qu'ont pu gagner ceux qui ont assisté à la cérémonie, et une seconde indulgence de sept ans et autant de quarantaines, accordée à ceux qui visiteront le tombeau des nouveaux saints aux anniversaires des fêtes établies par le décret de canonisation. Le troisième rit particulier qui caractérise le cérémonial de la messe pontificale de la canonisation , consiste dans l'offrande des oblations faites au Pape , et dont nous parlerons bientôt. Ces (Stations doivent être présentées à Sa Sainteté immédiatement après la canonisation, si elle ne peut point célébrer la messe pontificale.
L'offertoire est chanté en contre-point, et on exécute un motet analogue à la cérémonie. Après avoir terminé la messe solennelle, le Pape, portant la tiare, reçoit du Cardinal-Archi prêtre de la basilique \e presbytère ordinaire.
Grégoire XVI, afin que les fidèles de Rome et les étrangers
( lî>8) qui s'étaient rendus daus cette ville ne fussent privés d'aucun des avantages spirituels attachés aux cérémonies papales de la canonisation du bienheureux Liguori et de ses pieux collègues , voulut donner du haut du balcon de Saint-Pierre la bénédiction solennelle. Le Cardinal- Vicaire avait publié un avis qui en instruisait la population^ prévenant encore les fidèles de l'indulgence plénière obtenue par ceux qui, après s'être confessés et avoir communié , recevraient cette bénédiction. Pour augmenter la pieuse allégresse du peuple romain, Grégoire XVI ordonna, à l'exemple de Pie VII, que cette journée mémorable dans les fastes de l'Église romaine serait terminée par la double illumination de la basilique de Saint-Pierre, de la coupole et de la colonnade.
Oblations présentées an Pape à la messe pontificale de la canonisation.
C'est pendant l'offertoire de la messe pontificale que les Postulateurs de la canonisation de chaque saint présentent, à titre d'oblations à Sa Sainteté, des bougies, des pains, de petits barils de vin , et quelquefois encore des tourterelles, des colombes, et plusieurs autres espèces d'oiseaux.
On prépare sur des crédences, avant la cérémonie, ces oblations, qui , recouvertes d'un voile blanc , doivent être portées au trône ; les Postulateurs les prennent sans distinction de rang, et voici dans quel ordre on se rend au pied du trône : deux Massiers , nd Maître des cérémonies, deux Gentilshommes du Cardinal, portant deux gros cierges, dont l'un de 60 livres, élégamment décorés, et ornés de l'effigie du saint au nom duquel se fait l'oblation; vient ensuite le Cardinal-Évêque le plus ancien, et à sa gauche le Cardinal-Procureur de la canonisation , assisté d'un MaJtre des cérémonies, et de deux religieux gradués, de l'ordre auquel appartenait le saint : le premier d'entre eux doit être le Postulateur de la cause; si le saint n'appartenait à aucun ordre , ce serait à deux personnages émînents qui ont demandé la canonisation, à les remplacer; l'un d'eux doit porter un petit cierge, l'autre une cage peinte et dorée, d'une belle forme, renfermant deux colojnbes. A ce pre-
( 199 ) micr groupe succèdent deux Gentilshommes du Cardinal^ de Tordre des Prêtres, portant deux pains^ l'un doré^ l'autre argenté, aux armes du Pontife ^ sur deux plats que l'on dépose aux pieds du Pape. Le Gardinal-Prètre marche ensuite; il est suivi des deux religieux de l'ordre auquel appartient le saint , ou des deux sujets éminents qui ont demandé sa canonisation : l'un d'eux porte un petit cierge y et l'autre une cage renfermant deux tourterelles. Deux Gentilshommes du Cardinal-Diacre^ portant deux petits barils de vin, l'un doré^ l'autre argenté^ aux armes du Pontife ^ précèdent ce même Cardinal^ suivi, comme le premier, de deux religieux, ou bien de deux autres personnages éminents, portant, l'un un cierge allumé^ l'autre une cage renfermant plusieurs sortes d'oiseaux.
A peine les Massiers sont-ils arrivés au pied du trône , qu'ils se mettent à genoux aux deux extrémités; les Maîtres des cérémonies règlent l'ordre des oblations. Le Cardinal-Procureur et ses deux Gentilshommes montent sur le palier du trône; le Cardinal- Évêque présente au Pape le gros cierge, en lui baisant la main, que Sa Sainteté pose sur le cierge , en signe d'acceptation. Un Maître des cérémonies le rend au Gentilhomme, qui, après avoir baisé le pied du Pape, le porte sur la crédence. Le Cardinal- Procureur prend des mains du religieux le petit cierge, et le présente au Pape en lui baisant la main ; le religieux baise le pied de Sa Sainteté, et reprend le cierge. Le même Cardinal présente ensuite la cage des colombes; le Cardinal-Prêtre, qui s'est placé à la droite du Pape , offre les deux pains , que lui remettent ses Gentilshommes. La cage des tourterelles est offerte à Sa Sainteté par le Cardinal-Procureur. Le Cardinal-Diacre monte au trône, et, recevant de ses Gentilshommes le baril doré et le baril argenté; il les offre à Sa Sainteté. Le Cardinal-Procureur recevant enfin des religieux le petit cierge et la cage des petits oiseaux, présente l'un et l'autre au Pape. Â chaque offrande les Cardinaux lui baisent la main , les religieux et les Gentilshommes le pied , et ces différentes oblations sont successivement rapportées sur les crédence&
Ces premières offrandes terminées , le Cardinal-Procureur ne quitte pas le trône ; il offre successivement au Pontife autant d'oblations qu'il y a de saints canonisés : ainsi donc, à la présentation de la première offrande succèdent une seconde et une troisième présentation , s'il y a lieu , toujours faites par le même personnage et accompagnées des mêmes cérémonies. On sait que ces offrandes présentées au Pontife romain dans les cérémonies de canonisation 9 remontent aux premiers temps de FËglise. Les chrétiens ambitionnaient alors de déposer leurs propres biens aux pieds des Apôtres , et , après eux , les fidèles continuèrent de présenter pendant le saint sacrifice diverses oblations. Non-seulement pendant la messe on offrait du pain , de la farine et du vin , pour Fusage du saint sacriflce, mais encore plusieurs autres objets d'une certaine valeur , pour aider à l'entretien des ministres des autels. C'est pour cela qu'on a appelé offertoire celte partie de la messe qui, après l'évangile , suit la profession de foi , parce que les fidèles offraient alors au pied de l'autel leurs dons ou leurs oblations. Ces oblations varièrent plus tard ; à l'offrande du pain , les fidèles substituèrent des pièces de monnaie, qu'on remettait au prêtre lui-même , ou que l'on mettait dans une boîte ou cassette , qui , à cette fin , était placée à côté des Confessions j c'est-à-dire, des sépulcres des martyrs.
Des oblations de pain, de vin, d'huile, de cire et de pièces de monnaie, continuèrent d'être présentées aux Pontifes romains^ et mises à leurs pieds à la fête de Pâques, ou quand ils officiaient, soit au Vatican , soit à la basilique de Latran , dans les ^b'ses station aies ou aux ordinations. De nos jours encore ou offre des cierges dans l'administration des sacrements de baptême, de la confirmation , de l'ordre et à la consécration de l'évêque , et , dans cette dernière cérémonie , on offre aussi des pains et de petits barils de vin.
Les offrandes des canonisations sont autant de mystérieuses allégories qui se rapportent aux vertus des nouveaux saints. Plusieurs auteurs ont écrit sur les oblations , qui n'ont été faites solen-
( 201 ) nellement qu'après Tannée 1390, lorsque Boniface IX mit au nombre des saints la bienheureuse Brigitte. Memmi (Sacro rilo di canon. ) nous apprend que les oblations sont loin d'avoir été les mêmes; il nous assure qu'il fut offert à ce Pape una pintola de auro^ valons C. ducatorum, unus vitulus^ viginti qwxttwr capones^ viginti quatuor pulli^ viginti quatuor columbi^ duo barillia vint; et à Eugène IV, en 1446 , pour la canonisation de saint Nicolas Tolentin , il fut offert duo cadi vint falemi, phasiani^ pulliy gaU lincBj ansereSj turtures^ cotumices^ et vitula una; mais depuis le commencement du seizième siècle on ne présente que les oblations que nous avons déjà fait connaître.
Quant au sens mystique de ces oblations, nous nous bornerons à dire que les cierges indiquent que les nouveaux saints dont les mérites sont préconisés , étant ainsi placés par le chef de l'Église sur les chandeliers, doivent servir à l'édiGcation commune , comme leurs vertus doivent servir à éclairer les fidèles et leur servir de guide. Le pain , symbole de toutes sortes d'aliments , rappelle toutes les vertus que les saints ont pratiquées pour arriver à la gloire; le vin, symbole expressif de la grâce sanctifiante, fait comprendre combien cette grâce a été abondamment répandue dans les nouveaux saints , et combien ils ont été fidèles à ses inspirations , ou encore combien les nouveaux bienheureux , réunis déjà sur la terre à la véritable vigne , qui est Jésus-Christ , lui ont rendu précieux ces fruits, qu'il désire voir produits par les rameaux de cette môme vigne , c'est-à-dire , le vin de la dévotion , de la charité, de la componction , précieuses qualités portées jusqu'à l'héroïsme. Quelques-uns ont voulu qu'à ce vin ainsi présenté on mèlàt de l'eau , comme symbole des tribulations humaines, et des afflictions réservées principalement à ceux qui pratiquent la sainteté. On a offert des tourterelles , comme symbole de la fidélité des saints envers Dieu , et de celle que Dieu garde à ses saints, qu'il n'abandonne jamais ; les colornbes, comme emblèmes de paix et d'union : messagère fidèle , la colombe annonce la fin du déluge , et , dans la cérémonie de la canonisa-
( 2oa )
tion , elle annonce la fin de cette guerre implacable du monde contre les saints , et Téternelle paix dont ils jouissent dans le ciel; elle est encore le symbole significatif du Paraclet^ et rappelle les dons du Saint-Esprit^ dont les canonisés furent comme le temple vivant, enrichi de ses dons précieux. Dans l'offrande de ces diverses espèces d'oiseaux, on doit voir encore un symbole du désir ardent des saintes âmes d'habiter les demeures éternelles, de s'élever pendant leur vie mortelle au-dessus de toutes les créatures, en considération des perfections divines : c'est ainsi que les oiseaux abandonnent la terre , et s'élèvent dans les régions élevées pour y respirer un élément plus pur. Aussi a-t-on vu dans plusieurs canonisations, notamment à celles de saint Diego, de saint Hyacinthe et de saint Charles Borromée, les Maîtres des cérémonies ouvrir les cages après la présentation faite au Pape, et rendre la liberté aux oiseaux qu'elles renfermaient Disons cependant que ce dernier usage a été aboli par suite de la confusion qu'il faisait naître au milieu des assistants, désireux de prendre et de garder les tourterelles et les colombes. Disons encore, au sujet de ces dernières offrandes , que Benoit XIII , ne les jugeant pas tout-a-fait conformes à la rigueur de la discipline ecclésiastique , ne voulut pas qu'on les lui présentât à la canonisation des huit saints qu'il fit en 1726. Benoit XIV, dans la canonisation des bienheureux qu'il célébra en 1746, ordonna qu'on remplaçât ces oblations par de nouveaux cierges; et, dans la mémorable canonisation de saint Liguori, le 26 Mai 1839, Grégoire XVI imita l'exemple de Benoît XIV.
Origine des actes des saiuls. — Etendards mlh dans les cérémonies de canonisation. — Frais qu'elles occasioncnt. — Bulles de canonisalion, etc., etc.
La collection des actes des saints martyrs remonte à saint Clément I.", quand il institua à Rome les sept Notaires régionnaires pour recueillir leurs actes et les enregistrer dans les fastes de l'Église. Telle est l'origine des martyrologes, des catalogues ou registres des saints , que certains auteurs ne font cepen(knt re-
( 203 ) monter qu'au sixième siècle. Nicolas V^ élu en 1447, fit dreâser par Antoine Degli Âgli^ florentin , la collection de ces actes, et Urbain VIII voulut qu'un Protonotaire apostolique reçût dans la congrégation des Rites les actes en question.
Quant aux souverains Pontifes qui ont célébré le plus de canonisations, nous rappellerons que Grégoire XV, le 12 Mars 1622, canonisa cinq bienheureux , dont quatre étaient espagnols ; qu'Alexandre III, de 1159 jusqu'à 1181, époque de sa mort, canonisa dix bienheureux , ce qu'aucun autre Pontife ne fit jusqu'à Benoit XIII , qui, dans six années de règne, en canonisa autant. Nous avons déjà dit que les Papes sont dans l'usage de fixer pour la cérémonie de la canonisation un jour de fête, ou d'instituer fête de précepte le jour qu'ils désignent pour la .solennité. Paul y canonisa cependant sainte Françoise Romaine le jour de son couronnement, le 19 Mai 1608, et Clément XIII imita son exemple pour les six bienheureux qu'il canonisa le 1 6 Juillet 1767.
Nous avons déjà parlé de l'usage des étendards; on en fait remonter l'origine à une apparition miraculeuse qui eut lieu à la canonisation de saint Stanislas, martyr, le 17 Septembre 1253. A peine Innocent IV eut-il prononcé la grande sentence, que l'on vit apparaître en l'air un étendard de couleur rouge, porté par des anges, sur lequel était représenté un évêque en habits pontificaux. Une multitude de fidèles furent témoins de cette apparition. Dans la couleur rouge de l'étendard, on vit l'emblème du sang répandu par le martyr, et le martyr lui-même dans le Pontife représenté sur une des faces. Papebrochius nous apprend que c'est de ce miracle que date l'origine des étendards usités dans les canonisations.
Disons quelques mots des canonisations qui ont été célébrées avec le plus de magnificence, et des frais qu'elles ont exigés. Que les canonisations soient rares , c'est un fait qu'il est impossible de révoquer en doute : Innocent VIII entendait bien qu'il devait en être ainsi, lorsqu'il écrivait, en 1486, à Jacques d'Upsal et aux
( 20& ) évèques suédois 9 que la fréquence de ces cérémouies entraînerait rindiiïérence des peuples. Ajoutons encore que la longueur des procès de canonisation ^ nécessitée par la prudente circonspection et le sévère examen qu'on y apporte , enfin les dépenses qu'elles exigent ^ ne permettraient pas de les multiplier.
La première de ces canonisations qui fut célébrée avec une rare magnificence^ fut celle de saint François d'Assise, par Grégoire IX 9 en 1228 ^ à Assise même : trois ans après la mort du saint ^ le Pontife voulut honorer d'une manière spéciale la mémoire de ce grand serviteur de Dieu , pour lequel il avait eu un dévouement profond pendant sa vie mortelle. On cite encore parmi les canonisations les plus solennelles, celle de saint Yves, de Tréguier, en Bretagne , et de saint Robert , abbé du monastère de la Maison de Dieu y faites à Avignon le 16 Juin 1347 ; celle de saint Bernardin, de Sienne, faite à Rome par Nicolas Y, l'année du jubilé de 1 450 , en présence de quarante-quatre Cardinaux : il y avait à Rome alors, pour la tenue générale du chapitre des mineurs observantins, 3,800 religieux de cet ordre, auquel avait appartenu le canonisé; celle de saint Léopold lY, dit le pieux marquis d'Autriche, faite le 6 Janvier 1486, par Innocent YIII; on employa 25,000 ducats dor. Il en fut dépensé 27,000 pour la canonisation de saint Bonaventure, par Sixte lY, en 1482.
On cite encore la canonisation de saint François de Paule, par Léon X : ce fut à celte occasion que François I/' donna h ce Pape les magnifiques tapisseries, tissées de soie et d'or, et fabriquées en Flandre sur les dessins de Raphaël, qui décorent, comme nous le verrons, les galeries du portique du Yatican, le jour de la fête du Corpus; celle de saint Diego, faite par Sixte- Quint, le 2 Juillet 1588, à la sollicitation de Philippe H, roi d'Espagne. L'autel sur lequel le Pape avait célébré, et qui fut appelé autel papal, fut envoyé à ce prince, à qui Sixte-Quint désigna les personnes qui pourraient y célébrer , par un bref du 20 Août de la même année. Nous trouvons dans les actes de la cano-
( 205 ) nisation de saint François de Sales ^ en 1665, par Alexandre VII ^ qui avait lui-même béatifié, comme nous l'avons dit, ce serviteur de Dieu , que les frais de cette cérémonie se portèrent à la somme de 31,900 centussi ou écus romains. Le même Pontife avait ordonné que, pour indemniser la fabrique de Saint-Pierre, les dépenses qu'elle avait à faire lui seraient payées , pour chaque saint canonisé , à raison de 6,000 écus. Cette somme fut , plus tard , réduite à 3,000, et employée aux décorations de la basilique ou de quelque autre église de Rome. Benoit XIV remarque que de son temps une canonisation dont la cérémonie était commune à plusieurs saints, ne dépassait pas 14,000 écus * pour chaque bienheureux ; mais Innocent XI , considérant les frais élevés exposés dans les canonisations , établit un règlement , en vertu d'une constitution publiée en 1678 , où il fixa la taxe des Avocats, Procureurs, Notaires, diminuant les épices et régales offertes dans cette occasion.
Benoît XIV approuva, en 1741 , la nouvelle taxe publiée par la congrégation des Rites, où Ton évalue les dépenses, les propines pour le Promoteur de la foi , le Notaire , le Traducteur , le Rédacteur du procès, pour le Substitut de la Secrétairerie, pour les Juges, les Avocats, les Procureurs , les Médecins, les gratifications et les régales. Des tableaux représentant les saints canonisés, ornés d'un cadre d'or, doivent être offerts au Cardinal- Rapporteur de la cause , à son Auditeur , au Secrétaire de la congrégation des Rites , au Promoteur de la foi , à l'Avocat et au Procureur, au Cardinal-Préfet de la congrégation , aux Consulteurs de la congrégation des Rites , au Majordome , au Maître de chambre et à tous les Cardinaux ; enfin , un tableau beaucoup plus grand, représentant un miracle fait par le saint, doit être offert au Pape. L'Avocat consistorial qui fait le panégyrique, l'Auditeur du Cardinal-Rapporteur , le Secrétaire et le Substitut des rites , le Procureur de la cause et le Sous-Promoteur de la
* 14,000 écus romains vaudraient aujourd'hui 74,900 fr.
( 206 ) foi, le Notaire de la congrégation, doivent également avoir des tableaux de dimension différente, suivant Timportance de leurs fonctions. Outre les dépenses que nous avons fait connaître, les Postulateurs de la canonisation donnent au Pape et aux principaux dignitaires qui l'ont assisté dans la cérémonie, des ornements sacrés, qui restent la propriété du Pontife, ou dont ils font cadeau à la basilique ou a été célébrée la canonisation. Ces ornements sont ceux dont le Pape se revêt dans les messes solennelles, des dalmatiques pour les Diacres et les Sous-Diacres latins et grecs, des devants d'autel, la chape pour l'Évèque assistant, des mitres^ du linge pour les crédences, un calice d'or de la valeur de 600 écus romains , que plusieurs Papes ont laissé à la basilique Vaticane. Grégoire XVI fit don de celui qui lui fut offert pour la canonisation de saint Liguori , à la basilique de Saint- Jean-de-Latran ; il laissa les devants d'autel à celle de Saint-Pierre, et fit déposer à la sacristie pontificale les ornements qui lui avaient été offerts; les oblations de cire furent distribuées, par ses ordres, au prélat Sacristain et aux Maîtres des cérémonies.
Dans les béatifications et les canonisations , ou fait une abondante distribution de reliques, d'images, de vies ou recueils des actions vertueuses des saints nouvellement canonisés. Nous rappellerons ici qu'Urbain Y III défendit sévèrement la publication de toute espèce d'ouvrages de ce genre sans l'approbation formelle du saint Siège. Chaque Postulateur offre humblement au Pape l'image du bienheureux , habilement gravée et reproduite sur beau papier. Cette gravure, de grande dimension , est attachée avec des cordons d'or ; ils offrent aussi un élégant rameau de fleurs artificielles, un exemplaire de la vie du saint, richem^t relié, et un reliquaire d'argent aux armes pontificales, renfermant une relique du serviteur de Dieu , comme nous l'avons déjà dit.
Quelquefois les Pontifes ont fait frapper des médailles en Fhonneur des canonisations qu'ils ont célébrées. Grégoire XVI voulut que les médailles distribuées pour la fête du Prince des Apôtres portassent l'effigie des bienheureux qu'il avait canonisés un mois
( 207 ) et demi auparaTant. Si Fod veat connattre d'uoe maDÎère plus spéciale les actes de canonisation et tontes les circonstances qui se rattachent à ces importantes cérémonies , il faut consulter les actes authentiques et les ouvrages écrits sur ces matières, parmi lesquels nous distinguons les suivants : de Canomsatûme sanc(orum, Benedicto XIV ; U sacro rùo délia CanonMatione, Âmicd ; de Notis et Signis sanciùaiis beati/icandorum ^ et canonisandarum , Fortunato Schacco; de Certùudine gloriœ sanciôrum; de Inqumlione miraculorum in sanciôrum marlyrum canonitaitone; de DUalione eatumùatîonis y Luca CastelKni; de Canonisaiûme sanciôrum ^ Felice de Mattia ; de Miracvâis ralione habiiâ bealipcaiwnis et canomsatùmis y Francesco Bordoni ; de sacro riiu sancios canonisandiy Baptista Memmi ; de Canonisaiûme sanciôrum ^ Felice Contelori; CataJogus sanciôrum quorum nomina non sunl in martyrologio romano , Ferrari ; Codex cananisationis , Fontanini.
Le jour même de la canonisation, on quelque temps après , le souverain Pontife, pour obtempéra* à la demande qui lui a été faite après la promulgation de Pacte de canonisation par FAvocat coâgstorial , fait publier les lettres apostoliques. Il doit y avoir une bulle de canonisation pour chaque nouveau saint en particulier. Lorsque la mort empêche le Pontife qui a célébré la canonisation Jen publier lui-même la bufle , son successeur doit Texpédier le plus tdt possible. Les bulles ainsi publiées commencent, comme OD le sait, par les mots : Raiùmi congruil; il est , en effet, conyenable que le Pontife publie d^abord les arrêts, actes et décisions émanés de son prédécesseur.
La bulle de canonisation est expédiée par le Prélat- Abréviateur de curiâ. Outre le sceau ordinaire de la chancellerie, on a l'habitude d^apposer à ces bulles un timbre particulier d'une forme sphérique , autour duquel on lit une sentence de FÉcriture sainte , qu'on change à chaque pontificat Au milieu est une croix , à droite et à gauche de laquelle sont écrits les mots : 5. Peirus et S. PauluSj et à fextrémité inférieure , le nom du Pape sous le r^ne duquel la bulle a été expédiée. On ne saurait assigner lori-
( 208 ) gine de cet usage; il parait que c'est une imitation ou une répétition du sceau lui-même^ qu'on apposa d'abord comma ornement; il n'y a rien en effet dans le sceau qui ne se trouve dans le timbre; la seule différence^ c'est que dans ce dernier sont écrits les noms des deux Âpâtres^ et dans le second est représentée leur efGgie. Les bulles de canonisation sont souscrites par le Pape et tous les Cardinaux présents à Rome.
Nous trouvons dans la nouvelle Taxe approuvée par Benoit XIV, qu'afln que l'expédition des bulles se fasse plus promptemeut^ et qu'on n'en diffère pas la publication de cent ans^ comme on l'a vu , il doit être déposé par chacun des Postulaleurs^ au Montde-Piété de la ville de Rome^ ou à la banque du Saint-Esprit, 649 écus romains , à répartir , savoir : au Prélat-Abréviateur qui a publié la bulle , 1 50 écus ; à l'office de l'Écrivain secret^ et pour les majuscules, 175 ; à l'office des Sceaux , 87 écus et 50 bayoques; à la Secrétairerie des brefs et d'enregistrement, 176 écus et 50 bayoques; à l'expéditionnaire, 60 écus.
Enfin, après la cérémonie de la canonisation, on est daus l'usage de célébrer , dans les églises auxquelles les nouveaux saints ont appartenu, une octave solennelle, où se rendent le premier jour les membres du Sacré-Collége pour tenir une Chapelle cardinalice. C'est ainsi que les canonisations de saint François Régis, de sainte Catherine Fieschi , de saint Vincent de Paule , de sainte Julienne Falconieri , furent suivies d'une octave solennelle dans les églises du Jésus , de saint Jean de Genovesi m Trastevere, dans l'église des missions à Monte-Citorio , et dans celle de saint Marcel.
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Baptême des fsraélites et des infidèles. -^ Bénédiction des langes.
Les Pontifes romains ont quelquefois à administrer le sacrement de baptême à des adultes qui se convertissent à la foi catholique. Voici les rites sacrés usités dans cette cérémonie :
Les néophytes sont introduits sous le portique de Saint-Pierre, assistés de leur parrain et de leur marraine. Un Ëvèque fait sur eux les exorcismes ordinaires, et les conduit dans la chapelle de la Pitié, où ils reçoivent les onctions saintes avec Fhuile des catéchumènes. Le Pape, averti du moment où il doit descendre dans la basilique, précédé de son cortège ordinaire, portant la faUa^ l'étole et le rochet, arrive sur le seuil du portique, xm il est reçu par FArchiprêtre et le clergé ; il entre dans l'église , et après avoir fait son adoration à la chapelle du Saint-Sacrement et à celle des saints Apôtres , il se rend au baptistère , où le trône pontifical a été érigé; entouré du Sacré-Collége , et assisté des Prélats de sa maison , il prend Tétole blanche. Conduit par un Mattre des cérémonies , le premier des néophytes se place aux pieds de Sa Sainteté, qui lui demande son nom, et, le répétant ensuite, verse sur sa tète l'eau baptismale en proférant la formule sacramentelle. Successivement les nouveaux néophytes reçoivent aux pieds de Sa Sainteté l'eau de la réconciliation. Précédé ensuite de son cort^e , le souverain Pontife se rend à la chapelle Clémentine, dédiée à saint Grégoire; il monte sur son trône, où, après avoir revêtu la chape et pris la mitre , il confère le sacrement de confirmation aux nouveaux néophytes ; il entonne ensuite le Te Deum^ et donne, après le chant de ce cantique, la bénédiction pontificale.
Les Papes sont quelquefois dans Fusage y après cette cérémonie, de dire une messe basse, et d'admettre à la communion tes nouveaux néophytes. C'était aussi une coutume de réunir ce jour-là les nouveaux communiants dans une des salles du Vatican, où un splendide banquet leur était servi. Clément XI , ayant administré le baptême à des juifs , voulut , avant le festin , leur adresser la parole, et, dans une touchante allocution , il leur rappela les bienfaits de Dieu à leur égard.
Parmi les exemples que nous avons de ces sortes de baptêmes , administrés, soit à des inûdèles, soit à des adultes, il faut citer le bapt&me conféré par Benoit XIII, dans la chapelle du palais apostolique, au fils de Jacques III, roi d'Angleterre, et les baptêmes administrés solennellement par Benoit XIV, Clément Xllh Pie VII et Léon XII.
C'est au pape Clément VIII que remonte l'usage d'envoyer aux nouveau-nés des princes catholiques , qui doivent monter sur le trône , des langes bénits , formés d'étoffes précieuses , ornés de broderies d'or et enrichis de perles. Ces dons étaient plus particulièrement offerts aux cours d'Autriche, de France, d'Espagne et de Portugal; un ablégat apostolique était quelquefois diargé d'aller les offrir aux souverains , d'autres fois les nonces Paient chargés eux-mêmes d'en faire l'offrande. C'est ainsi que le prélat Barberini, qui fut pape sous le nom d'Urbain VIII, offrit des langes bénits à Louis XIII, encore enfant; Innocent XI en fit présenter de magnifiques à l'immortel duc de Bourgogne, élève de Fénélon; le prélat Doria , au nom de Pie VI, en dTrit au roi Louis XVI, de sainte et douloureuse mémoire, pour son fils; ils avaient été brodés de la main de la propre sœur du Pape, Constanza Falconieri; enfin, le dernier exemple que nous ayons d'une semblable offrande , sont les langes bénits que l'illustre cardinal Pacca, nonce à la cour de Lisbonne, offrit, en 1797, au prince de Présil, pour l'infant don Antonio, né en 1795.
Le Pontife lui-même fait la bénédiction de ces langes, dans la salle du consistoire, ou dans quelque église de Rome. Ce fut dans
( 211 ) ïéglisc de la Minerve que Pie VI bénit les langes destinés à l'infant de Portugal. Le Pape prend Fétole blanche^ et, entouré des prélats de sa maison, il bénit ces langes précieux, placés sur des crédences , et récite les oraisons du Rituel. Le Cardinal-Secrétaire-d'Ëtat , les Cardinaux nationaux , ou dévoués à la couronne qui ceint le front du monarque que l'on veut honorer, les Ambassadeurs, ministres de cette puissance, la noblesse, et autres personnages distingués, sont invités à assister à cette cérémonie.
iatres fonctions eitraordinaires célébrées par les Papes.
Il n'entre pas dans notre plan de parler ici de diverses fonctions épiscopales que les Papes ont quelquefois remplies dans la ville de Rome, telles que l'administration de la confirmation à de jeunes enfants, celle du sacrement de mariage; le couronnement d'empereurs , de rois j les consistoires divers > ordinations , consécrations épiscopales.
Il a été d'usage jusque dans les dernières années du siècle passé , de chanter un Te Deum^ à chaque élection de l'Empereur d'Allemagne et du Roi de Pologne, dans la chapelle du palais apostolique. Les victoires remportées par les souverains catholiques et les événements heureux pour leur royaume ont été célébrés & Rome par des Te Deum solennels. Il faut rappeler ici la célèbre bataille de Lépante; la délivrance de Vienne, qui fut suivie de l'envoi fait au Pape des étendards mahométans; la prise d'Oran, sous Clément XII, parles Espagnols. Mentionnons aussi quelques événements particuliers aux États romains , comme diverses pestes ou maladies contagieuses, pour la cessation desquelles les Pontifes et les peuples adressèrent à Dieu leurs actions de grâces. Rappelons enfln la Chapelle papale extraordinaire tenue par Benoît XIII, en 1728, au sujet de la découverte du corps de saint Augustin à Pavie, dont l'identité fut prouvée. Cette même année, le jour de la fête du saint docteur, le Pape se rendit dans réglise des Augustins , où eut lieu la cérémonie.
TROISIÎME PARTIE.