VI
Chapelle papale do mercredi des Gendres. — Bénédiction des mir^ ; rit obsené par le Grand-Pénitencier en les donnant an Pape.
Nous lisons dans le premier et le plus ancien des Ordo romains, conservé par Mabillon (Mus. liai, tom. 2), que toutes les écoles du clergé de la ville de Rome se réunissaient en ce jour dans l'église de Sainte-Anastasie, où le Pape se rendait pour célébrer les saints mystères. La bénédiction des cendres n'est point mentionnée; mais nous voyons dans le onzième Ordo du chanoine Benoit^ cité par le même écrivain, que le Pape, après avoir distribué les cendres dans cette église, se rendait en procession, les pieds nus, accompagné de tout le clergé, dans l'église de Sainte- Sabine, où il chantait la messe sans réciter le Kyrie, qu'on avait plusieurs fois répété en route dans le chant des litanies. Le Sous- Diacre régionnaire proclamait à haute voix la station du jour suivant, qu'on était en usage de faire dans l'église de Saint-Georges m Veîdbro *.
Après la messe, un Acolyte prenait un lumignon; il le trem« paît dans l'huile d'une lampe, et, après l'avoir frotté, il le présentait au Pape , qui le bénissait ; le même Acolyte lui disait :
* C*est une des anciennes églises de Rome ; elle existait du temps de saint Grégoire. Sa désignation in Velabro lui Tient de sa situation dans le bas-fond du mont Aventin. On sait qu'autrefois les terrains compris entre les monts ÀTentin , Palatin et Capitolin , étaient couverts de vastes étangs , qui furent desséchés par Tarquin FAncien , lorsqu'il fit construire son grand aqueduc , que Ton admire encore. On allait en batean sur ces étangs ; et Yarron fait dériver le mot ^velabro, de vehendo; d'autres le font dériver de vellus aureum , qu'ils supposent avoir été l'enseigne de quelque marchand. On a autrefois appelé Téglise dont nous parlons , Saint-Georges ad relius aureum. (N, du TJ
( 226 ) Ilodiè fit statto ad Sanctam-Sabinam j quœ salulat le; le Pontife répondait : Deo grattas ^ et , en l'honneur de la sainte , il bénissait ce lumignon, qu'un Gubiculaire prenait ensuite, et gardait jusqu'à la mort de Sa Sainteté , pour le réunir à ceux des autres stations , et les mettre dans un petit coussin qu'on plaçait dans la bière, sous la tète du Pontife, quand il mourait, comme le rapporte Gancellieri ( de Sêcretariisj tom. 2 ).
Quelques auteurs conjecturent que l'usage encore en vigueur d'annoncer en Chapelle papale les indulgences accordées par le souverain Pontife, dérive du rit pratiqué anciennement d'annoncer la station dans les églises de Rome. Cencius Camérarius décrit la même cérémonie, dans le douzième Ordo romain; il ajoute que les cendres étaient bénites par le dernier Cardinal- Prôtre; que le premier Cardinal-Évèque les donnait au Pape, en employant la formule, MementOj etc.j et que Sa Sainteté les distribuait ensuite. Mais, dès le temps d'Urbain VI, en 1378, Pierre Âmelius nous enseigne que le Cardinal-Évèque , en donnant les cendres au Pape, n'employait plus la formule connue; ce qui s'observe encore de nos jours. Paul II, en 1464, fut le premier qui voulut que la bénédiction des cendres , réservée avant lui au dernier Gardinal-Prètre, fût faite désormais par le Pontife romain.
Le cardinal Nicolas Ântonelli^ de Ritu mpertiendi sacri cmris super caput romani Pontificis^ et Angelo Rocca , dans son ouvrage, tom. 1, unde cineres super caput spargendi usus originem trahatj et quid siM velit, recherchant le motif qui a fait omettre ainsi l'ancienne formule , Mémento ^ en donnant les cendres au Pape , conviennent que l'usage de répandre ainsi de la cendre sur la tète des fidèles, en leur rappc^knt leuc fin dernière, est des plus respectables. Aux pénitences publiques pratiquées Iç premier jour du Carême, on couvrait de cendres le pécheur, en prononçant les paroles qui nous rappellent à tous notre fin dernière, et qui doivent nous inspirer une salutaire humilité. Les pénitertces publiques qui ont donné naissance à cette cérémonie.
( 227 ) étant une espèce de jugement ecclésiastique ^ le Pontife romain ne saurait y être soumis. Il fut résolu qu'il suffisait de perpétuer le fait, c'est-à-dire, de répandre la cendre sur le front du Pape, et de lui rappeler ainsi sa condition mortelle, sans paraître exercer sur lui la moindre juridiction ecclésiastique , ni le frapper d'une espèce de jugement condamnatoire auquel le chef de l'Église ne doit pas être sujet. C'est pour cela que le Gardinal-Grand-Pénitencier , se dépouillant des insignes de son pouvoir et de sa juridiction , donne les cendres au Pape, qui les reçoit, malgré sa suprême dignité, pour donner à tous un exemple d'humilité profonde, et faire voir qu'étant supérieur à tous les hommes par la prééminence du rang qu'il occupe, il est cependant faible et mortel comme eux , non exempt de fautes , et qu'il a besoin comme tous les autres d'implorer les miséricordes divines.
L'éloignement de l'église de Sainte-Sabine sur le Mont-Aventinj fit peu à peu abandonner l'usage d'y tenir la Chapelle du mercredi des Cendres; cependant Benoit XIV l'y célébra plusieurs fois , comme aussi dans la chapelle Pauline du Quirinal. Clément XIII, son successeur, pour rappeler l'ancien usage, tint, la première année de son pontificat. Chapelle papale à Sainte-Sabine, le premier jour du Carême. Mais l'accès peu facile de cette église, et la saison ordinairement peu favorable , ont fait préférer les chapelles des palais apostoliques, et, depuis Clément XIV, la fonciim du mercredi des Cendres n'a plus été tenue dans cette Église.
Voici maintenant le rit observé dans la célébration de cette cérémonie :
Le tableau de l'autel représente, dans la chapelle Sixtine, notre Seigneur prêchant Vévangile à la foule qui se presse autour de lui; les tentures de l'autel et du trône et la housse du fauteuil papal sont de couleur violette , lamées d'or. Pendant tout le temps de la station quadragésimale , les Cardinaux portent leurs insignes de eouleur violette; ils prennent leurs manteaux dans la salle Royale. Le Pape est revêtu de la chape rouge ; il porte l'étole violette et la mitre d'argent, et, assis sur son trdne, il reçoit l'obédience
des Cardinaux ^ qui , de retour k leur place y revêtent les habits sacrés de couleur violette propres à leur ordre. Ensuite le dernier Auditeur de rote, en chasuble violette repliée, en qualité de Sous-Diacre apostolique , prend sur l'autel le plat de vermeil contenant les cendres, recueillies , selon l'ancien usage , des branches et rameaux d'olivier bénits le jour des Palmes de l'année précédente , et (pi'on a fait brûler à cette fin. Montant sur le trône, et se mettant à genoux devant le Pape, il lui présente les cendres, que Sa Sainteté bénit en récitant les prières prescrites par le Rituel , auxquelles le chœur ne répond pas.
Après ^ette bénédiction , le même Auditeur de rote se place à genoux au côté droit du Pontife, et le Cardioal-Grand-PéDitencier, qui a le privilège de chanter la messe ce jour-là, déposant sa mitre, ses gants et son anneau, monte sur le palier du trône, fait une profonde inclination , et, se tenant debout sans proférer une parole, il répand en forme de croix les cendres sur la tète da Pontife, qui reste assis sur son fauteuil (1). Sa Sainteté reprend ensuite la mitre, et, les genoux recouverts d'un grémial de fia lin, bordé de dentelles, avec une croix brodée en or au milieu, que portait un Clerc de la chambre, donne d'abord les cendres au Cardinal-Pénitencier , en les répandant en forme de croix sur sa tonsure, et disant : Mémento homo^ etc. : les Chantres commencent alors l'antienne Immutemur habitu. Le Pape continue la distribution des cendres aux Cardinaux , aux dignitaires et aux étrangers admis à cet honneur, dans l'ordre que nous avons fait connaître pour la distribution des cierges bénits. Les Cardinaux reçoivent les cendres inclinés, mais debout; ils baisent le genou gauche du Pape. Les Patriarches , Archevêques et Ëvèques assistants , les reçoivent agenouillés ; ils baisent également le genou. Mais les Abbés mitres et tous les Prélats et dignitaires , ainsi que les étrangers de distinction , les reçoivent à genoux , et baisent les pieds du Pape. Quand ces derniers s'approchent du trône pour recevoir les cendres de la main du Pape, les Gardes-Nobles, les Curseurs et les Massiers pontificaux , comme nous l'avons déjà
( 229 ) fait observer 9 Fentourent de plus près; ils en font de même è la cérémonie de la distribution des cierges et des rameaux. L'Auditeur de rote qui a soutenu le plat de vermeil , est le dernier à recevoir les cendres de la main de Sa Sainteté.
Après cette cérémonie, le Pape se lave les mains, comme nous l'avons indiqué plus baut ; il se sert pour cette fois seulement d'un citron et de mie de pain, apportés par le crédencier pontifical. Les Votants de signature, portant les chandeliers, se rendent devant le trdne. Le Pontife, debout et sans mitre, entonne le Domtnus vobiscumj et récite l'oraison, k laquelle le cbœur répond : Atnen. Ainsi finit la distribution des cendres. Les Cardinaux quittent leurs ornements sacrés, et reprennent leurs habits de chœur» Si le Pape ne peut point assister à la fonction de ce jour , c'est au Cardinal-Pénitencier à bénir les cendres et à les distribuer ensuite. Il les reçoit le premier du Cardinal-Doyen. Les Évèques, les Prélats et tous les assistants, baisent l'anneau cardinalice en recevant les cendres.
La messe est chantée sans contre-point, suivant le cérémonial déjà indiqué. Après le Kyrie ^ le Pape va se mettre à genoux sur son prie-dieu , au milieu de la chapelle, et après la collecte il revient au trône , où il ht l'épitre , le graduel et l'évangile , pendant que le Sous-Diacre chante lui-même l'épitre. A la fin du trait, le Pape revient au prie-dieu , et deux hautes-contres chantent le verset Adjuva nos y Deus •* l'assistance est à genoux ; le chœur répète : Propternomen tuum. Après ces paroles, chantées gravement, le Pape revient k son trône , où il bénit l'encens. Le Diacre , revêtu de l'aube, et portant seulement le siolone^ longue et large étole à la manière diaconale, chante l'évangile. Le Procureur- Général des Théatins prononce ce jour-là le discours en Chapelle, et publie ensuite l'indulgence de quinze ans. Plusieurs discours prononcés autrefois à Sainte-Sabine par le Cardinal-Grand-Pénitencier, sont parvenus jusqu'à nous. A l'offertoire, on chante le motet de Palestrina , [Dereltnquat impius. Quand le Maître des cérémonies accompagne le Diacre pour encenser le Sacré-
( 230 ) Collège^ il fait savoir à chaque Cardinal Theure fixée pour la première prédication quadragésimale du vendredi d'après, et pendant que le Prëtre-Âssistant va porter la paix aux Prélats et dignitaires, un Maitre des cérémonies distribue aux. Cardinaux et à tous ceux qui ont rang en Chapelle le livre qui contient les oraisons et les litanies qui doivent être récitées en Carême dans les chapelles privées des Cardinaux , et à la récitation desquelles sont attachées les indulgences des stations de la ville de Roma Ce livre a pour titre : Litaniœ et Preces recùandœ m prœsenti Quadragesima ab Emis, et Rmis. D. D. S. R. E. CardinaUbm^ aliisque quibus à S, S. D. N. Papa^ ex spectali gratta concedi soïet ut mdulgentias statimum Ecclesiarum urbis in suis privatis Capellis consequi valeant. ( V. card. Braca , Dissertatio de pnvilegiis quibus gaudent Cardinales in propriis Capellis. Rook 1672).
Prédications quadragésimales. — Stations à Saint-Pierre chaque Tendredi da mm de lars.
Nous relaterons ici que tous 1^ vendredis du Carême , le Prédicateur apostolique , appartenant à l'ordre des Capucins , prêche en italien dans la salle dite du Consistoire ou du Saint-Office , an palais du Vatican. Le Pape, placé derrière une grille, accompagné du Majordome et d'un Mattre des cérémonies, assiste d'une manière privée à ces prédications , auxquelles se rendent aussi les Cardinaux, en manteau violet, les Prélats, les Cubiculaires , les Généraux d'ordre ; en un mot, ceux qui ont rang en Chapelle. Pendant que ces prédications ont lieu , tous les officiers et serviteurs de la Famille pontificale j celle des Cardinaux et des Prélats, se réunissent dans une salle voisine, où, pour obéir plus particulièrement à l'esprit de son ordre et aux intentions du fondateur saint Dominique, le Sous-Mattre du Sacré-Palais prononce son instruction quadragésimale.
Tous les vendredis du mois de Mars , après le sermon , le Pape, portant la mosette de drap rouge, bordée d'hermine, l'étole de satin de la même couleur, précédé de l'Auditeur de rote, en
( 231 ) manteau violet, portant la croix, et suivi du Sacré-Collége, se rend dans la basilique de Saint-Pierre pour gagner findulgenc^ des stations. Sa Sainteté s'arrête d'abord pour prier devant le^ chapelles du Saint-Sacrement, de la sainte Vierge, et devant la chapelle Grégorienne; il va ensuite baiser le pied delà statue de bronze de saint Pierre, et se rend au maître-autel, où sont exposées les insignes reliques dont nous parlerons en décrivant les cérémonies du Jeudi saint , pour y faire sa dernière station. Le Cbanoine-Altariste distribue Toraison Ante oculos aux Cardinaux , au Majordome, au Maître de chambre, à l'Âumdnier et au Sacristain. Les deux Chanoines les plus dignes de la basilique s'approchent du Pape : l'un lui présente cette môme oraison , et l'autre tient la bougie. Outre l'oraison Ante oculos, que nous avons mentionnée plus haut, on récite encore à l'antienne Gloriosi principes ierrcBj en l'honneur de saint Pierre et de saint Paul , suivie du verset et de l'oraison.
Après la cérémonie; le Pape salue les Cardinaux , et rentre dans le palais apostolique, accompagné des Prélats de sa maison. L'Ârchiprètre de la basilique et les Chanoines rendent leur hommage à Sa Sainteté, à son entrée comme à sa sortie de l'église.
Si le Pape habite le Quirinal, il n'est pas d'usage qu'il se rende ainsi à la basilique Va ticane; et après le sermon, prêché dans dans une des salles du palais, chaque Cardinal peut aller visiter l'église qui lui convient le nweux. Il faut faire remarquer ici que ces stations du Pape et du Sacré-Collége à l'église de Saint-Pierre ont lieu tous les vendredis de Mars, avant comme après la célébration de la fête de Pâques.
Toute simple que soit cette station de chaque vendredi, faite par le Pontife , elle renferme un profond enseignement ; elle nous montre le chef de l'Église venant, comme un simple fidèle, gagner les indulgences accordées à ces pieuses pratiques.
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Chq^elles papales du premier an quatrième dimanche dn Garème.
La première de ces Chapelles se tenait autrefois dans Féglise de Sainte-Marie du Peuple; depuis long-temps on la célèbre dans la chapelle du palais apostolique. C'est un Patriarche qui chante la messe, et le Procureur-Général des frères Prêcheurs qui prononce le discours et publie Tindulgence de dix ans. On chante l'offertoire en plain-chant, et le motet Amendemus in meltus^ de Gabriel Galvex.
La seconde de ces Chapelles était célébrée autrefois dans la basilique de Saint-Paul ; on la tient aujourd'hui , comme la précédente, dans la chapelle Sixtine. Cest le Procureur-Général des Minimes observantins qui prêche , et publie l'indulgence de dix ans, et les Chantres exécutent à l'offertoire le motet de Clivelli, Ecce odar filii met.
La troisième se tenait dans la basilique de Saint-Laurent hors des murs; aujourd'hui la cérémonie a lieu dans la chapelle Sixtine. C'est un Évèque assistant qui chante la messe. Comme au dimanche précédent, le Procureur-Général des Augustins prononce un discours, et publie Tindulgence de dix ans. On exécute à l'offertoire le motet Lamentabatur Jacob ^ du célèbre Christophe Morales, que Ton considère comme une des plus précieuses compositions musicales de la Chapelle papale.
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Chapelle papale dn quatrième dimanche du Carême (Lstare). — Bénédiction de la rose-d'or.
La bénédiction de cette rose a eu lieu pour la première fois sous le pontificat de Léon IX ^ en 1050. Anciennement, le Pape se rendait , suivi de son cortège y du palais de Latran à la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem^ où est encore aujourd'hui la station à laquelle est attachée l'indulgence plénière; il chantait la messe, et prêchait après l'évangile : nous en avons un exemple dans Pie U. Le Pontife, tenant à la main la rose bénite, et se montrant au peuple comme un symbole mystique qu'il lui explir quait, revenait ensuite à son palais, tenant toujours la rose à la main ; il était conduit jusqu'aux portes de la basilique par le Préfet de Rome, en habit de pourpre et en chaussure de couleur d'or , qui menait par la bride le cheval que montait le Pape, après avoir soutenu l'étrier. Pour reconnaître ce témoignage de respect , le Pape donnait la rose à ce dignitaire, qui la recevait à genoux, et lui baisait le pied.
Les souverains Pontifes ont été dans l'usage d'envoyer cette rose à quelque souverain, à une église, à une personne éminente, quelquefois aux anciens empereurs d'Allemagne, à l'époque de leur couronnement. Lorsque le saint Siège fut transféré à Avignon , cette rose fut donnée à la personne la plus digne qui se trouvait à la cour pontificale à l'époque du Carême ; de nos jours, elle est envoyée aux princes et aux princesses que le Pape veut particuUèrement honorer, à moins qu'il ne se trouve à Rome quelque personne royale à qui Sa Sainteté veuille l'offrir. On veut que cette rose-d'or, ainsi offerte en présent , remplace le don des
clefs d'or et d'argent, et la limaille des chaînes de saint Pierre, qui étaient autrefois offertes à d*illustres personnages, après avoir été bénites.
Les tentures du trdne et de Tautel de la chapelle Sixtine étaient autrefois de couleur rose ; on laisse subsister aujourd'hui celles de couleur violette , à Texception toutefois du devant de l'autel , qui est rose pâle. Pour ce jour seulement , comme pour le troisième dimanche de l'Avent , Gaudete, les Cardinaux revêtent leurs insignes de couleur rose pâle, mais ils conservent leurs grands manteaux violets. Le Pape porte en Chapelle la chape et l'étole rose; les ornements du Célébrant , qui est un Cardinal-Prètre , ^nt de la même couleur; le Diacre porte la dalmatique, le Sous-Diacre la tunique, l'office de ce jour n'étant plus un office de deuil. Ce dimanche est appelé Lœtare , du premier mot de l'introït de la messe, paroles empruntées au prophète Isaïe. On l'appelait aussi le Dimanche des Pains , Domimca Panurrij à cause de l'évangile du jour, où est rapportée la prodigieuse multipUcation des pains dans le désert; mais on l'appelle plus communément encore Do* minica Rosœ^ ou Rosarum^ ou de Rosâj à cause de la cérémonie que nous allons faire connaître.
La bénédiction se fait dans la salle des Parements. Le Pape porte sur l'aube l'étole rose : il bénit l'encens, que lui présente le premier Cardinal-Prètre; et pendant que le dernier Clerc de la chambre prend la rose-d'or, placée sur un petit autel, entre deux chandeliers , le Pontife cx)mmence la récitation des versets portés au Rituel , dont nous reproduisons ici le texte :
i. Adjutorium nostrum in nomîne Domini, ij. Qui fecit cœlum et lerram.
^. Dominus vobiscQm , i). £t cum spirita tuo.
Orcmus.
DenSy cnjus verbo et potentiâ facta sunt omnia , et cujus natu universa
diriguntnr ; qui es laetitia et gaudium omnium ûdelium ; majestatem luam
suppliciter exoramus, ul hanc rosam odore visuque gratissimam , quam ho-
diernâ die in signum spiritualis laeiitiaî in manibus gestaraus, benedicere et
sanctificare tuâ plctate digaeris , ut plebs tibi dicata ex jugo Babylonien captivitatis educta, per iioigeniti Filii tui gratiam , qui est gloria et exultatio plebis Israël illius Jérusalem , quae sursum est mater nostra , sinceris cordibus gaudium repraesèntet ; et quia ad honorem nominis tui Ecclesia tua hoc signo hodiè exultât et gaudet ; tu ei , Domine , verum et pcrfectum gaudium largiaris, et devotionem ejus accipiens, peccata dimittas , fîde repleas, indulgentiâ foveas, misericordiâ protegas, adversa destruas, prospéra cuncta concédas ; quatenùs per fructum boni operis in odorem unguentornm illins floris transeat , qui de radiée Jesse productus , flos campi et lilium convallium mystieè praedieatun; cum quo in supernâ gloria cum sanctis omnibus sine fine laetetur ; Qui tecum vivit et régnât in unitate Spiritûs sancli Deus , per omoia secula seculorum. Âmen.
Après cette oraison , le Pape oint la rose avec du baume du Pérou, et place au centre, où se trouve un tout petit godet fermé avec une grille d'or, un peu de ce baume avec du musc; il Fasperge d'eau bénite , l'encense , et la remet au même Clerc de la chambre , qui , précédant le Pape, la porte à la main jusqu'à la chapelle, où elle est placée au milieu de l'autel , sur an riche voile de soie, brodé d'or. Sa Sainteté portait autrefois lui-même la rose de la main gauche , et bénissait l'assistance de la droite , quand , placée sur la sediaj elle se rendait de la salle des Parements à la chapelle.
La Chapelle papale se tient à la manière ordinaire : on chante l'introït en contre-point, et le sermon est prononcé par le Procureur-Général des Carmélitains, qui publie l'indulgence de vingtcinq ans. Après la cérémonie, le Clerc de la chambre prend la rose sur l'autel, et, précédante Pape, la dépose dans la salle des Parements, sur le petit autel où elle était avant d'avoir été bénite.
Sous le pontificat de Léon XII, le dimanche Lœlare coïncidant avec la fête de l'Annonciation, ce Pape tint Chapelle dans l'église de Sainte-Marie de la Minerve j où il bénit dans la sacristie la rose-d'or ; et de là , porté sur la sedia jusqu'au grand autel de l'église, il tint, à l'imitation des anciens Papes, cette rose de la main gauche, et bénit le peuple de la main droite. Lorsque cette coïncidence a lieu , les Cardinaux remplacent leurs insignes de couleur rose par ceux de couleur rouge. Si le Pape
( 236 ) est absent de Rome, la cérémonie de la bénédiction de la rose n'a pas lieu : comme on Ta vu sous le pontificat de Pie YI, à l'époque du voyage de ce Pape en Autriche, on se contente alors d'exposer sur l'autel de la chapelle une ancienne rose bénite. Clément XII, dans les huit dernières années de sa vie, se trouvant frappé de cécité, bénissait la rose dans les chapelles secrètes des palais apostoliques.
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ChapeDe papale du cinqaike dimanche du Carême , dimanche de la Passion.
Ce jour s'appelait anciennement Domtntca Mediana^ et la semaine qu'il commence s'appelait aussi Mediana^ comme nous l'apprenons d'un décret du pape Pelage, de l'année 555, par allusion au premier nocturne de l'office, où l'on fait mention de 'a quatorzième et quinzième lune à l'occasion de la fête pascale ^ célébrée par les Juifs à moitié de la période lunaire.
Le samedi précédant le dimanche de la Passion, appelé StVtVnies^ du premier mot de l'introït de la messe, il est d'usage de couvrir de voiles de soie violette les tableaux, les croix d'autel, les crucifix des appartements du Pape, les croix et les tableaux des chapelles apostoliques, en signe de deuil, et pour annoncer aux fidèles le prochain anniversaire de la passion et de la mort du Sauveur.
La Chapelle de ce jour était célébrée autrefois à Sainte-Marie- Majeure; depuis long-temps on la célèbre dans la chapelle Sixtine. Les Cardinaux portent tous leurs insignes de couleur violette, et se rendent au palais apostolique n'étant accompagnés que dune voiture de suite; toutes les tentures de la chapelle sont de couleur violette. Un Évèque assistant chante la messe; l'introït, le
( 237 ) graduel et le trait sont chantés en plain-chant ; TofTertoire y en contre-point ; et ensuite on exécute le motet de Palestrina , SaU vum me fac. C'était un Évèque qui autrefois prononçait le discours; c'est maintenant le Procureur-Général des Servites de Marie, qui publie aussi l'indulgence de dix ans.
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