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OHO

Chapelle papale du dimanche des Rameaux.

Notions générales.

La Semaine sainte , appelée dans l'Église latine, comme autrefois chez les Grecs, d'après le témoignage de saint Jean Ghrysost^me, Hebdomada major j dénomination qui fait assez connaître la grandeur des mystères qu'on célèbre dans cette période de jours, commence par le dimanche des Rameaux. La dénomination de Semaine sainte semble avoir prévalu , au moins chez les peuples du midi de l'Europe; les mots de Septimana santa des Italiens et des Espagnols, sont la traduction exacte de l'expression anglaise Uoly weeck. Les Allemands , dit Mgr. Wiseman dans ses Conférences j l'appellent Charwoche^ mot d'étymologie douteuse , mais qui probablement signifie la semaine des tristesses, de char ou kar^ chagrin. C'est dans le même sens qu'elle est quelquefois nommée Marterwoche j ou semaine des souffrances. Ces noms divers, ou glorieux ou tristes, reportent assez au grand événement qu'on y célèbre , qui seul , dans les annales du monde , justifie les uns et les autres par la réunion qu'il offre de plus de grandeur et de majesté, conune aussi de plus d'affliction et de

( 238 ) deuil que n'en présente aucune autre histoire. Cest une semaine^ pour ainsi dire y choisie et consacrée dans l'année pour sympathiser aux souffrances du Rédempteur.

Il est incontestable que , dès le temps des Apôtres , cette semaine a été consacrée à honorer les mystères de la passion du Sauveur y et à les retracer aux yeux et à l'esprit des fidèles. Dans la primitive Église^ pendant toute la durée de cette semaine^ on suivait une rigoureuse xérophagie ( ^Yipoçayta), c'est-à-dire qu'on ne mangeait que des fruits secs ; on s'abstenait des plaisirs les plus innocents, tout travail était défendu , on délivrait les prisonniers, les tribunaux étaient fermés. On pratiquait de dures mortifications , et on se livrait aux bonnes œuvres , dont les empereurs et les rois donnaient les premiers l'exemple. Si dans ces jours solennels la foi des chrétiens se fortifie par les souvenirs que l'Église rappelle , elle s'agrandit et s'épure partout ce que les cérémonies pontificales offrent de majestueux et de touchant, et par les admirables exemples de haute piété et d'humilité profonde que donne le Pape à toute la chrétienté dans ces jours de pénitence et de salut.

Le dimanche des Rameaux a été ainsi appelé , à cause de l'usage adopté dans l'Église catholique de bénir et de distribuer des palmes , des branches d'olivier ou autres rameaux , en mémoire de l'entrée de Jésus-Christ dans Jérusalem. On l'a appelé encore Pascha petitum^ Hosarmœ, Evangeltsmi palmarum j dies Pat" marunij Pascha florum^ Domtnica Lazari. On l'appelait aussi le Dimanche ds V Indulgence, à cause de la coutume où étaient les empereurs et les rois , les Patriarches et les Évêques , d'accorder ce jour-là certaines grâces. La première de ces dénominations a prévalu. Dès les temps les plus reculés, on portait en Orient des palmes, des branches d'olivier à l'église, le samedi de Lazare ( c'est le nom qu'on donnait à la veille du dimanche des Rameaux ), à cause de l'évangile du jour, et on les bénissait ensuite. L'empereur de Gonstantinople était dans l'usage de distribuer lui-même en grande pompe les palmes bénites. Les Pontifes

( 239 ) romains les distribuaient anciennement dans le Triclinium (2) du palais de Latran; elles étaient bénites par un des Cardinaux hebdomadiers de saint Laurent hors-des-murs, après avoir été recueillies par des Acolytes dans le voisinage de la basilique de Saint-Sylvestre. En d'autres temps on les bénissait dans l'église de Sainte-Marie in Turrim^ située près du clocher de l'ancienne église Yaticane^ d'où sortait la procession pour se rendre au mattre-autel de Saint-Pierre. Nous apprenons de Cencius Camerarius y qu'à une époque plus rapprochée on avait adopté le pieux usage de porter en pompe , à la procession de ce jour, sur un autel richement décoré, au milieu des palmes, des rameaux, des cierges , des encensoirs et des bannières des écoles , le livre des évangiles, comme représentant la personne même de Jésus-Christ triomphant. L'opinion la plus sûre fait remonter la bénédiction des palmes, d'après les Sacrameutaires de saint Gélase et de saint Grégoire , au cinquième ou au sixième siècle.

Bénédiction et Bistribution des palmes.

La Chapelle du dimanche des Rameaux se tenait depuis longtemps dans les palais apostoliques; mais Grégoire XVI décida, en 1839, qu'elle serait célébrée désormais dans la basihque de Saint-Pierre, se rendant ainsi au vœu qui lui était manifesté, surtout de la part des étrangers que les cérémonies de la Semaine sainte attirent en foule à Rome. Les dispositions prises pour les Chapelles papales' que nous avons déjà fait connaître, sont observées ce jour-là dans cette église. A neuf heures, le Pape descend de ses appartements ; accompagné des Prélats de sa maison , il se rend à la chapelle de la Pitié, par celle du Saint-Sacrement, sans traverser le portique; il y trouve les Cardinaux réunis : il prend l'étole , la chape de satin rouge , et la mitre lamée d'argent ; il monte sur la sedia, et , précédé de la prélature, des Cardinaux , entouré des Gardes-Nobles et des Gardes-Suisses, il s'avance vers l'autel de la Confession , d'où , après une courte prière, il se rend au trône, pour recevoir l'obédience des Cardinaux , revêtus de leurs

( 240 ) manteaux violets. Des faisceaux de palmes artistement découpés^ des rameaux d'olivier , sont placés à droite et à gauche du trône. Ou remarque des palmes qui se distinguent des autres par l'élégance de leurs ornements, ouvrage des religieuses Camaldules; elles servent à décorer Faute! : six sont ornées avec plus de recherche; une d'entre elles est destinée à être attachée à un des bras de la croix papale, portée par le Sous-Diacre apostolique; trois autres que le prélat Sacristain , le Diacre et le Sous-Diacre portent à l'autel ; deux autres qui sont décorées des armoiries da Pape régnant. Ces palmes sont déposées, après la cérémonie , sur la crédence ou lit des parements, dans la salle de ce nom, jusqu'à la fête de l'Ascension.

Si le dimanche des Rameaux coïncidait avec la tenue d'an conclave, les palmes seraient bénites par le prélat Sacristain ou par le premier Maître des cérémonies , et les deux dernières dont nous avons parlé porteraient un écusson dont le centre dégarni est destiné à recevoir les armes du Pontife élu , si toutefois l'élection a lieu avant la fête de l'Ascension , comme on le vit au conclave où furent élus Clément XI, Innocent XIII, Benoit XIII, et de nos jours Benoit XIV et Clément XIV.

Après la cérémonie de l'obédience, les Cardinaux revêtent les habits sacrés propres à leur ordre; les Patriarches et les Évèques prennent la chape et la mitre , et les Prélats romains mettent la cotte sur le rochet ; les Acolytes apostoliques et les Volants de signature, portant le bénitier et l'encensoir, s'approchent du trône; le Sous-Sacristain, en chape violette, le Diacre et le Sous-Diacre d'ofûce, en aube, reçoivent au pied de l'autel, du second Maitre des cérémonies, les trois plus belles paknes; la plus petite est celle que le Pape doit porter : ils se rendent au pied du trône, où ils s'agenouillent , tenant les palmes élevées. Le Pape commence alors les prières de la bénédiction prescrites par le Rituel; il bénit et encense trois fois ces rameaux ; il implore la bénédiction du ciel pour tous ceux qui les porteront en mémoire de l'entrée glorieuse de Jésus-Christ dans Jérusalem. Les cendres qui proviendront

( 241 ) d'une partie de ces palmes, que l'on brûlera, seront employées, comme on l'a déjà dit, le premier jour de Carême de l'année suivante, pour les Prélats, dignitaires et personnages éminents , qui viendront les recevoir de la main du Pape. . Après la bénédiction des palmes, le Gouverneur de Rome prend des mains du prélat Sacristain et de celles du Diacre et du Sous-Diacre, les trois palmes dont nous avons parlé; il les donne à la fois au Cardinal-Doyen ou au plus ancien Évèque suburbicaire, qui les dépose entre les mains du Pape; Sa Sainteté les remet au Cardinal-Diacre assistant. Le premier Mattre des cérémonies consigne au Camérier secret échanson la plus petite de ces palmes, qu'il doit garder lorsque Sa Sainteté ne la porte pas; l'une des deux autres est donnée au Prince assistant, qui la tient à la main pendant toute la cérémonie ; l'autre reste à la disposition du Pape.

Cependant un Clerc de la chambre pose sur les genoux du Pontife un grémial richement brodé , et les Cardinaux vont individuellement recevoir les palmes. L'honneur de les présenter une k une au Pape était autrefois dévolu , soit au Prince assistant, soit à un Ambassadeur; aujourd'hui c'est le second Cardinal- Diacre qui, les recevant d'un des Clercs de la chambre, et ce dernier de deux Bussolanti placés à genoux sur la première marche du trône, les remet directement au Pape. Le Cardinal- Doyen vient le premier au pied du trône pour recevoir la palme de la main du Pontife ; il fait une profonde inclination , baise le rameau , la main et le genou droit. Cependant deux hantes-contres entonnent l'antienne Pueri hebrœorum. Le souvenir des enfants qui s'étaient mêlés à la foule , à l'entrée de Jésns^hrist dans Jérusalem , et leurs acclamations naïves , fournissent à l'Église les antiennes qu'elle chante en distribuant les rameaux ; elle répète è son tour VHosama hébraïque. Au Cardinal-Doyen succède le Cardinal-Célébrant, et successivement les autres membres du Sacré-CoUége qui viennent recevoir leur palme.

Après eux viennent à leur tour recevoir la leur, les Patriarches,

( 242 ) les Archevêques assistants^ les Prélats orientaux , les Archevêques et Évoques non assistants , qui fléchissent le genou devant le Papc^ et baisent la palme; à ceux-ci succèdent^ d'après Tordre que nous avons décrit ( p* ^^7) en faisant connaître Fénumération hiérarchique suivant laquelle les dignitaires reçoivent les cendres^ les cierges , les palmes et les agnus des mains du Pontife y les Abbés mitres^ les Pénitenciers de Saint-Pierre^ tous les Prélats ^ dignitaires et officiers de la Famille pontificale^ les Ambassadeurs et les étrangers de distinction, qui prennent la palme, à genoux, des mains du Pape, après avoir baisé ses pieds.

Après cette distribution, le Pape lave ses mains; le Prince assistant verse l'eau ; un Clerc de chambre , un Auditeur de rote et deux Massiers, restent debout auprès du trône; ils accompagnent ensuite le Prince assistant jusqu'à la crédence pontificale. Le Pape se lève ensuite, et, après le DominiAS vobiscum et l'oraison , il bénit l'encens ; le dernier Auditeur de rote, en tunique, portant la croix, s'approche du trône; alors le premier Cardinal-Diacre assistant, tourné vers le peuple, prononce l'ancienne formule, Procedamus in pace ^ à laquelle Fassistance répond : In nomine Christi. Amen, La procession se met aussitôt en marche; tous ceux qui la composent portent leur pahne à la main.

Procession des palmes.

Indépendamment du but spécial de leur institution , les processions représentent le pèlerinage de l'honune mortel vers son éternité; et si la croix est toujours portée en tète, c'est pour montrer que Jésus-Christ doit être l'unique et souverain guide de notre voyage sur la terre. Le cortège qui précède et suit le Pape, est le même que celui qui a été décrit pour la fête de la Purification. Sa Sainteté, ayant la mitre sur la tête, et tenant la palme de la main gauche , est portée sur la sedia par les douze Palefreniers; les prélats Votants de signature, en rochet et mantellettaj tiennent les huit bâtons du dais. Le Doyen de la rote,

( 243 ) ^ FÂrchiâtre , le premier Aide de la chambre^ enfin le Scapatore secret, qui suivent la sediaj ne portent point leurs palmes, pouvant être appelés au service du Pape, comme nous avons vu qu'à la procession de la Purification ils ne portent point de derge. A peine le Porte4>oix apostolique a-t-il dépassé Fenceinte du presbytère, que les faautres-contres entonnent Fantienne Cim appropinquaret. La procession parcourt la vaste nef de la basilique; quand elle est parvenue au portique, les deux battants de la grande porte se ferment : deux Clercs, restés dans Fintérienr, entonnent aussitôt Fhymne Gloria^ latu et hmor^ que les Chantres, placés dans le vestibule, répètent altonativement. Au dernier verset, le Sous-Diacre frappe, avec le bâton de la croix, la porte, qui s'ouvre aussitôt, et la procession rentre dans la basilique, pendant que deux hautes-contres entonnent le répons Ingrediente Domino ; elle se dirige vers le presbytère parle côté droit de l'élise : deux soprani commencent le verset dm audisset populuêy et le diorar poursm't : Cum ramù. Le Pape, arrivé au presbytère, descend de la sedia^ et monte au trône; les Cardinaux quittent les ornements de leur ordre, reprennent leur habit de chceur et le manteau violet, et tout se prépare pour la messe , célébrée par un Cardinal-Prètre.

Une ancienne légende attribue Fhymne Gloria^ laus et honor, à Tbéodulphe, évèque d'Orléans, qui vivait en 793. Accusé d'avoir été favorable à la cause de Bernard, en Italie, Lonis-le-DâMHinaire le fit mettre en prison à Angers. Ce prince, se trouvant dans cette ville, et assistant à la procession des rameaux, entendit, en passant sous les fenêtres de la prison, Tbéodulphe chanter cette hymne : il céda à un pieux mouvement de générosité, et ordonna qu'on lui rendit la liberté. Cette procession des rameaux, qui nous rappelle Feutrée triomphante de Jésus-Christ dans Jérusalem , est aussi une figure de sou ascension au del , dont il nous ouvrit les portes, fermées par le péché d'Adam. C'est pour cela qu'an retour de cette mystérieuse procession on trouve fermées les portes du tonple, qui ne se rouvrent que lorsque le Sous-Diacre

( 244 ) frappe avec le bâton de la croix y symbole de la puissance du glorieux instrument de notre rédemption.

Messe solennelle du dimanche des Rameani.

La Chapelle papale se tient d'après le rit ordinaire ; on chante l'introït sans contre-point ^ et le Eyrieen plain-chant : aux paroles de répitre , in nomme Jesu^ toute l'assistance fléchit le genou ^ pieuse pratique que Paride de Grassis s'étonne de n'avoir pas vue plus tôt en usage. On chante également en plaiii-chant le graduel et le trait; et aux paroles, Populo gui nascetur, les trois Prêtres qui doivent chanter la passion apparaissent au milieu du chœur: ils portent l'aube et l'étole diaconale : ils vont baiser les pieds du Pape , mais ne demandent point la bénédiction , car ils vont chanter la passion , où FÉvangéliste décrit la mort douloureuse de celui dont toute bénédiction émane; on ne porte point de cierge allumé, parce que Jésus-Christ, la véritable lumière du monde, va s'éteindre; on n'encense point, en signe de douleur et de pénitence, pour montrer que la piété des disciples allait défaillir: et on ne chante pas le Dominus voèiscum^ suivi du Gloria iibt, Dominej en mémoire des scènes douloureuses du jardin de Gethsémani , et de la perfide salutation du disciple apostat. Quelquefois, à cause de la longueur de la cérémonie, Sa Sainteté n'assiste pas au chant de la passion ; accompagnée des Prélats de la chambre, elle se retire derrière le mausolée d'Alexandre VIII, et revient à son trône a la fin du chant évangélique.

Le premier des Prêtres, qui chante le texte de la passion (3) , est un ténor ; le second, qu'on appelle AnciUa^ est une haute-contre; le troisième, qui représente le Sauveur, est une basse ordinaire. La congrégation des Rites a décidé que les Sous-Diacres, et à plus forte raison les laïques , ne devaient jamais la chanter. Le chœur des Chantres pontificaux répète les paroles du texte attribuées à la tourbe des Juifs. Tandis qu'on chante la passion , chacun tient à la main , en mémoire de l'entrée triomphante du Sauveur dans Jérusalem , et de la réception glorieuse des saints

( 245 ) dans le ciel, la palme béoile^ les Cardinaux la remettent ensuite à leurs Gaudataires. Sa Sainteté^ sans mitre^ debout sur son trône, tient également la sienne. Au passage du texte évangélique où l'Apôtre décrit les derniers moments de la vie du Sauveur, et rappelle Finstant solennel où FHomme-Dieu rendit le dernier soupir, le Pape s'agenouille sur son prie-dieu, placé sur la plateforme du trône; les Cardinaux se mettent à genoux; le clergé et toute l'assistance, à genoux par terre, s'inclinent profondément ; tous prient quelques instants en silence.

Ce moment a quelque chose de solennel : il rappelle le dernier acte de la vie du Sauveur, si désiré des patriarches, prédit par les prophètes, figuré par les ombres de l'ancien Testament, et qui réconcilia le ciel avec la terre. La pieuse coutume qui règne en France de baiser humblement la terre lorsque llÉvangéliste nous rapporte que le Sauveur expire, remonte à saint Louis. Ce prince, un des plus illustres qui aient porté le sceptre , aussi grand par ses vertus chrétiennes que par les quaUtés qui font les grands rois , fut le premier à donner cet exemple et k recommander de le suivre. Dans plusieurs communautés, en Italie, et à Rome prindpalement, on suit cette louable coutume ; les religieux disent, en baisant la terre : Adoramus te, Chrisie, et benedicimus (ibij quia per sanctam crucem iuam redemùti mundum.

Autrefois on chantait la passion en grec et en latin, le dimanche des Rameaux et le Vendredi saint; les leçons du Samedi saint relatives à l'instruction des catéchumènes étaient également chantées dans les deux langues. Cet usage attestait l'ancienne et primitive union des deux Églises; il fut remis en vigueur par Benoît XIII, exact observateur des anciens rites ; mais il tomba peu à peu en désuétude. Le chant du Kyrie ^ si fréquent dans nos cérémonies; celui du Trisagion^ propre au Vendredi saint, et les fonctions du Diacre et du Sous-Diacre grecs aux messes pontificales, démontrent assez quelles sont les intentions qui animent l'Église romaine pour l'Église grecque , cette fille rebelle, dont elle déplore la séparation.

( 266 ) La passion termiDée^ les trois prêtres se retirent^ faisant la génuflexion à l'autel et au Pape ; le Diacre d'office va demander la bénédiction à Sa Sainteté; ensuite, sans dire le Dominus vobtscum et sans faire aucun signe de croix , mais après avoir en* censé le texte sacré, il chante la fin de la passion sur le ton de l'évangile , et va faire baiser le livre au Pape seulement. Sa Sainteté est encensée par le premier Cardinal-Prêtre. On chante l'offertoire en contre-point, et ensuite, pour motet, une partie du Siabat de Palestrina , connu comme un des plus beaux exemples de ce style musical plein d'harmonie et de pathétique, que nous devons à ce grand maître. Après l'élévation , on chante une partie du cantique BenedictuSj a six voix , avec accompagnement des choristes, composé par le mattre de chapelle de Sa Sainteté, J. Baïni, artiste célèbre que la mort a récemment enlevé à la musique religieuse. La communion se dit sans contre-point, et on ne chante pas le Deo grattas. Il n'y a pas de sermon ce jour-là en Chapelle papale ; on le prononçait autrefois après le chant de la passion. La cérémonie est terminée par la lecture de la formule pontificale par laquelle le Pape accorde trente ans d'indulgence aux assistants, faite par le Cardinal-Célébrant, après toutefois que le souverain Pontife a , de son trône , béni l'assistance. Le Pape sort delà basilique, accompagné de son cortège ordinaire, et rentre au Vatican.

Le Camérier secret Secrétaire d'ambassade porte, après la Chapelle papale , des palmes bénites aux Cardinaux qui n'ont pu y assister, aux souverains ou aux personnes royales qui se trouvent à Rome , aux ambassadeurs et aux ministres des souverains catholiques, pour leur propre famille comme pour les princes qu'ils représentent. Les étrangers de distinction ambitionnent de recevoir la palme bénite de la main du Pape. Les peuples d'Italie conservent avec soin les rameaux qui leur sont distribués dans les diverses églises , et les placent dans les lieux les plus apparents de leur habitation ; ils sont pour eux , non-seulement un pieux symbole de la passion du Sauveur , mais encore un sou-

( 2^^7 ) venir de Tobligation où ils sont d'appeler chaque jour les bénédic-* lions du ciel sur toutes leurs actions , et de les sanctifier^ comme ont été sanctifiées ces branches de palmier et d'olivier y par les prières de l'Église.

Si le Pape ne peut bénir les rameaux ni les distribuer^ c'est un Cardinal-Prètre qui fait la cérémonie. La distribution des palmes se fait alors de la manière suivante :

Le Gardinal-Ëvèque le plus digne y ayant la barrette sur la tète, prend une palme des mains du Majordome , et la donne au Célébrant^ qui la reçoit debout devant l'autel^ et la remet ensuite à ce même Cardinal dont il l'a reçvie; celui-ci la baise , s'incline, et revient à son banc. Après lui tous les Cardinaux , selon leur rang d'ancienneté ^ se rendent, portant la mitre, à l'autel; avant de recevoir la palme, ils se découvrent, la reçoivent debout, la baisent, et, après avoir fait une révérence, ils retournent à leur place. Lorsque la distribution des palmes au Sacré-Collége est terminée, le Célébrant s'assied sur le fauteuil, et aussitôt le» Patriarches, Archevêques et Évèques, assistants ou non assistants au trône, s'avancent pour recevoir les leurs. Ils observent le même cérémonial que les Cardinaux ; mais , de plus , ils baisent l'anneau du Célébrant. Tous les autres dignitaires reçoivent la palme à genoux , et baisent pareillement l'anneau. La messe est ensuite célébrée d'après le rit ordinaire ; le Cardinal-Célébrant donne la bénédiction ; et la publication des indulgences accordées aux fidèles qui ont entendu la messe ^ termine la cérémonie.

Fonctions du Gardmal-Grand-Pénitencier, à Saint-Jean de Latran.

Dans l'après-midi du dimanche des Rameaux, le Cardinal- Grand-Pénitencier, accompagné de toute h Famille cardinalice, se rend à Saint-Jean de Latran; il est reçu par les Pères mineurs observantins , Pénitenciers de la basilique. Après avoir revêtu la chape violette dans une des salles du palais de Latran , il entre dans le temple par la porte principale, ou il est reçu par quatre Chanoines ; un d'eux lui présente l'aspcrsoir. Le cortège se dirige

( 2^8 ) vers l'autel du Saint-Sacrement y où le Cardinal fait sa prière ; ri ^ rend ensuite à la place qui lui est destinée^ et, s'asseyant sur une estrade élevée, son Caudataire lui ôte la chape, et lui met la barrette sur la tète ; ensuite un Auditeur de rote lui présente la longue baguette blanche , dont il le frappe sur la tète, ainsi que les autres Prélats , les assistants , et le peuple , qui accourt pour gagner Findulgence de cent ans , accordée à cet acte d'humilité qui rappelle les anciens rites de la pénitence publique. Tous s'agenouillent successivement devant le Grand-Pénitencier, qui les touche avec sa baguette. Cette cérémonie terminée, il confesse ceux qui se présentent à son tribunal. Ayant ainsi achevé sa fonction , il va de nouveau faire sa prière devant Tautel du Saint- Sacrement, et sort de l'église, accompagné des Chanoines et Pénitenciers de la basilique.

Lundi et Mardi de la Semaine sainte.

L'église stationnaire de Sainte-Praxède, autrefois désignée pour le Lundi saint, fut fondée, dans le deuxième siècle, par le pape saint Pie L"^ et enrichie du tombeau des deux jeunes patriciennes filles du sénateur Pudentius, qui, suivant une tradition respectable , accueillit , l'an 44 de l'ère chrétienne , le Prince des Apôtres dans sa maison de la vallée du Viminal , oii est maintenant l'église de Sainte-Pudentienne, et où l'Apôtre vécut pendant sept ans; c'est là encore que furent consacrés, par saint Pierre, saint Lin et saint Clet, ses successeurs. Quand les persécutions vinrent éprouver l'Église naissante , Praxède et Pudentienne se dévouèrent au service des Confesseurs, les secourant, dit le Bréviaire romain , par leurs œuvres , leur prodiguant leurs consola-

( 2/»9 ) lions et tous les offices de charité, suivant leur faculté^ eos facuU iatibuSj operibuSj consolatimiej et omni caritatts ôfficio proseque^ baniur; elles cachaient les uns, encourageaient les autres, veillaient au besoin de ceux qui étaient en prison , et la nuit elles allaient recueillir sur le sol des amphithéâtres et des autres lieux de supplice, les restes de leurs corps sacrés et le sang des martyrs. Inscrites toutes les deux au catalogue des saints , on réunit leurs corps dans un même tombeau , sur lequel fut bâtie Féglise.

La colonne de la flagellation , apportée à Rome , en 1223 , par le cardinal Golonna, qui avait été la chercher lui-même près du Prétoire, à Jérusalem, est conservée dans cette église, dans un oratoire élevé exprès par Pascal I.®' : elle est de jaspe sanguin, et haute de trois palmes. Saint Jérôme parle de cette colonne comme étant réellement celle qui avait servi à la passion du Sauveur.

Aucune dévotion relative à la passion de notre Seigneur ne se trouve indiquée, ni pour le Lundi, ni pour le Mardi saints; FÉglise n'a pas voulu convier les fidèles à ces offices, qu'elle célèbre en secret. L'ancienne église stationnaire désignée pour le Mardi , était Sainte-Prisque. Les fidèles joignent, à Rome, à la visite de ces églises le Lundi et le Mardi saints , la salutaire pratique du chemin de la croix et la pieuse ascension de la Scala santa.

On appelle Scala santa ^ les vingt-huit degrés ou marches de marbre blanc veiné , transportées de Jérusalem à Rome , et qui appartenaient, suivant la vénérable tradition, au Prétoire de Pilate. Sixte-Quint les fit placer sous le portique actuel, qu'il dédia au Sauveur. Ce monument fait un des quadrilatères de la place de Saint-Jean de Latran , et sert d'entrée a la précieuse chapelle de Saint-Laurent ad Sancta sanctorum. Il se compose d'un vestibule et de cinq escaliers; les quatre latéraux peuvent se monter et se descendre debout; celui du milieu , où sont enclavés les marbres sanctifiés par les traces sanglantes de l'Homme des douleurs, ne se monte qu'à genoux. Les degrés du Prétoire se reconnaissent à l'enveloppe de bois dont Clément XII dut les

( 250 ) garnir pour les préserver du frottemeot quotidien^ sous lequel la piété générale de tous les temps les eût bientôt fait disparaître.

Cette chapelle à laquelle on arrive par la Scala santa ^ était l'ancienne chapelle du patriarcat de Latran y où se conservaient les plus insignes reliques de la ville ; ce qui lui valut probablement son nom de Sancta sanctorum *. Quoique moins riche aujourd'hui qu'il ne l'était autrefois, le trésor de ce sanctuaire est encore un des plus précieux dépôts de reliques de la cité.

De précieuses indulgences sont attachées à la pieuse pratique de monter ainsi à genoux la Scala santa j et à la récitation des prières indiquées pour cet édifiant exercice.

Office public du Mercredi saint.

L'ofOce public de ce jour, célébré autrefois pendant la nuit , forme une partie de la liturgie du lendemain. Il a conservé son ancien nom de Ténèbres j et rappelle les prières nocturnes des temps les plus reculés , où la persécution affligeait l'Église naissante. Il est empreint de la douleur où elle est plongée , et se trouve justement défini par cette belle expression italienne : Vffizio dilutto^ e corne la representazione deifunerali del Redmtore. Dans ces jours de pénitence , l'Église supprime dans ses prières tout ce qui exprime la joie ; les premières invocations qu'elle adresse au Seigneur pour qu'il daigne ouvrir les lèvres

* Cette chapelle , annexée à rancien patriarcat de Saint-Jean , était dédiée à saint Laurent ; ce qui explique le nom qu'elle portait. L'histoire de celte chapelle, si révérée des Romains , où Ton conserve l'antique et miraculeuse image du Sauveur, a été écrite par Sarresini ; celle de Marangoni , Isloria deW antichusimo Oratorio o Capella diS, Lorenzo nel patriarcJûo Lateranettse, Roma , 1747, est plus connue. (Voy. Hus. ItaL , append. , t. 2.;) ( N, du T,J

( 251 ) aux ministres qui vont chanter ses louanges^ sont omises^ ainsi que le Gloria Patri, On ne fait aucun Invttatoire^ et on ne chante aucune hymne; les nocturnes commencent par Fantienne du premier psaume. Le chant de \ Alléluia^ introduit dans Féglise par saint Jérôme^ ne se retrouve plus dans aucune partie de l'office; on ne demande aucune bénédiction ^ et le chant du Miserere termine toutes les heures , aihsi que l'humble oraison par laquelle l'Église supplie le Seigneur de regarder avec des yeux de pitié ceux pour lesquels son divin Fils a souffert la mort.

C'est dans la chapelle Sixtine que sont célébrées les matines : les Cardinaux , entièrement revêtus de violet , n'ayant qu'un seul carrosse de suite , se rendent au Vatican , et prennent leurs places ordinaires dans la chapelle apostolique , où arrivent successivement les Prélats et dignitaires que leurs fonctions ou leur rang y appellent. Le Pape porte la mitre blanche^ l'étole violette et la chape rouge , à moins qu'il ne revête le manteau de serge à capuchoii de la même couleur.

Toutes les bougies de l'autel et de la balustrade sont de couleur jaune. On voit dans le sanctuaire , du côté de l'épître , le grand chandelier de bronze , triangulaire , appelé Hercia ou Herpica ^ garni de bougies jaunes ^ éteintes à la fin de chaque psaume par le Maître des cérémonies ^ comme le sont aussi les cierges de l'autel pendant le chant du Benedictus. On a donné plusieurs explications du chandelier triangulaire^ dont la forme représente le mystérieux triangle de la Trinité. On a vu, dans l'extinction successive de chaque cierge , et dans celui que l'on n'éteint pas, mais que l'on porte derrière l'autel , l'abandon des Apôtres, qui quittèrent peu à peu leur divin maître, et la constante fidélité de la sainte Vierge, dans le cœur de laquelle se conserva là foi de la résurrection. C'est encore un symbole du Rédempteur même, qui ressuscita glorieux après avoir été mis dans le sépulcre pendant trois jours. D'autres ont considéré, dans les différentes bougies allumées du chandelier triangulaire, une image des anciens patriarches et des prophètes, qui, sous la loi de nature et la

( 252 ) loi écrite^ donnèrent au monde la lumière de cette révélation imparfaite qui annonçait le Messie promis; et comme chaque cierge est éteint à la fin de chaque psaume , on peut voir dans cet usage l'accomplissement de la mission du prophète , qui annonçait le Rédempteur, et s'éteignait lui-même en mourant. Chaque prophète accomplissant ainsi sa mission, les cierges sont successivement éteints 9 excepté le dernier, symbole du Sauveur, le seul grand et dernier prophète qui ne devait pas mourir. Saint Jean a formé comme le dernier anneau de cette échelle prophétique; et on semble aussi annoncer la fin de sa mission par Fextinction successive des cierges de Fautel , pendant que Ton chante le cantique de Zacharie , père du saint Précurseur. L'obscurité qui règne à la fin des offices du soir, pendant cette semaine, rappelle les ténèbres qui couvrirent la terre à la mort du Sauveur, comme aussi l'ancien usage de célébrer pendant la nuit cette partie de l'office.

L'exécution des diverses parties de l'office de la Semaine sainte à la chapelle Sixtine , peut donner une idée juste de la majestueuse simplicité du chant grégorien , que la musique moderne n'a pu égaler. Nulle part ce chant ne se rapproche plus de son caractère primitif, et nulle part aussi, par sa mélodie pleine de gravité, il ne porte plus efficacement à la piété ceux qui l'entendent.

Matines chantées derant le Pape dans la chapelle Sixtine.

La plus ancienne des hautres-contres commence l'office en entonnant la première antienne, Zelus. L'office est chanté en plainchant, et les psaumes sont récités d'une manière courante et ponctuée. Après le verset, le Pape se lève, et dit à voix basse et sans mitre le Pater; il se rasseoit après l'avoir fini. Le Cardinal-Diacre lui remet la mitre, et on commence les lamentations de Jérémie, de la composition d'AlIegri, en chant figuré, à quatre voix. Après les paroles, Jérusalem! Jérusalem! pathétique exhortation adressée aux fidèles de se cx)nvertir et de faire

( ^53 ) pénitence^ sous Fallégorie de la ville déicide^ on chante les ré^ pons avec une certaine promptitude; la deuxième et la troisième lamentation sont chantées en plain-chant par deux hautes-contres. On appelle Acrostiche la disposition de ces lamentations , dont les lettres initiales de chaque strophe suivent l'ordre de Falphabet des Hébreux {»y^, ^ y)', mais^ comme dans la traduction latine cet ordre ne se retrouve plus , l'Église conserve encore l'habitude de faire précéder chaque strophe de l'ancienne lettre hébraïque par laquelle elle commençait. Les leçons du second et du troisième nocturne sont chantées dans Tordre suivant : le dernier Chantre dit la première , l'avant-dernier la seconde , ainsi de suite en remontant jusqu'au plus ancien; cet ordre s'observe les jours suivants. Toutes les antiennes sont entonnées par des voix de soprano : le plus ancien de ces Chantres entonne la première aux matines^ comme nous l'avons dit^ ainsi qu'au Benedictm. Au verset Vt sine timoré de ce cantique, un des Maîtres des cérémonies commence à éteindre, l'un après l'autre, les cierges de l'autel.

Après le chant du Benedictus , deux Chantres à voix de soprano entonnent la répétition de l'antienne Tradilor aulenij après laquelle Sa Sainteté , la tète découverte , va se placer à genoux sur son prie-dieu , au pied de l'autel ; les autres Chantres entonnent le verset Christus factus est, sur un rhythme plein d'expression mélancolique; et quand le premier Maître des cérémonies a donné le signal qui annonce que le Pape a fini de réciter le Pater, on commence le chant du Miserere.

On connaît plusieurs compositions célèbres sur cet admirable psaume; trois cependant sont plus renommées, et celle qui l'est le plus est due à Allegri, né à Ferme, et appelé à Rome par Urbain VIII. Elle est considérée comme un des premiers chefsd'œuvre de la musique sacrée. Ce Miserere n'est généralement exécuté dans la chapelle Sixtine que le Vendredi saint , comme nous le verrons. J. Baïni, dont nous avons parlé, faisait exécuter, le Mercredi saint , un Miserere de sa composition , qui se rap-

( 254) porte à notre musique moderne^ et couserve cependant les beautés anciennes. C'est à Thomas Baii , compositeur célèbre , que Ton doit le Miserere exécuté le Jeudi saint.

Après le dernier verset du Miserere, le Pape se lève^ et récite à voix basse Foraison Respice; deux Patriarches ou deux Évèques assistants soutiennent^ Fun le livre ^ l'autre la bougie; toute Fassistance est à genoux. Après les mots Qui tecum vivit, un des Maîtres des cérémonies^ frappant la terre avec une baguette noire, donne le signal du bruit que font les assistants. Selon quelques auteurs, cet usage rappelle le bruit que faisaient les Juifs dans la synagogue toutes les fois qu'on prononçait le nom d'Aman; selon d'autres, il rappellerait la marche des soldats qui, sous la conduite de Judas, allèrent tumultueusement, pendant la nuit, s'emparer de la pa^onne du Sauveur ; mais il est plus vraisemblable qu'il exprime le trouble et la confusion de la nature à la mort du Rédempteur, lorsque le soleil s'obscurcit, la terre trembla, les tombeaux s'ouvrirent, que le voile du temple se déchira, que les pierres se fendirent , et que toute la nature pleura la mort de son auteur. Les Juifs seulement , que saint Léon dit être plus durs que les pierres, restèrent impassibles dans leur incrédulité; il n'en fut pas de même du Centurion, qui se retira baissant la tète , frappant sa poitrine , et confessant pour Fils de Dieu celui qu'il avait vu expirant sur la croix au milieu de tant de prodiges.

Fonctions di Cardinal-Grand-Pénitencier, à Sainte-Iarie-Iajeiire.

Dans l'après-midi du Mercredi saint, le Cardinal-Grand-Pénitencier se rend à Saînte-Marie-Majeure pour y exercer les fonctions qu'il a déjà remplies, le dimanche des Rameaux, à Saint- Jean-de-Latran ; il est reçu dans la basilique Libérienne avec le même cérémonial , par les Pères pénitenciers de Sainte-Marie- Majeure , de l'ordre des frères Prêcheurs.

( 255 ) -ogff»U»8l88!l8ii8t8898i888H§8!i!»88888!8g^8g88&g8î?

Chapelle papale da Jeudi s^nt. — Procession à la chapelle Pauline. — laYemenl des pieds. — Dtner des Apilres.

Mons générales.

Ce jour^ consacré à célébrer l'iDstitution de la divÎDe Eucharistie et le souvenir de la dernière Pàque de Jésus-Christ , a eu toujours une grande importance dans la liturgie chrétienne. Il a été connu sous diverses dénominations : on l'appelait Dies viridium, de la couleur verte des ornements autrefois usités ce jourlà; Diespanis, de Tusage où l'on était de distribuer du pain blanc aux pauvres après la cérémonie du lavement des pieds y en particulier dans les églises qui appartiennent à la nation française; Dies lucis, Dies indulgenliœ. D'autres l'ont appelé Dies absolulionis^ de l'absolution donnée par l'Évèque aux pénitents publics; Dies mandatij du premier mot de l'antienne chantée au lavement des pieds ; et qui rappelle le précepte que fit le Sauveur aux Apôtres d'imiter son exemple; Dies mysteriorum; Solemne Paschœ initium; et c'est pour cela que^ dans plusieurs églises, on terminait en ce jour le jeûne quadragésimal. Les Syriens l'ont appelé Dies secretorunij Consignaiio calicis; mais plus communément ce jour est désigné sous le nom de Feria quinta in Cœnâ Domini. Boniface IX, dans une bulle, l'a appelé Bona quinta feria; ailleurs , Feria natalis calicis; anniversaire du calice ou de la coupe dans laquelle le Sauveur donna son sang à boire à ses disciples.

Ces diverses dénominations indiquent assez le grand mystère objet de la fête de ce jour; mais, vers le milieu du treizième siècle, Urbain IV, trouvant que le cinquième jour de la grande

( 256 ) Semaine^ trop rapproché de celui de la mort du Sauveur, était peu propre à la célébration de la fête de Tinstitution du Saint- Sacrement et à la manifestation des sentiments d'allégresse qu'elle inspire à l'Église , décréta qu'indépendanunent de cette première fête y on en célébrerait spécialement une seconde en l'honneur du mystère eucharistique, et il choisit pour cette solennité, pendant laquelle aucun souvenir de tristesse ne viendrait se mêler à la joie commune , la cinquième férié après le dimanche de la Trinité. Ce jour fut , depuis , consacré à la fête du Corpus Domtni^ et le Jeudi saint resta plus particulièrement la fête de l'institution eucharistique.

Anciennement on célébrait, le jour du Jeudi saint, deux messes; la première à jeun , dans la matinée; la seconde, dans la soirée, après avoir pris des aliments. Dans quelques églises on en célébrait quatre; dans d'autres cinq; l'habitude d'en célébrer trois fut la plus générale, et la raison de ce rit est facile à donner : la première était dite pour la réconciliation des pénitents exclus de l'Église le mercredi des Cendres; ils se rendaient, dans la matinée, au lieu désigné, à l'heure de sexte, dans quelques églises, ou à l'heure de none dans d'autres, et, conduits dans les portiques des temples où ils avaient, pendant le Carême, accompli leur pénitence, vêtus d'un sac, nu-pieds, et la tête couverte de cendres, ils étaient présentés au Pape, ou à l'Évêque, par un Diacre, à la porte de l'Église, où, après diverses prières, ils recevaient l'absolution. Alors on sonnait les cloches en signe de joie, et elles ne devaient plus se faire entendre que le Samedi saint, à moitié journée. Le pénitent prenait rang parmi les fidèles; il assistait à l'ofBce public : pleinement réconciUé, il participait aux mystères sacrés. Quoique ces actes d'humilité et de réconciliation fussent imposés aux seuls pénitents publics , d'autres , depuis long-temps réconciliés , se mêlaient aux premiers par esprit de mortification , pour obtenir une plus grande justification devant Dieu : les uns et les autres étaient un objet d'édification pour les fidèles.

La seconde messe était destinée à la bénédiction des saintes huiles, ainsi appelées parce qu'elles sont bénites et sanctifiées par les Évèques, auxquels appartient exclusivement ce privilège. Cette consécration est l'objet d'un rit particulier. A la messe, avant le Pater, l'Évèque consacrait l'huile des infirmes ; à XAgnus Deij il bénissait celle qui était destinée à l'onction des catéchumènes, ainsi que celle du saint-chrème; l'huile d'olive, mêlée de baume, qui devait servir au sacrement de la confirmation, était bénite après la comoHinion. La bénédiction du saint-chrème, qui n'a lieu aujourd'hui dans l'église que le Jeudi saint , pouvait autrefois se faire en tout temps , comme nous l'apprenons d'un concile de Tolède tenu en 400. Les Pontifes romains faisaient les bénédictions des saintes huiles avec pompe, comme nous l'indiquent les Ordo romains. Benoit XIII voulut faire revivre les anciennes coutumes; la cérémonie commençait à Saint-Thomas ou à Saint- Pancrace, si les Papes habitaient le palais de Latran; ou à la chapelle de Saint-Grégoire, si elle devait se faire dans la basilique du Vatican; ils étaient assistés par les Évèques, les Prêtres, les Diacres et les divers ministres qui les accompagnaient aux fonctions saintes. On leur présentait les trois ampoules, ou vases de verre, renfermant les saintes huiles; on quittait l'autel où la cérémonie avait eu lieu , et, les portant en procession, on se rendait à l'un ou à l'autre des autels de la basilique où le Pape devait célébrer les saints mystères.

Les anciens Ordo font mention d'une quatrième ampoule contenant un vase d'or, dans lequel on gardait une pierre précieuse, qui renfermait miraculeusement du sang du Sauveur *. Pendant que le Pontife faisait son homélie, les Cardinaux-Diacres, aidés

* On peut consulter V Histoire de la Basilique Latérane, par le cardinal Raspooi ; ce qu^a écrit aussi Jean , chanoine de cette église , sur les reliques qu'on y conserve , où il traite en particulier de Sanguine et Aqud lateris Domini ampullœ duœ ; la compilation sur le même sujet , de Baideschi et Cresembeni. VOrdo Romanus , ex Codice Mafœano, s'exprime ainsi au sujet de ce sang miraculeux : In illd concavitate lapidis , est sanguis diligenter inclusus qui dicitur miraculosè , de quddam imagine Christi perçusse profluxisse, ( Voy. Mus, Ital, , tom. 2. ) f iV. du T.J

( 258 ) de plusieurs Sous-Diacres, découvraient l'autel Sacré *, dans lequel était cachée pendant Tannée Fampoule dont on vient de parler, et que le Pape portait lui-même pour la montrer au peuple, qui la vénérait avec la plus profonde piété. Il entrait ensuite dans le lieu le plus reculé du sanctuaire ** pour achever les saints mystères sur Fautel Papal , a6n d'imiter ainsi les rites de l'ancien Testament, qui permettaient aux seuls Pontifes d'entrer dans le Saint des saints une fois Fan, comme l'explique Innocent III, Serm. de Cœna Dommi. (Voy. Durand, Mabillon.)

La troisième et dernière messe était particulièrement consacrée à la commémoraison de l'institution eucharistique, précieux mémorial qui a toujours été l'objet d'une des plus grandes solennités chrétiennes. 11 y avait ce jour-là communion générale du clergé et du peuple : c'était la communion laïque et ecclésiastique dont parlent si souvent les anciens Canons. Les ecclésiastiques la faisaient en surplis et en étole, et les laïques, hors des balustres ou des cancelles de l'autel. C'est là que devaient conrununier encore, confondus avec le peuple et sans distinction , les ministres des autels condamnés pour quelque faute à la communion laïque.

* Le texte porte : *• Seoprivano la mensa deU* allare » ; lei^atur mensa de altare , e/c. , dit VOrdo que nous avons cité. (Voyez, sur ce rit, le chanoine Benoit, et C. Camerarius. ) L'autel Papal de Saint-Jean-de-Latran renferme l'antel en bois , conservé par saint Sylvestre, sur lequel a célébré Tapôtre saint Pierre. On lui donne la forme d*un coffre , qu'avaient les autels les plus anciens , pour pouvoir être facilement enlevés dans les temps de persécution. La même église possède la table ou une partie de la table sur laquelle le Sauveur fit la dernière cène , apportée de Jérusalem par sainte Hélène. Nous ne voyons pas que celte table ait été employée dans aucune des cérémonies du Jeudi saint. Suivant les anciens Ordo romains , à la messe de ce jour le Pontife ne se servait pas de chalumeau pour boire le précieux sang , afin , sans doute , que la ressemblance avec le divin Sauveur fût plus parfaite. Quant aux rites de la bénédiction des saintes huiles , faite par les Papes , à la basilique de Latran , dans les temps reculés , il est facile de se convaincre qu'ils ont avec ceux que Ton suit aujourd'hui la plus grande analogie.

** Les Ordo romains et les commentateurs appellent Jrea, l'autel , ou la partie de la basilique où il était placé , de la forme même de l'arche d'alliance. ( Voy. les ouvrages cités plus haut, et Mabill., Mus, IlaL ) fN, dti T,J

Les trois messes dont on vient de parler ont été réunies en une seule ^ dans laquelle on a tâché de conserver les diverses cérémonies particulières à chacune d'elles.

Le Jeudi saint, FÉvèque ou le Pasteur doit seul célébrer la messe; les autres Prêtres doivent s'en abstenir , en signe de deuil et de tristesse^ et pour imiter le plus possible les Apôtres réunis à notre Seigneur dans la dernière cène y où Jésus-Christ fut Tunique et premier prêtre, qui se donna lui-même en communion à ses disciples. Conformément aux anciennes décisions de la congregation des Rites, et comme Fordonna Clément XI, si la célébration du Jeudi saint coïncidait avec les fêtes de l'Annonciation de la sainte Vierge ou de saint Joseph , alors un petit nombre de Prêtres doivent dire la messe basse, pour faciliter aui fidèles l'accomplissement du précepte. Comme on ne peut séparer la mémoire de la fête eucharistique de celle si prochaine de la dernière cène du Sauveur, l'Église mêle à l'allégresse que lui inspire le souvenir de l'institution sacramentelle, les tristes et ineffables douleurs du Calvaire , comme on le voit dans les rites sacrés de ce jour.

lesse da Jeudi saint , chantée devant le Pape.

Les cérémonies de la chapelle Sixtine se réduisent à la célébration de la messe, suivie de la procession à la chapelle Pauline. Les tentures du trône et la housse du fauteuil papal sont d'étoffe lamée d'argent, à fleurs d'or; le devant d'autel, en tapisserie tissée d'or , représente noire Seigneur mort ^ soutenu par deux anges; dans le haut, le Calice de la passion; du côté de l'évangile, la Descente aux limbes; du côté de l'épttre, notre Seigneur au milieu de deux anges , se présentant à Magdeleine; enfin , les armes de Clément VIII et celles de la maison de Médicis. Un riche voile de soie blanche couvre le Christ de l'autel ; les cierges sont de cire blanche , et l'Église chante ce jour-là le Gloria in excelsis, car elle célèbre l'institution de la divine Eucharistie, et semble se distraire un instant de ses pieuses tristesses; mais ^près ces courts moments d'allégresse, elle rentre

< 560 ) dans la yoie des douleurs ^ et se prépare à célébrer le sanglant mystère du Calvaire. C'est le Cardinal-Doyen qui célèbre la messe ce jour-là. Sa Sainteté , précédée de la croix et de son cortège , entre dans la chapelle par la porte ordinaire ; elle est revêtue de la chape d'argent, ornée du formai précieux, et porte la mitre d'or. Les Cardinaux , en habit violet , rendent l'obédience. L'introït est «hanté en contre-point , et les Chantres terminent le Kyrie quand le Pontife, sur son trône, a lu l'introït. Pendant léchant du Gloria on ne sonne aucune cloche, à la Sixtine : on fait le contraire dans les diverses églises de la chrétienté. Depuis le Jeudi saint jusqu'au Samedi, aucune cloche ne se fait entendre, à Rome , dans les communautés ; on y supplée par l'usage des crécelles. Ce silence est le symbole de la douleur et de la pénitence des fidèles.

On chante, à l'offertoire, le motet de Palestrina , Fralres, ego enimj et à la préface , douze Bussolantij en cape rouge , sortant de la sacristie , viennent se placer , à genoux , du côté de l'autel. Le Célébrant consacre deux hosties, l'une qu'il doit consonmier, et l'autre réservée pour le lendemain, qu'il met dans un calice particulier , que le Diacre couvre de la patène , de la pale , et d'un voile blanc attaché à l'extrémité; on l'appelle le calice du Sépulcre: il est en cristal de roche, monté sur vermeil émaillé; on y voit représenté le Christ avec ses dou«e Apôtres ; deux cercles de pierres précieuses entourent, l'un la coupe, l'autre le pied. II avait été enlevé, sous la domination française ; retrouvé plus tard, il fut rendu à sa pieuse destination. Peu de temps après l'élévation , deux Maîtres des cérémonies commencent la distribution des cierges, portés par des Chapelains du commun aux Cardinaux, Patriarches, Évêques, Abbés mitres, Prélats, Protonotaires et Généraux d'ordre. Le Célébrant termine la messe d'après le rit ordinaire, mais sans donner le baiser de paix, en signe de détestation de celui que le perGde Judas donna à son divin Maître. Lorsque le Cardinal-Célébrant a mis l'hostie consacrée dans le calice du SépuJcre^ il va du côté de l'épître , et , descendant

( 261 ) le premier gradin du marchepied^ le visage tourné vers le peuplé, il lave ses mains : Feaa lui est versée par son Maitre de chambre , debout, alors même que le Pape serait absent, p^rce qu'on ne doit se mettre à genoux que devant le Saint-Sacrement , qui est exposé sur l'autel. La communion est chantée en plain-chant ordinaire , et la messe est terminée par le Deo grattas et la bénédiction pontiGcale.

Procession à la chapelle Pauline.

Anciennement c'était dans la chapelle construite par Nicolas V, dans le palais du Vatican , que Ton exposait solennellement le Saint-Sacrement; mais depuis Paul III, l'usage de faire le sépuU cre dans la chapelle élevée par ce Pape, a été généralement suivi* La messe terminée, le Pape ayant donné la bénédiction , le Célébrant revient à la sacristie pour quitter ses ornements, et il ne rentre plus dans la chapelle. Les Cardinaux , sans quitter leur banc, revêtent leurs habits sacrés, de couleur blanche; les Patriarches , les Évèques , les Âbbés mitres , vont à la sacristie prendre leur chape et leur mitre blanche; ils sont suivis des Auditeurs de rote , des Clercs de la chambre et des Votants de signature , qui prennent la cotte ; le dernier Auditeur revêt la tunique blaache pour porter la croix. Les deux derniers Cardinaux-Diacres , accompagnés d'un Maitre des cérémonies, montent au trône, et y remplacent les deux premiers Cardinaux-Diacres, qui prennent la dalmatique ; les Clercs de la Chapelle allument les cierges des Cardinaux , des Prélats, et de tous ceux qui sont rentrés dans le presbytère.

La salle Royale, noble vestibule de la chapelle Sixtine, où se rendent les Chantres, est illuminée avec douze grandes cornes d'abondance dorées , d où sortent une multitude de bougies. Le Pape , descendant du trône , assisté des deux premiers Cardinaux* Diacres en dalmatique, se rend à l'autel, où il prend le calice. La procession se fait dans le même ordre que celle du dimanche des Rameaux. A peine l'Auditeur de rote, portant la croix papale, a-tr

( 262 ) il dépassé la balustrade, que les hautes-contres entonnent le Pange, lingua. Après tous les autres Prélats, marchent deux à deux les Cardinaux, portant leur cierge, et leur mitre à la main , qui renferme leur calotte rouge, par respect pour le Saint-Sacrement, que porte le souverain Pontife, se rendant à pied, la tète découverte , à la chapelle Pauline. Un Maître des cérémonies tient sur le calice, que Sa Sainteté recouvre d'un riche voile brodé d'or, l'ombrelle ouverte, jusqu'à ce que le Pape, traversant le presbytère , trouve à la balustrade le dais , porté par des Évèques ou par des Protonotaires apostoliques, et douze Bussolanii, ayant à la main des torches allumées. Le Prince assistant soutient l'extrémité de la chape du souverain Pontife , les Auditeurs de rote les orfrois, et les Gamériers la falda. L'illumination et les décorations de la chapelle Pauline sont d'une beauté splendide.

Dès que Sa Sainteté a franchi le seuil de cette chapelle, on entonne la strophe Verbum caro. Le Pontife arrive au pied de l'autel , et le premier Cardinal-Diacre , à genoux , prend des mains du Pape le calice contenant l'hostie sacrée, et, précédé de deux Bussolanti portant les torches, il remet le Saint-Sacrement an prélat Sacristain , qui le dépose dans l'urne du Sépulcre : avant qu'il en ferme la porte à clef, le Pape encense la sainte Eucharistie, et aussitôt après la porte de cette urne est fermée, et la clef en est remise au Cardinal-Grand-Pénitencier, qui doit célébrer l'office le lendemain. La cérémonie est terminée par le chant du Tantùm ergo. Après avoir adoré le Saint-Sacrement , les Cardinaux et le clergé se rendent dans la salle de hi Loggia de la basilique de Saint-Pierre, où le Pape arrive bientôt après pour donner la bénédiction solennelle.

L'imposante cérémonie de la bénédiction papale se renouvelant avec plus de pompe le jour de Pâques, nous en parlerons en son lieu. Le souverain Pontife, placé sur la sedia^ s'avance le plus possible sur le balcon , et bénit à plusieurs reprises la multitude qui couvre la place Saint-Pierre. Après la cérémonie de la bénédiction, le Pape, porté sur la sedia^ est conduit ensuite des salles du

( 263 ) péristyle de la basilique dans celle des Parements; il quitte la chape et la faldaj reprend la mosette de drap rouge ^ bordée d'h^^ mine^ et Tétole de satin de la même couleur. Accompagné de son cortège ordinaire , il se rend au lieu où doit se faire le lavement des pieds. Les Cardinaux^ qui ont quitté leurs vêtements sacrés et repris leur costume violet , ainsi que tous les autres Prélats , ont précédé dans la basilique de Saint-Pierre le souverain Pontife.

Jusqu'au pontificat de Clément XIV^ les Cardinaux ^ en habit sacré , rendaient leur obédience au Pape dans la salle de la Bénédiction y ne l'ayant pas fait en Chapelle avant la messe , selon l'usage actuel. Avant la bénédiction papale du Jeudi saint, le dernier Cardinal-Diacre lisait en latin , et le Sous-Diacre apostolique en italien , la célèbre bulle In Cœna DominiQi). Le Pape jetait, en signe d'ana thème, du haut de la Loggia ^ un cierge de cire jaune. Cet usage a été aboli sous le pontiûcat de Clément XIV.

Dans l'après-midi du Jeudi saint, Sa Sarôteté, en mosette et étole, accompagnée de ses Camériers secrets, précédée des Palefreniers portant des torches allumées, et escortée par les Gardes- Nobles, se rend au Tombeau pour y faire son adoration. Les Prélats, en rochet et mantelletta; les Cubiculaires, en cape rouge , et les Chantres pontificaux, en cotte, vont successivement remplir le même devoir. Un grand concours de peuple visite^ le soir, la chapelle Pauline, splendidement illuminée, ainsi que la salle Royale, qui la précède, et l'escalier Royal, qui y conduit.

Dans les chapelles secrètes des palais pontificaux , les souverains Pontifes sont dans l'usage de donner eux-mêmes la communion, le Mercredi saint, aux dignitaires et officiers de leur maison qui ne sont point ecclésiastiques, et le Jeudi saiiit, aux dignitaires et Prélats qui sont prêtres , ou dans les ordres.

Cérémonie du lavement des pieds.

Cette pieuse pratique d'humilité remonte aux temps les plus anciens : on peut dire qu'elle date du jour où Jésus-Christ luimtoie, s'abaissant devant les Apôtre^; leur lava les pieds, coname

( 264 ) le raconte FÊvaugéliste. On a donné à cette cérémonie le nom cle Mandatum, soit parce que Jésus-Christ nous fait un commandement d'imiter son exemple , soit parce que ce mot est le premier de Fantienne qu'on chante. Les rites divers qui l'ont accompagnée, ont été aussi variés que les nations où ils ont été suivis; mais chez toutes on a toujours réuni y tantôt douze ^ tantôt treize personnes adultes, ou quelquefois des enfants^ à qui un monarque, un prince y un prélat , lavait les pieds , à l'imitation do Sauveur. On a naturellement expliqué ce nombre de douze personnes , par celur des douze Apôtres, et celui de treize, en supposant que cette dernière personne rappelait Marie , versant un baume précieux sur les pieds de Jésus-Christ, selon l'opinion de l'érudit Farnelli; ou l'hôte dans la maison duquel notre Seigneur fit la cène, comme le veut Frescobaldi ( Pediluvium, sive de numéro pauperum quibus lavandi sunt pedes feriâ V. m Cœna Domint). On a dit encore que c'était un souvenir de l'ange ou personnage miraculeux qui venait se joindre aux douze pauvres que saint Grégoire-le-Grand nourrissait chaque jour dans sa résidence du mont Cœlius.

Cette touchante cérémonie a un double objet, celui de perpétuer, par ce pieux usage, l'exemple de Jésus-Christ, et de fournir au souverain Pontifo l'occasion de donner à la chrétienté un touchant exemple d'humilité, que, dans plusieurs cours catholiques, les monarques se sont fait un devoir d'imiter. « Le souvenir de la conduite de notre Seigneur dans ces derniers jours^ n'eût pas été complet, si, dans l'office de la Semaine sainte, ou n'eût donné place à ce singulier acte d'humilité, qu'il voulait joindre comme un exemple aux préceptes de la charité fraternelle. Si la distance est incommensurable, infinie, entre le Fils de Dieu et un homme, quelque haut placé qu'il puisse être sur la terre^ pouvons-nous rien imaginer qui approche plus de cette manifestation de sa charité condescendante , une application plus sensible du commandement qu'il nous a laissé de faire ce qu'il a fait , qu'en voyant celui que la grande majorité des chr^iens regarde comme le représentant et le vicaire du Christ, celui que tous

( 265 ) reconnaissent comme un souverain, et qni, dans son royaume spirituel y compte plus de sujets qu'aucun roi n'en réunit sous son sceptre temporel , remplir ce devoir , que beaucoup dédaigneraient malgré les cérémonies qui le relèvent , et accomplir à la lettre envers ses pauvres frères , ce que Jésus-Christ fit à l'égard de ses Apôtres? » {Cmf. sur les cérém. de la Semaine sainte j par Mgr. Wiseman.)

Selon les anciens Ordo romains ^ les Papes, après avoir célébré }a messe , accompagnés des Évéques , des Prêtres et des Diacres , allaient laver les pieds à douze Diacres, à douze Chapelain» ou à douze Sous-Diacres ; ils déposaient leur chasuble, et on chantait vêpres. La fonction avait lieu dans la basilique de Saint- Laurent ad Sancta sanciorum, ou dans le monastère de Saint- Martin, suivant que le Pape habitait le palais de Latran ou celui du Vatican. Deux Clercs-Portiers prenaient sur leurs bras, et déposaient devant le Pontife , celui qui était l'objet de la cérémonie. Le Pape lavait et baisait les pieds de ceux qu'on lui présentait. Il parait même, d'après Cencius Camérarius, qu'on faisait anciennement deux lavements des pieds : à douze Sous-Diacre» d'abord, après la messe, et à treize pauvres, après le diner : le premier rappelait que Magdeleine avait , chez le Pharisien , répandu de l'eau et un baume précieux sur les pieds du Sauveur, et le second, Faction du Sauveur lui-même, lavant les pieds à ses Apôtres.

Plus tard , ces deux cérémonies forent réunies en une seule. Les Évêques , qui faisaient aussi deux lavements de pieds , n'en firent plus qu'un. Déjà Sixte IV, en 1471 , avait confirmé l'usage où l'on était de confondre ces deux lavements de pieds. En 1666 , Alexandre VII décida que ceux qui étaient l'objet de la cérémonie seraient prêtres, ou au moins diacres, nés au-delà des monts, laissant aux Pénitenciers de Saint-Pierre le soin de les désigner. Le choix des Apôtres auxquels le Pape doit laver les pieds , appartient aujourd'hui, par concession pontificale, au Cardinal-Camerlingue, qui en désigne un ; au Cardinal-Secrétaire-d'Ëtat, qui en

( 266 ) désigne un autre ; au Cardinal-Préfet de la Propagande , qui en choisit deux; au Majordome, qui en désigne trois; à FÉvéque arménien ; au Capitaine des Suisses ; enfin , aux Ambassadeurs de France, d'Autriche et d'Espagne , qui en désignent un chacun.

La veille , c'est-à-dire , le Mercredi saint , les Prêtres ou Apôtres-Pèlerins doivent se présenter à TÉtuviste des palai& apostoliques , qui , le lendemain , visite et nettoie les pieds de chacuo^ Le Bussolante Sous-Garde-Robe leur fait mettre de grands caleçons à pied y et des souliers de cuir blanc ; il les revêt d'une longue robe de fine laine blanche , d'une tunique avec une ceinture de ruban de soie , d une cape blanche à capuchon , attachée sur la poitrine avec deux petits crochets ; il leur passe autour du cou une espèce de collet blanc ou fraise , en lioge plissé , et place sur leur tète un bonnet élevé , de forme conique ^ orné d'un gland à l'extrémité , le tout en laine blanche , excepté cependant les parements et autres garnitures , qui sont de soie blanche. Ainsi habillés , ils entendent la messe , le Jeudi saint , dans une des chapelles apostoliques , où ils font tous la communion , et sont conduits ensuite , par le même Bussolante ^ au lieu où se fait la cérémonie du lavement des pieds.

Cetta cérémonie avait lieu autrefois dans la salle Ducale , au palais du Vatican ; plus tard , on préféra la salle Clémentine , comme plus spacieuse ; aujourd'hui on la fait dans le bras drcût de la croix de l'église Saint -Pierre, à la chapelle où reposent les corps de saint Procès et de saint Martinien , qui porte le nom de ces saints martyrs. C'est en 1834 que, pour la première-fois , elle a été célébré dans cette basilique. Le séjour à Rome de Ferdinand II , roi de Naples , de la reine son épouse , et d'autres princes , fit choisir cette basilique comme étant le lieu le plus convenable. Le trône pontifical est placé entre les deux colonnes de l'autel, sur une estrade élevée, au milieu d'une enceinte dont le fond est décoré par une belle tapisserie représentant la Providence assise sur le globe du monde ^ entre la Justice et la Charité; dans la partie inférieure sont représentés deux Uons

( 567 ) qui soutiennent les étendards de l'Église. Derrière est fixée au mur la belle tapisserie de la Cène, travaillée sous le règne de Pie YI^ à l'hospice Saint-Michel y à Rome , d'après la fameuse fresque de Léonard de Vinci. A droite du trdne est une estrade dressée pour les Apôtres^ communiquant de plain-pied avec la première. Autour dii trône sont placés des bancs pour les Cardinaux et le clergé; des tribunes destinées aux Princes^ au corps diplomatique^ sont dressées dans Farcade de gauche ; dans celle de droite sont des places réservées aux dames; les hommes, en habit noir, sont admis à circuler dans l'enceinte intérieure.

Le Pape , porté sur la sedta , se rend dans la basilique , et descend près la chapelle Grégorienne; il prend d'abord la faJdaj met l'amict, l'aube, le cordon, l'étole violette, la chape de satin rouge , le formai , la mitre lamée d'argent. Précédé du dernier Auditeur de rote, en tunique blanche, portant la croix , des Acolytes, des Cubiculaires et de la prélature, du Mattre du Sacré- Palais , des Magistrats romains , du Gouverneur , des Officiers de la Garde-Noble et de la Garde-Suisse , le Pontife arrive au lieu de la cérémonie ; il s'asseoit sur son trône ; il a à sa droite et k sa gauche les Cardinaux assistants et le Prince assistant. Les Cardinaux, les Patriarches, les Archevêques, les Évêques, les Prélats , le Trésorier de la chambre apostolique et les autres dignitaires, occupent les places qui leur sont destinées; à la gauche du trône sont les deux Évîqnes assistants, qui doivent tenir, l'un le livre, l'autre le cierge, pour le service du Pape. Sur des crédences, sont placées les aiguières , les bassins , les fleurs , les linges et autres objets nécessaires à la cérémonie. Le premier Cardinal-Prètre offre à Sa Sainteté l'encens pour être bénit, et le premier Cardinal- Diacre, en dalmatique blanche, se présente au trône, reçoit la bénédiction du Pape, et se rend, avec les Acolytes, au lieu désigné pour chanter l'évangile du jour, Ante diem festum Paschœ. Après la lecture , le Sous-Diacre Auditeur de rote présente le texte sacré à baiser au Pape, et le Cardinal-Diacre, debout au f)ied du trône , encense ensuite trois fms Sa Sainteté. Aussitôt

( 268 ) après , les Chantres entonnent Fantienne Matidalum novwn da vobis. Le Pape se lève, et dépose la chape; le Cardinal-Diacre le ceint d'un grémial de lin blanc , garni de dentelles , et y précédé des Massiers y du Sous-Garde-Robe ^ du premier Mattre des cérémonies y des deux Cardinaux-Diacres , il se rend sur l'estrade des Âpdtres. Â l'approche du Pontife , FÉtuviste apostolique^ en habit noir y met à nu le pied droit de chaque Apôtre. Un Sous-Diacre , en tunique blanche et sans manipule^ se tient a la droite du Pape^ et soutient le pied des Prètres-Péferins , tandis que le Pontife le lave avec l'eau versée par un Bussolante^ qui retombe daos un bassin de vermeil. Le Pape le frotte légèrement, l'essuie avec un linge , le baise , et s'incline. Deux Camériers secrets soutiennent au Pape les bords de la falda ; deux Bussolanttj en cape rouge, le suivent, portant deux bassins d'argent, contenant^ l'un des linges qui doivent servir à essuyer les pieds des Apôtres, et l'autre treize bouquets de fleurs naturelles. Après le lavement des pieds, chaque Apôtre reçoit de la main du Pape une serviette et un bouquet de fleurs , et de la main du prélat Trésorier , en chape, deux médailles , l'une d'or, l'autre d'argept; elles ont le diamètre d'un demi-écu romain, et présentent, d'un c^té, l'effigie et le nom du Pape régnant, et l'année du pontificat; de l'autre côté on voit notre Seigneur lavant les pieds à Saint-Pierre , et au-dessous on lit l'inscription suivante : Ego Dominus et Magtster exemplum dedi vobis. Ces médailles sont renfermées dans une bourse de damas cramoisi à galons d'or.

La cérémonie du lavement des pieds finie, le Pape retourne à son trône , et un des Cardinaux-Diacres détache le grémial que porte Sa Sainteté. Le Prince assistant verse l'eau sur les mains du Pape, et le premier Cardinal-Diacre présente le linge; le chœur finit de chanter les antiennes indiquées au rit romain. Le Pape, qui a repris la chape , récite, debout, le Pater j et les versets Tu mandastij etc.; Mandata tua, etc.; Tu lavasti pedes, etc.; Domine, exaudij etc., auxquels le chœur répond; il récite ensuite l'oraison Adesto, Domine, quœsumusj officia servùutis nostm,

( 269 ) qui termine cette cérémonie^ où l'on voit le vicaire de Jésus-Christ sur la terre, le successeur du premier des Apôtres^ l'auguste chef de la chrétienté, s'humilier et s'abaisser treize fois devant le pauvre et le pèlerin , et se faire réellement en ce jour le serviteur des serviteurs.

Le Pape^ après avoir quitté la chape et l'étole, prend la mosette, et, accompagné de son cortège ordinaire, sans être précédé de la croix processionnelle, se rend directement à la grande salle de la basilique , oii se trouve dressée la table devant laquelle doivent s'asseoir les treize Prêtres ou Âpdtres que le Pape doit servir.

Lorsque la cérémonie du lavement des pieds ne peut pas être faite par le souverain Pontife, il est remplacé par le Cardinal- Doyen du Sacré-Collége, et alors Yéyangile Ante diemfestumjetc, est chanté par un Sous-Diacre apostolique.

Repas servi par le Pape aux treize Prètres-Pélerios.

Ce repas, dans lequel le souverain Pontife continue ses humbles fonctions de serviteur, est encore une touchante commémoraison de cette dernière cène du Sauveur, dont toute la journée du Jeudi saint rappelle le souvenir.

Le dîner des Apôtres avait lieu autrefois au Vatican , dans la salle de Constantin , une des chambres de Raphaël; postérieurement à l'année 1634, il se fit dans la salle de Clément YIII; plus tard, dans celle qu'on appelle Clémentine, à cause des marbres et des peintures dont ce Pape l'embellit ; mais , depuis 1 839 , le même motif qui engagea Grégoire XVI à faire dans la basilique de Saint-Pierre plusieurs fonctions ecclésiastiques célébrées précédemment dans la chapelle Sixtine , porta ce grand Pape a ordonner également que désormais le repas des Pèlerins se ferait dans la salle située au-dessus du péristyle de Saint-Pierre. Des tribunes sont dressées pour le corps diplomatique et pour les étrangers, en face de la table, qui est de forme rectangulaire , ornée élégamment de linges plissés, de vases de fleurs, dedi-

( 270 ) verses pièces dWfévrerie, et de statuettes de vermeil représentant les douze Apôtres. Une barrière sépare cette table ^ élevée sur une estrade^ de l'espace où circulent les hommes.

L'heure de la cène étant arrivée ^ an Bussolante conduit les Apôtres, qui ne changent pas de costume, dans la salle du repas; ils marchent l'an à la suite de l'autre, et attendent, debout, à leur place, l'arrivée du souverain Pontife. Sa Sainteté, en mosettede drap rouge, bordé d'hermine, accompagnée de sa chambre , dont les Prélats portent la mantelleUa ou le mantellone violet , parait à l'eitrémité de l'estrade : aussitôt les Apôtres fléchissent le genou. Le Maître de chambre met ensuite au Pape un tablier de fin lin , bordé de dentelles , et présente le bassin d'argent. Sa Sainteté verse de l'eau sur les mains de chaque Pèlerin, qui se présente successivement à elle. Revenus à leur place respective, ils attendent, avant de s'asseoir^ que le Chapelain secret ait récité la prière, et que le Pape ait béni la table. Les plats sont portés par les Prélats ; ils les présentent, à genoux, au souverain Pontife , qui les prend et les porte lui-même sur la table, devant les Apôtres. Sa Sainteté leur sert de quel* ques mets , et leur offre diverses fois à boire.

Pendant le repas, un Chapelain secret fait la lecture de quelque ouvrage analogue à la passion du Sauveur. Dès que le Pape a rempli sa fonction, il se lave les mains; le Majordome lui verse l'eau, et le Maître de chambre lui présente le linge; il bénit les Apôtres, et se retire. Alors le Sous-Garde-Robe de Sa Sainteté continue la lecture, pendant que les Apôtres achèvent le repas. La desserte de la table, ainsi que l'habit dont ils sont vêtus, appartient aux Apôtres. On distribue aux étrangers les fleurs qui ornaient la table. La Garde-Noble et les Suisses font le service de la salle , et précèdent le souverain Pontife quand il arrive ou qu'il se retire.

Autrefois, et au commencement du siècle actuel, après les cérémonies ecclésiastiques, avait lieu, dans une des saUes du palais du Vatican, un splendide festin servi aux Cardinaux, au-

( 271 ) quel étaient invités le Prince assistant et les chefs du baronage romain. Ces derniers étaient placés sur des sièges , plus bas que ceux destinés aux Cardinaux^ qui assistaient à ce repas en soutane et mosette violette, et avaient ainsi l'avantage de ne pas sortir du palais apostolique, et d'assister avec plus de commodité aux offices du matin et du soir. Le Majordome, assisté du Fourrier pontifical, invitait, dans la salle Royale , chaque Cardinal, quand il passait pour se rendre en Chapelle. Le surtout de la table était riche et élégant; chaque Cardinal apportait son argenterie particulière. Les plats étaient portés par les Bmsolanii du palais. Le Nonce de Naples avait coutume d'envoyer des caisses ^q mostacciolij espèce de pâte faite avec des épiceries; des fruits confits; différentes conserves, et des corbeilles de raisins* Le Trésorier de la province de Ferrare envoyait des esturgeons péchés dans le Pô. La Chambre apostolique faisait cependant les frais de ces repas. Après le diner, lorsque l'on avait complètement desservi, un des Prédicateurs les plus distingués qui avaient dans l'année prêché la station du Carême à Rome, prononçait un discours, auquel assistait le Pape, mais toujours d'une manière privée, ainsi que tous les convives.

Pendant le diner des Cardinaux, les Maîtres des cérémonies^ les Maîtres de chambre, les Gentilshommes, les Caudataires, les Camériers des Cardinaux , les Bussolantij les Chantres , les Massiers, qui pouvaient ainsi plus commodément remplir leurs fonctions aux offices du matin et du soir, se réunissaient dans une des salles du même palais , pour prendre un dîner dont la Cham* bre apostolique faisait encore les frais. Enfin , les Conservateurs de Rome dînaient aussi ce jour-là dans le palais apostolique , aux frais du Capitole, et dans une salle séparée; ils invitaient le Sénateur , et deux autres personnages éminents. Le lendemain , c'est-à-dire , le Vendredi saint, tous les personnages ou dignitaires dont il vient d'être question se réunissaient dans le même palais pour y prendre un modeste et frugal repas, comme il convenait de le faire en un tel jour.

( 272 ) LéoD XII a voulu faire revivre l'aDcienne coutume de faire servir un repas dans une des salles du palais apostolique , entre les cérémonies du matin et l'office du soir , à treizls pauvres^ le plus souvent prêtres : six étaient choisis par les Curés de Rome^ et sept par l'Archiconfrérie de la Trinité des Pèlerins (6). Cet ancien usage ne s'est pas perpétué.

latines du Vendredi saint.

L'Église commence à rappeler plus particulièrement à ses en* fants le douloureux spectacle du Calvaire. Elle revêt ses ornements de deuil; elle ne fait entendre que des chants lugubres pleins de tristesse. Elle met dans la bouche des fidèles les psaumes composés par le Roi-Pénitent dans le temps de ses angoisses et de ses persécutions^ et qui retracent dans un esprit prophétique les douleurs de l'Homme-Dieu.

La^hapelle Siitine est dépouillée de ses tentures et ornements? le trône du Pape est sans dossier; l'autel est dégarni de nappes; le tableau de l'autel est couvert d'un voile violet , et la croix d'un voile noir; les coussins du siège papal et du prie-dieu sont recouverts d'étoffe de soie violette ; les bancs des Cardinaux j des Prélats et des dignitaires , sont dégarnis de coussins et de tapis ; la tribune destinée aux Princes est dépouillée de ses damas et velours cramoisis, à franges d'or; les coussins et tentures sont en soie violette; enfin , le grand tapis vert qui recouvre toute l'année le sol de la chapelle Sixline , a été enlevé ; les cierges de l'autel , comme ceux de la balustrade et du chandelier triangulaire y sont de cire jaune : le rit de la célébration de l'office est le même que celui de la veille.

Le souverain Pontife porte , ou le grand manteau de serge rouge à capuchon y ou une simple chape de même couleur , à formai d'argent, et la mitre de toile d'argent. Cette chape était autrefois de couleur noire ou violette , jusqu'au temps où l'Église romaine, voulant se conformer aux rites grec et ambroisien,a adopté également le rouge comme une couleur de deuil et de

( 278 ) tristesse. Telle était l'ancienDe coutume dans plusieurs égKses de France; voilà pourquoi le Pape se revêt d'ornements rouges , alors que la rubrique en prescrit de noirs ou de violets. ( Voy. Piazza y Iridesagra de ccloritcdesiiutici, Rom. ^ 1687; II Giorgi^ Degli abùisagri del sommo Pontifi^ce paomzzi e nerij in alcune solenni funzimiy Rom. , 1725. )

Sextini nous fait connaître que quand le Pape assistait aui matines , il n'était point précédé de la croix en se rendant à l'of6ce.

On exécutait, le Jeudi saint ^ en Chapelle, le Miserere de Scarlati, ou celui d'Ânerio, à deux chœurs; aujourd'hui on exécute plus généralement celui de Thomas Baii.

Fonctions da Grand-Pénitencier , dans la basilique de Saint-Pierre.

Dans l'après-midi du Jeudi saint, le Gardinal-Grand-Pénitencier se rend à Saint-Pierre pour y exercer les fonctions de sa charge : il est reçu par les Pénitenciers-Gordeliers et par les Chanoines; on ne lui présente point l'eau bénite. II va prier au 5epulcre de la basilique , d'où , après avoir adoré le Saint-Sacrement, il se rend à une estrade élevée, qui lui a été préparée à côté d'un des piliers du dôme , pour entendre la confession des fidèles , et frapper de sa baguette ceux qui veulent gagner l'indulgence.

Cérémonie da layement de Taatel de la Confession de la basilique.

A la fin de l'office des ténèbres du Jeudi, on porte aux Chanoines de la basilique Vaticane, réunis dans leur chapelle, de petits aspersoirs de buis et d'if, mais plus généralement de cornouiller. Les six plus anciens Chanoines mettent sur leur surplis une étole noire.

Sur une crédence posée du côté de l'épître , au grand autel Papal, sont placés sept vases de cristal, un vase de métal doré rempli de vin, un bassin argenté, avec sept éponges, enfin des aspersoirs tels que les Chanoines en portent.

Une nappe sans bordure couvre l'autel.

Le Chapitre , précédé de la croix , sort de la chapelle dite du Chœur, et se dirige vers l'autel de la Confession ; il s'agenouille sur les gradins du marchepied; l'OfOciant, en chape noire, entonne Fantienne Diviserani vesfimenta mea , après laquelle le chœur chante le psaume DetM^ lit\A»y meus. Cependant fantel est dépouillé de sa nappe ; rOfficiant et six Chanoines versent do vin et puis de Teau sur Tautel , emblèmes de cette sueur de sang qui recouvrit le corps du Sauveur pendant son agonie au jardin des Olives, et de leau qui découla de son côté quand, après sa mort, il fut percé d'un coup de lance. Ils se servent des aspersoirs de bois pour étendre l'eau et le vin , et laver l'autel. Six autres Chanoines succèdent aux premiers; ils font la même cérémonie. Des Sous-AItaristes recueillent le liquide avec des éponges, et l'autel est ensuite essuyé , puis entouré de grands linges blancs préparés exprès , symbole de l'embaumement du Sauveur , dont le corps fut enveloppé de linges , et placé dans le sépulcre.

La cérémonie se termine par la répétition de l'antienne Diviserunt y et la récitation du ¥aieT et de Toraison Respice^ par le Célébrant. Quand le Chapitre s'est retiré, l'autel reste entièrement découvert, et les cent vingt-denx lampes qui entourent la Confession sont éteintes. Dans ce moment de dépouillement et de silence , quelque chose de froid et d'inaccoutumé impressionne plus fortement peut-être qu'à toute autre époque de l'année; les proportions de la basilique semblent doublées; les ténèbres mystérieuses qui régnent dans ses profondeurs les plus reculées, quelques lueurs lointaines qu'on aperçoit dans le fond de l'église pour diriger les pas de ceux qui , les derniers , quittent cet immense temple , font nattre comme une religieuse terreur dans l'ftme da spectateur , habitué aux splendides clartés de la riche basilique.

(275) iiilliiîîi»»»!»»»

!e papale da Vendredi saint. — Hesse des Présanclifiés. — Sennon. — Adoration de la croix. — Procession au Sépulcre. — Yépres. — latines.— ' Adoration des insignes reliques.

Notions générales.

L'Église proclame aujourd'hui la mort de son divin époux ; elle honore d'un culte particulier la croix ^ instrument de supplice ut de salut. Elle ne renouvelle point en ce jour le mystère eucharistique, afin de mieux montrer la consommation du sacrifice sur la montagne du Calvaire, où elle appelle tous les hommes pour y contempler les douleurs de l'Homme-Dieu et l'immolation de la victime.

On regarde le jour de l'anniversaire de la mort de notre Sauveur comme une fête d'institution apostolique. Les premiers chrétiens la célébraient par de longs jeûnes et de dures macérations. Il n'y avait point de sacrifice ce jour-là , ce qui s'observe encore dans l'Église latine comme dans l'Église grecque. On lisait la passion selon les quatre Évangélistes; ce n'est que vers la fin da sixième siècle que le rit actuel de la fête , tel qu'il est observé aujourd'hui, à quelques modifications près, a été généralement adopté.

On a donné plusieurs noms à ce jour ^ consaoré à honorer la mort du Sauveur , tels que ceux de Feria sexta in Parasceve *;

* Bans son Traité des Fêtes, etc., Benoit XTV se demande : Cur Feria sexta majorù Hebdomadœ dicatur Feria sexta in Parasceve?

Origo nominis ex eo deduetlur quod Hebrœi , ut Sabhato ittsequenti ab omnihu eurù vacui, omnibusque negoiii expedùi essent, edulia, et qnidquid sibi opus erat^ hde die parabant ; qui dies ab Jpostolicis usque temporibus Jesu Chrùti Passioni et morti eommemorandœ destinatusfuit. La dénomination in Parasceve ^ qui dans son

( 276 ) dç Coena pura, c'e^t-à-dire , le jour où l'on ne consacre pas le pain et le vîn ; de Xérophagia, jour où Fon ne mange que des fruits secs ; de Magna feria sexta sabbati^ de Dies adoratimiSj jour où l'on adore la croix. Les Syriens nomment le Vendredi saint , Dies occasûs (le Jour du couchant), parce que le Soleil de justice s'est éclipsé ce jour-là. L'expression usitée chez les nations chrétiennes pour désigner ce jour mémorable, revient à celle de Vendredi saint. Les Anglais lui donnent le nom de Good frîday ( bon Vendredi ).

Anciennement, à Rome, la fonction du Vendredi saint avait lieu dans la basilique de Sainte-Croix de Jérusalem, où l'on se rendait en procession. La station de ce jour a été maihtenue dans cette église , ainsi que l'ostension des reliques. Les rîtes qu'on suivait étaient iipmbreux. Le Pape avait coutume de se rendre, avec tous les Cardinaux et les divers ordres du clergé, à la basilique de Saint-Laurent ad Sancta sanctorum; là il retirait de Tautel les têtes des bienheureux apôtres Pierre et Paul , ainsi que deux croix, dont Ciampini a traité dans l'ouvrage qui a pour titre: Invesdgalio historica de cruce slalionali, Rom., 1694. Quand tous les assistants avaient vénéré et baisé ces reliques , le Pape les remettait à leur place; mais il n'y renfermait pas une des deux croix , qui était remise à l'un des Cardinaux-Prêtres. On se mettait ensuite en marche pour se rendre à la basilique de Saint-Jean-de-Latran , et puis de celle-ci à l'église de Sainte- Croix de Jérusalem, Le dernier Cardinal-Prêtre marchait à côté de celui qui portait la croix, et tenait l'hostie consacrée la veille, cachée dans une botte, qu'il soutenait devant la poitrine, ou bien dans la bourse ei le corporal. Tous les Cardinaux et autres membres du cortège, ainsi que le Pape, accompagnaient le Saint- Sacrement, pieds nus^ et se rendaient à la basilique de Sainte-

aceeption grecque signifie préparation, s'e\pliqae dans le sens naturel par les traditions judaïques. C'est pour le chrétien la grande fête de l'expiation , et celle par conséquent de la préparation la plus efficace à la résurrection spirituelle.

r^. du T.J

( 277 ) Croix en récitant à voix basse des psaumes. Ce même jour^ les fidèles^ également pieds nus^ visitaient les églises et les cimef tières des saints martyrs.

Canceliieri nous apprend , d'après le Sacramentaire de saint Gélase I/% qu'en cette sixième férié de la passion du Sauveur y tous adoraient la sainte croix ^ et communiaient ^ Adorant omne$ sanciam crucem, et communicant. On voit donc que la sainte Eucharistie était distribuée aux fidèles le Vendredi saint aussi bien que la veille. Mais déjà , au neuvième siècle , cet usage ne s'est plus observé, ainsi que TaiBrme Anaalarius. D. Martène démontre que la communion générale ^ dans diverses églises latines, a été pratiquée depuis, plus long-temps que ne le croit œt écrivain. Dans le dixième Ordo romain^ on lit tpe le Pàpe^ le Vendredi saint , communie seul sans ministres ^ non point solennellement sur son trâœ, mais^ en ce jour seulement, devant Jautet, pi^r on sentiment de profonde humilité, -et en souvenir de la passioti de nôtre Seigneur Jésus-Christ; Communicat Papa solus sine ministris j non ad sedem soîetnmter ^ sed iU tantùm eo die y antèi altare ^ ah humilitatem reverentiœ Dei, et passionis Chris ti^ Novidius Fraccus, dans ses Fastes sacrés, liv. 3, dit qu'ait Vendredi saint le Pape ne s'assied, point sur son trtoe ; les doches sont silencieuses; le père des fidèles se tient debout, dans une profonde tristesse; Papa w sede non sedet , œra sUent^mces-^ iufstat sine sede paitr. Lés cérémonies que l'on fait maintenant encejour^ ressemblant à celles des premiers siècles , conservent ainsi le souvenir précieux et mémorable de ces temps plus rap*: proches du berceau de FÉglise.

. La cérémonie a lieu dans ia^ chapelle SistinOidu Vatican , ou dans celle dite Pauline , au palais Qnirinal , si le Pape y fait sa résidence, et , dans ce cas, la galerie des Palefreniers est changée en chapelle du Tombeau. Les Cardinal» s'y rendent, n'ayant qu'un carrosse de suite , en grande chape de serge violette, fourrée de peau d'hermine ; tout le reste de leur costume est de. la même couleur, pour la journée entière; ils ne conservent que

( 278 ) la calotte rouge ; ils ne portent point Fanneau ; leurs souliers n'ont pas de filet rouge, et les boucles sont d'argent ou d'acier bruni. Tous les Prélats qui portent l'anneau , le quittent , et remplacent les bas violets par des bas noirs. Les Massiers ont leur masse renversée; aucun salut ne se rend dans le chœur de la chapelle; les gardes qui font le service dans l'intérieur du palais y et les soldats en faction, tiennent leurs fusils renversés; il en est de même dans l'intérieur de la ville : on ne porte les armes à aucun dignitaire, aoit ecclésiastique, soit civil. Comme c'est un jour d'humiliation pour tous, le souverain Pontife lui-même semble renoncer à certaines marques extérieures de sa haute dignité : les Cardioaus assistants, i}ui se rendent auprès de lui avant l'oftice et l'accompagnent après, ne loi adressent point leurs respectueux honimag^; ils se contentent de s'incliner. Le Pape , dans l'intérienr de ses appartements , ne s'asseoit ce jour-là que sur un escabeau de bois, et tout, dans les actes de la vie domestique du Pontife, témoigne des sentiments de pénitence et de deuil qui animent l'Église entière.

lesse des Présanctifiés.

La chapelle et l'autel sont dans le même état que la yeillè pour les matines; leur nudité annonce le deuil de l'Église : tous les cierges sont éteints, même ceux des Acolytes, pour signifier lés ténèbres dont la terre fut couverte à la mort de son Créateur. Le Cardinal-Grand-Pénitencier, à qui il appartient d'officier ce jour-là, dépose, dans la sacristie, la mosette et la mantelletla; il ne prend point la chaussure usitée quand il célèbre en Chapelle; il se lave les mains, se revêt d'ornements noirs, et , accompagné des ministres sacrés, il va s'asseoir sur le fauteuil dn Célébrante sans être accompagné du Thuriféraire et des Âcoljtes. Le Pape entre bientôt après dans la chapelle, précédé de la croix; il est en chape de satin rouge, en étole violette et en mitre lamée d'argent; il a déposé son anneau pontifical, et ne donne en entrant aucune bénédiction. Quand il est arrivé devant son prie-dieu^ le

(279 ) Cardinal-Diacre lui ôte la mitre , et il se met a genoux pour prier pendant quelques instants; le Célébrant en fait de mème^ placée à genoux , à la gauche du Pape, tourné vers l'autel, comme vers le trône de la majesté divine. Cet autel est entièrement dépouillé, pour marquer la nudité du Rédempteur sur la croix. Après de courts instants , deux Maîtres des cérémonies étendent sur la table de l'autel une seul^ nappe, comme on le pratiquait anciennement à toutes les messes , où l'on étendait de cette manière le corporal.

Le Pape, ayant terminé sa prière, se relève , et, la mitre sur la tète , va s'asseoir sur son trône , où il n'est servi que par un seul Patriarche ou un Évèque assistant au trône. En ce jour on oe tient auprès de lui que le livre, sans le cierge allumé que Ton porte dans toute autre cérémonie. Le Célébrant aussitôt monte à l'an* tel , le baise au milieu , et puis va s'asseoir sur son siège, pendant que le plus jeune des Chantres récite , sans lui donner de désignation , au lieu ordinaire de l'épitre , la prophétie d'Osée. Quand cette leçon est finie, le Célébrant et le Pape, assis sur leurs sièges , la lisent à voix basse. Ensuite les contralli entonnent le trait , que le chœur continue , et à la fin le Célébrant récite l'oraison , à laquelle les Chantres répondent : Amen. Le Diacre dit :: Fleclamus genua, et le Sous-Diacre répond : Levale. Ce dernier chante, sur le ton de l'épttre, une leçon sans titre, prise de l'Exode, après avoir déposé la chasuble repliée, qu'il reprend lorsqu'il vient se placer auprès du Célébrant Pendant que le chœur chante le deuxième trait, le Pape, sur son trône, et le Célébrant , sur son fauteuil, lisent la même leçon.

Trois Prêtres en aube , cordon et étole diaconale de couleur noire, vont an lieu ordinaire chanter la passion telle qu'elle est rapportée par saint Jean, le bien-aimé disciple du Sauveur, qui le suivit au jardin des Olives avec saint Pierre et saint Jacques , mais qui l'accompagna seul au Calvaire. Anciennement on lisait cette passion pieds nus, en signe de pénitence et de douleur. Les trois Prêtres se placent sur une même ligne, après avoir fait ki

( 280) génuflexion à Fautel et au Pape ^ dont en ce jour ils ne baisent point les pieds. Trois Chapelains communs soutiennent les livres , aidés d'un Maitre des cérémonies et de deux Acolytes. Si le Pape n'assiste pas à la fonction j car il ne se rend quelquefois à la chapelle qu'après la passion ^ on la chante à l'endroit ou les Ëvèques assistants au trône ont accoutumé de se placer. Le Célébrant lit à l'autel le texte sacré ; il %st servi par les ministres et officiers ordinaires; quand il a fini ^ il se. tourne vers le Pape^ ainsi que le Prêtre-Assistant ^ le Diacre et le Sous-Diacre , sur la même ligne ^ mais sur les marches différentes de Fautel. Aux paroles emisii spiritum^ le Pape et le Sacré-Collége se mettent ï genoux et prient quelques instants; toute l'assistance se prosterne, et prie également eu silence. Après le chant de la passion, le Diacre dépose la chasuble dépliée y et ayant pris le stoHone ou lai^e étole y il continue sur le ton de l'évangile le reste du texte sacré^ mais sans demander la bénédiction, et sans être accon^pagné d'Acolytes ni de Thuriféraires. Le Pape ni le Célébrant ne baisent point le livre. En 1725, Benoit XIII, admirateur des rites anciens, dans la connaissance desquels il était versé, voulut que^ le Vendredi saint, la leçon et l'évangile fussent chantés en langue grecque , après la passion , par deux élèves du collège de cette nation.

Sermon en Chapelle par un religieux couTentuef.

Après la passion , il y a un sernQK)n , suivant l'ancien usage , en latin. Voici comment le manuscrit du Vatican , sous le numéro 4737, en parle lorsqu'il décrit l'antique cérémonial : « Exindè secundùm modernos consuevit fiert sermo per aliquem Prœlatjum vel magùtrum in theologiâ^ et ille quifacit sermonem, genibus fkxis anle Papam, petit henedictionem, sed non oscutaUur pedem, sed habita benedictione vadit ad locum solitum pro sermone faciendo. Ciim autem fit sermo ^ Papa tenens mitram in capite sedet in cathedra nudâ ante altare, ut suprà. Quo finitOy non diciiur Confiteor, nec Precibus et mentis, sed ille quifecii sermo-

( 281 ) nem pronuntiat indulgeniiam de mandata et auctoritate D. N. Papœ, videUcet de VIL annis et VIL quadragenis ».

Ce sermon ^ qui traite de la passion et de la mort du Rédempteur, était prêché par un personnage éminent et investi de quelque haute fonction. Cet usage a été ainsi pratiqué depuis le pontificat de Boniface IX, en 1389, jusqu'à Grégoire XIII, en 1572. Antérieurement, ce sermon devait être fait par le Cardinal-Grand-Pénitencier , qui en chargeait un autre c[uand ii ne pouvait pas le prêcher lui-même. Nous possédons plusieurs de ces sermons imprimés. Mais depuis 1 573 , par concession du pape Grégoire XIII, jusqu'à Clément XIV, ce discours a été prononcé par un Père de la compagnie de Jésus; et cette compagnie a publié la collection des discours prononcés en Chapelle par les prédicateurs de l'ordre. A l'époque de la suppression des Jésuites , Clément XIV confia cette charge aux Mineurs conr ventuels , qui précédemment avaient joui de ce;privilége. C'est encore aujourd'hui un de ces religieux qui accomplit cette honorable tâche selon le cérémonial que nous avons décrit. Cancellieri, dans sa Description de la Semaine sainte^ présente un catalogue de tous les discours prononcés en Chapelle papale , depuis le règne de Boniface IX jusqu'à celui de Pie VII ; il s'arrête à l'année 1817. L'auteur y fait connaître les éditions diverses de ces sermons, et en fait l'analyse avec l'érudition profonde et variée qui le distingue. Nous citerons un fait qu'il rapporte , et qui est tiré de Volterrano. En 1481 , un prédicateur nommé Guillaume de Sicile fit, le Vendredi saint, un discours en hébreu, en grec et en latin , où il développa tous les mystères de la passion de Jésus-Christ, s'appuyant sur des textes hébraïques et arabes. Ce discours dura deux heures , et se fit remarquer autant par l'érudition variée de Forateur, que par une voix sonore, l'accentuation vraie des idiomes dont il se servait , surtout de l'arabe et de l'hébreu.

Récitation des oraisons.

Le Célébrant commence la récitation des dix-buit oraisons par lesquelles TËglise adresse des prières à Dieu pour tous les fidèles, à quelque classe qu'ils appartiennent , dans quelque position qu'ils se trouvent, même pour les schisma tiques, les bérétiques et les Juifs, à l'exemple du Sauveur, qui, sur le Calvaire, pria pour ceux qui le crucifiaient.

Comme anciennement on se tenait debout pour prier, dès que le prêtre avait terminé la monition , le Diacre avertissait de flécbir le genou par les mots : Flectamus genua, et le Sous- Diacre répondait : Levate. Cet usage s'est perpétué; mais on ne flécbit pas le genou lorsqu'on prie pour les Juifs , en détestation des sacrilèges et dérisoires bommages dont le Sauveur fut Fi^jet, pendant sa passion, de la part de ces mêmes Juifs.

Après les oraisons, on se dispose à rendre à la croix le tribut solennel de vénération qu'elle mérite.

Adoration de la Croix.

La Croix de Jésus-Cbrist, découverte dans le saint sépulcre par sainte Hélène , mère de Constantin , fut d'abord exposée à la vénération des fidèles. De Jérusalem , où cet usage avait pris naissance, il se répandit rapidement en Orient, ensuite en Occident, et devint bientôt universel. Saint Paulin nous apprend qu'une fois par an , vers la fête de Pâques , la portion de la vraie Croix était solennellement exposée ; et il fixe l'époque, en ajoutant que c'était le Vendredi saint, jour où l'on célèbre le mystère de la rédemption. Saint Grégoire de Tours mentionne le même usage ; il fut adopté de bonne beure à Constantinople , où un morceau de la Croix était exposé dans l'église de Sainte-Sophie, comme nous le voyons dans le vénérable Bède et autres auteurs ; en outre , l'empereur Constantin Porphyrogénète a minutieusement décrit les cérémonies en usage en cette occasion. Léo Âllatius a prouvé l'existence de la même coutume parmi les autres nations de l'Orient. Il existe au

( 283 ) collège de la Propagande un manuscrit du cardinal Borgia , corn-* posé en syriaque ^ sous ce titre : Le Rù de la Salutation de la croix, tel qu'on l'observe dam l'Église de Syrie, à Antioche. Deux autres copies du cérémonial , appartenant d'abord au col* lége Maronite , et maintenant à la bibliothèque du Vatican , attestent amplement la conformité de l'Église d'Orient sur ce point.

Naironus^ syrien, a décrit en détail les cérémonies des Maronites^ ou anciens chrétiens du mont Liban, pour le Vendredi saint; son rituel a pour titre : Ordre de l'Adoration de la croix^ et la cérémonie est fixée au Vendredi saint. Les prières sont presque mot pour mot les mêmes que les nôtres , et après qu'elles sont achevées, on pose la crois, dans Féglise, sur un coussin , auprès duquel deux Prêtres et deux Diacres chantent le Trisagion, comme on le fait dans les églises catholiques.

Cette exacte conformité de rites et même d'expressions ^ué les liturgies de différentes contrées , est une forte présomption de grande antiquité. L'adoration de la croix parait ayoir été, dès le commencement, adoptée par l'Église d'Occident, car nous la trouvons mentionnée dans les Sacramentaires; enfin , les paroles qui accompagnent cette cérémonie, en faisant allusion à la vraie Croix : Voici le bois de la Croix sur lequel fut attaché l'auteur du salut j montrent clairement qu'elle tire son origine de l'usage de l'Église de Jérusalem. Nous avons donc ici un cérémonial , comme le dit Mgr. Wiseman , dont nous empruntons ici les paroles, symbole du Christianisme; c'est l'exaltation de son signe sacré audessus de tout autre emblème ; c'est la reconnaissance solennelle de cette grande vérité, que sur la croix a été accompli le salut du monde. La croix est vengée des trois siècles de haines et d'ignominies y et celui qui l'a choisie pour l'instrument de son supplice , reçoit un tribut d'honneur , d'amour et de respect , en réparation des persécutions et des. blasphèmes qu'il a soufferts jusque dans la personne de ses disciples. Voici le rit de l'adoration , tel qu'il est pratiqué en Chapelle papale.

Après que le Célébrant a terminé les oraisons , deux ténors

( 284 ) quittent le chœur, précédés de leur Doyen, et vont se placer auprès de Fautel , du côté de Tépttre, pour répondre au Cardinal- Évèque-Célébrant. Celui-ci dépose la chasuble , et conserve la dalmatique noire ; il se place du même côté , et reçoit des mains da Diacre le crucifix , qui avait été préparé sur l'autel et récouvert d'un voile noir. Ce voile est enlevé, et peu à peu la croii est ainsi découverte par intervalles , pour signifier que Jésus-Christ ne se maniCesta point à tous d'une manière subite; c'est pourquoi le Célébrant, ayant la figure tournée vers le peuple, découvre la croix en commençant par la sommité, symbole du peuple hébreu, et entonne l'antienne Ecce lignum crucis. Les Chantres répondent : In quo salus^ etc.; et puis le chœur entier chante : Veniu, adoremus.

Cependant le Pape et tous les assistants se prosternent, excepté le Célébrant, qui s'avance vers le milieu de l'autet, quittant le côté de l'épUre. Là il découvre le bras droit de la croix , et, haussant la voix un peu plus que la première fois , il répète : Ecte lignum crucis. Les assistant» répondent et adorent comme kr première fois. Enfin, le Célébrant, parvenu au milieu de TauCer, figure du Calvaire , découvre entièrement la croix , pour signifier la manifestation de ce mystère dans tout l'univers, et entonne avec une voix encore plus haute : Ecce lignum crucis; on répond comme on l'a déjà fait. Ensuite, le Pape restant à> genoux , ainsi que tous les assistants, le Cardinal-Célébrant porte la croix sur un riche coussin, déjà placé, ainsi qu'un grand tapis ^ partes Clercs de la Chapelle, sur les gradins^ du sanctuaire , et , s'étant mis à genoux , il dépose la croix sur ce cmjssin. C'est lorsqu'on a entièrement découvert cette croix, qu'on découvre srussi la croix papale > placée au côté de l'évangile. '.

Pour ce qui regarde la cérémonie par laquelle on découvre la croix en chantant à trois reprises : Ecce lignum crucis, il n'eo est fait aucune mention dans le Sacramentaire de saint Gélase,»! dans l'Ântiphonaire grégorien, ni dans les anciens Ordo rwmins.(kif en parle pour la première fois dans le onzième Ordo du chanoine

( 285 ) Beoott^ au douzième siècle /tel qu'on le lit dans le Musœum Ita^ hcum de Mabillon : Quidam Cardinalis honorificè portât corpus Domini prœterùi diei, conservafum in capsula corporalium^ Subdiaconus regionarius ferens ad pectus crucem stationalem coopertam* Ce rit se trouve décrit avec détail dans le quatorzième Ordo^ et Ion y retrouve le cérémonial qui est en usage aujourd'hui.

Lorsque le Célébrant a posé la croix sur le coussin , où elle est fixée par un ruban ^ il va se placer devant son siège ^ et aussitiit le Pape et tous, les assistants se lèvent Un Aide de chambre^ accompagné d'un Mattre des cérémonies et de quatre Votants de signature , monte au trône; ils se mettent à genoux^ et soulèvent les ornements du Pape; l'Aide de chambre lui ôte le sandales rouges; il les met sous la cape qu'il porte, et se place au côté gauche , au milieu des Prélats qui l'ont accompagné. Le Pape descend alors de son trône ^ dépose la chape; il conserve l'aube, le cordon^ rétole violette et la mitre , et, les mains jointes , il sfachemine vers l'extrémité des bancs des Cardinaux , où on lui ôte la mitre et la calotte. Il se trouve alors k l'entrée du presbytère, et, se retournant ensuite vers l'autel , il fait la première génuflexion , pour adorer à deux genoux la croix, devant laquelle il se prosterne, avec l'assistance des deux premiers Maîtres des cérémonies. Le Pape, après avoir fait sa première adoration , fait la seconde au milieu de la chapelle, et la troisième aux pieds du cruci6x , qu'il adore et qu'il baise. Il met ensuite dans le bassin de vermeil qui est k sa droite ^ son offrande y consistant en cent écus d'or , renfermés dans une bourse de damas violet brodé (6). Anciennement cette bourse était présentée au Pape par un chevalier dépoté du Mont de-Piété ; c'est maintenant un Mattre des cérémonies qui la pré* sente telle qu'il la reçoit du prélat Trésorier.

Quand le Pape osait, en cette circonstance, du grand manteau de serge, il ne le quittait point pour l'adoration : deux Cardinaux- Diacres assistants en soutenaient les extrémités ; et lorsqu'il descendait du trône , sans calotte, il était suivi de deux Évèques assistants, qui en soutenaient les bords. . -

AU moment où le Pape fait la première géouflexion , le chœur commence d'une voix basse et comme plaintive le chant si tendre et si touchant de Ylmproperium ^ Popule meiAS ^qtdd feei îxbi? etc., composé pour deux chœurs par Palestrîna. On appelle de ce nom y les reproches paternels et affectueux que Dieu adresse aux Juifs pour rénorme ingratitude dont ils ont payé les bienfaits qu'il leur a prodigués. Ils conviennent pareillement à nous, chrétiens, ces mêmes reproches, à cause de notre ingratitude envers un Dieu si plein de bontés Chaque verset de Vlmproperium se termine par le célèbre Trisagion angélique : Sanctus DeuSj Sanctus forlis, Sanctus immorlaliê, miserere nobis. Un chœar le chante en grec, et un autre en latin. Après son adoration, le Pontife retourne au trdne , et reprend la calotte , la mitre et la chape. L'Aide de chambre, accompagné des officiers dont nous avons parlé, lui remet les sandales, et tous retournent à leur place en faisant la génuflexion devant la croix, de même qu'ils l'avaient faite en montant au tr6ne. Le Pape se met à lire les Improperfum, dans le livre soutenu par un Patriarche ou un Évêque assistant au trône.

Pendant que le Pape retourne à son trône , le Mattre des cérémonies introduit dans le presbytère de. la Chapelle les Camériers des Cardinaux, pourôter à ceux*ci leurs chaussures. Les Cardinaux, par ordre d'ancienneté, et deux à deux , avec leurs manteaux de serge, et sans l'assistance des Caudataires, accompagnés des Camériers, vont à l'adoration de la croix. Le Célébrant , déposant la chasuble, et le Cardinal-Doyen à sa gauche, ou bien le Cardinal-£vêque suburbicaire le plus digne, viennent les premiers rendre au bois sacré leurs profonds honomages : ib font leurs trois adoratkms, et mettent dans le bassin dont nous avons parlé l'offrande d'un écu d'or. Tous les autres Cardinaux en font de même , ei retournent ensuite à leurs places , où ils reprennent leurs chaussures, aidés de leurs Camériers respectif Ceux-ci sont restés à genoux sur leur banc pendant l'adoration , et tous les dignitaires qui ont rang en Chapelle vont, dans l'or-

( 287 ) dre que nous avoos indiqué pour la distribution des rameaux^ rendre leur hommage au glorieux instrument de notre rédemption, et déposer leur oiïrande; ils font une génuflexion devani la croix et devant le Pape. Les Patriarches, les Archevêques et les Ëvèques , ainsi que les Généraux des ordres religieux , vont chacun à ladoration, après qu'on leur a ôté les sandales; tous les autres y vont avec leur chaussure ordinaire.

Dès que les Cardinaux sont revenus à leur place, et an moment où Tadoration commence pour les autres dignitaires, deux anciens soprani entonnent Tantienne Crucem tuam, qui est continuée par le chœur lentement. Les autres Chantres entonnent le psaume Deus misereatur nostri. Dès qu'il est terminé et que Ton a répété l'antienne, on dit la strophe Crux fdelis , et Ton commence l'hymne Pange ^ lingua ^ dont chaque strophe est accompagnée de la strophe Crux fidelis. La dernière, Sempùema sil beaiœ j est chantée quand les Avocats consistoriaux commencent à faire leur adoration à la croix ; on la termine lorsque les Curseurs pontiûcaux , les Massiers et les Caudataires des Cardinaux ont fait la leur. Chacun de ces officiers et fonctionnaires fait la génuflexion à la croix et au Pape. Aucun étranger n'est admis à faire son adoration à la croix en Chapelle papale.

Vers la fin de cette touchante cérémonie , on allume les cierges de l'autel et ceux de la balustrade. Le Diacre tire le Gorporal de la bourse, et l'étend sur la table de Tautel; il y met aussi le purificatoire. Quand l'adoration est terminée , le même Diacre prend respectueusement la croix , posée sur le coussin de velours, et la place au milieu des chandeliers de l'autel : en -ce moment le Pape et tous tes assistants font en même temps la génuflexion. Les Clercs de la Chapelle enlèvent le tapis, lés coussins et le bassin des offrandes : elles sont partagées entre le Prélat , le Sacristain et les deux premiers Maîtres des cérémonies, à qui appartient également la bourse offerte par le Pape.

Les offrandes pour l'adoration de la croix sont très-anciennes dans l'Église romaine^ et nous apprenons par le dounème Ordo

( 288 ) ramam^ qu'elles appartenaient à l'école ou collège de la Croix ^ dont Moretti a décrit les fonctions dans son Appendice de Prèshyterio , où il est rapporté que secundùm aniiquam consuetih dinem, qvddquid super crucem offeriur, scholœ Crucis débet esse. Dans le quinzième Ordo romain, nous lisons que ces offrandes appartiennent au prélat Sacristain. De semblables offrandes avaient lieu en d'autres pays, et notamment dans FÉglise de Paris. Du Gange , en parlant des Oblatians de la croix j rapporte une charte de 1208 , 011 on lit : Donavii clericis matutincUibus partem illam quant percipiebat in scdutationibus crucis j quœ proveniebai feria quarla in passione Dominù Nous ajouterons que dans l'Église de Rouen, après l'adoration de la croix, on lavait le crucifix, que l'on portait ensuite processionnellement au tombeau^ coùimele rapporte Carpentier.

Procession à la chapelle Pauline , ponr y prendre le Saint-Sacrement.

La croix, comme on l'a dit, ayant été placée sur l'autel, le collège des Chantres se rend dans la salle Royale, et, se partageant en deux chœurs, se tient devant la porte de la chapelle Pauline pour attendre le Pape, qui va prendre processionnellement le Saint -Sacrement De la chapelle Sixtioe partent en silence les Procureurs des collèges , le Confesseur de la maison pontificale, le Prédicateur apostolique, les Procureurs-Généraux des ordres religieux , les Bussolanti j les Aides de la chanibre du Pape , les Chapelains d'honneur et secrets , les Avocats consistoriaux , les Camériers d'honneur , surnuméraires et secrets , les Âbréviateurs , tes Votants de signature , les Clercs de la chambre, les Auditeurs de rote avec le Maître du Sacré-Hospice , suivi du dernier Auditeur de rote, Sous-Diacre apostolique, portant la croix découverte, entre deux Votants de signature, qui tiennent deux chandeliers avec les cierges alliimés. Ensuite marchent immédiatement les Cardinaux de l'ordre des Diacres , des Prêtres et des Évèques; les Magistrats romains; et, derrière, le Célébrant. On voit enfin le Pape^ ayant à ses c^tés les

( 289 ) Cardinaux-Diacres assistants, soutenant la chape , et deux Gamériers secrets qui soutiennent la fcUda. Derrière le Pontife marchent le Doyen de la rote, les Prélats di pochetli , les Protonotaires •apostoliques et les Généraux des ordres religieux.

Suivant un nouveau règlement, introduit , en 1840 , par le Pape régnant , pendant que la procession qu'on vient de décrire ^st dans la chapelle Pauline ^ on substitue au crucifix qui a servi à l'adoration , et qu'on a placé , comme on l'a vu , entre les six chandeliers de l'autel , une croix plus grande , qui renferme des reliques de la sainte Croix : elle reste exposée à la vénération publique jusqu'à la fin des matines du Vendredi saint. Nous reviendrons bientôt sur cette insigne relique.

Lorsque le Pape est arrivé à la chapelle Pauline , il se met à genoux pour faire une courte prière devant le Saint-Sacrement : toute l'assistance fait son adoration. Le prélat Sacristain se lève pour ouvrir l'urne dans laquelle est le Saint-Sacrement, avec la clef qui lui a été remise par le Cardinal-Pénitencier. Ce dernier reçoit de ce Prélat le calice dans lequel est renfermée l'hostie consacrée, et le remet au Pape, après que Sa Sainteté a encensé par trois fois les. espèces eucharistiques. L'encens , qui lui a été présenté par le premier Cardinal- Prêtre , n'a pas été bénit ^ selon le rit de ce jour. Ensuite la procession se met en marche , dans l'ordre déjà décrit , vers la chapelle Sixtine , où tout le monde se tient à genoux devant le bois sacré de la vraie Croix, exposé sur l'autel. Le Pape, la tète entièrement nue, tient le calice sous les pans d'une écharpe blanche qui recouvre ses épaules. La congrégation des Rites a défendu de porter processionnellement la sainte hostie dans une sorte de petite bière , comme on le pratiquait dans plusieurs églises. Le Prince assistant au trône soutient les b(H*ds de la falda ; douze Bussolantt, en chape rouge, portant des torches allumées , escortent le Saint-Sacremeot Les Patriarches, les Archevêques et les Ëvêques assistants au trône, ainsi que les Protonotaires apostoliques, se trouvent à la porte de la diapelle Pauline, tenant les bâtons du dais, pour recevoir le Saint-

( 290 ) Sacrement , porté par le Pape. Le premier chœar des Chantres entonne l'hymne Vexilla Régis prodeunt , lorsque la croix sort de la chapelle Pauline , et successivement le second chœur chante la seconde strophe. Les deux chœurs entrent ensemble dans la chapelle Siitine^ et se placent des deux côtés de la balustrade. A Finstant où la Pape franchit de seuil de la porte, les deux chœurs chantent 0 crux ^ ave^ etc., et la strophe qui suit.

Sa Sainteté , parvenue à l'autel , remet le calice au Célébrant, qui le place sur la table sacrée ; le Diacre enlève le voile dont ce calice était couvert, et le plie comme celui que l'on met habituellement sur le calice , à la messe. Le Pape bénit l'encens , l'offre au Saint- Sacrement, et retourne à son trône, où il s'assied. Il bénit une seconde fois l'encens, se lève, et reste debout, sans mitre. Le Célébrant, à l'autel, retire l'hostie consacrée de Tintérieur du calice, et la pose sur le corporal, sans rien dire , pendant que le Diacre met le vin dans le calice, et le Sous-Diacre quelques gouttes d'eau , que le Pape ne bénit point. Le Célébrant ayant pris le calice des mains du Diacre, le pose sur l'autel , et le Diacre le couvre de la pale.

On lit dans les Àcta cœrem. le passage suivant, relatif au Vendredi saint : Diaconus Cardinalis offert Pontifict calicem cum puro vinOj et Subdiaconus ampullam cum aquâj quam Papa tino commiscet , ut reprœsentet j quod ista die emanaverunt sacramenta Ecclesiœ , videlicet sanguis et aqua de Corpore Christi : in quibusdam verà ecclesiis , secundùm D, Jac. Cajetanum, purum vinum sine aquâ offertur , ut in puro et fortivino crudelitas Judœorum reprœsentetur , et asperitas passionis Christi. Après que le calice a été placé sur l'autel , comme on l'a dit, le Célébrant encense les offrandes à la manière ordinaire , et fléchit le genou chaque fois qu'il passe devant le Saint-Sacrement Puis , se tenant un peu en dehors de l'angle de l'autel , du côté de Fépître, il lave ses mains sans rien dire, et, revenant au milieu de l'autel, il s'incline, les mains jointes , pour réciter la prière in spiritu humUitads ; il se retourne vers le peuple , et dit comme

( 291 ) à Fordinaire : Orale ^ fratreSj omettant tout le reste ; il récite le Pater j auquel le chœur répond : Sed libéra nos à malo. Ensuite , sur un ton plus bas , il récite la prière Libéra nos , quœsumus , Domine, et les Chantres répondent : Amen. Après cette oraison , tous les assistants fléchissent les genoux y et le Pape va s'agenouiller sur son prie-dieu ^ où il reste jusqu'à ce que les espèces sacramentelles soient consommées. Après Toraison Libéra nos , le Célébrant^ ayant fait la génuflexion ^ met la patène sous l'hostie^ et il rélève de la main droite , en sorte que tout le peuple puisse la voir : il la divise en trois parties , met la dernière dans le calice , comme à l'ordinaire , sans proférer aucune parole. On ne dit ni Vax Domtni , ni Agnus Dei ^ et la paix n'est point donnée. Après avoir omis les deux oraisons qui précèdent , le Célébrant dit seulement celle qui commence par les ntots Perceptio corporis (uL II fléchit le genou , prend la patène avec le corps du Seigneur, et avec un très-profond respect il dit : Panem cœlestem. Il répète trois fois^ en se frappant la poitrine, le Domine^ non sum dignus ^ et se communie en disant : Corpus Dominij ete. ; omettant tout ce qui se dit avant la communion du précieux sang, il prend enfin avec respect la particule consacrée qui Ée trouve dans le calice avec le vin. Toute l'assistance se lève et s'assied ; le Pape se couvre de la mitre et revient à son trône. Le Célébrant , après avoir fait , comme à l'ordinaire , l'ablution de ses doigts , va du cdté de l'épttre , se lave les mains , et , revenu au milieu de l'autel , il s'incline pour réciter Quod ore sumpsimtis^ etc. Ensuite, ayant fait la génuflexion devant la croix , il se retire avec ses ministres à la sacristie pour y déposer ses ornements.

Sous le pontificat d'Alexandre VIÏI, en 1690, la fête de l'Annonciation coïncida avec le Vendredi saint , et , malgré les rites pratiqués dans ce jour , on célébra plusieurs messes , comme nous avons vu qu'on le faisait en pareille circonstance le Jeudi saint.

( 292 ) Tépres da Vendredi saint.

Après que k Cardinal-Célébrant est sorti de la chapelle , le Pape dit secrètemept le Pater et Y Ave. On commence les vèpros, dont les antiennes et les psaumes sont entonnés par les contralii. L'antienne Quùm accepùset acetum , du Magnificat^ est chantée sur un ton plus élevé , et la répétition de c^tte antienne dure jusqu'à ce que le Pape , étant descendu de son trône , ait quitté la mitre et se soit mis à genoux sur son prie-nlieu. Alors on dit le verset Christm factus est, avec le psaume Miserere j et Foraison Respice y quœsumm , Domine, par laquelle se termine la fonction du matin. Si le Pape n'est point présent, un Mattre des cérémonies va annoncer au Cardinal le plus ancien le Pater et YAve^ et, après le Miserere, ce Cardinal récite l'oraison Respice.

Nous devons rappeler ici ce qui a été dit au sujet de la relique de la vraie Croix , qui , dès que la procession est parvenue à la chapelle Pauline, est exposée, selon les intentions du Pape régnant, sur l'autel de la chapelle Sixtine, où elle demeure jusqu'à la fin des matines du même jour , Vendredi saint. Cette croix argent, avec les chandeliers de vermeil qui l'accompagnent, décorait autrefois l'autel dans les Chapelles papales, excepté en Carême, en Avent, et aux Chapelles qui se tiennent pour les obsèques. Novaës l'affirme, dans ses Dissertations kistorico^critiques. Mais Cancellieri (S^^rûnana san(a) ne fait pas connaître les époques auxquelles avait lieu cette exposition; il cite seulement un journal de Valesius, du 14 Août 1730, où l'on assure que cette croix était ordinairement exposée dans les Chapelles papales aux jours les plus solennels. Angelo Rocca disserte avec érudition sur cette croix, dans le premier volume de ses œuvres, ainsi que dans le commentaire dédié au pape Paul V.

Cette croix renferme un morceau très-considérable du bois sacré. Sur ce fragment , taillé lui-même en forme de croix , on Toit merveilleusement sculptés, d'une part, le crucifix, avec quatre clous , et onze figures en bas-relief, et de l'autre , la sainte Vierge ,

( 2M ) avec, huit figures y et des caractères ruoiques. Angelo Rocca a décrit ces diverses figures et en a reproduit le dessin dans son commentaire De imaginibus et characteribus in crucis particule incisis. Cette précieuse croix fut donnée par Jean, cardinal^ évèque de Jérusalem, au pape saint Léon I.", dans le cours du cinquième siècle. Après être restée long-temps perdue , elle fut retrouvée, par révélation divine faite au Pape saint Sergius 1.'% en l'an 687 , dans une boite d'argent cachée in angulo obscum" simo in sacrario beali Pétri ^ ainsi que le rapporte Cancellieri dans son traité De secretariis veteris basilicœ Valicanœ. Plus tard encore, en 1527, époque à laquelle on conservait dans le Sancta sanct^rum cette précieuse relique , on la déroba dans le déplorable pillage que fit à Rome Tarmée du connétable de Bourbon , sous le pontificat de Clément VIL On dépouilla cette croix de tout l'argent dont elle était ornée ; mais peu de temps après, comme par miracle, recouvrée par ce Pape, il la fit enchâsser dans une superbe croix de cristal de roche et de vermeil , d'un merveilleux travail , et ordonna qu'elle fût soigneusement gardée dans la sacristie pontificale. En 1730, on déroba encore cette croix; mais Clément XII mit la plusi grande sollicitude à la recouvrer ; et , bien que dans les tristes événements de la fin du siècle dernier on ait eu à regretter la perte des beaux chandeliers et des statues des Apôtres en vermeil qui ornaient l'autel aux Chapelles pontificales, on a eu encore le bonheur de retrouver cette portion du bois sacré , que l'on n'exposait plus , parce qu'on n'avait pas trouvé les ornements qui décoraient la croix.

Enfin, Grégoire XVI , voulant que cette relique fut de nouveau rendue à la vénération publique , ordonna que le jour du Vendredi saint, 17 Avril 1840, on l'exposât, comme nous l'avons dit , dans la chapelle Sixtine du Vatican ; et tous les fidèles applaudirent avec une religieuse satisfaction aux intentions du Pon^ tife. Sa Sainteté , après avoir fait graver un fac sitnile où les ciselures sont reproduites, voulut qu'on l'exposât dans la chapelle

( 294 ) particalière du même palais apostolique^ et la mit sous la sauvegarde spéciale du Chapitre du Vatican. A cet effets par un acte privé qui commence par les mots Con molla cmzolatùme , daté du 16 Novembre 1840 , Grégoire XVI a réglé que cette croix serait placée dans la basilique du Vatican , en un lieu particulier^ du côté du pilier de Sainte-Hélène^ où Ton garde la tète de l'apôtre saint André ^ et renfermée dans une niche fermant à deux clefs : Tune est entre les mains du Chapitre , et l'autre dans celles du Majordome. Cette relique est exposée sur Tautel Papal de la basilique de Saint-Pierre chaque vendredi du mois de Mars ^ lorsque le souverain Pontife ^ comme nous l'avons vu , va avec le Sacré-Collége gagner l'indulgence de la station. Cette exposition a lieu pareillement le jour des fêtes de l'Invention de la sainte Croix et de son Exaltation ^ avec celles des autres insignes rdiques; ainsi qu'en d'autres occasions, lorsque le Majordome le juge utile y aGn d'enflammer de plus en plus la piété des fidèles envers la passion de Jésus-Christ. Le Vendredi saint, avant Toffice, le Chapitre remet cette croix au prélat Sacristain, pour qu'il l'expose sur l'autel de la chapelle Sixttne , ainsi qu'il a été dit, et après cette exposition il la rend au Chapitre, qui en est simplement le gardien, car elle appartient au palais apostolique, selon les conditions de l'acte ci-dessus mentionné.

latines da Samedi saint.

Le mystérieux repos du corps du Rédempteur dans son tombeau , la venue de son âme dans les limbes , et enfin l'état de Jésus-Christ pendant tout le temps que son àme resta séparée de son corps , sont le sujet de cet office jusqu'à la messe. Mais de même qu'on anticipe l'office de la nuit de Pâques , le matin du Samedi saint, de même, dans l'après-midi du Vendredi, on anticipe celui du lendemain. Les psaumes des matines sont choisis conformément à l'esprit de ce mystère ; ils retracent la sépulture de notre Seigneur.

Le Pape se rend dans la chapelle en miti-e lamée d'argent ,

( 295 ) en étole violette et en chape rouge , ou bien en manteau y dont il met le capuchon sur la tète pendant qu'on chante les psaumes. Les Cardinaux y assistent dans le même costume que le matin y revêtus de la chape cardinalice de serge violette. Tout est réglé comme dans les matines des jours précédents. La première lamentation y en chant 6guré à quatre voix y est de la composition de Gregorio Âllegri; la finale^ Jérusalem ^ etc. y est chantée par une voix de sofrano. Le Miserere ^ exécuté comme celui des jours précédents, et à deux chœurs, est du même compositeur (7). La cérémonie se termine par l'oraison accoutumée , Respice , quœsumus. Nous lisons dans l'ouvrage de Gattico, Act. Cœrem., cet extrait de Paride Grassis : De functionibus maj. Hebdom. y Bonaniœ : pro die veneris sanctœ in vesperis , volui ut diceretur in oralione Respice etc., non nocentium , ut sic per rythmum concordaret cum verbo ultimo, videlicet tormentum, Nam hane orcuionem dicunt composuisse B, Augustinum ^ quum civitas Hypponensis ab infidelibus obsiderelur , et quotidiè utraque pugnarelur ; et sic in omni stylo suo plerumque ludit per hos rythmos sive rimas idem Augustinus.

C'est par cette touchante oraison, attribuée à saint Augustin^ que se termine dans toute la chrétienté cet office des trois jours de ténèbres , décrit de la manière suivante par i^broise Novidius Fraccus, dans son livre xii.^ des Fastes sacrés (Sacrorum Fastorum), imprimé à Rome en 1547:

Ter strepuere chori , luccs dixere tenebras,

Stant pueri templi fustibus ante fores ^ - Perque vias illis arguto garrit in axe

Pcodula et insertis versa tabella rôtis.

Adoration des inspes reliques dans la kisiliqae de Saint-Pierre.

Après les matines, les Camériers des Cardinaux entrent dans la chapelle Sixtine avec la mosette^ la mantellefta et le chapeau cardinalice de chacun de leurs nobles patrons. Âiàés par les Biaitres de chambre , ces officiers ôtent aux Cardinaux la chape

( 296 ) de serge , et ils attendent que le Pape y après avoir déposé ses habits sacrés dans la chambre des Parements, ait pris la mosette de drap rouge bordée d'hermine, Fétole et le chapeau pontifical, et qu'il se rende par la salle Royale et l'escalier Royal , dans la basilique du Vatican. Le Sacré-Collége marche à la suite du Pontife , escorté par les différents membres qui composent la maison de chaque Cardinal. En outre , le Pape est précédé du dénier auditeur de rote, en mantellettaj portant la croix papale, et autour du Pontife marchent ses Gamériers secrets, au milieu des Palefreniers, vêtus en habit de ville, et portant des torches allumées ; ils sont précédés par d'autres Gamériers secrets , portant des cierges allumés. La Garde-Noble et la Garde-Suisse escortent le Pape et le Sacré-Gollége, qui s'avancent dans un silencieux recueillement, au milieu des grenadiers formant la haie dans le portique et dans la nef de la basilique : le Ghapitre du Vatican vient recevoir le Pape et le Sacré-Gollége. Quand le Pontife est arrivé au tombeau des saints Apôtres, il se met sur le prie-dieu, h genoux : le membres du Sacré-Gollége en font de même , sur des coussins qui ont été placés à cet effet. Les Gardinaux-Évèques et les Gardinaux-Prètres sont à gauche du Pape; les Cardinaux- Diacres à droite. Un Chanoine de la basilique présente, à genoux, au Pape, l'oraison Ante oculoSj etc.j et celles pour la sainte Face, la sainte Croix, la sacrée Lance et la tète de saint André, pendant qu'un Chanoine, ou le plus souvent un Évoque, tient, de l'autre côté du Pape , une bougie allumée. Deux Clercs distribuent alternativement la même oraison aux Cardinaux, au Majordome et au Maître de chambre, qui prient à côté du Pape. Cette oraison est également transmise aux Ëvèques qui assistent à la cérémonie , à l'Aumônier du Pape et au Sacristain. Puis deux Chanoines du Vatican , placés dans la tribune de Sainte- Véronique, dont la balustrade est garnie de grandes girandoles chargées de torches allumées , montrent en silence les reliques majeures, précieux et augustes monuments de la passion de notre S^gneur et de notre heureuse rédemption. Moretti, en 1781 ^

( 297 ) a publié à Rome, en latin , une savante dissertation historique sur le rite de Vostention des saintes reliques.

Quand la cérémonie est terminée , le Pape se lève, ainsi que tout le cortège dont il est entouré. Il salue les Cardinaux , qui ne quittent point leurs places, et, précédé de la croix, portée par l'Auditeur de rote , il sort de la basilique , et revient au Vatican ^ 011 l'accompagnent les Gardes et les Palefreniers , ayant leurs torches allumées. Bientôt après , les Cardinaux retournent dans leurs palais. L'Ârchiprètre de la basilique , qui était venu avec le Chapitre pour recevoir le Pape et le Sacré-Collége , est le seul des Cardinaux qui accompagne le souverain Pontife lorsqu'il se retire. ^ Les diverses confréries de Rome se rendent à Saint-Pierre, pour y vénérer les insignes reliques, chacun des trois derniers jours de la sainte Semaine.

Ces précieuses reliques , objet de la vénération publique , sont exposées le deuxième dimanche après l'Epiphanie, le Mercredi saint, après matines; le Jeudi et le Vendredi saints, deux fois le jour; le Samedi saint, le matin ; le jour de Pâques, après la messe pontificale; le lundi de Pâques, avant et après vêpres; le jour^le l'Ascension , après la messe ; le 3 Mai , jour de l'Invention de la Croix , après la messe et après vêpres, et le dimanche où l'on célèbre la Dédicace de la basilique. On ne peut les véné* rer , sans un induit spécial du Pape , qu'aux époques qui viennent d'être indiquées.

Lorsque quelque souverain a désiré les voir de près, il a été auparavant admis au nombre des Chanoines surnuméraires de Saint-Pierre , et en a pris l'habit , cet honneur n'étant accordé qu'aux Chanoines de cette basilique. Frédéric III , après avoir reçu la couronne impériale des mains de Nicolas V, et revêtu la chape , considéra et vénéra de près les saintes reliques. Urbain VIII créa chanoine de Saint-Pierre, le prince Ladislas, fils du roi de Pologne; Innocent XII accorda le même titre k Cosme III , grand duc de Toscane : l'un et l'autre furent admis à vénérer de près ces mêmes reliques.

( 298 ) Eu 1656, on montra^ par permission du Pape, le Voile et la Lance, à la reine Christine de Suède, dans le vestibule qui précède la tribune où on les conserve.

En 1717, Clément XI permit aussi à Jacques III, roi d'Angleterre , de vénérer dans le même vestibule ces^ précîeui objets. Le roi Charles-Emmanuel de Savoie , et la vénérable Madame Cloiilde de France, reine de Sardaigne, sœur des rois Louis XVI , Louis XVIII et Charles X , ont aussi vénéré en particulier ces saintes reliques de la passion du Sauveur.

Chapelle du Samedi saint. — Bénédiclion de Feau , des cinq grains Sm.cens , elc. — Procession. — Bénédiclion da cierge pascal. — leclore^ des prophéties. — Messe et vêpres chantées devant le Pape.

Notions générales.

Dans la matinée du Samedi saint , la chapelle est décora de tapis qui en recouvrent les dalles ; les bancs du Sacré-Collége sont couverts de leurs tapisseries ordinaires ; le baldaquin s'élève au dessus du trdne ; dont le dossier , comme le devant d'autel , est de soie violette. La tribune des princes est décorée de tentures, de coussins et draperies de velours et de damas rouge, avec galons et franges d'or. Les Cardinaux se rendent en Chapelle accompagnés d'un seul carrosse, et leurs insignes sont en soie violette; leurs bas et leurs colletines sont rouges. La cérémonie commence à neuf heures du matin ; les Cardinaux s'y rendent selon leur commodité, et le Pape, comme on le dira plus tard, après être resté quelque temps dans la tribune attenante à la Sixtine , et dont nous avons parlé en décrivant cette chapelle , entre dans le presbytère après le chant des litanies.

La fonction du Samedi saint ^ qui avait lieu autrefois à Sainte

( 299 ) Jean-de-LatraD^ où est encore aujourd'hui la station^ portait le nom de Sabbatum sanclunij saint Samedi, Samedi des Palmes , grand Samedi , Jour des lumières , Veille de Pâques : ce dernier nom fait allusion à la mémoire de la résurrection de Jésus-Christ. La messe devait donc retracer Fhistoire de ce mystère y et il est utile d'observer que cette messe n'était point considérée comme celle du Samedi saint ^ mais comme celle de la nuit de Pâques» Bien que maintenant on la célèbre pendant le jour, pour mettre fin aux abus qui s'étaient glissés dans la célébration des offices nocturnes, on a conservé smgneusement les paroles qui font allusion à la nuit, en mémoire des anciens usages, et de cette vigile, la plus solennelle de l'année , tant par son caractère de dignité que par les nombreuses et saintes cérémonies qu'on y célèbre, et par la dévotion que les fidèles ont attachée à ces pratiques. Gœz et Krauze ont publié, à Leipzig, deux traités des vigiles pascales des chrétiens (De Vigiliis paschalibus chrisdanorum).

BénédictioD de Tean, da feu nooreau, etc.

Le Sacristain pontifical commence en particulier la fonction ; ce Prélat fait de bonne heure la bénédiction de l'eau. Au moment filé, le Cardinal-Célébrant se rend à la sacristie de la chapelle Sixtine : ce Cardinal est toujours de l'ordre des Prêtres; il revêt, après les autres insignes, une chape violette, et prend la mitre. Assisté des ministres en aube, c'est-à-dire, du Sous« Diacre et du Diacre (celui-ci en étole), le Célébrant fait la bénédiction des cinq grains d'encens qui doivent être fixés au cierge pascal. Pendant cette bénédiction , un Acolyte prend des charbons bénits, et les met dans l'encensoir. Après l'oraison, le Célébrant, ayant pris l'encens dans la navette, le met dans l'enr censoir et le bénit, selon l'usage; puis il asperge trois fois les grains d'encens , ainsi que le feu , en disant : Asperges me j etc. , et les encense trois fois. Anciennement, la bénédiction du feu nouveau se faisait trois jours avant Pâques, d'après le témoignage d'anciens auteurs liturgistes.

Le pape Zacharie, élu en 741 , raconte que TËglise romaine avait coutume de tirer le feu nouveau de la lampe qui était cachée^ depuis le Jeudi saint ^ en un lieu retiré^ et qui était réservée à cet usage dans le sanctuaire Sancia sanctorum. On tirait encore le feu d'un cristal ou d'un béryl ; ou bien , avee un briquet y on le faisait jaillir d'une pierre ^ pour signifier que Jésus- Christ, la pierre angulaire, la lumière indéfectible, était venu allumer en nous le feu de la charité. Le P. Joseph Richa , dans ses Notices historiques des églises de Florence , tome 3 , raconte que le Prieur de Sainte-Marie so'pra Porta j que l'on nomme aussi saint Biagge , tira du feu de trois pierres du saint sépulcre de notre Seigneur, qui se conservent en cette église, et qui furent données par Pazzo de Pazzi à la seigneurie de Florence , lorsqu'il revint de la fameuse expédition de Godefroi de Bouillon, où il commandait les troupes toscanes, et que ce feu fut procèssionnellement porté à l'église de Saint-Jean. Nous ne devons point omettre deux autres anciens rites : le premier consistait à consacrer , en ce même jour du Samedi saint , dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran , sept autels que l'on préparait dans les sept régions ou quartiers de la ville; l'autre était une offrande de lait et de miel , qui se faisait dans la même basilique.

Lorsque le Célébrant a aspergé l'encens et le feu , il se rend à la sacristie, dépose la chape violette, et prend les ornements de même couleur pour la messe. Le Diacre se revêt de la dalmatique, de l'aube et du manipule, tandis que le Sous-Diacre prend la chasuble violette repliée. Sortant de la sacristie avec ses ministres, il entre dans la chapelle et s'assied sur le fauteuil : là , le Diacre lui présente l'encens , qu'il met dans l'encensoir-^t qu'il bénit ; ensuite le Sous-Diacre prend la croix , et avec le Diacre et les autres ministres on va chercher les cinq grains d'encens et le roseau dit iricereo *, à la chapelle Pauline , pour retourner à la

* C'est ua roseau de quatre à cinq pieds de hauteur , orné de fleurs et de rubans blancs , au sommet duquel sont placées trois bougies disposées en forme de triangle.

( 301 ) Sixtine dans Tordre qui sera décrit. Borgia y dans son livre De cruce Velitemâj donne la description de certaines croix de cire blanche bénite , qne le clergé de Velletri porte le dernier jour des Rogations.' Dans la composition de ces croix entraient les restes des trois cierges qui^ en ce jour du Samedi saint, sont placés sur les trois pointes du roseau dont nous venons de parler. Cet auteur rapporte que, selon Topinion du peuple, ces trois cierges figurent les trois Maries, c'est-à-dire, les deux Maries et Salomé. Les liturgistes ont préféré y voir une allusion au mystère de la très-sainte Trinité : quoique toutes les trois aient concouru à la résurrection de Jésus-Christ, cependant la réunion de l'âme et du corps est spécialement attribuée au Verbe.

Procession à la chapelle Pauline. — Bénédiction do cierge pascal.

Deux Massiers ouvrent la marche j ils sont suivis par deux Acolytes : Fun porte un petit bassin de vermeil , où sont les grains d'encens, et l'autre l'encensoir. Viennent ensuite le Sous-Diacre, portant la croix ; le Diacre , portant le trtcereo. Un Maître des cérémonies , ayant à la main un petit cierge bénit , allumé au feu nouveau, marche à la gauche du Diacre; deux autres Acolytes sont à côté de lui. Le Diacre, arrivé à la porte de la balustrade, baisse le tricereo^ et le Mattre des cérémonies allume un des trois cierges. Après l'avoir relevé, il fléchit le genou, ainsi que l'assis* tance, excepté le Sous-Diacre, qui porte la croix; et le Diacre chante seul ces paroles : Lumen Chrisii; le chœur répond : Deo grattas. Le Diacre étant entré dans la chapelle, on allume de la même manière le second cierge du iricereOj et il répète comme la première fois, mais d'un ton plus haut : Lumen Christi; on fléchit encore le genou. Devant le tréne, on allume le troisième cierge, et, élevant la voix, il répète les mêmes paroles. On fait la troisième génuflexion; le chœur répète toujours : Deo grattas.

Le Diacre remet à un Acolyte le trtcereo ; il se place à côté du Célébrant, et après lui avoir fait bénir l'encens, il se met à genoux, tenant le missel, lui demande la bénédiction, et va au.

( SOS ) lieu désigné^ du câté de Tépitre^ chanter YExuUet^ appelé encore Prœconium paschale j magnifique cantique attribué à saint Augustin et à saint Ambroise y ou à saint Léon l.^ Il a a sa droite le Sous-Diacre avec la croix, et le Thuriféraire; deux Acolytes sont à sa gauche, Fun tenant le (ricereOj et l'autre le bassin, avec les grains d'encens bénits.

Le cierge pascal , qui rappelle la colonne de feu qui guida le peuple hébreu dans le désert, représente plus spécialement le véritable conducteur des chrétiens voyageant en ce monde , et aspirant, après leur pèlerinage, à la véritable terre promise, où Dieu lui-même sera leur récompense. On peut dire aussi que cette apparition du cierge pascal allumé, est un symbole de l'animation du corps du Sauveur quand il sortit du tombeau , comme les cinq ouvertures pratiquées dans ce cierge rappellent les cinq blessures faites à son corps sacré.

Les bénédictions sont en particulier réservées, soit aux Évèques, soit aux Prêtres; celle du cierge pascal seule est dévolue au Diacre, revêtu de blanc comme l'Ange qui annonça la résurrection, tandis que les officiers de l'autel portent encore la couleur violette, rappelant ainsi la douleur et les craintes des Apôtres et des Disciples. On connaît la pensée de saint Augustin sur le ministère de l'Ange qui annonça aux pieuses femmes la résurrection du Sauveur : c'est par une femme que la race humaine succomba ; c'est par une femme vierge que s'est opérée la rédemption ; et c'est par les femmes que fut connue et proclamée la résurrection : c'est un ministre inférieur de l'Église qui annonce cette même résurrection et bénit le cierge. De même que les Apôtres n'embaumèrent pas le corps du Sauveur , mais bien les simples Disciples ; de même aussi c'est un Diacre , représentant ces mêmes Disciples , qui place dans le cierge pascal les cinq grains d'encens, considérés comme le symbole de l'embaumement du corps du Sauveur.

Aux paroles Curvat imperia, le Diacre fixe au cierge pascal les cinq grains d'encens , en forme de croix ; et aux paroles ignis

( 303 ) accenditj il allume le cierge avec une des trois bougies du tricereo. C'était une ancienne coutume de Forner de fleurs et de guirlandes^ et d'inscrire, soit au milieu de ses ornements, soit sur la cire même y Tannée de la résurrection du Sauveur.

Quand le cierge a été bénit , on le laisse allumé au lieu même où la bénédiction a été faite, auprès du pupitre, du cAté qu'occupent les Cardinaux-Diacres , et le roseau ou iricereo allumé est placé du côté de Févangile, auprès de l'autel. On allume réguliè* rement le cierge pascal à toutes les messes et vêpres solennelles, jusqu'à l'Ascension, et, en ce jour, on l'éteint après l'évangile. Anciennement, dans certaines églises, on éteignait un des trois cierges du iricereo à la fin de la seconde messe, poi:r figurer la mort temporelle de la seconde personne de la sainte Trinité, laquelle mort est symbolisée par la consommation des espèces sacramentelles. Le Diacre, après avoir quitté les habits blancs, prend les ornements violets , et va se placer à côté du Célébrant , qui s'asseoit sur un fauteuil placé sur le marchepied de Fautel , du côté de répttre. Il a la figure tournée vers le trône , et reste sur ce siège jusqu'à ce que l'on ait chanté les douze prophéties.

Lecture des prophéties.

Le dernier Chantre , averti par un Maître des cérémonies qui se tient auprès de lui, entre dans le presbytère de la chapelle; il fait la génuflexion devant l'autel, et devant le Pape, s'il est présent. Le Célébrant et les Cardinaux saluent; et, placé en face de l'autel , ce Chantre commence la lecture de la première prophétie , d'un ton grave et d'une voix distincte. Quand la leçon est terminée , il va baiser les pieds du Pape. Pendant le chant de la prophétie, le Célébrant, assis sur le fauteuil, la lit à voix basse, et quand elle est finie il se lève. Dès qu'il est arrivé à l'autel , il chante l'oraison , avant laquelle le Diacre dit : Fleciamus genua; le chœur répond : Levaie ; ce qui s'observe à toutes les autres oraisons , excepté à la dernière. Le Chantre qui a lu la première prophétie, se retire après avoir fait les génuflexions, et aussi-

( $0U ) tôt celui qui le précède immédiatement entre pour réciter la deuxième leçon, et ainsi de suite jusqu'à la douzième. Le chœur répond à toutes les oraisons : Amen. Après la quatrième et la onzième, les contralli entonnent le trait qui accompagne ces leçons, et le chantent gravement.

Anciennement, la première de ces prophéties était récitée en langue grecque, et puis on la répétait en latin. Ânastase, dans la Vie de Benoit Illj en l'année 855, mentionne cet usage pour le Samedi saint et la veille de la Pentecôte. On récitait même, en ces jours, difTérents psaumes et autres prières dans les deux langues, ainsi que l'atteste le premier Ordo romain, composé avant le neuvième siècle. Amalarius, qui vivait en 812, rapporte souvent avec éloge ce rit antique, let y joint plusieurs belles réflexions , surtout dans le chapitre 2 , De divmis offidù.

On vit reparaître cet ancien rite sous Benoit XIII, créé pape en 1724. Ce Pontife, dans la première /bncaon du Samedi saint qu'il célébra , voulut qu'un Élève du collège Grec lût la première prophétie en cette langue , après qu'un Chantre de la chapelle en eut fait la lecture en latin. On nomma la veille de la Pentecôte, pour la même raison, le Samedi des douze prophéties j non qu'il y en eût douze pour ce jour-là , mais parce qu'on comptait la répétition grecque des six prophéties récitées en latin.

Après le chant de la douzième prophétie, le Célébrant dépose la chasuble , et se prosterne avec ses ministres devant l'autel. Pendant ce temps, deux soprani, à genoux au milieu de la chapelle^ ayant devant eux un escabeau , entonnent les grandes litanies des saints. Au verset Propitius estOj les ministres assistants se lèvent pour se rendre à la sacristie et se revêtir d'ornements blancs. Ib retournent à la chapelle avec le Prêtre-Assistant, au moment où l'on chante le verset Peccatores, te rogamuSj avdi nos. Le Cardinal-Célébrant se lève à ces paroles, va à son fauteuil, où, s'étant assis, il se revêt des ornements pontificaux de couleur blanche : si déjà le Pape était entré dans la chapelle, portant

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la chape et l'étole roQge^ il déposerait ces deax vêtements sacrée, et en prendrait de couleur blanche.

Pendant ce temps ^ on alhmie les ciei^es de Fantel, placés sar les six chandeli^^ de yermeil; on allume pareillement les cierges de h balustrade; on enlève da tr6ne da Pape le voile de soie violette qui recouvrait la draperie de lames d'argent^ brodée de fleurs d'or, dont ce trône est habituellement orné; on dte aussi de Tautel la garniture violette, au-dessous de laquelle se trouve le parement blanc. Les Maîtres de la chambre et les Gamériers des Cardinaux entrent dans la chapelle pour ôter à ceux-ci leurs chapes violettes et les revêtir de leurs chapes rouges. Quand, après la fondions ces mêmes Cardinaux quittent le manteau rouge , quoiqà^b portent la soutane et la ceinture violette , ils prennent néanmoins la manielletta et la mosette rouges. Par la même raison, lorsque les Cardinaux retournent à leurs palais, au lieu de l'ombrelle violette que portent leurs gens en se rendant à la fonction^ ils reprennent Tombreile rouge.

L'Église, après avoir déposé ses habits de tristesse, se revêt de ses ornements de fête, et montre la joie que lui cause la résurrection de son époux, par le son des cloches, les chants d'allégresse, des illuminations, et autres manifestations de joie et de triomphe. Elle se réjouit aussi de cette sainte filiation des nouveaux adorateurs en Jésus-Christ, qu'elle appelle dans ses temples^ où , selon l'ancien rit , ses ministres confèrent le saint baptême , et elle recommande à ses enfants de méditer encore sur les souffrances du Sauveur, d'honorer son glorieuï sépulcre, afin de partager la gloire de sa résurrection.

I dumtée àtwA le Pape. — Un Inditeiir de rote ainonee au Pontife l'Alleluia.

Les litanies des saints étant terminées , le Pape vient dans la chapelle, revêtu de la chape, et portant la mitre lamée d'or. Arrivé an pied de Fautel , il la dépose, commence le psaume Judica, et fait la confession , ayant à sa gauche le Célébrant. Ce dernier monte à l'autel , le baise , et attend que le Pape soit sur son trône,

( 306 ) où le Pontife, après avoir reçu TobédieDce des Cardinaux-Ëvàqaes, met dans Tencrasoir l'encens^ qui lui est présenté par le premier Cardioal-Prètre y et aussitôt le Cardinal-Célébrant encense Fautel. Il est encensé à son tour par le Diacre, et le Pape par le pre* mier Gardinal-Prètre, après que les Cardinaui: de son ordre et les Cardinaux-Diacres ont rendu Tobédience. Les Chantres exécutent le Kyrie '^ en plain-chant pendant cet encensement. Le Célébrant se rend à son siège, et entonne solennellement le Gloria in excehis DeOj que les Chantres de la chapelle continuent en chant 6guré. Pendant que des employés de la Floreria enlèvent le voile violet qui recouvrait la tapisserie représentant la Résurrection de Jésus-Christ , qui orne l'autel , les Gardes- Nobles relèvent leurs épées, qu'ils tenaient baissées; les Massiers pontîBcaux relèvent en même t^nps leurs masses d'argent Les mortiers de la Garde-Suisse retentissent au-dehors, l'artillerie du château Saiot-Ânge fait entendre des salves , et les cloches sont mises en branle , après avoir été muettes dqmis la messe du Jeudi saint.

Un décret de la congrégation des Rites veut qu'en cette matinée on découvre les images et les tableaux , soit pendant le Gloriaj soit après l'office. Après l'hymne angélique, que les Évèques seuls disaient autrefois les jours de Noël et de Pâques, le Cardinal-Célébrant dit l'oraison, et, quand le Sous-Diacre a chanté l'épttre, un autre Sous-Diacre Auditeur de rote, vêtu d'une tunique blanche, accompagné d'un Maître des cérémooies, fait d'abord une génuflexion à l'autel, et ensuite se rend à la dernière marche du trône, où il dit à haute voir : Pater sanciBj annuntio vobis gaudium magnum , quod est Alléluia. Le Sous-Diacre, après avoir baisé le pied du Pape, retourne à la sacristie. Le nM)t liébreu Alléluia, qui signifie /ottfjs Dieu, fut prononcé par Moïse sur le mont Sinaï, quand le Seigneur lui apparut; saint Jean l'évangéliste entendit , dans Ule de Pathmos,

* Yoy. la note t7 , première partie.

( 307 ) les anges qui chantaient YÀUeluia^ en se tenant dans Fattitode de l'adoration devant la majesté divine. C'est ainsi qoe les chrétiens, ont été instruits à r^éter en rhonneur du Seigneur cette acda^ mation de louange.

Quand on a annoncé au Pape ce chant d'allégresse, que l'Église ne redisait plus depuis qu'elle était entrée dans la sainte carrière de la pénitence, le Célébrant chante YAUelitia trois fois , en haussant successiv^nent la voix d'un ton, et chaque fois les Chantres répondent en contre-point, et ne font la cadence ânale qu'à la troisième fois. Les deux plus anciens soprani mtonnent ensuite le verset Confitemini Domino. Le trait Ltmdale^ qui doit être prolongé jusqu'à ce que le Diacre soit parvenu au lieu où il doit chanter l'évangile, est chanté alternativement par quatre Chantres à voix de soprano. Le Pape met l'encens dans l'encensoir, et le Diacre, après avoir reçu la bénédiction ordi* naire, va chanter, sans acolytes et sans thuriféraires, l'évangile où saint Matthieu raconte la résurrection de Jésus-Christ L'Église mêle ce signe de demi à son allégresse , afin de rappeler mystiquement que si notre Seigneur est ressusdté, il n'est pas encore néanmoins apparu. Après l'évangile , le Cardinal-Prêtre assistant encense le Pape pour la seconde fois.

En ce jour on ne chante ni Credo, ni offertoire, ni motet, afin d'imiter le silence des femmes qui allèrent avec des parfuma au sépulcre : c'est là l'explication que donnent de ce rit quelques liturgistes. Le Célébrant, revenant à l'autel , continue la messe, reçoit la bénédiction du Pape, qui ensuite met l'encens dans l'encensoir, et b.énit l'eau, que lui présente le Sous-Diacre, à genoux , en disant : Benedicile^ Paier sancte. Le Cardinal-Célébrant ayant encensé l'autel , est encensé lui-même par le Diacre, qui porte aussitôt l'encensoir au premier Cardinal-Prêtre , et celui-ci encense le Pape pour la troisième fois. Le Sacré-CoUége, la pré. lature , le Prince assistant, les magistrats romains, le Maître du Sacré-Hospice , et les autres dignitaires, sont successivement encensés. Le chœur répond au Dominus vobiscum et à la préface; il

( 308 } chante le SanetuSj et omet YAgnus Dei '*'. On ne donne pas la paix en ce jour y parce que le Christ ne s'est point encore manifesté^ et ne Favait pas donnée à ses Disciples. On peut dire aussi que Tomission de YAgnus Dei fait allusion au silence des femmes qui n'avaient pas cru au divin Rédempteur ressuscité.

Nous lisons dans Martène qu'anciennement, en diverses églises, le Samedi saint il y avait communion du clergé et du peuple; Ailleurs c'était le Jeudi saint ou le Vendredi saint y comme on Ta dit plus haut. C'est ce qui fut cause qu'on laissa tomber en désuétude l'usage de lire la passion de saint Matthieu , qui est marquée pour le dimanche de Rameaux; celle de saint Luc pour le Jeudi saint y et celle de saint Jean pour le Vendredi saint y afin de consacrer plus de temps à cette communion générale, comme le remarque le cardinal Tommassi. On trouve dans le Bvdlaire dei Dominicains, tome 8, la concession faite par Innocent XII ^ le 8 Juin 1692, relative « à trois messes que l'on pouvait célébrer, le Samedi saint, dans la chapelle de Notre-Dame d'Âtocha, au couvent des Franciscains de Madrid ; de tribus missù in Sabbato sanclo celebrandis in sacellu S. M. de Atocha, mcUritensis cœnobiiy fralrum Prœdicatorum ». Saint Pie V avait précédemment défendu de célébrer la messe et la fonction conformément aux anciens rites , dont nous avons fait mention dans la nuit du Samedi saint. Il existe un décret de Pie VI, en l'année 1780, confirmant celui de la congrégation des Rites , par lequel il est accordé au Duc de Parme la faculté de faire célébrer la messe et les autres fonctions du Samedi saint dans la ville même de Parme ,

* On peut voir dans les écrivains liturgistes à quelle époque fut introduite cette tou chante invocation au divin Sauveur, véritable Agneau de Dieu, qui efface les péchés des hommes. A cause des troubles qui affligèrent TÉglise on substitua les paroles da nobis pacem , à la formule miserere nobis, au rapport du pape Innocent III. Cet usage prévalut dans toute la chrétienté : une seule églbe , celle de Saint-Jean-de- Latran, a retenu Tancien rit , et les trois invocations Agnus Dei y sont terminées par les paroles miserere nobis. Le diacre Jean , chanoine de cette basilique , a écrit que cette église étant comme Timage du ciel , ceux qui prient dans ce temple , le plus saint de la terre i semblent déjà en possession de cette paix éternelle qui est Tapanage des élus. ^iV. du T.J

( zm )

peudant la nuit du Sanicdi saint y pourvu que Ton évite les incofi'* vénients qui avaient déterminé le pape saint Pie V à en faire la défense. Nous lisons , en outre , que Calixte III , le 9 Mars 1457 9 avait accordé aux religieux Servites la permission de célébrer Tunique messe de ce jour, à deux heures après midi *, dans leur église de FAnnonciation de Florence, et dans celle de Sainte- Marie de la grande rue de Bologne. Mais ce privilège ayant été étendu dans la suite, en vertu de diverses concessions pontificales, aux autres couvents du même ordre , saint Pie V suspendit Fusage de ce privilège, comme le raconte le P. Archange Giani, dans ses Annales de l'ordre des Servites.

Fin de la messe. — Chaot des v^res.

Après la commum'on on omet la postcommunion ^*, afin d'iu"tercaler , pour ainsi dire , les vêpres dans la messe elle-même. L'antienne Alléluia est entonnée par le plus ancien des soprani; deux autres entonnent le psaume Laudate Dominum, omnes génies j que le chœur reprend en faux-bourdon. Après le psaume, les deux anciens soprani entonnent le Magnificat de Luc Marenzio. Pendant que le chœur chante Fantienne, le Pape met Fencens dans Fencensoir, qui est porté ensuite au Célébrant; celui-ci encense Fautel, et, sans mitre, reçoit ensuite Fencens des mains du Diacre ; ce dernier porte Fencensoir au premier

* Uo seul jour dans rannée , le saint sacrifice de la messe est offert , à Rome , dans Taprès-midi ; nous voulons parler de la messe célébrée à quatre heures du soir, le Samedi saint , dans l'église Sainte-Marie-Egyptienne , par TÉvéque arménien catholique , assisté du clergé de sa nation. Malgré la différence des rites , c^est la même hostie que Ton immole et le même Dieu que nous adorons. Le costume oriental du clergé et des chrétiens d'Arménie , leur langue , leur chant , donnent un intérêt tout particulier à cet office , qui reporte Timagination dans de lomtaines régions où le Christianisme fut autrefois si florissant»

* * L'omission de la postcommunion rappelle, an dire des auteurs liturgistes, Tusage où Ton était généralement de ne point donner ce jour la communion au peuple. Il est plus raisonnable de penser que celte omission et toutes celles déjà remarquées de plusieurs parties de la messe , s'expliquent par la nécessité où Ton était d'abréger l'office du matin , à cause du grand nombre de catéchumènes , d'adultes et d'enfants à qui on administrait le saint baptême. fN. du T,J

( 310 ) Cardinal-Prëtre^ qui encense le Pape. Le Diacre, après a^oir encensé le premier Gardinal-Prétre et les deux Diacres assistants, commence Tencensement du Sacré-CoUége. Le Gloria Patri est chanté après que les Cardinaux-Prêtres ont été encensés , et le Diacre alors s'incline yers l'autel, au milieu de la chapelle, jusqu'à Skut erat , que les Chantres ne finissent qu'après l'encensement des Cardinaux-Diacres. On répète encore l'antienne Vespere autem sabbati; et enfin , lorsque le Célébrant a dit DomintAS vabiseum, auquel le chœur répond, et qu'il a récité l'oraison, le Diacre chante It€j missa estj ÂlMuia, Atteluiaj et les Chantres répondent, en chant figuré : Deo gratias, Alléluia, Alléluia.

Après cet Allehia solennel, Sa Sainteté donne la bénédiction ordinaire ; le Célébrant publie l'indulgence de trente ans , parce qu'il n'y a pas eu de discours prononcé. Le Pape descend du trdne, s'agenouille sur son prie^lieu ; il sort de la chapelle, et se rend dans la salle des Parements pour quitter ses habits sacrés : là il se couvre du camauro blanc, s'il a l'habitude de s'en servir; il prend la mosette de damas blanc, bordée d'hermine , et la porte jusqu'au samedi de la semaine de Pâques. Ses mules ou sandales sont pareillement blanches , avec une croix d'or : le premier Aide de la chambre les lui met dans l'appartement contigu à la salle des Parements , après que le second Maître des cérémonies lui a ôté la falda. Si, pendant le temps qui s'écoule jusqu'au samedi suivant , le Pape doit sortir et visiter quelque église, il prend l'étole blanche.

CbapeUe papale du saint jour de Pâques.

C'est le jour de toutes les joies spirituelles et des espérances ûmnortelles qu'inspire aux chrétiens la glorieuse commémoration de la résurrection de Jésus-Christ. L'Église^ qui^ pendant la semaine destinée à célébrer les mystères du Calvaire^ était restée triste et solitaire^ comme une mère à la mort de son fils unique, quitte ses habits de deuil , et appelle tous ses enfants à partager les sentiments qui l'animent.

A Borne, c'est la fête catholique par excellence, que le peuple et les grands, le clergé et la cour pontificale, célèbrent avec le plus de solennité. Dès l'aurore de ce jour, si grand parmi 1^ chrétiens, l'artillerie du château Saint-Ange annonce la fête; de gigantesques bannières, aux couleurs pontificales, flottent sur les remparts de ce château ; les fidèles remplissent les temples , et le peuple, en habits de fête, se rend à saint-Pierre, où le concours des pèlerins et des étrangers est immense. Les Prélats, les Ambassadeurs, les Cardinaux , dans leurs noiagnifiques mais sévères équipages , arrivent, les uns dans la basilique, les autres au Vatican , pour faire partie du cortège qui doit accompagner le Pape.

La fête de ce jour est appelée le Grand jour j le saint dtmanche de Pâques, la Solennité des solennités j etc. Cette auguste festivité est célébrée par le souverain Pontife, au milieu de toutes les pompes ecclésiastiques , dans la basilique de Saint-Pierre du Vatican. C'est à cause de la grandeur et de la majesté de ce temple, et parce que les cérémonies y sont accompagnées de plus d'ordre et de- splendeur, qu'il a été choisi, non-seulement pour

( 312 ) la fête de Pâques^ mais encore pour les imposantes cérémonies du couronnement des Papes ^ des canonisations^ de la fête de saint Pierre et saint Paul , et de Noël. C'est donc à Saint-Pierre du Vatican que le Pape officie en ce saint jour de Pâques, quoique Sixte-Quint eût déterminé que la fonction devait être célébrée à Saint Jean-de-Latran , où devait aussi être donnée la bénédiction papale. Plus anciennement, la solennité pascale avait lieu à Sainte-Marie-Majeure, où, dès les temps les plus reculés, la station de ce jour est marquée. Encore même aujourdliui on y chante les vêpre& solennelles de la fête , auxquelles assistent les. Cardinaux»

Nous avons décrit, d'après Galletti, au commencement decet ouvrage ( pag. 8 ) , quelques-uns des anciens rites usités dans, k célébration de la fête de Pâques, quand le Pape allait en ce jour célébrer les saintes fondions à Sainte-Marie-Majeure. Depui& long-temps Fusage des stations étant tombé en désuétude, le cérémonial usité autrefois a été abandonné.

La Chapelle papale solennelle du jour de Pâques a été tenue plusieurs fois par le souverain Pontife dans les palais apostoliques. Pie VII et Grégoire XVI ont eu officié dan» la chapelle Pauline du Quirinal;

Nous avons également fait connaître (pag. S8 ) le cérémonial qui précède la fonction j et les officiers et dignitaires qui commencent à remplir les devoirs de leur charge, soit en se rendant dans les appartements du Pontife à l'heure de la cérémonie , soit en l'accompagnant dans la salle des Parements pour y prendre ia> faldaj l'aube, l'étole, la chape, le formai précieux et la tiare. Dans les Chapelles solennelles, ces divers insignes lui sont présentés par des Prélats qui se tiennent à genoux ; les Cardinaux- Diacres en revêtent le Pape, et le premier Cardinal-Diacre lui met la triple couronne : ainsi revêtu, le Pontife met l'encens dans l'encensoir, et le bénit.

Les Cardinaux , arrivés au Vatican , accompagnés de leur cortège de galttj que nous avons décrit (pag. S5), se revêtent , dans

( SIS ) la salle Ducate, des ornements sacrés propres a teur ordre : \e» Évèques^ prennent la chape et le formai précieux; les Prêtres^ la chasuble ; les Diacres ^ la dalmatique; les Archevêques et Ëv6ques assistants et non assistants, la chape; les Prélats orientaux revêtent les ornements prescrits par leurs rites ; enfin , tous les dignitaires prennent ou la cape , ou le costume qui leur est particulier.

Les Maitres des cérémonies du Pape portent le surpfa's, la soutane et la ceinture rouges; dans les fonctions ordinaires ^ ils portent la soutane et la ceinture violettes. Le cortège commence à se mettre en marche quand le Pape a béni Tencens; il sort de la salle Ducale ^ traverse la salle Royale, où le Pape monte sur la sedidj descend par l'escalier Royal , et arrive dans le portique de la basilique.

En décrivant la cérémonie du couronnement du Pape (p. 83 ), nous avons fait Fénumération des officiers, prélats, dignitaires el personnages énunents de la cour romaine composant le cortège imposant qui précède et accompagne le souverain Pontife à son entrée solennelle dans la basilicpie de Saint-Pierre. Une partie des troupes pontificales occupent, sous les armes, les avenues du portique et la nef de la basilique jusqu'à l'autel de la Confession. Les Gardes-Suisses, les Gardes-Nobles et les Généraux des troupes pontificales, en grand costume , font leur service auprès du Sacré- Collège et du Pape.

Le Chapitre de Saint-Pierre , ayant à sa tète l'Ârchiprètre- Cardinal , en cape fourrée d'hermine , reçoit Sa Sainteté sous le portique : le Pape bénit le Chapitre. Au défilé du cortège devant la statue de Constantin , les tambours battent aux champs , les cloches de la basilique et les trompettes des Gardes-Nobles se font entendre. Le Pape franchit le seuil de la grande porte du temple : ce moment a quelque chose d'imposant et de solennel que l'ou ne saurait décrire. A l'entrée du Pontife dans la basilique , les Chantres de la chapelle entonnent l'antienne Tu es Peirus, En passant devant la chapelle où le Saint-Sacrement est exposé, tous

( 814) les personnages qui composent le cortège fléchissent le genou. Le Pape descend de la sediaj le Cardinal-Diacre lui ôte la tiare, et Sa Sainteté se met & genoux sur son prie-dieu , couvert de damas et de coussins blancs ; les Cardinaux ôtent leur mitre , et font avec le Pontife leur adoration. Après Ta voir terminée, la procession continue sa marche vers le maitre-autei. Le Pape entre dans le. presbytère par le côté de l'épitre, et il descend de la sedia devant le marchepied du maitre-autel , où il se met à genoax sur un prie-dieu. Après une courte oraison^ il mcmte sur le trône de tierce.

La disposition des lieux est la même que celle que nous avons décrite pour la cérémonie du couronnement; seulement^ comme le Pape, à cette dernière solennité, a chanté tierce dans la chapelle de Saint-Grégoire , où il s'est revêtu de ses ornements sacrés, le petit trône, appelé aussi le trône de tierce, n'a pas été élevé dans le presbytère du côté de Tépttre, coaime dans les solennités de Pâques, de saint Pierre et de Noël; il est orné de draperies de velours rouge, mais sans baldaquin; le dosaer est d'étoffe d'argent k grandes rosaces d'or, décoré des armes de Sa Sainteté; les coussins sont de même étoffe. Les divers dignitaire occupent sur leurs bancs respectifs la place que nous avons fait connattre.

Dès que le souverain Pontife s'est assis sur son fauteuil, portant la mitre précieuse, et assisté de deux Cardinaux-Diacres, le Sacré -Collège vient rendre son obédience. Les Cardinaux tiennent en main leur mitre blanche, où ils mettent leur calotte rouge, saluent l'autel, et viennent individuellement baiser la main au Pape ; ils font les révérences ordinaires , redescendent du trône , et reviennent à leurs bancs , où ils restent debout jusqu'à ce qu'ils aient tous rendu leur hommage. Aux Cardinaux succèdent les Archevêques et Évêques assistants et non assistants, qui font la génuflexion sur le palier du trône, et baisent le genou du Pape; à ceux-ci, les Abbés mitres et les Pénitenciers, qui baisent, à genoux, les pieds du Pontife: ils font trois génuflexions,

( M5 ) la première en montant au trône, la deuxième a la dernière marche, et la troisième après leur obédience^ et ensuite ils reviennent & leurs places.

Cette cérémonie^ qui consiste, comme on le voit, à rendre au vicaire de Jésus-Christ Fhommage dû à sa haute dignité , étant terniinée, le Cardinal-Diacre ùte la mitre à Sa Sainteté, qui^ debout, entonne tierce par les paroles ordinaires^ Deus, m adjuh ioriumj etc. ; les Chantres continuent. Le Pape se rassied ^ lit les psaumes et fait la préparation & la messe. Quand les psaumes sont terminés, le Pontife entonne Fantienne Hœc diesj et, debout^ il dit Dominus vobtscum, et termine par Toraison , le Benedica^ mus^ auquel deux soprani répondent , et par le verset Fidelium animœ^ récité à voix basse. Le Pape se lave les mains pour la première fois, d'après le cérémonial déjà décrit :1e Prieur de» Chefs de quartier ou le Maître du Sacré-Hospice est conduit à la crédence du Pape par un Auditeur de rote et un Clerc de la chambre; TÉchanson pontificat, en habit de ville ^ met sur les épaules de ce dignitaire un voile de soie bfanche , garni de dentelles d'or, qu'il assujettit, à Faidede rubans, devant sa poitrine; il lui remet l'aiguière de vermeil L'Échanson donne ensuite à FÂuditeur de rote le linge bordé de dentelles, posé sur le bassin de vermeil; enfin le Clerc de la chambre prend le grémiat blanc qui doit ceindre le Pape pendant qu'il se lave les mains. Précédés de deux Massiers, ils se rendent au trône de tierce, où, à genoux sur la plate-forme, le Prieur des Chefs de quartier ou le Maître du Sacré-Hospice, sans épée, verse l'eau; l'Auditeur de rote présente le linge ; les Massiers sont restés à genoux sur la dernière marche. Le Clerc ayant repris le grémial, ces officiers reviennent à la crédence, et vont à la place qu'ils occupent en Chapelle. Le Pape est ensuite revêtu de ses ornements sacrés par les ministres , et dans l'ordre que nous avons fait connaître ( pag. 92 ). Nous ferons seulement remarquer que \epalltufn dont le nouveau Pontife est décoré au pied de l'autel, conune nous l'avons vu le jour de son couronnement, est placé sur ses épaules

( 316 ) immédiatement sur la chasuble, par le Cardinal-Diacre d'office, qui l'assujettit avec les trois épingles* enrichies de diamants , dont nous avons parlé. C'est après que le Cardinal-Évèqiie assistant a mis au doigt du Pape Fanneau pontifical , que Sa Sainteté bénit l'encens , et descend du trône de tierce , où il ne remonte plus.

Le Pontife est précédé du Doyen des Votants de signature , thuriféraire; des sept Acolytes, portant les chandeliers; du Sous* Diacre Auditeur de rote, portant la croix; du Sous-Diacre latin, marchant entre le Diacre et le Sous-Diacre grecs , et portant le livre des évangiles , dans lequel est renfermé le manipule qui sera plus tard attaché au bras du Pape. Vient ensuite le Cardinal- Diacre, suivi du Cardinal-Évêque assistant. Le Pape est assisté des deux Cardinaux-Diacres , et de deux Auditeurs de rote, qui soutiennent à droite et à gauche les bords de la faida ,. et du premier Maître des cérémonies ; il est suivi de deux Camériers secrets assistants, qui soutiennent l'extrémité de la falda et la

* En décrivant les cérémonies du couronnement , nous avons vu le Pontife recevoir pour la première fois le pallium. Il a été dit que les trois épingles employées à le fixer sur la chasuble , étaient comme un emblème des trois clous qui servirent aa cnidûement du divin Sauveur. Les écrivains ecclésiastiques ne sont pas d'accord sur ^e nombre de ces clous : les uns en admettent trois , les autres quatre. Ceux-ci admettent comme nécessaire un support ( suppedaneum) , fixé à la croix , sur Tequel reposèrent les pieds adorables du Sauveur crucifié ; ceux-là le rejettent. L'imposante autorité de Benoit XIY semble rendre probable Topinion qui admet les quatre clous ; disons cependant qu'elle n'est autre que celle de Grégoire de Tours, qui n'est pas à l'abri de toute critique. L'opinion la plus répandue en Italie , le plus grand nombre d'auteurs anciens , comme les plus anciennes représentations du Sauveur en croix , font croire que notre Seigneur y fut attaché avec trois clous seulement. On peut voir les crucifix qui sont dans la collection des antiquités chrétiennes du Vatican. Quant au suppedaneum, les peintres semblent d'accord avec le plus grand nombre des écrivains pour l'admettre : ils prétendent que les mains n'eussent pu supporter , sans se déchirer , le poids du corps. Au point de vue anatomique , nous croyons celte opinion peu fondée : à part la solidité des tissus , la résistance du système osseux , et le point d'appui que les extrémités du corps devaient trouver dans les clous qui fixaient les pieds à la croix , il faut compter pour beaucoup encore la résistance provenant de la contraction musculaire générale des suppliciés qu'on y attachait pleins de vie , et sans doute que le divin Sauveur ne fiit pas mieux traité que le plus criminel d'entre eux. f^\ du T, )

( 317 ) queae de la soutane; du Doyen de la rote^ Custode de la mitre usuelle; des Patriarches, des Archevêques et des Évèques assistants au trAne. Ce cortège se dirige vers le grand trdne , et le Pape vers rextrémité du banc des Cardinaux-Diacres, où se tiennent debout les trois derniers Cardinaux-Prêtres. Ceux-ci s'avancent vers le Pontife, et, lui faisant une profonde inclination, ils sont admis Fun après l'autre à lui baiser le visage et la poitrine, ou bien au double embrassement Cet usage, usité seulement aux messes pontificales, rappelle les rois Mages quand ils allèrent adorer Jésus enfant, selon finterprétation d'Innocent IIL Les deux baisers figurent les deux natures de Jésus-Christ , que les Mages reconnurent dans le divin Enfant : le liturgiste Chiapponi donne cette explication. D'autres auteurs reconnaissent dans ce baiser un témoignage solonnel de la charité que notre Seigneur a prêchée lorsqu'il a dit : « Si , offrant votre présent à l'autel , TOUS vous souvenez que votre frère a quelque chose contre vous y laissez là votre offrande , et allez vous réconcilier premièrement avec lui, et puis vous reviendrez présenter votre offrande ». On explique aussi d'une manière symbolique un autre ancien rite , qui rappelle celui que nous rapportons ici , et d'après lequel le Primicier de l'école des Chantres, lorsqu'il rencontrait le Pape sortant de la sacristie, lui baisait, comme nous l'avons vu, l'épaule droite, pour rappeler que les anges annoncèrent aux bergers la naissance de Jésus^^lhrist (8).

Lorsque les trois Cardinaux sont revenus à leurs stalles, le Pape dirige sa marche vers le baldaquin , et s'arrête au pied de l'autel : là le Cardinal-Diacre lui ote la mitre. AussitiU le Pontife commence le psaume IrUroibo et fait la confession. Cependant les Prélats portant Fencensoir et les chandeliers, les posent sur la crédence et vont à leurs places. La croix est placée du cdté de Févangile , auprès de FAuditeur de rote chargé de la porter. Le Cardinal-Évêque assistant se tient à la droite du Pape; à sa gauche est le Cardinal-Diacre d'office : ceux-ci répondent au Pape. Les Cardinaux assistants se tiennent derrière , ainsi que tous les

( S18) autres personnages dont nous avons parlé, cpii récitent le Confia ieor, à& même que tout le clergé. Quand le Pape dit Xlnâulgenr tiam, le Sous-Diacre d'office, qui était à genoux du côté de Févangile , lui met le manipule au bras gauche. En attendant , les Chantres cmiralii entonnent Tintroït , et ensuite le psaume Domine, frohasti me, qu'ils répliquent jusqu'à ce que le Pape soit monté & l'autel. En ce moment l'on chante le Gloria Patri; le Pape et tous ses assistants inclinent la tète. Après hSiciU erat on répète l'introït et on commence le Kyrie, eleison. Le Pape baise l'autel au milieu, ainsi que le livre des évangiles, que lui présente le Sous-Diacre. Il met l'encens dans l'encensoir, soutenu par le Cardinal-Évèque, et il fait l'encensement de l'autel. 11 reprend ensuite la mitre , et il est encensé par le Cardinal-Diacre : ce dernier est ensuite admis à baiser la joue gauche et la poitrine du Pontife, ce que font après lui les deux autres Cardinaux assistants.

Après l'encensement, le Pape va de l'autel , où reste le Cardinal-Diacre, placé au côté de l'épttre, au grand trône, surmonté d'un baldaquin , dont nous avons assigné la place. Le baldaquin est composé d'une immense draperie de velours rouge avec galons et franges d'or; il est suspendu par des cordons d'or, que soutiennent des anges pareillement dorés. D'autres anges tiennent en main les clefs et la tiare. Les courtines sont ornées des armes du Pape, et le fond , de lame d'argent , est enrichi de fleurs d'or semblables a celles qui décorent l'étoffe des coussins du siège. Les deux côtés du trône sont parés de damas rouge k galons et à franges d'or. Le Pape se rend & ce grand trône , accompagné du Cardinal- Évèque , des Cardinaux-Diacres assistants , des Auditeurs de rote, qui soutiennent les bords de la falda, et des Camériers secrets, qui tiennent l'extrémité , ainsi que des Patriarches , Archevêques et Ëvèques assistants au trône : là , debout et sans la mitre , que garde le Doyen de la rote, le Pontife lit Fintroït ; puis il dit avec les assistants le Kyrie, et continue la messe d'après les rites que nous avons décrits. Nous ne mentionnons ki que ceux

qae nous n'ayons pas fait connaître , ou qui sont propres à la fête.

C'est ainsi qu'un peu ayant le chant de la préface^ deux Mahtres des cérémonies vont avertir les deui derniers Cardinaux* Diacres, et, les précédant, ils les accompagnent au pied de l'autel. Les deux Cardinaux, montant les degrés, se placent, l'un à droite, l'autre à gauche, du côté de l'épitre et de l'évangile, et, tournés du côté de la croix dans l'attitude la plus respectueuse, ils gardent cette position jusqu'à ce que , avant la communion , le Pape quitte l'autel , rappelant ainsi les deux anges qui se tenaient auprès du sépulcre du Sauveur, ressuscité d'entre les morts.

Le Pape chante l'oraison dominicale ; mais lorsqu'il entonne le Per omnia secula secularum^ le chœur ne répond pas Amen , parce qu'en ce même jour de Pâques, d'après une ancienne tradition , 'pendant qu'un souverain Pontife célébrait la messe à Saint-Jean-de-Latran , les anges répondirent du ciel Amm. C'est en commémoration de ce prodige , que les Chantres ne font pas la réponse ordinaire. On prétend que ce pape était saint Grégoirele-Grand. On ajoute que ce même Pontife, un jour qu'il célébrait la messe dans la basilique Libérienne (Sainte-Marie-Majeure), après avoir dit fax Domini sit semper vofri^nim j un ange lui répondit : Et cum spiritu iuo. Adami , adoptant l'explication donnée par Innocent III , dans son livre des Mystères de la messe j nous dit que cet Amen signifiant la plainte des fidèles sur la mort du Sauveur, et ce jour étant celui de l'allégresse excitée par la résurrection de Jésus-Christ, on ne le prononce pas, afin de ne pas rappeler la tristesse de ce douloureux sacrifice.

Dans les deux messes pontificales que le Pape célèbre à Noël et à Pâques , il a coutume de donner la communion à tous les Cardinaux-Diacres, aux nobles laïques qui font partie de la Chapelle, aux Ambassadeurs qui s'y trouvent , et aux Légats de Bologne et de Ferrare. Dans ces deux solennités le Cardinal*Diacre d'office revient au trône pour chanter le ConfUeor, en se tenant à la gauche du Pape, qui est debout, la tête découverte; il s'incline

( B20 ) vers le Pontife aux mots et tibij Pater. Le Pape diante ensuite Foraison Mtsereatur et Indulgenttam ; le chœur répond Âmen, et Sa Sainteté bénit les assistants par un simple signe de croix. Le Diacre retourne à l'autel , prend le ciboire , qu'il montre au peuple et au Pontife, comme il l'a fait pour l'hostie et le calice; puis il le remet au Sous-Diacre , qui le porte au Pape. Pendant le trajet de ce dernier, le Pontife, les assistants et la Garde- Noble fléchissent les genou:x. Ensuite deux Auditeurs de rote montent au trône , pour tenir devant le Pape un voile étendu , devant lequel s'agenouillent les Cardinaux-Diacres assistants^ pour Caire la communion , après avoir baisé l'anneau du Pape , ce que font aussi tous les autres communiants. Après les Cardinaux assistants, les autres Cardinaux-Diacres montent au trûne, et après eux le Prince assistant , le Sénateur , les trois Conservateurs de Rome, le Prieur des Chefs de quartier et le Mattre du Sacré- Hospice. On lit dans Gattico (Acta cœrem., pag. 42), qu'au jour de Pâques le souverain Pontife administrait la commuDion à tous les Cardinaux-Diacres, auxquels il donnait la main à baîaer» et qu'il admettait ad osculum orù; chacun d'eux se reoduit ensuite à l'autel : « Ad sumendum Christi sanguinem de ffuum diaconi Cardinaliêj qui in missa servivit^ et illis cum colêmo^ quem tenet m manu dextera^ in calice Christi sangumem mmth trot y dicendo : Sanguis D. N. J. C. custodiat animam tuam in vitam œternam. Amen. Quo dicto per eum^ redpii ipêùfwa quemlibet communicantmm per ordinem ad . osculum paeis; et guum omnes communicantes Sanguinem sumpserint^ dietus Cetrdinalis Diaconus dat calamum ad sugendum ab utroque capite Suhdiacono, etposteà calicem ad sumendum aliudj quod n^parest y de sanguine Christi »• Mabillon , dans son Commentaire^sitr les Ordo romains j rapporte ce qu'on lit dans le Spieûe^iwH de d'Achery : (c Urbanus VL anno iSlSpestsuàm m Vai. bas. coronationem omnes Diaconos Cardinales sua manu pretioeo cm^ pore et sanguine Christi communicavit , sicut de more Pmi^um stmper fuit ». ,- ^

Nous savons que le pape Alexandre VI , élu en 1492 j ayait ecmtume^ au jour de Pâques^ de communier, non-seulement les Cardinaux, mais tous ceux qui se présentaient, sans distinction j et Borchard raconte que, dans une circonstance où il y avait un nombre très-considérable de communiants, une bostie tomba sur le payé. (On peut consulter plusieurs ouvrages , tels que ceux de Rooca, où Ton trouve de savantes explications sur ce rit, ainsi que sur les antiquités ecclésiastiques en général )

Ostennoo des reliques.

Après la càrémonie, le cortège papal se reforme tel qu'il avait accompagné le souverain Pontife se rendant de la salle Ducale à la basilique; mais le Sous-Diacre latin , ni les Diacre et Sous- Diacre grecs n'en font point partie , non plus que le Votant de signature thuriféraire. Deux chandeliers , au lieu de sept, sont portés auprès de la croix. Le Pape, monté sur la tedia^ couvert du grand dais flottant, que l'on soutiait autour de lui , des Camériers portant les flabelles de chaque côté, s'avance vers un prie-dieu recouvert de draperies blanches, et situé au miUea de la grande nef. Deux bancs couverts de tapis et garnis de coussins sont réservés aux Cardinaux, que leurs Doyens respectifs conduisent aux places qui leur sont assignées. Le Pape, arrivé k son prie-dieu, dépose la tiare, et vénère les reliques majeures de la Croix, de la sainte Face et de la Lance. Elles sont montrées, comme le jour du Vendredi saint, par un Chanoine de Saint-Pierre, en étole et en gants rouges, assisté de deux autres Chanoines, en surplis et en rochet. Chacune de ces ostensions est indiquée par le son de deux clochettes. Le Chanoine bénit le peuple avec ces reliques, mais seulement aux ^x angles de la k^e ou galerie, et non point au milieu, comme cela se pratique toujours quand le Pape n'est pas présent, m rnukfeUaiii Pontificiœ reverentiatn.

L'ostension des reliques en ce jour n'est pas accompagnée de la distribution des oraisons An(^ octUçs , comme nous l'avons vu

( 322 ) pour celle da Veodredi saint Les Cardinaux y assistent dans l'ordre qui a été décrit^ et au niilieu d'eux se tiennent^ le long de la nef y tous les autres personnages de la Chapelle. Après avoir adoré les saintes reliques ^ le Pape reprend la tiare, monte sur la sedia, et, précédé de son cortège, il se rend par le vestibule de la basilique et le grand escalier Royal , au balcon ou loge de la Bénédiction, qui est ornée comme au Jeudi saint. Les Cardinaux, les Évoques et les Abbés, couverts de leurs mitres, marchent devant le Pape.

Bénédiction solennelle *.

Après Fadoration des saintes reliques, le Pape, comme on Fa déjà vu, accompagné des Cardinaux et des Prélats , se rend dans la salle de la Bénédiction , au-dessus du portique de Saint- Pierre , sous lequel s'ouvre un large balcon , appelé tribune ou loggia, richement décoré pour la cérémonie. Le souverain Pontife arrive, précédé de la croix , au milieu des flabelles et des insignes de sa suprême autorité, majestueusement entouré des Cardinaux, Patriarches, Archevêques et Ëvèques, et de tous les hauts digninitaires de la cour Pontificale. Dès que le Pontife apparaît , le silence le plus profond règne sur la place, et parmi ces spectateujrs qu'anime alors une seule pensée. Le Pape , toujours porté sur k sedia , s'avance accompagné des Cardinaux assistants ; il se place sur la partie saillante de la tribune : il porte l'étole, b chape brochée d'or et la tiare précieuse.

Le Pontife qui parait aux yeux de cette multitude est le successeur de celui à qui il fut dit, il y a plus de dix-huit siècles, par le Fils éternel de Dieu , qu'iV était pierre , et f u« $ur cette pierre il bâtirait son Église, et que les portes de l'enfer ne prétaudraientpas coiUre elle; qu'il lui donnerait les defs dit rojfaume du ciel; que tout ce qu'il lierait sur la terre serait délié dans U ciel; que tout ce qu'il délierait sur la terre, y se^mt aussi délié.

Voyez la note 19 , faconde partie.

C'est le succesfleur de celai è qui il fat dit encore : Sinum, voyez: Satan a désiré vous avoir, afin qu'il pût vous cribler comrhe h hlé; mais j'ai prié pour vous, afin que votre foi ne défaillit pas; ti vous, étant une fois converti, confirmez vos frères. D lui fut dit enfio de paître non-seulement les agneaux, mais encore les brebis.... Au milieu de cet imposant appareil , le peaple demande la bénédiction du Pontife dans ce joor mémorable , comme autrefois Abraham désirait la recevoir de Melchisédech.

Le Pape, avant de bénir son peuple, récite , assis, les prières que nous avons fait connaître (pag. 113). Un Ëvèque assistant, à genoux , tient le livre , et un autre le cierge.

Le Pontife donne la bénédiction selon le cérémonial qui a été décrit pour le jour du couronnement. Les personnages distingués des deux sexes sont admis à considérer ce spectacle imposant , que la plume ne saurait décrire, du haut de la galerie qui est à gauche du grand vestibule de la basilique. Cette galerie a été, depuis peu de temps , agrandie et embellie ; une partie est des*tioée aux princes et aux ambassadeurs.

Après la bénédiction, \Amen est solennellement répété quatre fois. La multitude fait entendre de vives acclamations^ la masi-. qoe des régiments exécute de brillantes fanfares, les cloches de ^ SaintpPierre et Tartillerie du château Saint-Ange annoncent qoe« le Pontife vient de bénir son peuple.

Les deux Cardinaux assistants lisent , Fun en latin , l'autre en italien, les formules de Findulgence plétiière accordée aux 6dèles qui ont reçu la bénédiction papale dans les dispositions convenables. Ces formules, imprimées, sont jetées à la foule, qui assiège les avenues du portique.

Le Pape, après avoir encore donné une bénédiction particulière avant de quitter le grand balcon , se rend dans la salle des Parements, où il dépose les habits sacrés pour reprendre la mosette et rétde blanche. Il quitte la faida dans un cabinet contigu, ainsi que les mules brodées et les bas de la messe pontificale, pour reprendre les chaussures nsaelies de couleur blanche. Enfin^^pré-^

( "4 ) cédé de la croix pootiâcale^ le Pape retourne dans ses apparte* ments, suivi du même cortège qui Tavait accompagné de la salle des Pareroaits à la salle Ducde. Aussitôt que le Pape est sorti de la loge de la Bénédiction^ les Cardinaux et les autres Prélats quittent leurs habits sacrés^ qu'ils remettent à leurs Camériers, et , accompagnés de leurs Maîtres de chambre et de leurs Caudataires^ ils descendent le grand escalier , et arrivent à la colonnade^ où les attendent leurs équipages de cérémonie.

Anciennement^ quand le Pape avait donné la bénédiction solennelle y il revenait y porté sur la sedia, à la chambre des Parements y et les Cardinaux déposaient la chape , la chasuble et la dalmatique , excepté les trois Cardinaux-Diacres , qui prenaient la barrette rouge ^ au lieu de la mitre. Les autres Cardinaux prenaient leur barrette rouge et leur manteau de même couleur, et accompagnaient le souverain Pontife /mais non pas cc^légialement ; c'est-à-dire y en n'observant pas le cérémonial marqué pour les Cardinaux réunis. La croix était portée par un Auditeur d& rote en cape^ mais sans Acolytes céroféraires. Lorsque le Pape était arrivé à la chambre des Parements , et après qu'il avait quitté les habits pontificaux^ il recevait du Cardinal-Doyen^ au nom du Sacré-Collége, les joyeuses félicitations pour Yhewreuse Pâque. Le Pontife les accueillait par des expressions de bicaveillance et de remerctment Le Mattre de la Chapelle pontificale demandait au souverain Pontife s'il voulait qu'on exécutât des concerts avec accompagnement d'orgue pendant le repas qu'il allait prendre. Si la réponse était affirmative y chacun des Chantres recevait une coupe de vin et un bisantin ( monnaie ancienne )^ Jusqu'à ces derniers temps y les Chantres ont reçu un agneau et des vivres de la table pontificale, ainsi qu'un doublon (pièce de monnaie), à titre de récompense. Adami nous fournit eesdétails dans ses Observations. Il y fait aussi mention des vêpres chantées par les Chantres de ladite Chapelle pontificale, dans la saUe qui précède les chapelles secrètes des palais apostoliques, au saint jour de la résurrection de notre Seigneur.

Le Pape n'assiste publiquement h aucune cérémonie rellgieusa dans l'après-midi du jour de Pâques. Le Sacré-ColIége se rend , en cortège de galdj dans la basilique Libérienne de Sainte-Marie- Majeure ; où y comme on Fa dit , avait lieu autrefois la fonction. Après les vêpres solennelles^ les Cardinaux vont à Saint-Jean de Latran vénérer les tètes des bienheureux Apâtres.

Les vêpres capitulaires^ célébrées dans la basilique Vaticane^ sont précédées de la procession dite des trou Maries; elle rappelle le pèlerinage des trois saintes femmes au tombeau du Sauveur.

Le jour de Pâques^ TÂumânerie apostolique fait distribuer des secours a tous les pauvres qui se présentent au Vatican. Comme aux fêtes de Noël y d'abondantes aumônes sont distribuées à tous les prisonniers^ et des secours à domicile sont portés aux famillqs^ les plus nécessiteuses de Rome. Des captifs détenus dans les fersi sont mis en liberté; on imite ainsi la clémence du divin Sauveur^ dont l'apparition dans- les limbes fut un signal de liberté pour les j.ustes^ qui attendaient le bienfait de sa résurrection. Il n'est personne ainsi qui ne trouve dans la célébration des grandes fêtes chrétiennes un motif de se réjpuir.

Les fêtes religieuses sont , à Rome ^ des fêtes populaires y et Iç. jour de Pâques^ consacré à la. plus grande solennité catholique^ l'est aussi par l'expression naïve des sentiments de foi et d'allé^ gresse qui animent la population. On célèbre la résurrection du Sauveur ; comme la fête de la grande famille chrétienne. Dans les académies et dans les réunions littéraires^ on décerne des couronnes aux auteurs des meUIeurs discours et pièces de vers en Fhonneur de Jésus-Christ ressuscité^ où l'on célèbre les conquêtes et les bienfaits de la Religion^ et les triomphes de l'Église.

La magnifique illumination de la coupole de Saint-Pierre ^ qui est telle qu'aucune autre capitale ne saurait présenter aux regards étonnés des voyageurs un spectacle semblable^ et le feu d'artifice tiré sur le château Saint-Ange^ dans lequel divers emblèmes , d'ingénieuses devises rappellent que la Religion consacre aussi ces réjouissances publiques ^ ne peuvent être que mentionnés ici^

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Chapelles papales de FoctaTe de Pâques.

Elles se tiennent dans les chapelles des palais apostoliques: le cérémonial usité ne diffère point de celui que nous avons fait connaître; il faut en excepter celle du samedi m Albùj dont nous allons bientôt parler.

Cest un Cardinal-Prëtre qui chante la messe, dans la chapelle Sixtine, le lundi de Pâques. Le Pape y assiste, et, d'après on privilège accordé par Clément XI, en 1716, c'est le Procureur- Général des Minimes qui, en habit de religieux, prononce le discours d'usage, et annonce l'indulgence de trente ans.

Le lendemain , c'est encore un Cardinal-Prêtre qui chante la messe , et un Élève noble du collège Nazaréen , qui , en cape violette, prononce le discours. En 1788 , Pie VI ne tint point ce jour-là Chapelle papale au Vatican, k cause de la fête de l'Annonciation de la sainte Vierge; il fut la tenir à Féglise de la Minerve.

XVIlï.

Chapelle papale du samedi la Albis. — Béaédicliaa des ^us Dei.

On a voulu voir dans l'usage qu'a conservé l'Église de distribuer, sous le nom d'Agnus^ de petites médailles de cire, comme un souvenir de la coutume où étaient les Romains d'envoyer à leurs clients de petits présents également en cire; ou y a vu aussi

( 327 ) un souvenir de ces petites figures de cire qu'Hercule eoseigDa aux Italiens à sacrifier à la place des victimes humaines qu'ils immo^ laient à Saturne. Ces signes y auiquels les païens attachaient des vertus surnaturelles , se retrouvent y chez les Grecs comme chez les Arabes^ sous différents noms. L'Église, dans sa sagesse, a voulu sanctifier ces anciens usages , qu'il eût été difficile d'abolir, et, à l'exemple de Moïse, qui reproduisit dans les cérémonies hébraïques quelque chose du culte égyptien , les souverains Pontifes ont adopté et sanctionné plusieurs coutumes que le paganisme laissait aux hommes désabusés. C'est ainsi que l'eau bénite rappelle l'eau lustrale , et au lieu de ces superstitieuses amulettes qu'on portait attachées au cou sous le nom de BidlcB, quand elles étaient rondes , comme un signe de liberté, les chrétiens, s'ar* mant de la croix , portent sur eux le signe auguste de la rédemption, ou quelques reliques de saints, usage qui remonte à des temps reculés : il était généralement répandu à Antioche , au rapport de saint Cbrysostôme, et a Rome, où l'image de plusieurs martyrs se voyait dans la boutique des artisans y gravées sur des pierres précieuses , ou peintes sur la muraille. On lit même , dans plusieurs endroits de Thistoire ecclésiastique, que les chrétiens de la première ËgUse , particulièrement dans les temps de persécution, portaient sur eux le Saint-Sacrement dans une petite boite suspendue à leur cou. Mais l'emblème h plus répandu dans la société chrétienne naissante, était l'image du Sauveur sous la figure d'un agneau ou sous celle du bon pasteur. C'est, en effet, l'Agneau qui est venu effacer les péchés du monde, ou le Pasteur qui donne sa vie pour ses brebis.

Dès sa naissance , l'Église , dans quelques-unes de ses cérémo^ nies, s'est servie d'huile et de cire. Chaque catéchumène, après le baptême, sacrement qne TÉglise conférait tous les ans avec solennité à la fête de Pèques, recevait un cierge; on lui faisait goûter du lait , du miel et du vin ; on suspendait a son cou une bulle de cire bénite, représentant l'image de l'Agneau de Dieu: c'étaient autant de symboles de la vie nouvelle qui s'ouvrait devant

( 328 ) lui, et de cette liberté des enfants de Dieu dont fl allait jouir* Plus tard y le baptême des enfants en bas âge rendit de |dus en plus rare celui des catéchumènes adultes ; mais les souverains Pontifes voulurent perpétuer la distribution des médailles de cice^ autant en mémoire des victoires de l'Église, que de l'adoption des catédiumènes en qualité d'enfants de Dieu. VOrdo romam de saint Gélase I/% en 494 , cité par Baronius, rapporte la coutume où étaient les Papes de distribuer au peuple les Agnus Dei bénits par eui. Léon III envoya à Charlemagne un Agnm Dei enchâssé d'or et enrichi de pierreries , en 798. Le cardinal Bellarmin ; le docte Âlcuin, précepteur de Gharlemange; Âmalarius , Onufre, Panvinius; Guillaume Durand, évèque'de Mende; Suarez, évèque de Vésone, et plusieurs autres auteurs, parlent de la céré^ monie de la bénédiction des Agnus^

Cérémonie de la Bénédiction.

Le Pape, la première année de son pontiâcat, et à chaque période de sept années, a la coutume de bénir les Agnus Dei, de cire blanche et de forme ovale, représentant, d'un côté, l'image du Sauveur sous la figure d'un agneau qui tient l'étendard de la croix, et de l'autre cAté, la ^re de quelque saint. C'est la veille ou l'avant-veille du samedi in Albis que se fait cette bénédiction , le plus souvent dans la salle Clémentine du Vatican. Le prélat Sacristain a soin de disposer tous les objets nécessaires à la cérémonie. C'était lui qui, avec ce qui restait du cierge pascal de Tannée précédente, confectionnait les Agnus, en ajou^ tant suffisamment de la cire. Aujourd'hui ce sont les religieux Cisterciens de Sainte-Croix de Jérusalem qui les préparent; mais les Papes accordent à leur Sacristain le privilège d'en bénir en particulier, quand ils le jugent convenable, pour satisfaire à la piété des fidèles, et ceux-là ne peuvent être l'objet de la cérémonie que nous décrivons. Revêtu de l'amict, de l'aube, de la ceinture, de l'étole de damas blanc, et de la mitre lamée d'argent, enrichie de perles, le Pape bénit d'abord l'eau contenue dans ua

( 3M ) grand bassin d'argent; ensuite il verse dans le même bassin^ en forme de croix, da baume et du saint-chrème, en récitant les oraisons marquées dans le Rituel romain. he»^Agnu8 Dei lui sont présentés dans un grand bassin d'ai^ent à surface plate> et , après avoir récité les oraisons Deus omnium , Domine Jem , O Abne spùritus etc. , il les encense ; il s'asseoit sur un fauteuil , et on lui remet la mitre. Les Camériers présentent à Sa Sainteté les AgnuSj qu'elle plonge dans le bassin d'eau bénite. Les Cardinaux, ceints d'un grémial de fin lin, les en retirent, et les donnent à divers Prélats domestiques, qui les portent sur de grandes tables couvertes de nappes , où ils sèchent. Le Pontife se relève, et achève les prières de la bénédiction. On replace ensuite les Agnm dans le grand bassin d'argent à grande surface. On chante Fhymne Ad regias agni dapes, et , après VExaudiat nos, omnipotenSj Sa Sainteté donne la bénédiction.

Cette cérémonie, qu'on appelait aussi le baptême des Agnus^ puisque, au dire de Panvinius, elle a comme succédé au bapt^e des catéchumènes, se continue le lendemain , suivant la quantité des médailles de cire à bénir ; mais elle doit être toujours finie le vendredi , pour qu'elles puissent être distribuées dans la Chapelle papale du lendemain , qui se tient à la chapelle Sixtine : un Car^ dinat-Prêtre y dit la messe, et proclame ensuite Findulgence de trente ans : il n'y a point de sermon ce jour-là.

Après la communion du Célébrant , les Maîtres de chambre et les Camériers des Cardinaux apportent à Leurs Éminences les habits sacrés, dont ils se revêtent à leurs places. Les autres Prélats se rendent dans fa sacristie pour déposer leurs chapes violettes; ils prennent la eoita, qu'ils portent sur le rochet : à la prélature se réunissent les Pénitenciers de Saint-Pierre , en chasuble de damas blanc , portant leurs bonnets carrés noirs. Le Pape , assis sur son trâne, revêtu de la chape blanche , et la mitre lamée d'or sur la tête , bénit l'encens. Ensuite deux Massiers, l'Acolyte thuriféraire , doyen des Votants de signature ; le Sous-Diacre de la Chapelle , portant la croix au milieu de deux Acolytes ; le Sou&-

( 330 ) Diacre apostolique^ Auditeur de rote^ vêtu de la tunique blaoche^ et deux Chapelaios du commun^ précédés de la Garde-Suisse , se rendent dans la chapelle Pauline. Là le Sous-Diacre apostolique trouve , sur une table convenablement omée^ le grand bassin d'argent dans lequel sont les Agnus bénits , enveloppés et liés par des rubans de soie violette; il prend le bassin^ et le cortège rentre dans la chapelle Siitine : l'assistance fléchit le genou y et le Sous- Diacre portant le bassin dit à haute voix , en s'adressant à Sa Sainteté : Pater saiicte, isti sunt Agni novelli qui annvuuiaverunt vohis Alhluia y modo venerunt ad fontes j repleti sunt claritate,^ Alléluia : le chœur répond Deo gratias. Alléluia. Arrivé au milieu du presbytère, le Sous-Diacre répète les mêmes paroles; il les répète une troisième fois au pieds du Pape , le chœur répond Deo gratiasy Alléluia; et aussitôt il monte sur le palier du trône. Le souverain Pontife commence alors la distribution des Agnus, d'abord aux Cardinaux, qui viennent les. recevoir , debout, dans leurs mitres, baisant ensemble la médaille, ainsi que la main et le genou du Pape; aux Patriarches, Archevêques et Évêques assistants et non assistants, qui viennent les recevoir dans leurs mitres et à genoux, baisant les AgntAs et le genou de Sa Sainteté; ensuite au Commandeur du Saint-Esprit, aux Abbés mitres, qui présentent aussi leurs mitres et baisent les pieds du Pape; aux Pénitenciers, qui les reçoivent dans leurs bonnets, et baisent également les pieds du Pontife; enfin aux autres dignitaires qui, dans Tordre établi , comme nous l'avons vu pour la distribution des cierges bénits et des palmes, sont admis à recevoir ces médailles de cire de la main du Pape. En 1722, deux princes de la maison de Bavière reçurent en Chapelle deux Agnus de la main d'Innocent XIII. Lorsqu'il y a à Rome^ ou dans la tribune princière de la Chapelle, des souverains catholiques, le Çamérier secret Secrétaire d'ambassade va leur offrir, au nom du Pape, des Agnus bénits. Benoit XIV se conforma a cet usage, ep 1739, à l'égard de Jacques III, roi d'Angleterre. La distribution des Agnus terminée, le souverain Pontife se

( 331 ) lave les mains d'après le cérémonial plusieurs fois décrit , et le» Camériers lui aient le grémial dont on Favait ceint avant la cérémonie. Après la messe ;, le Pape revient dans la salle dei Parements , et Tàssistance quitte la chapelle. Si Sa Sainteté ne pouvait point elle*mème distribuer ces Agnuê , le Célébrant la remplace y et on observe le cérémonial usité dans la Chapelle de la Purification , lorsque le Pape ne fait pas la distribution des cierges.

Premières vêpres el Chapelle papale de FAscensiott.

C'est dans la chapelle du palais apostolique qu'on chante ces premières vêpres. Benoit XIII les fit chanter^ en 1725 , dans la basilique de Latran. On observe le cérémonial que nous avons fait connaître pour la célébration des premières vêpres de l'Epiphanie; la seule particularité que l'on remarque^ c'est que le tableau de l'autel représente \A%cen%iim du Sauveur, et que les Cardinaux quittent ce jour-là leur camail fourré d'hermine.

La Chapelle papale du lendemain^ fête de l'Ascension, se tient quelquefois dans les chapelles des palais apostoliques où réside le Pontife. Sixte-Quint avait ordonné qu'elle se tiendrait dans l'église Vaticane; mais l'usage semble avoir prévalu de célébrer la cérémonie dans la basilique de Latran , où le Pape se rend en cortège de ville, et les Cardinaux avec leur carrosse de suite et leur livrée de gala. Le Pontife , en chape blanche et mitre d'or , porté sur la sedia, précédé du cortège tel que nous l'avons décrit pour fête de la Chaire de Saint-Pierre , sort de la sacristie de la basilique , et, après avoir adoré le Saint-Sacrement à l'autel du Crucifix , il se rend à son trôna Un Cardinal-Évêque célèbre la

( 3») messe, et le bref qui lui en donne la permission est fité à Que colonne du baldaquin. Jusqu'à ces derniers temps, c'était un Prêtre séculier qui prêchait eu Chapelle; mais Pie VII j en 1807^ accorda aux élèves du collège Capranica le privilège de prononcer ce jour-là le discours en Chapelle papale. Après que le Diacre a chanté Févangile , on éteint le cierge pascal , pour indiquer la séparation de Jésus avec ses Apôtres et son Ascension glorieuse; on enlève aussi les deux palmes bénites qui décoraient la salle des Parements depuis le dimanche des Rameaux. A Toflertoire les Chantres pontificaux exécutent le motet de Palestrina, VtW Galileœ.

Après la messe , le Pape et le Sacré-Collége vénèrent les précieuses tètes des Apôtres Pierre et Paul, exposées sur le grand tabernacle du baldaquin. Ensuite , précédé de toute la prélature et des Cardinaux, portant la tiare et assis sur la sedia^ le Pontife se rend dans la galerie du portique de la basilique, où, du haut da balcon, il donne au peuple, réuni sur la place, ta solennelle bénédiction , en observant les rites que nous avons déjà fait connaître en décrivant la même cérémonie pour la fête du couronnement dn nouveau Pape et pour le jour de PAques.

On annonce, après la cérémonie, l'ouverture de l'atinée sainte, sous le portique du Vatican , si Tannée suivante concourt avec le grand jubilé : la Chapelle papale a lieu, dans ce cas, dans It basilique Saint-Pierre.

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Premières vêpres 9e la Pentectte. — Chapelle papale du lendemain.

C'est toujours dans les chapelles des palais apostoliques qu'on célèbre les offices de la Pentecôte. La tapisserie de Fautel représente la Descente du Saint-Esprit sur les Apôtres; et, après le capitule, le souverain Pontife descend du trône et se place devant son prie-dieu : il demeure à genoui pendant que Ton chante l'hymne Veni^ Creator.

La fête de la Pentecôte s'appelait autrefois Pascha rosata ( Pâque rosée ) , parce que dans beaucoup d'églises on jetait , du haut de la voûte, des roses sur les assistants. A S^int^efn* âe*Latran , pendant le chant du Veni, Creator, retentissent .4^ trompettes , pour rappeler le bruit qui précéda la descente du Saint-Esprit sur les Apôtres , dont l'Église célèbre, la mémoirÇe Autrefois la station avait lieu à Sainte-Marie des Martyr^ , le dimanche avant la Pentecôte : les Pontifes s'y rendaient en pompe; on y célébrait la messe du Saint-Esprit, pendant laquelle on jetait, par l'ouverture de la coupole, des roses sur l'autfj et sur Fassistance.

Anciennement , la Chapelle papale de la Pentecôte était tenue dans les basiliques , surtout à Saint-Pierre. En 1725 , Benoit XIII assista à la cérémonie, qui eut lieu à Saint-Jean-de-Latran. Maintenant, comme cm l'a dit, la fonction a lieu dans la chapelle Six-, tine , où les Cardinaux se rendent accompagnés de leurs carrosses de suite et de leurs livrées de gala. Le Pape entre en Chapelle comme le jour précédent; mais il porte la tiare, et autrefois il. s'y rendait sur la sedia. C*est un Cardinal-Évêque suburbicaire qui chante la messe. A X Alléluia, chanté par des hautesH^ntres^

( ZU) le Pontife va à son prie-Dieu; le Cardinal-Diacre lui Aie la mitre, et on entonne le verset Vent, sancte Spiritus. En vertu Jone concession de Clément XIV, c'est un Élève du collège de la Propagande qui prêche ce jour-là en Chapelle papale.

Les premières vêpres de la Trinité , de même que la Chapelle papale du lendemain , ne présentent aucune circonstance particulière : on se conforme au cérémonial que nous avons fait connaître.

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Premikes lèpres pour la fête du Corpus Somiui.

C'est dans la chapelle Sixtine que Ton chante tes prémièrei vêpres solennelles de cette fête^ alors même que les Papes babtferaient le palais Qairinal Le Sacré-Coll^e et toute la préiature assistent à la cérémonie. Le Pape, en chape brodée d'argent, portant la mitre précieuse, entonne les vêpres; Toffice se tient d'après le cérémonial accoutumé. On voit le tableau représentant la Cène eucharistique; le devant d'autel est de couleur blanche, et les tentures du trône sont d'étoffe lamée d'argent.

Pendant que Ton chante ces premières vêpres, le prélat Ha-» jordome , à qui est dévolue la surveillance des lieax où l'on oélèbre les fonctions pontificales , revêtu de la mantelUîta et àm rochet, va visiter les lieux que la procession dcii parcourir le len<^ demain, s'assurer de leur décoration, et des dispositions qui sont prises pour la marche du cort^e. Ce Prélat, assisté du Omih mandant de place , est accompagné par des soldats de la Gardé* Suisse, des Carabiniers pontificaux , du Baiîisimda ^ àes Mes^ siers, du Fourrier majeur, d'un Maître des cérémonies, des Chapelains du commqn, du Florim, du Sou»*Fourrier,' def

( 336 ) Bussolanli, et des artistes du palais apostolique. Descendant par la salle Royale , il visite le vestibule , la galerie des Suisses , la colonnade qui lui est contiguë , la place Rusiicuciy la colonnade op* posée, entre dans le portique de la basilique, et, de là, dans Féglise, où il se rend à lautel de la Confession, et, après avoir adoré le Saint-Sacrement dans la chapelle de ce nom , il rentre dans le palais apostolique , où il attend la fin des vêpres dans la salle des Parements.

■<>i»8inîl8fmiWffil»»I»l!»8»8H«llilHW!g!î!îl»!»mîtl»I8i8^

Chapelle papale. — Procession solennelle du Corpus. — Origine de la Ble-

L'Église catholique rend plus particulièrement tous les ans un hommage de reconnaissance et un tribut de foi et d'adoratipp au corps sacré du Sauveiu*, au jour marqué pour célébrer les triomphes eucharistiques. Quoique, le Jeudi saint ^ l'Église consacre la mémoire de ce repas céleste dans lequel le Rédempteur se donna loi-même pour servir de breuvage et de nourriture aux fidèles , néanoioins, comnoe elle s'occupe dans ce jour à pleurer ses souf* frances et sa ooort, elle ne pouvait rendre au corps sacré de Jésus-Christ l'hommage particulier qui lui est dû.

La céleste vision, en 1230, de la bienheureuse Julienne de Slont-Corneillon , reUgieuse hospitalière de Liège, en Relgique, si lélée pour le culte eucharistique; l'assentiment des théologiens et des évèques de cette contrée; celui de Jacques Pantaléon^ natif de Troyes, en Champagne, archidiacre de l'église de Liége^ évâque de Verdun, patriarche de Jérusalem, pape sous le nom d'Urbain IV; le célèbre miracle de Bolsène, en 1264; celui de Daroca, au royaume de Valence^ dans la même année; enfin, Vhérésie oaissapte de I^renger, qui osait nier )a pr^oce réelle

( 336 ) da corps et du sang de Jésus-Christ sous les espèces du paio et du vin y contre laquelle FÉglise tout entière voulut protester : telles sont les principales circonstances auxquelles les écrivains ecclésiastiques attribuent Forigine de la fête du Corpus.

Urbain IV ordonna ^ par sa constitution Transilurus^ du 8 Septembre 1263^ que la fête du mystère eucharistique serait célâbrée dans tout le monde chrétien le jeudi après roctavë de la Pentecôte. Ce Pontife, dans sa religieuse sollicitude , chargea saint Thomas d'Aquin , alors professeur de philosophie à Qrviette, de composer Foffice de la nouvelle fête. Quelques écrivains ont pensé que les prières de la messe et la prose Lauda, Sion^ étaient de saint Bonaventure, qu'Urbain lY avait associé au doctenr angélique.

Néanmoins, ce culte si ardemment désiré s'affaiblit après la mort d'Urbain IV, arrivée le 2 Octobre 1264. Mais Clément Y, dans le concile général de Vienne, en France, tenu en 1311, d'accord avec tous les Pères, en ordonna la stricte pratique par son décret Si Domtnum de reliquiù, confirmé par Jean XXII, son successeur immédiat, et par Urbain VI , qui ordonna la câébralion de cette fête , même dans les églises frappées d'interdit Martin V, confirmant de son autorité la nouvelle fête établie, décida dans sa bulle IneffabUe sacramenlum (BtdL rom., tom. 3^ part. 2 ) qu'elle serait suivie d'une octave , pratique paiement recommandée par Eugène IV , dans sa constitution ExceïlefUih simum corporis» Ces deux derniers Pontifes engagèrent tous les chrétiens à célébrer cette fête, en accordant les nombreuses indulgences qu'ils y attachèrent. (Racolla di orazwni epte opère per le quali sono state accordait le sacre indtdgenze; Rom. , 1834.) Rien ne fut négligé pour que , dans toutes les églises de la chrétienté, ce jour, appelé justement par le concile de Trente le Triomphe de la foi sur V hérésie ^ fut solennisé avec pompe. ( On peut consulter les nombreux écrivains qui traitent de l'institution et des rites sacrés de cette fête. )

Quant à l'institution de la procession , quelques auteurs prêtée-

^nt^ avec Paovioias^ qu'il faut Fattribopr à Urbain IV; d'autres veulent que ce soit à Jean XXII , en 1 316, Urbain n'ayant parlé, dans sa bulle TransùiiruSj que de la fête, et non de la procession. On convient généralement que Fusage de porter en triomphe le Saint-Sacrement , a commencé à peu près avec Finstitution de la fête elle-même : dès-lors, outre le clergé, les rois, les empereurs et les magistrats, chantant des hymnes, se firent un honneur de Faccompagner. C'est alors que s'établit parmi les habitants des villes et des campagnes la coutume d'orner de fleurs , de rameaux et de tapisseries , et de décorer de tentes et de voiles de différentes couleurs, les chemins, les rues et les places publiques par lesquels le Saint-Sao^ement devait passer , tandis qu'eux-mêmes se faisaient un devoir de le suivre, portant des cierges allumés, et chantant les prières de l'Église.

A Rome, comme l'atteste Bonani (Numism. Pontificumj tom. 2), le rit observé par les Papes qui ont porté le Saint- Sacrement aux processions du Corpus n'a pas toujours été le même. Au rapport de Giorgi, qui a écrit la vie de Nicolas V, ce Pontife fut le premier, à Rome, à porter le Saint-Sacrement à cette procession , accompagné des Cardinaux , Archevêques, Ëvêques, et de tout le clergé : le 8 Juin 1447, ce Pape fit la cérémonie à pied, et se rendit de la basilique de Saint-Pierre à la porte CasteUoy une des sept portes de Rome, aujourd'hui fermée, qui prenait son nom de son voisinage du château Saint-Ange. En 1448, ce même Pontife fit la cérémonie; le cortège sortit de Féglise de Saint-Jean-de-Latran , et se rendit à Féglise de Saint- Clément Plus tard, il fut réglé que la procession se ferait dans la basilique de Saint-Pierre ; mais on ignore l'époque précise où cette cérémonie a commencé à n'être célébrée que dans cette église. II est cependant certain que Sixte-Quint , dans sa constitution Egregia, du 23 Février 1 586 , réglant l'ordre des fonctions pontificales , ordonna que 1» procession , sortant de la chapelle Sixtine, se rendrait dans la basilique de Saint-Pierre; ce qui s'observe aujourd'hui. Quant à la manière de porter le Saint-

( J38 ) Sacrement, nous savons que les Papes n'ont point observé le même rit : les uns Font porté assis sur la sedia, ayant la mitre sur la tète, tels qu'Innocent VIII, Alexandre VI, Jules II, et Léon X, qui cependant, en 1 S 1 3 , le porta la tète découverte ; Clément VII le porta à pied, n'ayant que sa calotte blanche sur la tète. Pie V, en i 666 , Je porta à pied , ayant la tiare sur la tète; Sixte-Quint, en 1585 , porta aussi le Saint-Sacrement à pied, la tète découverte; Grégoire XIV, Innocent XII, montèrent sur la sedia^ et leurs successeurs imitèrent leur exemple, ou le portèrent à pied, comme Urbain VIII, en 163j9.

Mais Alexandre VII fut le premier à introduire dans les processions du Corpus l'usage du talamo. L'état de sa santé ne loi permettant pas de porter le Saint-Sacrement à pied, et ne ventant pas profiter de la sedia, il demanda à Bernini le dessin d'an appareil qui lui permettrait de porter le Saint-Sacrement à genoux, et d'être porté lui-même. Cet appareil ressemblait à un prie-dieu doré et ciselé, porté, à l'aide d'un brancard recouvert de velours rouge , par les Palefreniers pontificaux. Sur le [HÎe-dieu était on piédestal à vis, destiné à recevoir une sphère percée qui devait supporter l'ostensoir , que le Pape , à genoux , devait tenir de ses mains. Le Pape était lui-même soutenu par une forte ceinture, afin que tout le poids du corps agenouillé ne portât pas mi les genoux. Les pieds étaient retenus par un cousan en crin, recouvert de velours , solidement fixé à l'appareil.

Le talamo usité aujourd'hui diffère peu de celui d'Alexandre VII; le prie-dieu a été remplacé par une petite table tournante, sur laquelle, à l'aide d'une vis, l'ostensoir est fixé; devant est placé un siège destiné au Pontife, dont les bras s'appuient sur la surface de la table; et, comme le Pape porte une grande chape blanche qui recouvre le talamo de son ampleur , et dont les orfrois se réunissent sur la partie antérieure de la table, on croirait que le Pontife , dont la tête est inclinée devant le Saint- Sacrement, est réellement à genoux.

Benoît XIV, Clément XIV et Pie VI portèrent le SainfrSacre-

( 389 ) ment la tète découverte ^ et à genoux sur le talamo; Pie Vil le porta également la tète découverte, et à genoux; mais, postérieurement à 1816, il le porta sur le talamo, assis, et la tète découverte. Léon XII, Pie VIII et Grégoire XVI ont suivi cet exemple.

Disposition des Geni ({ue parcourt la procession.

Jusqu'au pontificat de Pie VI , cett« procession , sortant de la chapelle Sixtine par la salle Royale et l'escalier Royal , parcourait la colonnade de droite de la place Saint-Pierre , la partie de la place Rusticucij qui lui est contiguë, et entrait dans le Borgo; tournant à droite sur la place Scossa cavallo^ elle passait devant la maison des Pénitenciers de Saint-Pierre , et rentrait dans la basilique par le côté gauche de la place, la colonnade du même ct^té , et le portique. Aujourd'hui le cours de la procession est abrégé; elle va de l'un à l'autre bras de la colonnade, en longeant la partie de la place Rusticucij qui fait face à la basilique : la partie de cette place^que parcourt le sacré cortège est couverte de tentes qui dérobent la vue du ciel , et présente à l'œil une longue ligne droite qui réunit l'extrémité des deux hémicycles. La colonnade est décorée de tapisseries, de guirlandes, de tableaux , de tentures de damas rouge. Entre les arcs de la colonnade on place les armes du Pape régnant et celles des Cardinaux, ornées de guirlandes de fleurs. La colonnade de droite et la place étant sous la juridiction du prélat Majordome, ces lieux sont décorés par les employés du palais pontifical ; la colonnade de gauche l'est par les soins de la révérende fabrique de Saint-Pierre.

Au milieu des diverses tentures de damas rouge à franges d'or qui décorent les galeries et la partie de la colonnade la plus rapprochée du palais apostolique , on remarque les belles tapisseries de la fabrique de Doblen, dont Napoléon fit cadeau à Pie VII, après son couronnement , en 1805 ; elles sont au nombre de huit, représentant des sujets pris de l'histoire sainte. On y admire aussi la belle tapisserie de la Cène de Léonard de Vincij dont nous

( 340 ) avons déjà parlé en décrivant la cérémonie du lavement des pieds ; cette tapisserie a été faite sous le règne de Pie YI , à rhospice de Saint-Michel. Autrefois on exposait , à côté de la statue de Charlemagne y la célèbre tapisserie originale représentant la même Cène, que François I." donna à Clément VII, ou, comme d'autres le veulent avec plus de raison, à Léon X: elle a servi de modèle à celle de Thospice de Saint-Michel. Jusqu'à ces derniers temps , le portique de Saint- Pierre était orné de ces belles tapisseries que nous voyons e:( posées en forme de tableaux à la chapelle Sixtine , et variées à chaque fête : ce sont des copies des plus célèbres tableaux des grands n^attres ; on y voyait les tapisseries dites de Raphaël , dont Cancellieri nous a laissé une exacte description.

Vasari rapporte que le magnifique Léon X, désirant faire fabriquer de riches tapisseries, tissées d'or et de soie, pour Fornement de la chapelle Sixtine aux fêtes solennelles, le Pontife chargea Raphaël de dessiner lui-même ces cartons devenus célè-^ bres , représentant des .traits pris de la vie du Sauveur et des Apôtres. Ces tapisseries sont au nombre de vingt-quatre, fabriquées avec une admirable perfection dans la ville d'Arras, en Flandre , et appelées pour cette raison Arazzi, par les soins de Bernard Van-Orlay, de Bruxelles, et Michel Coxis, de Malines, disciple du grand peintre, qui surveillèrent l'exécution de ce beau travail; elles coûtèrent à Léon X 60,000 écus. Les inimitables cartons de Raphaël sont passés en Angleterre, où ils sont soigneusement conservés dans le palais d'Hampton-Court, que le roi Guillaume et la reine Marie firent bâtir. Le sac de Rome, en 1527, par les troupes du connétable de Bourbon , fut fatal à ces tapisseries; elles subirent des dégradations; mais étant tombées en la possession du duc de Montmorency , général des troupes françaises, ce seigneur les renvoya à Rome, et les rendit i Jules III , créé pape en 1550.

L'établissement de la prétendue république italienne à Rome, en 1798, ne leur fut pas moins préjudiciable : celle qui repré-

( SM ) sentait la Descente du Rédempteur aux limbes fut brûlée^ et toutes les autres furent transportées en France. Enfin , une de leurs vicissitudes encore , c'est leur retour à Rome, en 1814, quand Mgr. de Grégorio, depuis cardinal, les réclama à Paris, et rentra également en possession de la tiare, de l'anneau du pécheur, et d autres objets précieux enlevés de la sacristie pontificale par suite des événements politiques. Ces tapisseries servirent encore à décorer le vestibule et les galeries, le jour de la fête du Saint-Sacrement ; mais Pie VII , appréciant le rare mérite de ce travail , voulut qu'elles fussent conservées avec le plus grand soin dans les chambres du Vatican bâties par saint Pie V; Grégoire XVI a voulu qu'elles fussent encore plus convenablement exposées, et on les admire aujourd'hui dans la galerie du Vatican qui fait suite à celle des cartes géographiques, où Léon XII avait >foulu placer les plus remarquables tableaux.

lesse basse célébrée par le Pape devant le Sacré^ollége.

Les Cardinaux se rendent au palais apostolique , accompagnés de leurs carrosses et de leur livrée de gala. Arrivés dans .la salle Royale, ils sont revêtus des habits sacrés propres à leur ordre, et mettent la mitre de damas blanc : ils passent dans la chapelle Sixtine, où ils occupent leurs places ordinaires, de même que les Prélats et les dignitaires que nous avons plusieurs fois fait connaître. Le Pape entre en Chapelle accompagné des Prélats de sa cour : il porte des souliers de soie rose , brodés en or , une soutane de soie blanche , une ceinture de même couleur à glands d'or , le rochet de dentelles , la mosette de satin rouge , et l'étole de la même étoffe, richement brodée. Le Cardinal-Doyen ou le Cardinal le plus digne lui présente l'aspersoir. Le Pape se rend immédiatement à son prie-dieu, pour y faire sa préparation à la messe : le prélat Aumônier, en cotte et rochet, et le prélat Samstain, en cotte, soutiennent, l'un le livre, et l'autre la bougie. Après avoir terminé les prières de la préparation , le Pontife se relève : le Majordome prend Tétole et la mosette que porte Sa

( 5/i2 ) Sainteté ^ et les remet à un Adjudant de chambre ; ensuite le Cardinal-Doyen et le prélat Majordome présentent au souverain Pontife l'eau et le linge pour se laver les mains. Le premier Prélat reste debout ; le second se met à genoux. Le Pape lave encore ses mains avant YOrate^ praires, après la communion y et après la messe. Aidé des Maîtres des cérémpnies^ le Pontife prend Famict^ Faube^ le cordon j la croix ^ Fétole^ la chasuble et le manipule. Après la confession il lit l'introït ; le Kyrie, le Gloria, le Credo, le Sanctus et VAgnus, sont récités à la manière ordinaire^ par les Cardinaux et les Prélats présents en Chapelle. Les huit Chantres qui doivent accompagner le Pape à la procession, exécutent, à l'offertoire , le mélodieux motet de Palestrina , Fratres, ego enim, et après l'élévation, l'O salutaris. Le Pontife consacre deoi hosties. Douze Bussolanti, en cape rouge , portant des torches allumées , sont à genoux sur les degrés de l'autel Après XAgvm Dei, le premier Maître des cérémonies fait baiser au Pape l'instrument de paix, qui est en vermeil, représentant l'image du Rédempteur; il le porte ensuite à baiser au Cardinal-Doyen, an premier Cardinal-Prètre et au premier Cardinal-Diacre , qui don^ nent la paix à ceux de leurs collègues les plus rapprochés^ et ces derniers à leurs voisins^ qui la donnent successivement à tous les autres.

Le Pape ayant terminé la messe, place l'hostie consacrée dans Fostensoir. Le Saint-Sacrement reste exposé aux respectueuses adorations de l'assistance; les Bussolanti demeurent à genoux sur les degrés de l'autel, et Sa Sainteté se rend dans la sacristie pour y déposer la chasuble et y faire son action de grâces. Le Pontife est ensuite revêtu de la grande chape de satin blanc, brodée en or , et revient s'agenouiller sur les gradins inférieurs de l'autel, où il adore et encense le Saint-Sacrement ; il se relève ensuite , et se rend dans la salle Royale , pour monter sur le talamo , où il s'asseoit sur le siège. On place sur ses épaules un grand voile de satin blanc, bordé de dentelles d'or, et un Camérier lui dte la calotte blanche. Cependant le premier Cardinal-Diacre^

( 343 ) ayant pris sur Tautel Tostensoir y qa'un Mattre des cérémouies recouvre de Fombrelle , ya le fixer sur la petite table du talamo, et le Pape entoure de ses mains le pied du Saint-Sacrement ^ dans l'attitude du respect le plus profond. Les Maîtres^ des cérémonies disposent convenablement les orfrois de Fimmense chape papale y qui recouvre , comme nous Pavons dit y tout le talamoj que les Palefreniers, en simarre, élèvent bientôt après sur les épaules.

Avant la fin de la messe , la procession se met en ordre sous la direction du premier Cardinal-Diacre, qui, la férule en main, revêtu de la dalmatique, et la mitre sur la tète , est assis à la porte de la galerie des Suisses , entre le Gouverneur de Rome et le prélat Majordome. La procession commense à défiler : ceux qui la composent marchent deux à deux , selon l'ordre des rôles approuvés par le Pape. Devant le portique de la basilique se place un Curseur du premier Cardinal- Vicaire, qui appelle à haute voix une grande partie des personnes qui composent la procession, que doivent diriger les Maîtres des cérémonies. Pendant la marche de cette première partie du cortège , le Mattre des Curseurs pontificaux , placé non loin du premier Cardinal-Diacre , lit à haute Yoix le Motu proprioj souscrit par le Pape la première année de son pontificat , qui règle la marche de la procession et assigne Tordre des préséances.

Tous ceux qui composent le cortège ont un cierge à la main , et lisent les prières qui leur sont distribuées, et qui ont été imprimées sous ce titre : Laudes in feslo Corporù Chrisli continué aUernattm recitandœ dùm SS. Sacramentumj àPontificio Valicano sacello in basilicam principis Apostolorunij solemni supplicationis ritu circumferlur. Les Papes accordent toujours cinq ans d'indulgence à la récitation de ces prières. Chaque ordre religieux a ses ChantresT, et chaque clergé des églises les siens, qui alternent avec les premiers. Le chant religieux des hymnes en l'honneur du Saint-Sacrement , et les sons joyeux du carillon de Saint- Pierre, font nattre dans l'Ame de douces sensations. Les Curseurs^ pontificaux, en habit noir, manchettes de dentelles, simarre de

( Shli ) soie violette bordée de soie de la même couleur^ portant leur masse , surveillent et dirigent la marche du cortège , et pourvoient au bon ordre. Ils sont assistés par les Maîtres des cérémonies^ revêtus d'une soutane de serge rouge et d'un surplis; les deux premiers portent la soutane de soie, la ceinture a glands et le surplis sur le rochet. Des détachements de soldats précèdent et escortent le cortège , qui s'avance dans Tordre que nous allons décrire.

D^ du cort^.

Les Élèves de l'hospice de Saint-Michel , en soutane de serge noire avec ceinture, précédés de la croix et de leur bannière;

Les Élèves de la maison des Orphelins, sous leur bannière, en soutane blanche.

Clergé régulier.

Chaque communauté, précédée de la bannière et de la croix^ au milieu de deux Acolytes, marche dans l'ordre suivant :

Les Franciscains du tiers-ordre , appelés les Petits-déchaussés, leurs sandales aux pieds, leur tunique de laine tannée, avec capuchon, manches étroites et boutonnées; leur cordon bleu, terminé par un flocon ; chapelet à la ceinture ; pèlerine ronde sur les épaules , qui se prolonge et se partage sur la poitrine ;

Les Âugustins déchaussés ^ en tunique de laine noire avec capuchon pyramidal, manches larges, ceints dune courroie de cuir noir, chapelet au côté gauche;

Les Capucins, à longue barbe , tunique de laine gris brun, capuchon, ceinture de corde, chapelet au côté;

Les religieux de Saint- Jérôme, eu tunique de serge tannée, avec capuchon ; petit manteau , ceinture de cuir, bas noirs ;

Lés Minimes de saint François de Paule , en tunique de serge noire à grandes manches; capuchon r(»)d, uni au scapulaire^ qui descend jusqu'au g^oux ; cordon de laine , bas noirs ;

Les Tierçaires de saint François, ou les Franciscains du tiers-

( SAS ) ordre : col à Fiostar des ecclésiastiques , tuniqae de serge noire , cordon blanc terminé en flocon ; aumusse de serge noire, ronde sur le devant , terminée en pointe sur les épaules ;

Les Fanciscains conventuels ou mineurs, portant un col blanc, vêtus comme les précédents , cordon avec nœud , chapelet au côté ;

Les.Cordeliers mineurs réformés et observantins : tonsure et sandales, tunique de laine gris noir, capuchon court et pointu, ceinture de corde , chapelet à côté ; ils sont suivis des Gordeliers de la même observance, sous la mênie bannière, formant une seule famille, habillés de la même manière , ayant seulement les manches étroites;

Les Ermites de saint Augustin : col noir, tunique de serge noire à grandes manches , ceinture de cuir , pèlerine avec capuchon pointu, bas noirs;

Les Carmélitains chaussés ^ de l'ancienne observance : tunique de serge tannée , scapulaire de la même couleur , ceinture de cuir, manteau, étroite pèlerine avec capuchon blanc, large tonsure, bas noirs ;

Les Serviteurs de Marie : col bordé de blanc , tunique , scapulaire, manteau, capuchon de serge noire et ceinture de cuir^ chapelet de Notre-Dame des Douleurs, bas noirs;

Les Dominicains ou frères Prêcheurs :. tunique de serge blanche , scapulaire et bas blancs , chapelet à la ceinture , pèlerine et manteau noirs, capuchon doublé de blanc, et large tonsure.

Ordres monastiques.

Les Olivetains : froc de serge blanche à grandes manches, capuchon plissé au cou , bas blancs et tonsure;

Les Cisterciens ou les religieux de Giteaux , en froc noir avec capuchon pointu , bas blancs ;

Les Camaldules : froc blanc, capuchon pointa , bas blancs;

Lçs- Bénédictins : robe de serge noire, plissée des pieds à la tète; capuchon rond, col et bas noirs , tonsure ;

( 346 ) Les GbaDoines réguliers de Latran et de Saiot-Sauvenr ^ : sot^ tane de serge blanche^ rochet de lin^ et manteaa noir;

Clergé séculier.

II est précédé de la croix et des Âcotytes. Deux Chantre? entonnent les prières.

Les Élèves du séminaire Romain y en soutane et 8(^ana y\(h lette, et surplis où cotte;

Les cinquante - quatre Curés de Rome, en cotte et étole blanche; soutane et ceinture de soie noire s'ils appartiennent au clergé séculier^ étole blanche et habit religieux s'ils sont réguliers.

Chanoines et Bénéficiers des collégiales.

De Sain t-Jérdme-des-EscIa vous,

De Sainte-Anastasie ,

De Saint-Celse et Saint-Julien,

De Saint-Ange in Pescheria,

De Saint-Eustache ,

De Sainte-Marie in Via latâj

De Saint-Nicolas in CarcerCj

De Saint-Marc ,

De Sainte-Marié aux Martyrs (Rotonde).

Ils marchent sous une même croix : quelques-uns portent Tau* musse , d'autres la cotte ou surplis : plusieurs collégiales ont ua prélat pour Vicaire du Cardinal titulaire, qui porte la soutane ou la mantelletta violette.

Le Camerlingue du clergé, en cotte et en étole.

* L'église de Saint-Jean-de-Latran , bâtie primitivement par Constantin , non loin des lieux où était la maison de Plautius Lateranus , tué par ordre de Néron , fut dédiée au Sauveur par le pape saint Sylvestre. Ce n*est qu'au septièoDe sîèele qi\*elle fut encore dédiée à saint Jean-Bapliste et à saint Jean Tévangéiiste. On la trouTC désignée dans les auteurs sous les noms de basilique Constantinienne ou Latérane,, de basilique du Sauveur et Je Saint-Jean'de* Latran, (19, duT.J^

( 847) Chanoines des basiliques mineures ^ en cotle et rocheL

De Regina Cœlij ou di monte Santo, où réside le Chapitre;

De Sainte-Marie m Cosmedin^

De Sainte-Marie mi Transievere,

De Saint -Laurent in Damaso.

Ces deux derniers Chapitres sont réunis : ils se donnent attcrnativement la droite tous les ans^ selon les dispositions de Benoît XIV.

Chanoines des trois basiliques patriarcales j en rocket.

De Sainte-Marie-Majeure ou Libérienne ^

De Saint -Pierre au Vatican ,

De Saint-Jean-de-Latran.

Parvenus au vestibule de la basilique , les Chanoines de Saint- Pierre s'arrêtent pour attendre le Saint-Sacrement y et ils n'entrent dans l'église qu'après le Pape.

Chaque Chapitre a sa propre bannière, et un Prélat pour vicaire, en manteïletla et rochet; des Massiers ou Bedeaux, portant des bâtons recouverts de velours , dorés à leur extrémité , marchent en avant. Chaque Chapitre est précédé de son pavillon ou gonfalon * , formé de bandes de toile à deux couleurs , jaune et rouge , disposées en cdne, et porté par des Clercs, précédés de la cloche et suivis de la croix. L'usage de sonner la cloche a été introduit dès Torigne, soit pour donner un libre passage à la procession, soit pour avertir les fidèles de vénérer la croix. La basilique de Latran a le privilège d'avoir deux cloches, deux pavillons

* Les auteurs italiens ne sont pas d*accord sur Tusage des pavillons , qu'on appelait papiliones, peut-être à cause de leurs couleurs multiples : Topinion la plus probable est celle du cardinal Garampi , qui prétendait que cette coutume avait été primitivement introduite pour se garantir de la pluie. Les gonfalons ou canopes sont aujourd'hui pour les basiliques de Rome un attribut dlionneur. Le gonfalon était autrefois une écharpe ou bandelette dont les chevaliers ornaient leur lance ; de la préposition cuir, e^Jano,fanonis, c'est-à-dire vexilium. Le mot canope (xoivoireiov) signifie umbraeulum (tente), de xttV6><|) (moucheron); appareil destiné à se garantir des insectes comme des intempéries de U saifon. ^iV. du T,J

( 3/i8 ) ci deux croix y à cause de la double juridiciion du Chapitre sur cette basilique et celle de Saint-Laurent ad Sancta sanctorum. Le Prélat-Évêque Vice-Gérant de Rome , revèlo de la mantelletfa violette, réuni aux divers officiers du tribunal du Cardinal-Vicaire, ternaine cette partie de la procession.

Dignitaires de la Chapelle papale.

Deux Gardes-Suisses et un Maître des cérémonies, suivis des Caméricrs séculiers, secrets et d'honneur, surnuméraires, de cape et d'épée , en habit de ville, chapeau à plumet blanc, collier d'or^

Les Procureurs des collèges, en soutane de soie noire, cape de serge noire, doublée de soie;

Le Prédicateur apostolique, de l'ordre des Capucins;

Le Confesseur de la Famille pontificale ^ de Fordre des Serviteurs de Marie;

Les Procureurs-Généraux des ordres religieux , monastiques et mendiants, qui assistent aux Chapelles papales, revêtus de l'habit de leur ordre ;

Les Bussolanti, en soutane et ceinture de soie violette, la cape et le capuchon de serge rouge;

Les Chapelains du commun, vêtus delà même manière, mais dont le capuchon est doublé en cramoisi, portant les mitres précieuses et les tiares pontificales : à côté de la plus belle des tiares marche le Joaillier du palais apostolique, en habit de ville , l'épée à côté , et escorté de deux Gardes-Suisses ;

Deux Curseurs pontificaux, vêtus comme nous l'avons déjà dit, portent leur masse;

Les Adjudants de chambre, en soutane et ceinture de soie violette, la cape et le capuchon de serge rouge, doublée en cramoisi ; suivis des Cubiculaires et Chapelains du commun , ayant le même costume ;

Les Clercs secrets du Pape , les Chapelains secrets et d'honneur , l'Avocat-Procureur du fisc , le Commissaire-Général de la révérende Chambre apostolique, en soutane de soie violette.

chape garnie d'un capuchon^ doublée d'hermine^ en soie rouge y comme les Avocats consistoriaux ;

Les Avocats consistoriaux : soutane et ceinture de soie noire ^ soprana et cape de serge violette, doublée de soie cramoisie;

Les Camériers secrets, d'honneur, surnuméraires et participants, en soutane de soie violette, ceinture à gland, cape comme celle des précédents ;

Les Chantres pontificaux, en soutane, ceinture de soie violette , portant la cotte;

Les prélats Abréviateurs du Parc-Majeur, ayant le même costume, et, de plus, le rochet comme les Prélats qui suivent;

Les Votants de signature;

Les Clercs de la chambre , à cdté desquels marchent deux Curseurs pontificaux ;

Les Auditeurs de rote , habillés comme les autres Prélats , et le Maître du Sacré-Palais, religieux dominicain , revêtu du manteau de Tordre; deux Chapelains secrets, portant la mitre et la tiare usuelle du Pape; le Maître du Sacré-Hospice en habit noir, l'épée à côté ;

Le Sous-Diacre apostolique , dernier Auditeur de rote , en tunique, portant la croix papale, entouré de sept Votants de signature , qui prient les sept chandeliers allumés : à côté du Sous-Diacre marchent deux Maîtres-Portiers, Custodes de la croix papale, en soutane et ceinture de soie violette, et manteU lone de serge de la même couleur ;

. Les Pénitenciers de la basilique de Saint-Pierre, en chasuble de damas blanc, précédés de deux Clercs en surplis, portant à la main un' bouquet de fleurs , au milieu duquel est placé une longue baguette blanche, signe de leur puissance spirituelle, m foro conscientiœ ;

Les Abbés mitres, l'Archimandrite de Messine, le Commandeur de l'hôpital du Saint-Esprit, revêtus de la chape ou pluvial de damas blanc , portant la mitre de toile blanche comme tous les autres Abbés mitres et tout le corps épiscopal ;

Les Évèques et Ârchevèqaes non assistants^ en chape blanche; les Évèques et Archevêques grecs et autres Prélats orientaux ^ vêtus selon leur rit ; les Évèques et Archevêques assistants au trdne pontifical, en chape d'étoffe d'argent;

Les Patriarches de Constantinople, d'Alexandrie, d'Antioche et de Jérusalem, en chape d'étoffe d'argent, avec les Patriarches mineurs, s'ils assistent à la cérémonie;

Deux Curseurs pontificaux , portant leurs masses d'argent;

Les Cardinaux-Diacres , en dalmatique ;

Les Cardinaux-Prêtres, en chasuble;

Les Cardinaux-Évêques suburbicaires , en chape , avec le for-* mal précieux, orné de trois pommes de pin en relief et de perles.

Chaque Cardinal est suivi de sa famille et de toute sa livrée : le Cauda taire, en soutane et ceinture violette, croccia et vimpa *j soutient la queue de la soutane cardinalice; un Gentilhomme tient allumé le cierge de douze livres, le Mattre de chambre porte la barrette, un Camérier le chapeau cardinalice, et le Doyen le parasol, grand chapeau doublé de soie cramoisie, avec cordon et flocon de soie et d'or, qui sert à garantir, au besoin, le Cardinal des rayons du soleil. Tous les Cardinaux ont la mitre de damas blanc sur la tête , et sont escortés par les soldats de la Garde^ Suisse, portant leur cuirasse, leur casque d'acier, et armés de leur hallebarde , ainsi que par ceux de la Garde du Capitole, portant leurs chapeaux empanachés : ces troupes escortent aussi le cortège papal.

Les trois Conservateurs du peuple romain et le Prieur des Chefs de quartier , en robe de drap d'or, manteau rouge, ceinture h gland d'or, ayant au milieu d'eux le Sénateur de Rome, qui porte le même costume , et dont les Pages soutiennent les bords du manteau ;

Le Prélat-Gouverneur de Rome , en cape et rochet , à la droite

* Grand Toile blanc jeté sur ses épaules , qui permet au Caudataire de tenir proprement la mitre de son noble patron par Textrémité inférieure. Nous avons dit plus baut ce qu'était la croccia, ( N> du T,J

(S5i) da Prince assistaut^ portant son habit de ville et son manteau de soie noire, garni de dentelles de même couleur;

Les deux Cardinaux-Diacres^ assistants , auquels se réunit le premier Cardinal-Diacre , que nous avons vu se placer à la porte des Suisses y quand le cortège passe devant lui. Le Gouverneur et le Majordome se réunissent aussi à la procession : si le dernier Prélat est évèque, il prend sa place dans les rangs épiscopaux; sinon il se place parmi les Prélats di fiocchetttj comme on le verra.

Deux Votants de signature, en cotte et rochet, portant la navette et l'encensoir ;

Les deux premiers Maîtres des cérémonies , suivis de deux Curseurs.

Le souverain Pontife est porté sur le talamOj tenant entre ses mains le pied de l'ostensoir, ou est renfermée l'hostie sacrée, et recouvert du grand dais , ou baldaquin d'étoffe lamée d'argent , dont les pentes sont ornées de broderies d'or aux armes du Pontife , de franges et de glands d'or. Les huit bâtons dorés du baldaquin sont portés de la manière suivante : de la porte de la balustrade de la chapelle Sixtine jusqu'au second palier de l'escalier Royal, par les Prélats référendaires de signature, en soutane, ceinture et mantelletta violettes, portant aussi, dans cette solennité, le rochet; de ce palier d'escalier jusqu'à la porte du vestibule de la galerie de droite de la colonnade, par les Élèves du collège Germanique-Hongrois, en soutane et soprana de drap rouge ; de l'entrée du vestibule jusqu'à moitié colonnade , par les Élèves de la Propagande , en soutane et soprana de serge noire , boutons et garniture rouge ; de ce lieu jusqu'à la fin de la colonnade , par les Élèves du collège Anglais , en soutane et soprana de drap noir ; de la fin de la colonnade jusqu'au palais Accoramboni , par les Élèves du collège Irlandais , portant le même costume; de ce palais jusqu'à la porte des pères Scolopi de Saint- Laurent, par huit Prêtres, en soutane noire, désignés par les Maîtres des cérémonies. Jusqu'au quartier des Troupes^ les bAtons

( 35Î) sont portés par les Maîtres de rue j en habit noir et manteau de soie noire ; à ceax-ci succèdent les Députés de la nation florentine , en habit de ville , qui portent le dais pendant tout le parcours de la colonnade de gauche; les Députés de la nation siennoise * remplacent ces derniers à l'entrée du vestibule de gauche; ensuite ce sont les Élèves de la noble Académie ecclésiastique^ en soutane de soie noire, qui prennent les bétons. Arrivés au milieu de la basilique, ils les cèdent aux Magistrats romains, qui les tiennent jusqu'à l'autel Papal, où se termine la procession.

Dès que le Saint-Sacrement apparaît sur le premier palier de l'escalier Royal , il est salué par des salves d'artillerie du fort Saint- Ange, qu'on répète de moment en moment jusqu'à l'entrée do ialamo dans la basilique.

Douze Palefreniers pontificaux, en habit et simarre rouge ^ portent le Pontife ; devant eux marchent , pour les aider à se relever, le Fourrier majeur, TËcuyer, en habit de ville; le Bus^ salante Sous-Fourrier, en cape de serge rouge, et le Doyen des Palefreniers. Le ialamo est «ntouré de douze Gardes-Nobles avec leur Cadet , en uniforme de gala, Tépée nue à la main , suitîs de leur Exempt, portant le bâton du Commandement; de qoat^ Bussolanti, portant des fanaux, ou espèces de globes, dans lesquels sont des bougies allumées; de deux Camériers secrets, portant les flabelles; des douze Bussolantt que nous avons vus entourer l'autel de la chapelle Sixtine, portant leurs torches allumées; enfin, des Massiers pontificaux, revêtus de leur surtout de soie violette , bordé de velours noir, portant leur masse et leur épée.

Dernière partie do eort^e.

Derrière le ialamo marche le Doyen de la rote , en cotte et rochet , tenant dans ses mains la seconde mitre usuelle du Pape j

* Pie II , en 1458 , accorda ce privilège à Tarchiconfrérie de cette nation , fondée dans réglise de sainte Catherine de Sienne. fN, du T,J

è sa droite et à sa gauche marchent deux Gamériers secrets participants. L'Ârchiàtre pontifical , premier médecin du Pape ; le premier Adjudant de chambre^ un Balayeur secret, et le BuHetier ou Crédencier, marchent ensuite ; ils sont suivis par les huit Chantres pontificaux, qui répètent alternativement, en plain- T^hant, la prose Lauda^ Sion. Viennent ensuite les trois Prélats -di fiocchettij en rochet et cape violette; les Protonotaires apostoliques et surnuméraires , en cape et rochet , et le Régent de la ^chancellerie; les Généraux d'ordres religieux , les Référendaires de signature, en soutane, ceinture et mantdleiia de soie violetta La Garde-Noble à cheval, en grande tenue, précédée des deux Capitaines-Commandants , ayant au milieu le Porte-Drapeau de l'Église, portant l'étendard ; le Commandant-Général des troupes pontificales , les Officiers supérieurs , les Adjudants , les Officiers d'état-major ; un détachement de carabiniers et de dragons , avec leurs drapeaux; des détachements d'infanterie, savoir : la garde civique , les carabiniers à pied , les grenadiers et les fusiliers , Bvec leur drapeau , teiminent le cortège. Ces détachements, après avoir formé la haie sur le passage de la procession , se forment en cdonne , et se réunissent peu à peu pour former la dernière partie du cortège ; chacun de ces détachements a ses tambours et son corps de musique.

Les Chapelains-Chantres pontificaux répètent, pendant le trajet de la procession, en alternant avec les autres huit Chantres, le Pangt^ lingua. On chante la première strophe en sortant de la chapelle; la seconde, dans la salle Royale; la troisième, devant la statue de Constantin; la quatrième, en sortant de la galerie des Suisses, et la cinquième, à moitié trajet de la colonnade; enfin , divers motets en l'honneur de la fête. Les Chantres qui sont derrière le talamo exécutent, en sortant de la salle Royale, la première partie du motet Amore Jesu langueo, de Fodgia, qu'ils répètent en entrant dans la basilique, tandis que les autres, déjà arrivés dans la nef de Saint-Pierre , entonnent le Te^ Deum, qui dure jusqu'à ce que le souverain Pontife arrive au pied de l'autel

de la Confession. Le Pontife descend du talamo : le premier Diacre détache rostensoir de la table sur laquelle il était fixé, et le porte, recouvert de Tombrelle, sur l'autel. Les Chantres exécutent alors en faux-bourdon le Teergo, quœsumuSj et Y In te ^ Domine, speravi.

, Le Pape, à genoux sur le dernier degré de Tautel, adore le Saint- Sacrement, et l'encense trois fois; un soprano récite le verset Panem de cœloj et le chœur répond : Omne deleciamenlum^ etc. Après avoir récité l'oraison Deus, qui nohis, le Pape monte à l'autel, et, reprenant le Saint-Sacrement, il bénit en silence le clergé, ainsi que le peuple, prosterné, qui se presse dans l'immense basilique : c'est ainsi que se termine cette imposante cérémonie. Si le souverain Pontife, après avoir assisté à la procession, ne peut, à cause de son âge ou de ses in6rmités, monter à l'autel pour donner la bénédiction, comme on le vit en 1830, sous le règne de Pie VIII , cette fonction est alors dévolue au CardiDal- Doyen. C'est encore à cet éminent dignitaire, ou, en cas d'empêchement, au Sous-Doyen du Sacré-Collége , qu'appartient l'honneur de porter le Saint-Sacrement à la procession générale du Corpxis, si le Pape ne pouvait présider à la cérémonie. Les Cardinaux portent le Saint-Sacrement à pied, et toujours la iéie découverte. Les Bussolantij les Chapelains secrets et les Camériers d'honneur et secrets , sont les seuls fonctionnaires de la Famille pontificale qui, dans ce cas, assistent à la procession.

Après que le souverain Pontife et toute l'assistance ecclésiastique ont quitté la basilique, un Chanoine de Saint-Pierre, en chape blanche, accompagné du Diacre et du Sous-Diacre, prend le Saint-Sacrement sur l'autel Papal , et le porte sur celui de la Chaire de Saint-Pierre, où, au milieu d'une belle illumination, il demeure exposé jusqu'après vêpres.

Cette procession générale était autrefois plus nombreuse à Rome : les Ambassadeurs des puissances, ainsi que le baronage romain, y assistaient. Plusieurs communautés religieuses, aujourd'hui hors de Rome, où réside seulement leur général , ou ayant

( 355 ) été réunies à d'autres; lés propriétaires des vaa^ables *^ FAdmiiiistrateur-Général des componendes de la loterie y les Collecteurs du sceau, les Solliciteurs des lettres apostoliques, les Notaires de la rote, les Procureurs de la Pénitencerie , les Chevaliers Loretant de Saint-Pierre, les nobles romains, les Frères de Oteaux, qui scellaient les bulles, qu'on appelait pour cela Fratres deplombo^ enfln , le Clerc national du Sacré-CoUége , faisaient également partie du cortège.

Une des plus belles processions de la Fête-Dieu dont on ait à Rome conservé le souvenir, fut celle de l'année sainte 1725 , où Benoit XIII, à pied, porta le Saint-Sacrement. On y compta vingt-sept Cardinaux , soixante-trois Évèques et Abbés mitres , neuf cent quatre-vingt-dix-huit Vaccables , deux cents Orphelins ou Élèves de Saint-Michel , deux cent douze Ecclésiastiques du clergé séculier , sans y comprendre ceux des chapitres et des collégiales; mille cent trente-trois Religieux de divers ordres, etquatrei^ingt-deux Curés (tel était alors le nombre des paroisses de Rome). Il faut ajouter la prélature et les dignitaires de la cour et de la maison papale^ alors très-nombreux, qui assistèrent également à la cérémonie.

Procession da Corpus pendant la yacance da siège.

La constitution Pastoralïs offkiiy de Benoît XIV y a réglé le cérémonial de cette procession pendant la tenue du conclave. Il a été arrêté que cette cérémonie aurait lieu dans la basilique Vaticane, comme si le Pape vivait; qu'elle parcourrait la colonnade, mais privée cependant de cette pompe ecclésiastique qu'entraînent nécessairement le Sacré-Collége , la Famille et la cour pon-

* Ce sont les rentiers administrateurs des vaccables, ou vaecabilistcs , c*est-à-dire , des fonds du gouvernemeut papal placés en rente , comme nos rentes françaises. Ces rentes romaines sont purement individuelles et viagères ; elles ne sont point déterminées ; elles augmentent ou diminuent , comme , par exemple , les dividendes de nos actions de banque , suivant les reveous de la daterie, à laquelle appartiennent les fonds des vaccables, primitivement fondés par le pape Sixte-Quint , et dont le premier administrateur et conservateur est le Cardinal-Prodataire. ^iV. du T.J

( 356 ) tificales, et la présence du Pontife suprême; que les Cardinaux chefs d'ordre fixeraient l'heure de la cérémonie^ et désigneraient , trois jours auparavant y le Patriarche ou FArchevèque qui doit porter le Saint-Sacrement. Benoit XIV désigna ensuite les ecclésiastiques séculiers et réguliers/ et les divers dignitaires qui devaient former cette procession pendant la vacance du siège. Ils sont^ à quelques exceptions près^ ceux que nous retrouvons aujourd'hui dans les rangs du cortège ^ moins cependant y comme on Fa déjà dit, le Sacré-Collége , la Famille pontificale j les hauts dignitaires militaires, les divers corps de troupe de ligne, la Garde-Noble, et les principaux fonctionnaires de l'ordre ecclésiastique et civil.

Procession des Chapitres de latran et de Saint-Pierre, pendant ToctaTe da Corp».

Le clergé de la première de ces basiliques fait sa procession le dimanche dans Toctave. Les Pénitenciers de Saint-Pierre et les quatre ordres Mendiants y assistent; les Élèves du collège Romain en font partie , car cette procession est celle de la cathédrale de Bome; la prélature romaine et le Sacré-Collège y assistent également. C'est le Cardinal-Vicaire qui porte le Saint-Sacrement; les Camériers secrets du Pape tiennent les bâtons du baldaquin , derrière lequel marche le souverain Pontife, en habit de chœur, portant l'étole, tenant delà main droite sa torche allumée, et de la gauche le livret pour les prières de la procession. Deux premiers Mattresdes cérémonies, en cotte et rochet, marchent à côté de Sa Sainteté, qui est accompagnée par le Majordome et par le Mattre de chambre , portant le chapeau et la calotte pontificale. Tous les dignitaires , Prélats et officiers de la cour romaine ou de la maison du Pape , la Garde-Noble , les Palefreniers pontificaux et la Garde-Suisse , suivent cette procession , et ferment le cortège.

La procession , sortant par la petite porte de la basilique, entre dans rhôpital de Saint-Sauveur ad Sancta sanclorum^ et traverse les salles occupées par les malades ; c'est pour eux le plus beau

( 357 ) jour de fête de l'année : ils voient passer devant leur lit le Saint- Sacrement^ et le Vicaire de Jésus-Christ, accompagné de la cour romaine. La procession va faire station à la chapelle de Fhôpital ^ où le Cardirral-Vicaire donne la bénédiction ; elle rentre ensuite dans la basilique y où le Célébrant bénit encore Fassistance avec l'ostensoir^ après que le Pape Fa encensé.

Le jeudi qui clôture l'octave de la Fête-Dieu , le clergé de la basilique de Saint-Pierre fait sa procession ^ à laquelle assiste aussi le Sacré-Collége et le souverain Pontife. C'est le Cardinal-Archiprètre de cette basilique qui porte ordinairement le Saint-Sacrement^ suivi y à pied, par le Pape et par tous fes Prélats et dignitaires de la cour romaine y portant à la main une torche allumée.

Plusieurs archiconfréries assistent à cette cérémonie , précédées chacune de leur bannière ^ et suivies de jeunes filles ^ voilées de blanc, à qui elles assurent une dot pour leur mariage. Le Chapitre de Saint-Pierre destine, toutes les années , des fonds à doter des filles prises par tour dans chacun des quatorze quartiers de Rome : elles assistent aussi à la procession , et reçoivent du Car* dînai le plus digne le titre de leur dotation.

Chapelle papale pour la fêle de la Mvilé de saint Jean-Baplisle , U Juin.

La bulle Egregia de Sixte-Quint^ de 1586, désigne l'église de SaintJean-de-Latran comme étant celle où doit être tenue cette Chapelle. Quelquefois cependant , à cause de Féloignement des lieux ou de la chaleur de la saison , il est arrivé que les Papes Font célébrée dans leurs palais apostoliques. L'église de Saint- Jean-de-Latran est plus particulièrement décorée à Foccasion de cette fête. Le Pape est reçu sous le portique par le Chapitre, et

( 55S ) c'est le CardiDai-Archiprètre de la basilique qui chante la messe sur Fautel Papal , en vertu du bref pontifical; un Élève da collège Romain prononce le discours et publie l'indulgence de trente ans; à l'offertoire 9 les Chantres de la basilique exécutent le motet de Palestrina^ Fuit homo missus à Deo.

Premières vêpres pour la fêle de saint Pierre el de saint Paul , 28 Juin.

La basilique du Prince des Apôtres, à l'occasion de la fête de son glorieux patron , est décorée de ses plus riches ornements; outre les tentures de damas rouge à galons d'or qui recouvrent les piliers, l'ancienne statue en bronze de Saint-Pierre, objet d'un culte particulier , et dont les Romains , en entrant et en sortant du temple , baisent les pieds , est revêtue d'une chape brodée d'or, et une tiare est placée sur la tête de l'Apôtre, devant lequel brûlent cinq lampes d'argent et quatre gigantesques chandeliers.

L'hémicycle qui entoure la partie extérieure du. tombeau des Apôtres , et toutes les lampes de l'autel de la Confession , sont ornés de guirlandes de fleurs artificielles et naturelles. Par suite d'une pieuse fondation , on substitue ce jour-là seulement , et jusqu'aux secondes vêpres de la fête , des cierges , à l'huile ordinaire qui brûle nuit et jour dans les cent vingt-deux lampes qui ornent et éclairent les tombeaux des Apôtres. L'autel Papal est décoré comme dans la cérémonie du couronnement ( pag. 63 ).

La chapelle souterraine est magnifiquement ornée : devant la balustrade sont placés de grands vases de fleurs artificielles, rangés avec symétrie,^ et séparés par de grands chandeliers de vermeil; on aperçoit dans l'intérieur de l'hémicycle les colonnettes d'albâtre qui soutiennent les statues de saint Pierre et de

( 359 ) saint Paul^ et notre Seigneur donnant les clefs au premier de ces Apôtres.

Deux fois l'année seulement, la veille de saint Pierre et de saint Paul y et la veille de Noël ^ le Pontife romain célèbre , dans la basilique Vaticane y les premières vêpres solennelles y d'après le cérémonial déjà décrit

Les Cardinaux se rendent au palais du Vatican ^ accompagnés de leur cortège de gala. Le Pape , après s'être revêtu, dans la salle des Parements , de l'aube , de l'étole, de la chape rouge avec le formai précieux y ayant mis la mitre d'or , monte sur la sedia^ et y précédé et suivi du cortège que nous avons décrit, il traverse la salle Ducale , et arrive à la salle Royale. Là , le Mattre des Curseurs pontificaux y à genoux devant le Pape et la cour ro« maine, somme pour la quatrième fois, au nom du Procureur fiscal, les tributaires du saint Siège qui n'ont pas, ce jour-là, satisfait i leurs obligations, et qui, n'y satisfaisant pas le lendemain, tomberaient ainsi dans les mains du fisc apostolique. Il faut remarquer que le même Curseur a fait les trois premières sommations dans la cour des Loges du Vatican, en disant à chaque sommation : Primo pro prima ^ secundo pro secunda, tertio pro tertta.... omnesjuriumet censuum Camerœ apostolicœ debitores compareant in eadem Caméra^ coram Cardmali Camerario et ClericiSj ad jura débita solvendum^ qui sunt parati illarecipere, et hœc quarto pro quarta dilatione ad sartum^ instante Procuratore fiscah'.

La sommation du Mattre des Curseurs apostoliques terminée , le Pape lit la formule suivante :

Protestalionem hane tuam in omnibus admittimus; omnia qum ad sartum tectumque jus sanctœ Sedis et Camerœ apostolicœ sertandum , per eamdem Sedem ejusque ministros hucusquè gesta sunt, confirmamus; ac tempus et tempora non decurrere in cfotrimentum jurium apostolicœ Sedis declaramus.

Le cortège continue ensuite sa marche, et lorsque le Pape est arrivé devant la statue de Constantin , au bas de l'escalier Royal ,

( 360 ) il s'arrête de nouveau : là se sout réunis le Cardinal-Camerlingue et les membres de la Chambre apostolique^ après avoir reçu dans le palais du Vatican les revenus féodaux et de vasseîage de toutes les terres soumises aux domaines de TÉglise; ce qu'Hs font encore le lendemain. En présence de Sa Sainteté ^ le Procureur fiscal proteste de la manière suivante contre Foccupation des duchés de Parme et de Plaisance (9)^ appartenant au suprême domaine de rÉglise:

Consuelum erat^ beatùsùne Pater j in hodtema anniversam cekbritate^ qua feudatarn S. B. Ecclesiœ iributum de mort frœstare tenenlur Camerœ aposioUcœ, persolvi ettam censum in recognilionem supremi et directi dominii sanctœ Sedis super dt^ catus Parmœ et Placentiœ. Veràmj càm hujusmodi possession plurimis abhine annis per secidarem poiesiaiem oceupata fuerit^ et delineatur, Tiinc est^ quod ego Sanctilatis Vesirœ^ et Caméra apostolieœ Procurator pscalis generaliSj contra occupationem et detentionem prœdictam protestor^ eumdemgue statum ad sanciam Sedem apostolicam pleno jure spectare declaro^ enixè rogans Sanctitatem Vestram^ ut hanc meam protestationem bénigne admittere velitj et justissimam hanc 5. R. Ecclesiœ causant defenr dere dignetur. lia protestatus sum hac die XXVIII Junii aimt N.

Le Pape répond par la formule suivante :

Protestationes admitiimus : qvacumque hactenùs gesla pro tuendis dominio et postessione status nostri Parmensis et Pla-^ centini rata habentes confirmamus solemni hac die^ beatorum apostolorum Pétri et Pauli consecratâ martyrio; nihil etiam deinceps in hujusmodi eorum patrimonio asserendo et vindicando^ omnipotentis Dei prwsidio ipsorumque Apostolorum ope freti, ad exlremum usqus spiritum prmtermissurù

Si le Pape ne tenait point Toffice solennel à Saint-Pierre , ces formalités contre. les tributaires de l'Église seraient remplies, dans une des salles du Vatican , en présence du tribunal de la chambre.

Le cortège pontifical continue sa marche, et entre dans le vesti-

( 361 ) bule de Saint-Pierre : le Pape est reçu par l'Archiprètre et le Cha* pitre de la basilique , au son des cloches et au bruit des tambours ; la Garde-Noble et les troupes de ligne font leur service habituel dans la basilique et autour de la sedia ; le chœur entonne Tantienne Tu es PeiruSj dès que le Pape a franchi le seuil du temple. Le souverain Pontife adore le Saint-Sacrement devant la chapelle de ce nom ; il remonte ensuite sur la sedia pour arriver au maîtreautel ^ où^ après avoir fait sa prière^ il se rend au grand trône ^ placé en face. Les Cardinaux occupent leurs places ordinaires^ ainsi que toute la prélature et les dignitaires de la cour romaine. Les membres du Sacré-Collége^ revêtus de leurs habits sacrés, vont^ chacun à leur tour, rendre rd)édience au Pape; après eux, les Patriarches, les Archevêques et les Évoques, en chape, tenant leur mitre à la main ,. vont lui rendre hommage ; ils baisent son genou. Les Abbés mitres, le Commandeur du Saint-Esprit, les Pénitenciers de Saint-Pierre , ces derniers portant leur chasuble rouge ^ vont baiser les pieds du Pape.

Après l'obédience, le second Cardinal-Diacre âte la mitre au Pape, et Sa Sainteté ,^ debout, récite à voix basse le Paler et YAvej et entonne ensuite solennellement le Deus, in adjutorium. Le Cardinal-Ëvèque assistant tient le livre. L'Auditeur de rote, qui , le lendemain matin , doit faire Sous-Diacre d'office , revêtu d^ la cotte et du rochet , se rend au pied du trône ; il donne au Pape l'intonation de la première antienne Petrus et Joatines, que Sa Sainteté répète, et que le chœur réplique ensuite. Deux hautes-contres entonnent le psaume Dixil DominuSj après lequel deux Hebdomadiers répètent l'antienne , qui est chantée par le chœur. Le même Sous-Diacre porte la seconde antienne au premier Cardinal-Diacre assistant; la troisième, au Cardinal-Évêque assistant; la quatrième, au premier Cardinal-Prêtre, et enfin la cinquième, au second Cardinal-Diacre assistant. Les Cardinaux reçoivent, assis et la tête couverte, les premiers mots de Fan tienne ; mais ils se lèvent et se découvrent pour les répéter euxmêmes, et se rasseoient ensuite.

Le chant des psaumes et la dernière antienne étant terminés^ le même Auditeur de rote ^ toujours assisté d'un Mattre des cérémonies, récite le capitule, et entonne Thymne, que le Pape commence ensuite , et après laquelle deux soprani chantent le verset In omnem terramy auquel le chœur répond : Et in fines orbis terrœ. Le même Auditeur donne au Pontife l'antienne du Magnificat ^ que le chœur reprend ensuite. Pendant le chant de cette antienne , Sa Sainteté bénit l'encens que lui présente le Cardinal- Évèque assistant , et le Doyen des Votants de signature y tenant l'encensoir, se met à genoux aux pieds du Pape. Les Chemtres entonnent le Magnificat y et le Pontife, précédé du Cardinal- Évèque assistant, descend du trône, et, accompagné du Cardinal- Diacre, des Patriarches, Archevêques et Évêques assistants, va encenser Fautel , sur lequel deux Auditeurs de rote ont étendu la surnappe de dentelles.

Après l'encensement, le souverain Pontife revient au trône, et il est lui-même encensé par le Cardinal-Évêque ; ce dernier l'est à son tour par l'Auditeur de rote , ainsi que 1^ Diacres assistants et tout le Sacré-Collége. Le Maître des cérémonies , qui accompagne l'Auditeur , donne à chaque Cardinal l'heure précise k laquelle le Pape doit, le lendemain, chanter la messe solennelle. Les Patriarches, les Évêques, le Gouverneur de Rome, le Prince assistant et les autres dignitaires, sont encensés à leur tour. Après le Magnificat et la répétition de l'antienne, le Pape se lève , et chante , découvert , le Dominus vabiscum^ qui est suivi de l'oraison ; deux soprani chantent ensuite le Benedicamus Domino. L'Auditeur de rote, en tunique d'étoffe lamée d'or, portant la croix papale , s'étant avancé du trône, le Pape donne à toute l'assistance la bénédiction , et la cérémonie est terminée par celle que nous allons décrire.

Bénédiction des Pallium.

Après les vêpres pontificales, l'Auditeur de rote Camerlingue, précédé des Massiers apostoliques, de deux autres Auditeurs en

( 36S ) cotte et rochet, des Avocats consîstoriaux en cape, et d'u» Maître des cérémonies, se rend à Tautel delà Confession, où avaient été placés dans la matinée, par le Chanoine-Altariste, les pallmm destinés aux Patriarches , Archevêques ou Évèques qui ont le privilège de le porter. Ce Chanoine remet à l'Auditeur de rote Camerlingue le bassin de vermeil contenant ces palliumj et, accompagné comme nous l'avons déjà dit, il monte au trône, où il présente au Pape ces insignes épiscopaux. Sa Sainteté, debout, récite les oraisons prescrites par la bulle de Benoît XIV, de 1748 , les bénit, et les encense trois fois. Le même Auditeur de rote rapporte ces pallium sur l'autel; le Chanoine-Altariste les met dans une cassette de vermeil , qui est déposée, selon l'ancien usage , sur le tombeau même des saints Apôtres , dans la chapelle souterraine. C'est depuis Benoît XIV, qui l'a ainsi prescrit , qu'a Heu cette bénédiction des pallium^ le Jour de la veille de saint Pierre et de saint Paul (10).

Si le souverain Pontife n'assistait pas à l'office , ces pallmm seraient bénits par le Cardinal qui l'aurait tenu à sa place. Les Auditeurs de rote interviennent dans cette cérémonie , parce que c'est à leur Camerlingue que le premier Cardinal-Diacre remet les insignes nouvellement bénits, et parce que c'est à eux que sont remis encore les agneaux bénits de Sainte-Agnès hors-des-murs^ afin que de leur laine sans tache soient tissés les pallium. Les Avocats consistoriaux assistent aussi à la cérémonie, comme ayant le privilège de demander dans les consistoires secrets , pour les nouveaux Patriarches , Prinaats , Archevêques et quelques Évèques , l'honneur d'être décorés de cet insigne particulier ; enfin , le Chanoine-Altariste intervient aussi , comme Custode- de la cassette où sont renfermés à clef les pallium. La clef est confiée au premier Maître des cérémonies pontificales, selon la constitution déjà citée de Benoît XIV, et c'est lui qui ouvre la cassette dans les consistoires où le Pape accorde à certains membres du corps épiscopal le privilège d'en être décorés.

Après cette bénédiction, le Pape descend de son trône; ayant

( 364 ) fait sa prière au pied de Fautel ^ il monte sur la sedia, et , procédé du Sacré-GoUége et de son cortège ordinaire y il arrive à la chapelle de la Pitié, qui sert de salle des Parements^ et, après après avoir repris son costume ordinaire, il rentre au Vaticau. Les Cardinaux et les Prélats quittent aussi , les uns leurs babils sacrés , les autres leur cotte et leur rocbet , et sortent de la basilique.

Jusqu'à l'année 1787, après les premières vêpres pontificales de Saint-Pierre, le Pape, rentrant au Vatican, recevait, dans le portique de la basilique , au nom du Roi de Naples , le tribut de la haquenée *, et 7,000 ducats d'or dans un vase d'argent placé sur la selle de cette même haquenée; l'Ambassadeur du Roi des Deux-Siciles , présentant ce tribut au Pape, s'exprimait de la sorte :

N. N. re dette due Sicilien di Gerusalemme elc, mxo sovrano stgnore, présenta a vostra Sanctùà ed t'o nel suo real nome, guesta Chinea deceniamenie ornala col censo di seUemila ducaii pel regno di Napoli, e prego il Signore Iddio, che la Santilà vostra poscia riceverla per^ molti^ et felici anni a maggior aumento délia nostra santa fede cattolica, comme Vistessa maestà sua coir intimo del suo real animo augura, et summamente desidera a vostra Santità,

Le Pape répondait :

Censum hune nohis, et sedi Apostolicœ debitum pro directo dominio regni nostri utriusque Siciliœ citra ultraque Pharum, libenter accipimus et acceptamus; charissimo in Christofilio N. N. salutem à Domino peccamur; eique, populis, et vassallis apostolicam benedictiofiem impertimur. In nomine Patris, et Filii, et Spiritûs sanctù Amen.

* Du mot akinea, de la basse latinité, formé du mot équus, cheval. Le mor haquet, petit cheval , se trouve dans nos vieux auteurs français. Voy. V Histoire de Pie Fil, par le chev. Artau , pour les dernières difficultés survenues entre le gouvernement napolitain et le saint Siège , au sujet de la prestation du tribut et de lahaquenée. fjjf, du T.J

Quand le Roi de Naples qui faisait présenter le tribut avait été investi par le Pape qui le recevait, après les paroles Filto nostro. Sa Sainteté ajoutait : A nobts investito.

Si le souverain Pontife n'assistait point aux vêpres de Saint-^ Pierre , la présentation de la haquenée avait lieu dans le palais du Vatican ; quand la fête de saint Pierre et de saint Paul était célébrée pendant la vacance du siège, le nouveau Pontife recevait cet hommage à la Chapelle papale de la Nativité de la sainte Vierge, célébrée ce jour-là dans l'église de Sainte-Marie du Peuple. En 1788 , le Roi de Naples ayant cessé de rendre au saint Siège, dans la personne de Pie VI , l'hommage qui lui était légitimement dû, ce Pape, dans une allocution prononcée après la bénédiction des pallium^ protesta contre le refus du Roi des Deux-Siciles. Le lendemain matin , après la célébration de la messe pontificale , et dans le portique de Saint-Pierre, là où l'Ambassadeur du Roi de Naples rendait hommage , le Procureur-Général du fisc présenta au Pape une respectueuse et formelle protestation contre les tributaires du saint Siège qui n'avaient pas satisfait à leurs obligations. Le Pape accepta cette protestation, à laquelle il répondit; et toutes les années , comme nous le verrons, après la messe pontificale de saint Pierre , les deux formules de protestation sont lues dans le portique de la basilique.

Messe pontificale pour la fête de saint Pierre et de saint Paol , 29 Juin.

Les Pontifes romains célébraient autrefois trois messes dans cette festivité , les deux premières , la nuit , dans la basilique du Vatican , en l'honneur de saint Pierre , et la troisième dans la basilique dédiée à l'Àpdtre des nations, située hors des murs de Rome,

( 366 ) sur la voie d'Ostie ^ commune aux deui Apôtres : le Pape et les Cardinaux s'embarquaient sur le Tibre pour se rendre à cette basilique. Plus tard , la fête de la Commémoraison de saint Paul ayant été renvoyée au lendemain, les Patriarches, Archevêques et Ëvèques la célébrèrent seule, comme l'ordonna Benoit XIY, dans la basilique d'Ostie. La vénération des Pontifes romains et do, peuple était telle pour l'Apôtre des Gentils, que le Pape se rendait, dans l'après-midi, aux premières vêpres de la Commémoraison , chantées dan« la basilique de Saint-Paul hors-des-murs ; il ne retournait point à Rome , pour pouvoir assister dans la nuit a matines. Après la quatrième leçon de cet ofGce, il allait au tombeau de l'Apôtre; il y prenait l'encensoir plein de charbon et d'encens, qu'on y avait déposé le même jour de l'année précédente: c«s charbons éteints et ces grains d'encens qui n'avaient pas été brûlés, étaient remis à l'Archidiacre pour être distribués au peuple, qui les recevait avec le plus grand empressement. Le Pape remettait, pour l'année suivante, sur le tombeau de l'Apôtre, l'encensoir, garni de nouveau de charbon et d'encens fumant.

Après matines, le souverain Pontife célébrait la messe sur l'autel de la Confession ; mais Sixte-Quint approuva , par sa bulle du 1 3 Février 1 586 , que les Pontifes célébreraient eux-mêmes la messe , le jour de saint Pierre et de saint Paul, dans la basilique du Prince des Apôtres, à moins qu'ils n'en fussent empêchés. En 1786, Benoît XIV, pour rendre plus solennelle la fête de saint Pierre et de saint Paul, outre l'institution de l'octave^ comprenant la Chapelle cardinalice et les Chapelles |)r^/aac^5 (11), voulut encore, ce même jour, célébrer la canonisation de cinq bienheureux. En 1808, lorsque les troupes françaises occupaient Rome , Pie VII ne se rendit, ni aux premières vêpres, ni à la messe solennelle du lendemain ; le Cardinal-Doyen tint l'office ce jour-là ; et l'année d'après, les Cardinaux eux-mêmes n'assistèrent point à la solennité, où célébra l'Archevêque de Thèbes, chanoine du Vatican , sur l'autel portatif placé devant celui de la Confession.

lesse pontificale.

Les Cardinaux se rendent au palais du Vatican ^ accompagnés de leurs carrosses et de leur livrée de galcu Arrivés dans la salle Ducale , ils quittent leurs insignes pour revêtir les habits sacrés de leur ordre; si le Pontife ne devait point célébrer lui-même, ils conserveraient leur moselte et leur manteau rouge. En 1819, François L", empereur d'Autriche, se trouvant à Rome avec d'autres princes illustres. Pie VII voulut que les membres du Sacré-Gollége revêtissent leurs ornements sacrés , quoiqu'il ne dut qu'assister à la cérémonie, des raisons de santé l'empêchant de célébrer lui-même la messe.

Le souverain Pontife, revêtu de la chape dans la salle des Parements, portant la tiare, monte sur la sediaj recouvert du grand dais, et accompagné des Gamériers portant les flabelles. Le cortège se met en marche , et arrivé dans la salle Ducale , le Pape écoute et reçoit la sommation prononcée la veille par le Maître des Curseurs pontificaux , au nom du Procureur-Général du fisc , pour les redevances et autres tributs dus ce jour-là au Siège apostolique ; le même Curseur a également renouvelé deux fois la même sommation, dans la cour des Loges j en présence du peuple. L'Archiprêtre et le Chapitre du Vatican reçoivent le Pape sous le portique. Le cortège entre dans l'église : on chante l'antienne Tu es Pelrus; le Pape fait son adoration devant la chapelle du Saint-Sacrement, et, remontant sur la sedia, il arrive au pied de l'autel de la Confession , décoré comme nous l'avons déjà dit. Tous les dignitaires et fonctionnaires de la cour romaine occupent dans la basilique les places qui leur sont assignées à chaque Chapelle papale solennelle , et que nous avons fait connaitre.

Après sa prière au pied de l'autel , le Pape se rend au trône de tierce, placé dans le presbytère, du côté de l'épître; il reçoit l'obédience des Cardinaux et des Patriarches, et, après avoir entonné tierce, il fait sa préparation. Deux soprani chantent l'hymne Nimc sancte nobis spiritus ^ après laquelle un autre

( S68 ) 9oprmo entoone Fantienne Argentum et aurum, et le conirdlo hebdomadier entonne le psaume Legem miUpone, Domine.

Après le chant des trois psaumes , le Pontife se lève : un soprano récite le capitule^ et deux autres soprani disent les yersets. Le Pape^ qui s'était assis ^ se lève de nouveau^ et^ la tète découverte^ chante le Domihtis vohiscum^ et deux soprani le Benedicamus Domino. Après avoir lavé ses mains; il se revêt de ses habits sacrés^ tels que nous les avons fait conaaitre en décrivant les cérémonies du couronnement du Pontife romain ; il des* cend du trdne de tierce, et se rend processionnellement à Tautel pour y commencer la messe. Après avoir admis, selon l'usage, au double baiser de la face, les trois derniers Cardinaux-Diacres^ ^ encensé l'autel , le Pontife se rend au grand trâne , placé au fond du presbytère , en face de l'autel de le Confession. Après le chant de l'épttre, en latin et en grec, le chœur chante le graduel, qui n'est suivi d'aucune hymne. Autrefois les Pontifes romains^ après l'évangile , récitaient eux-mêmes l'homélie , assis sur leur trâne. A l'offertoire, les Chantres exécutent le motet Tu es Petrus; à la communion , le Pape n'admet point les Cardinaux-Diacres à recevoir de ses mains les espèces sacrées, ni aucun des dignitaires que nous avons vus recevoir la sainte Eucharistie le jour de Pâques. Après Xlte^ missa estj le Pape donne la bénédiction solennelle du haut de l'autel , et le Cardinal-Évêque assistant publie l'indulgence plénière accordée aux fidèles assistants. Sa Sainteté lit ensuite l'évangile selon saint Jean , ou celui du dimanche , si la fête des Apôtres avait lieu ce jour-là. Après avoir terminé la m^sse^ le Diacre d'office die au Pape lepallium et le manipule^ et les dépose sur l'autel, dans un plat de vermeil; il lui met la mitre. Descendu de l'autel, le Pape prie encore sur son prie^ieu^ reprend la tiare, et s'asseoit sur la sediùj placée devant le marchepied de l'autel : là, il reçoit, selon l'usage, l'offrande Pro missa benè cantala. Le cortège se dirige vers la chapelle de la Pitié; mais avant d'arriver à la porte principale de la basilique, entre les deux piliers auxquels sont adossés les bénitiers, Sa Sainteté

( 369 ) écoute et accepte la protestation qui lui est faite encore, en présence de toute sa cour , contre les tributaires et les princes redevables au Siège apostolique. La protestation est ainsi conçue :

Quœ plurium seculorum cursu^ beatissime Pater ^ per Sictltœ reges udimpleta constantissimè fait singuKs annts prœstattOj et solutio censûsj cum debttis et assuetis solemnitatibuSj in recognù iionem supremi et directi dominii sanctœ Sedis apostolicœ super regno Siciliœ citrà ultràque Pharum^ plurimis ab Mnc anniSj et hoc quoque penitùs defecit. Ne autem jus istud prœclarissimumj etsi prœscriptimi virtuie suâ nullo modo obnoxium^ quiàquatk detrimenii captât sub quocumque colore ^ ego, tanquam Sanctitatis Vestrœ et Camerœ apostolicœ Procurator fiscalis generalisj primùm repeto omnes et singulas protestationes et declarationeSj quas palàm et pluries emisi ad ti^ndam solemnem prœstationem et solutionemprœdtcti censûs, et prœdecessores Sanctitatis Vestrœ j aut vivœ vocis oraculo, aut obsignatis chirographis bénigne susceperunt; ac deindè hamiliter rogoj ut omnia rata habens, quœ super hâc re huctisquè gesta sunt ad sartum tectumque servandum hoc jus sanctœ Sedis et Camerœ apostolicœ j renovatam hanc meam protestationem et declarationem^ mode et futuris temporibus probare^ et conprmare dignetur. Ità protestatus sum hâc die XXIX mensis Junii anni N.

Le Pape répond par la formule suivante, en présence de toute Tassistance :

Protestationem hanc tuam in omnibus admittimus, ut sartum tectumque jus sanctœ Sedis et Camerœ apostolicœ servetur. Talis verà est religio, et pietas in Deum^ devotio in hanc apostolicam Sedemj charitas ergà Nos serenissimi régis ti. N. , ut spes in nobis magis in dies augeatur^ occasionem aliquam eum esse arrepturum^ quây rébus omnibus cum hac sancta Sede tandem compositiSj vincula necessitudinis inter Patrem amantissimum j et redamantem Filium strictiàs constringantur. Quod à Deo optimo maximOj ac beatissimis apostolis Petro et Paulo enixis precibus efflagitamus.

Après cette lecture^ le Pape entre dans la chapelle de la Pitié ^ où il quitte ses ornements sacrés , et , reprenant la mosette , précédé des Prélats de sa maison , il revient au Vatican.

Autrefois le Maître des Chantres pontificaux s'informait si , pour ce jour-là ^ le souverain Pontife désirait entendre, pendant son dtner, des accords exécutés par les choristes de sa chapelle. Cet usage est depuis long-temps tombé en désuétude; mais comme à Rome les réjouissances publiques viennent toujours se mêler aux fêtes religieuses , la veille de saint Pierre, à sept heures du soir, a lieu l'illumination de la basilique et de la coupole, et le lendemain , jour de la fête , un magnifique feu d'artifice est tiré du château Saint-Ange.

mi.

Chapelle papale pour la fêle de rAssomplion de la sainte Vierge, iS AoûL

Le chanoine Benoit, dans son Ordo romain, conservé par Mabillon (Mus. lialj tom. 2), nous apprend que, la veille de sainte Marie, le Pape et les Cardinaux se rendaient, pieds nus, devant l'image archétype, baisaient les pieds du Sauveur, et, les couvrant d'un voile , chantaient ensuite le Te Deum. Léon IV ordonna , en 847, que la fête de l'Assomption serait célébrée pendant huit jours. Ce Pape, après avoir chanté les premières vêpres dans l'église de Sainte«Marie-Majeure , retourna au Latéran, où les Cardinaux prirent l'image du Sauveur dans la basilique de Saint-Laurent, pour la porter en procession. Le Préfet de Rome, avec douze hommes choisis parmi le peuple, six ayant une longue barbe, et six autres sans barbe, représentant le sénat romain, recevait de la cour pontificale douze cierges; les Portiers en recevaient autant , et ils les portaient allumés devant

( 371 ) rimage du Sauveur. La procession se rendait à Sainte-Harie- Mineure , aujourd'hui Saînte-Marie-Nouvelle , près le Forum j où on lavait les pieds à la statue avec de Feau parfumée d'herbes odo* riférantes; on se rendait ensuite à Saint-Adrien^ où, une seconde fois y on lavait les pieds à la statue, et, de là, à Sainte-Marie- Majeure, où le Pape chantait la messe.

Aujourd'hui la solennité de la fête de l'Assomption a lieu dans cette même basilique : c'est le Gardinal-Ârchiprètre qui chante la messe; les ornements de l'autel et du trône sont d'étoffe d'argent. Cette Chapelle papale était instituée en 1509, comme nous l'apprend Paride Grassis. Sixte-Quint en maintint la célébration dans cette église, où l'on observe le cérémonial que nous avons fait connaître. Le Procureur-Général de l'ordre de la Merci prononçait le sermon; mais, en 1828, Léon XII voulut que ce discours fût désormais prononcé par un des canvitori * da collège des Nobles. A l'offertoire , on exécute le motet Assumpta est Maria j de Palestrina. Autrefois, après la messe, un Mattre des cérémonies et deux Gentilshommes du Cardinal-Protecteur de Farchiconfrérie du Gonfalon , se mettaient à genoux au pied du trône, et là , devant le souverain Pontife, un officier du Montde-Piété déposait dans un bassin , an nom du Pape, SO écus d'or pour la rédemption des esclaves ; chaque Cardinal donnait, à cette fin , mi écu d'or. Maintenant ce sont des députés de cette archiconfrérie qui recueillent eux-mêmes ces dons. Le Pape offre une bourse que lui présente le Maître des cérémonies , et les Cardinaux qui n'assistent pas à la Chapelle envoient leur offrande.

Après la cérémonie , le souverain Pontife donne la bénédiction solennelle , dn haut de la loge de la basilique de Sainte-Marie- Majeure, au peuple réuni sur la place, d'après les rites déjà rapportés.

* On appelle ainsi à Rome , les élèves qui s'entretiennent à leurs frais dans les di\ers collèges de la ville , et qui ne jouissent d'aucune bourse ni demi-bourse comme plusieurs de leurs collègues. (^. du TJ

■o»Hi»»iMniniiiiiîi»»»tî»ii»»8m»»

Chapelle papale pour la fêle de la Nativité de la sainte Fierge , 8 Septembre.

Cette Chapelle papale ne remonte qu'à Siite-Quînt. Après la mort de ce Pape, on cessa de la tenir régulièrement; mais Aleiaadré VII, voulant rendre de solennelles actions de grAces à la sainte Vierge pour la cessation des maladies pestilentielles qui ravageaient ses États, ordonna de nouveau la tenue de la Chapelle de la Nativité dans Féglise Sainte-Marie du Peuple j précédemment désignée par Sixte-Quint. Nous avons dit que devant h porte de cette ^lise avait lieu l'offrande de la haqnenée y k>rs(]Qe la fête de saint Pierre et de saint Paul était célébrée pendaAt la tenue du conclave. Les Papes avaient autrefois Tbabitude de sd rendre à cette Chapelle, accompagnés du'mèfne cortége^kmt ib étaient entourés pour la fête de l'Annoticiation , célébrée, ^tis réglise Sainte -Marie de la Minerve le 2S Mars , et ^oËrf'teus avons parlé. '• ^

C'est le Cardinal titulaire de l'église , qui chante la messe; il n'y a point de sermon prononcé ce jour-là. On exécute , à l'ofTertôtre, le motet de Bonomi , In lectulo meo; le Célébrant publie Fiodul-^ gence de trente ans , accordée par le Pape. On n'a pas oublié à Rome avec quelle magnificence fut célébrée cette Chapelle papale, en 1815, par Pie VII, qui rendit à Dieu de solennelles actiot» de grAces , au bruit du canon du château Saint-Ange , devant le Sacré-Collége et les magistrats de Rome , pour être rentré dans ses États , et avoir recouvré les trois provinces d'Ancdne , de Maceratta et de Fermo , de même que les duchés de Camerino , de Bénévent et de Ponte-Corvo, comme aussi les trois légations de Ferrare , de Bologne et de la Romagne.

-°Hi«ti»Hi»i»iî»ii»»»»intii»»nt»iKmH»»miititîi»u»iiuui».-

XXM.

Premières yêpres ponr la fêle de tous les Saints ; Chapelle p^e du lendemaiiL — Vêpres et matines pour la fête des lofte.

Les premières vêpres^ dont te cérémonial est le même que celui de la fête de TÉpiphanie^ sont chantées dans la chapelle du palais apostolique.

Siite-Quint avait statué que la Chapelle papale de la Toussaint serait tenue dans la basilique du Vatican ; mais , dans la suite des temps y ses successeurs l'ont célébrée dans la chapelle de l*eur palais. C'est un Cardinal de l'ordre des Ëvèques y qui chante la messe. Le Pape se rend dans la chapelle y revêtu de la chape blanche et portant la tiaf& Â l'oflertmre on exécute le motet Vidi turham magnanC. Après l'évangile, un Élève du collège Germanique-Hongrois prononce le discours et proclame Findulgence de trente ans.

Dans la chapelle du palais apostolique où a été célébrée I» messe, on chante les vêpres , qui sont suivies des matines de la* fête du lendemain. Les Cardinaux portent leurs insignes de deuil , les ornements de l'autel et du trône sont de soie violette, le tableau de l'autel représente la Résurrection de Lazare ^ et tous les ci^ges sont de cire jaune. Le Pape se rend en Chapelle, portant la mitre d'argent , l'étole violette et la chape rouge ; il fait s» prière au pied de L'autel, et monte au trône , où il ne reçoit point l'obédience des^ Cardinaux , qui ne la rendent jamais deux fois le même jour. Après le Pater et YÀve j récités debout par le Pape, on chante les vêpres sans contre-point. Après le Magnificat, le chœur commence les matines ; deux soprani chantent le verset Aporlâinferij et le Pape, se levant, récite secrètement lePa^^. A un signe du Maître des cérémonies , le dernier Chantre , faisant

( 374 ) la génuflexion à Tautel et au trône , commence la première leçon ; les suivantes sont successivement récitées par ses collègues ; on chante les autres nocturnes comme le premier.

Si le souverain Pontife ne peut assister à rofficc , c'est le Cardinal-Grand-Pénitencier ^ à qui il appartient de célébrer la messe lé lendemain , qui tient cet office funèbre.

Chapelle papale pour la Commémormson des Fidèles défunts , 2 Novembre.

C'est toujours dans les chapelles des palais apostoliques qu'a li^u cette cérémonie funèbre. Les cierges sont de cire jaune ^ et le tableau est le même que celui des matines. Les Cardinaux sont revêtus de leurs insignes violets ; ils ne rendent point ce jour-là leur obédience ordinaire. Le Pape met l'étole violette^ la chape rouge et la mitre lamée d'argent. Les Camériers n'ont point d^ mitre à porter ce jour-là lorsqu'ils accompagnent le Pontife, et, par conséquent , ib n'en déposent aucune sur la table de l'autel. C'est le Cardinal-Grand-Pénitencier à qui il appartient de célébrer ce jour-là les saints mystères. Deux anciens soprant entonnent l'introït Requiem œtemam^ etc.^ et ensuite le Kyrie ^ que l'on chante, comme toutes les parties de la messe, sans contre-point, et que l'on finit quand le Pape , descendant du trône , va se mettre à genoux sur son prie-dieu. Le trait est chanté par trois groupes de soprani : le premier chante le verset Absolve; le second, Et grattas y et le troisième , Et lucis ; le chœur ayant terminé le verset^ le premier groupe entonne le Dies trœj etc.

Le Pape descend une seconde fois de son trône , et va se mettre à genoux devant son prie-dieu un peu ayant l'élévation ; il ne revient au trône qu'aux paroles proférées par le Cél^rant : Paa^

( 375 ) Domini sit semper vobiscum. Enfln , le Pontife revient encore à son prie-dieu ^ où il s'agenouille pendant que le Cardinal-Célébrant^ chante la postcommunion ^ après laquelle il monte sur son trône pour faire l'absoute.

Des Clercs de la Chapelle placent devant l'autel un petit catafalque portatif, qui n'est entouré d'aucun cierge, mais seulement recouvert d'une étoffe noire à lames et broderies d'or. Le Libéra est chanté modo andante^ et le Pontife, du haut de son trône, fait l'absoute ordinaire, c'est-à-dire qu'il asperge trois fois le catafalque et qu'il l'encense , assisté par les prélats Votants de signature, en cotte et rochet. Si le Pape n'assiste point à la cérémonie, c'est le Cardinal-Célébrant qui fait l'absoute à la manière ordinaire.

La cérémonie funèbre pour les Cardinaux défunts a lieu dans la chapelle apostolique , le surlendemain. C'est le Cardinal-Camerlingue du Sacré^ColIége qui chante la messe. On a déjà fait remarquer qu'il n'y avait pas d'obédience rendue au Pape dans les messes funèbres. La Chapelle pour les Cardinaux défunts, établie aussi par Alexandre IV, est tenue le 5 du mois de Novembre : on y observe les mêmes rites, et c'est le Cardinal-Camerlingue qui célèbre les saints mystères, en présense de Sa Sainteté.

Chapelle papale pour la fête de saint Charles Borromée, 4 Novembre.

Dans la somptueuse église de Saint-Charles au Cours , dédiée aussi à saint Ambroise, tous les deux archevêques de Milan, on tenait autrefois Chapelle cardinalice , pour honorer le cœur de l'illustre pontife de la famille des Borromée, qui avait été donné à cette église par le cardinal Frédéric, oncle du saint Archevêque. Sous le pontificat de Clément XI, la possession du trône espa-

( 376) gnol était vivement disputée par Charles III d'Autriche , duc de Milan et empereur d'Allemagne , et Philippe Y de Bourbon. Le Pape observa une prudente neutralité entre ces deux puissantes maisons. 11 arriva que les membres de l'archiconfrérie de Saint- Ambroise et de Saint-Charles , de la nation milanaise et lombarde, et à qui appartenaient Téglise dont nous parlons , l'oratoire et l'hôpital qui lui sont contigus , suivirent le parti de Charles III , et voulurent exposer le portrait de ce prince à la Chapelle cardinalice de leur saint patron , pendant que l'ambassadeur d'Espagne et les Cardinaux de cette couronne voulurent exposer celui de Philippe y. Le sage Pontife , réfléchissant alors à l'usage où l'on était de n'exposer le portrait d'aucun prince aux cérémonies ecclésiastiques où le Pape assistait, ordonna que la Chapelle cardinalice serait remplacée par une Chapelle papale, à laquelle il attacha une indulgence plénière , commandant aux fidèles de prier afin que Dieu suspendit le fléau de sa colère , et pour la paix générale et la réforme des moeurs. En 1709 , la victoire avait couronné les efforts de l'armée française, et Philippe V régnait sur le trône d'Espagne. Clément XI déclara au Cardinal-Protecteur de l'église Saint-Charles qu'il avait fait vœu de revenir personnellement, chaque année, assister à la Chapelle, parce qu'ayant pris l'Archevêque de Milan pour son protecteur auprès de Dieu , il Itii attribuait le rétablissement de la paix entre les princes chrétiens. Toutes les années, le Pape se rend à Saint-Charles, accompa* gné du cortège que nous avons appelé treno nobile, et les Cardinaux s'y rendent également , suivis de leur livrée et en habits de gala. Les ornements de l'autel et du trône sont en étoffe d'argent brodée d'or. Le Pape est porté sur la sedia; il commence la messe au pied de l'autel avec le Cardinal-Protecteur de l'église. A l'offertoire , on chante le motet de Palestrina , Ecce Saceràos magnus^ Le Pape, après la cérémonie, revient au palais apostolique^ accompag.né du même cortège.

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ffll.

ChapeDe papale du premier dimanche de rAyent. — Commencement de roraiso& de quarante heures.

Quoique Siite-Quint eât ordonné^ en 1586, par sa bulle Egregtaj qu'on célébrât cette Chapelle dans Féglise de Saint- Laurent hors-des-murs j Clément VII ne tarda pas à permettre, vu la distance des lieux , de la tenir dans la chapelle du Vatican,' afin , d'ailleurs , de pouvoir plus facilement transporter le Saint-- Sacrement à la chapelle Pauline pour l'ouverture des quarante' heures. **

Les ornements de la chapelle sont de couleur violette , et lé' tableau de l'autel représente V Annonciation de la sainte Vierge. Les Cardinaux sont revêtus de leurs habits violets, et portent la mosette doublée d'hermine, comme le sont aussi les capes et manteaux des fonctionnaires qui ont rang en Chapelle. Le Pape porte la chape rouge et la mitre d'argent ; les Cardinaux , comme les Patriarches et les Archevêques, ne font usage , en célébrant, pendant FA vent , que de la mitre de toile blanche. C'est un Patriarche qui chante la messe , et le Procureur-Général des frères^ Prêcheurs prononce le discours et promulgue l'indulgence de dix ans. Avant de chanter l'épttre , le Sous-Diacre quitte la chasuble pliée qu'il porte , et la remet après l'avoir chantée; le Diacre en fait autant avant de chanter l'évangile , et il met une large étole diaconale {stoHone)^ qu'il garde jusqu'à la postcommunion, pour reprendre la chasuble pliée. A l'offertoire , on exécute le motet de Palestrina, Salvatorem exspectamm. Le Maître des cérémonies qui accompagne le Diacre allant encenser le Sacré-Collége, donne aux Cardinaux l'heure du sermon , qui doit être prononcé en ita-

( S78 ) lien y tous les mercredis de l'Avent^ dans une des salles du palais ^ et auquel assiste le Pape , mais d'une manière privée. Au Sanctus, douze Bussolantij portant des flambeaux, entourent l'autel. Le Célébrant consacre deux hosties , l'une qu'il consomme , et l'autre qui doit être exposée à la vénération des fidèles pendant les quarante heures. Deux Maîtres des cérémonies distribuent aux Cardinaux et à toute l'assistance des cierges pour la procession. Les Chantres entonnent le dernier Agnus Dei quand le Célébrant a placé dans l'ostensoir l'hostie consacrée.

Après la messe, le Pape descend du trône, et vient se placer, à genoux , au pied de l'autel, où il encense le Saint-Sacrement, couvert d'un riche voile brodé ; il reçoit l'ostensoir des mains du Célébrant , et le cortège , s'étant mis en marche , se dirige vers la chapelle Pauline : les bâtons du dais sont tenus par des Évè* qqes, et le Pape, à pied et la tète découverte, porte la sainte Eucharistie. En entrant dans la chapelle Pauline, splendidement illuminée , on chante le Tanlùm ergà^ et le Pontife , au pied de l'autel, remet l'ostensoir au premier Cardinal-Diacre, ayant l'étole diaconale sur ses insignes cardinalices; celui-ci le porte derrière l'autel, où il trouve le prélat Sacristain, qui l'expose sur le tabernacle. Après avoir encensé trois fois la sainte Eucharistie, le Pape récite l'oraison , et se retire dans la sacristie eontiguë , où il dépose ses ornements.

Comme dans la cérémonie du Jeudi saint au sépulcre, de même, pendant les quarante heures , les Prélats de la cour pontificale , les Camériers, les Chapelains, etc. , font successivement^ deux à deux , une heure d'adoration devant le Saint-Sacrement. Le souverain Pontife lui-même , accompagné du Majordome et du Maître de chambre, va faire sa station à la chapelle Pauline^ et adorer aussi pendant les quarante heures le Saint des saints. , Clément VIII confirma , en 1 592 , par sa constitution Graves et dmtumas, la pieuse coutume où l'on était d'exposer à la vénération publique le Saint-Satrement pendant une période de quarante heures, afin de réveiller dans l'esprit des fidèles le souvenir

( S79 ) des C[uaraDte jours de jeâne de Jésus-Christ dans le désert , on eelni des quarante heures qu'il passa dans le sépulcre. Ce Pontife voulut que cette institution fût établie dans toutes les églises > basiliques ^ oratoires publics et chapelles des communautés religieuses de toute la ville de Rome^ et il fixa Touverture de ce» quarante heures au premier dimanche de TÂvent , dans la.cha^ pelle Pauline du Vatican.

A l'expiration de ces quarante heurea, le prélat Sacristaiq, après une messe basse célébrée dans la chapelle Pauline ^ prend h chape blanche ^ et deux soprani entonnent les litanies des saints. Après la récitation du Paier et des oraisons ^ le Prélat donne la bénédiction avec le Saint-Sacrement, et le replace ensuite avec respect dans le tabernacle de la chapelle.

Après avoir été célébrées au Vatican , les oraisons de quarante heures commencent dans la basilique de Saint-Jean-de-Latran ^ et successivement dans les antres basiliques, églises^ oratoires^ communautés religieuses^ etc., et se renouvellent pendant toute l'année.

xm

Chapelle papale du deuiike, troisième et qualnème dimancbe de rAyent.

C'est un Archevêque ou un Ëvèque assistant au trône , qui chante la messe le second dimanche de l'A vent. Le motet.de l'offertoire, Jérusalem ctlo venietj est de Palestrina. C'est le Procureur-Général des Mineurs conventuels, qui prononce le sermon et publie l'indulgence de dix ans.

La Chapelle du troisième dimanche, appelé Gaudete^ se tenait autrefois, comme celle du quatrième dimanche du Carême, dans la basilique Sainte-Croix de Jérusalem. Les tentures de l'autel

( 380 ) et du trône étaient de velours rose^ et l'autel était orné de petites statues d'argent^ représentant les Apôtres. Les Cardinaux conservent leur manteau violet^ mais ils portent ce jour-là la soutane^ la mosette et la manlelletta de couleur rose. Le Pape revêt la ebape de même couleur^ et porte la mitre d'or, comme il le fait le dimanche Lœlare du Carême; les ornements du Célébrant, du Diacre et du Sous-Diacre , de même que le devant d'autel , sont également roses. Ce dimanche , appelé Gaudeie du premier mot de l'introït de la messe , et qui semble réveiller ainsi la pieuse allégresse de l'Église , était autreCcNS célébré d'une manière plus solennelle par les Pontifes romains, qui avaient l'habitude de chanter eui-mêmes la messe en Chapelle.

Aujourd'hui la fonction se tient au Vatican; elle n'offre cb rites particuliers que ceux que nous venons d'indiquer. Le motet de l'offertoire, Veni, Domine^ est de Palestrina. C'est le Procu> reur-Général des Ermites de Saint-Augustin qui prononce le di»* cours et promulgue Tindulgence de vingt-cinq ans. • *-

La chapelle du quatrième dimanche se tenait autrefois à Saint- Paul hors'des-murs; mais Téloignement des lieux et la saison ^e l'hiver firent renoncer à cet ancien usage. C'est un Évêque assistant qui chante la messe ; le motet, Cantte tuba in Sion^ est encore de Palestrina. Le discours est prononcé par le Procureur-Général des Carmélitains chaussés de l'ancienne observance^ qui publie rindulgence de dix ans. Si le quatrième dimanche de l'A vent se trouve être la veille de Noël , la Chapelle pontificale n'a pas lieu. 11 est arrivé que les Papes se sont bornés à faire annoncer pour la seconde fois l'ouverture du jubilé de Tannée sainte, déjà proclamée le jour de l'Ascension de la même année.

xniH.

Chapelle papale pour la fêle de la Conceplioa de la sainte Yierge , 8 Décembre.

Autrefois on ne tenait ce jour-là à Rome qu'une Chapelle car^i* dinalice; mais Benoit XIV ordonna^ dans un consistoire du 26 Novembre 1742, par une constitution apostolique, que cette fête serait célébrée tous les ans dans la basilique de Sainte-Marie- Majeure, où l'on tiendrait chapelle papale; plus tard, cette Chapelle se tint dans les palais apostoliques. Les Cardinaux s'y rendent reVêtos de leur-s habits rouges ; le Pape porte la mitre d'or et la chape lamée d'argent; les ornements de la chapelle et du trône sont blancs, et le tableau représente la Conception immaculée de là Vierge. C'est le Cardinal-Protecteur de la chapelle Borghésienne * de la basilique Sainte-Marie-Majeure , qui chante la

' "* Gette chapelle , ane des plus riches et des plus belles de Rome « qui fait face à celle de U Crèche, est dédiée à la sainte Yierge ; elle prend son nom de son illystre fondateur, Paul Y, de la famille Borghèse. Cest dans cette chapelle que s^élève le magnifique autel ou Ton conserve la miraculeuse image de la sainte Tierge et de r«nfkmt Jésus , que Ton attribue à saint Lue : cette vénérable effigie a été toujours conservée avec le plus grand respect. En 510 , saint Grégoire-le-Grand la porti^ processionnellement au Vatican , pour demander à Dieu la cessation de la peste qui ravageait la ville de Rome : le ciel se montra propice à ses vœux. Il ni'y a encore qve peu d'années, lorsque le terrible fléau du choléra remplissait Rome de deuil , le Pontife glorieusement régnant , Grégoire XYI , prévenant les pieux et ardents dér sirs de son peuple fidèle , ordonna que la sainte Madone de saint Luc serait portée en pompe , accompagnée du clergé et du peuple , de la basilique de Sainte-Marie- Hajeure à Téglise de Jésus , une des plus centrales et des plus fréquentées de la ville. Les victimes du fléau désastreux furent malheureusement bien nombreuses ; mais nous tenons de plusieurs observateurs éclairés , retenus par devoir au centre des hôpitaux de Rome , que la confiance en la sainte Yierge et la résignation à la volonté divine , puisées dans une foi vive , préservèrent un très-grand nombre de personnes , de tout âge et de toute condition , d'une maladie contre laquelle on luttait avec d'au-, tant plus d'avantage , qu'on s'en montrait moins effrayé. ^iV. du T,J

( 382 ) messe ce jour-là; le motet, Sancta et immaculata VirgOj est de Palestrina. Cette Chapelle est du petit nombre de celles où il n'y a point de sermon prononcé, et c'est le Cardinal-Célébrant qui promulgue l'indulgence de trente ans accordée par le Pape.

Cette fête est célébrée avec solennité et avec octave, par les religieux conventuels, dans l'église des douze Apôtres. Les souverains Pontifes ont l'habitude de se rendre , les derniers jours de l'octave , dans cette église , pour y donner la bénédiction et assister au chant du Te Deum.

Premières vêpres pour la fêle de Noël. — Bénédiction de Fépée et du ehapeao. — latines. — lesse de la nuiL

Sixte-Quint avait conGrmé l'ancien usage oà l'on était de célébrer la fête de Noël dans l'Église de Sainte-Marie-Majeure. Après lui, quelques Papes l'ont célébrée, partie dans les basiliques, partie dans les chapelles apostoliques. En 1814, Pie Vil, après •on glorieux retour dans ses États , chanta les premières vêpres do la fête, ainsi que les matines, dans la chapelle Pauline du Quirinal; le lendemain, il célébra la grand'messe papale dans l'église Vaticane. En 1826, Léon XII officia aux premières vêpres dans l'église Sainte-Marie-Majeure, assista à matines dans la chapelle de Sixte-Quint * de cette même basilique , et

* Cette chapelle , bien connue des étrangers qui Tisitent Sainte-Marie-Majeore , prend son nom de son illustre fondateur , dont les restes reposent, k droite , dans le beau mausolée qui lui fut élevé par Fontana. Dans Tare de gauche est le tombeau de saint Pie V, dont le corps tout entier, excepté un doigt, conservé à Gènes , repose dans une très-belle urne de marbre vert antique. Le corps de ce grand Pape est alongé , et revêtu de ses habits pontificaux. Cest dans Tare du fond qu'on plaçait

( 383 ) chanta lui-même la première messe ponti6calement à l'autel Papal. Il fut ensuite offrir le saint sacrifice , modo privaio^ dans l'église Sainte-Anastasie , et célébra y le lendemain , dans la basilique de Saint-Pierre , la troisième messe f)ontificaIe. Pie VIII et Grégoire XVI ont célébré dans la chapelle Sixtine du Vatican les premières vêpres pontificales et les matines de Noël , se réservant de célébrer pontificalement la messe le lendemain dans la basilique de Saint-Pierre. Ce n'est que depuis 1838 que Grégoire XVI a voulu que les premières vêpres de cette fête fussent chantées dans la même basilique.

Yèpres de la fête de la Hatiyité de Jésns-Christ.

On observe , dans la célébration des premières vêpres de Noël, le cérémonial déjà décrit pour les premières vêpres de saint Pierre et de saint Paul. La basilique est ornée de tentures de damas; les dispositions du presbytère sont les mêmes; les tentures des deux trônes, les housses des fauteuils pontificaux et les devant d'autel, sont d'une riche étoffe brochée d'argent , à grandes fleurs d'or. Accompagné de tous les Cardinaux et dignitaires de la cour romaine, le Pape se rend dans la basilique; il porte l'aube, l'étole, la chape d'argent et la mitre d'or; et après avoir adoré le Saint- Sacrement, porté sur la sedia y il arrive au pied de l'autel de la Confession , où il fait sa prière , et , de là , montant au grand trône, il entonne les vêpres. L'Auditeur de rote qui doit faire diacre le lendemain , accompagné d'un Maître des cérémonies , porte d'abord au Pape , et ensuite aux différents Cardinaux , le» antiennes. Après le chant des psaumes , le même Auditeur récite le capitule, et dit les premiers mots de l'hymne Je%u y redemptor omnium^ qu'entonne ensuite le Pape , et que continuent les Chantres; deux soprani chantent le verset Crastinâ dtSj et le chœur

autrefois le trône , quand le Pape assistait aux matines de Noël. Au milieu de cette chapelle , et sous la coupole , est Tautel souterrain de la Crèche du Sauveur , appelé ad Prœsepe, objet d'une dévotion particulière dans l'octave de Noël. On peut en Toir la description détaillée dans les auteurs. ^ fN, du T.)

( 384 ) répond : El regnabit super nos. L'antienne du Magnificat est portée au Pape^ qui Tentonne, et bénit l'encens^ qui lui est présenté , à genoux , sur le palier du trône. Pendant le chant do Magnificat, le Pape, accompagné des trois Cardinaux assistants, des Patriarches, Archevêques et Ëvèques assistants, de trois Auditeurs de rote , qui soutiennent la falda, des Camériers secrets et des Maîtres des cérémonies, descend du trône ^ et va encenser l'autel. De retour à son trône , le Pontife est encensé trois fois par le Cardinal-Évèque assistant , qui l'est lui-même par l'Auditeur de rote, ainsi que les deux Cardinaux Diacres assistants, et, successivement, les membres du Sacré-Collége, le Gouverneur et le Prince assistant. Le Pape se rasseoit quand on réplique l'antienne; il se relève ensuite pour chanter l'oraison; et après le BenedicamuSj que chantent deux sopranij il donne à toute l'assistance la bénédiction solennelle, du haut de son trône, et termine les premières vêpres de Noël.

Autrefois, après ces vêpres , les Cardinaux qui devaient assister à matines et à la messe de la nuit , ne sortaient point du palais apostolique. C'était la coutume de les réunir dans une des salles de ce palais , et de donner un concert auquel prenaient part tous les musiciens , chantres et instrumentistes de la Chapelle papale : on exécutait des cantates en l'honneur de la naissance du Sauveur. Après ce concert, les Cardinaux passaient dans une autre salle, splendidement illuminée, où ils s'asseyaient à table sur des sièges recouverts de velours , et le Prince assistant sur un autre siège découvert; les surtbuts de la table étaient ornés de symboles allégoriques de la naissance et des triomphes du Rédempteur des hommes. Le Pape bénissait le festin, admirait le coup d'œil, et se retirait ensuite. Dans une salle contiguë , une autre table réunissait les Chantres et les officiers de la maison pontificale.

Cet usage subsista jusqu'à l'année 1573; Grégoire XIII le supprima^ et ordonna quod potus in aulâj in vigiliâ Nativilatis D. N. J, C, omnino tollatur ; mais cet usage a été repris plus tard, et s'est perpétué presque jusqu'à nos jours.

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