‹ Histoire des chapelles papalesChapitre 2 sur 60 · VI · texte numérisé non relu

VI

imprimé aux plus grands hommes du catholicisme les stygmates de ses noires calomnies. Si quelques esprits moins pervers voulaient bien reconnaître les bienfaits de la morale chrétienne; l'institution de la papauté, cette sauvegarde de l'Europe au moyen âge, défigurée et outragée, n'en était pas moins considérée par eux comme l'œuvre d'une aveugle crédulité , et l'influence de ce pouvoir tutélaire sur la société ne leur paraissait s'être exercée que dans des vues de domination et d'intérêt privé. La providence a permis , et c'est ici comme un prodige qu'il faut admirer , que du sein des écoles protestantes d'Allemagne , s'élevassent les premiers témoignages en faveur de la vérité méconnue : elle ne pouvait rester long -temps captive; elle est sortie triomphante de ces consciencieuses recherches historiques entreprises sur des époques éloignées de nous , où la foi brillait sans ombre dans les cœurs, qu'elle réjouissait de sa douce lumière , où elle régnait en souveraine sur les esprits, qu'elle captivait. Ainsi la providence a voulu que l'institution de la papauté, dans ses rapports temporels, fût vengée; que ces majestueuses figures des Pontifes romains nous apparussent plus radieuses et plus belles, que la salutaire influence que ce pouvoir presque divin a exercée sur la société ne fût plus méconnue , et que nous pussions en apprécier avec justesse les ineffables bienfaits.

Les amis de la Religion , ceux qu'intéressent les progrès des études historiques et qui aiment à s'éclairer au flambeau de la vérité, rendent un légitime hommage aux écrivains habiles et laborieux à qui nous devons l'histoire du pape saint Sylvestre , d'Innocent III , de Grégoire VIII , de Léon X, de saint Pie V , celle de la papauté au seizième et au dix-septième siècle. Généreux défenseurs de ces Pontifes romains dont l'impiété s'était plus particulièrement attachée à défigurer la noble image , ils ont ouvert aux opinions historiques une ère nouvelle j à leur école se sont formés

( V" ) d'autres écrivains^ qui^ s'adrcssaQt à des intelligenœs moins élevées, ont rendu la vérité élémentaire; elle est descendue pour tous des hautes sphères de la science, et, rétablie dans ses droits, elle a retrouvé dans la conscience publique les hommages qui lui étaient dus.

Comme objet de critique historique, et au point de vue de cette paternelle influence qu'exerçaient les Pontifes romains dans la sphère indéterminée que leur ouvrait la foi des peuples et leur intelligente charité , assignons pour première période dans les annales de la papauté , cette révolution intellectuelle opérée dans les esprits , qui a entraîné la ruine de l'édifice de mensonge élevé par le philosophisme moderne.

Un nouvel intérêt s'attacha non-seulement à ces grandes figures des Pontifes romains, mais encore aux diverses phases de l'autorité qu'ils exercèrent , aux institutions qu'ils fondèrent, aux principes qui leur servirent de guide, et dont ils firent l'application comme pontifes et comme rois , dans l'exercice de cette imposante autorité dont ils étaient revêtus. Ce même intérêt s'attacha aussi à cette métropole qu'ils enrichirent de tant de monuments de leur charité et de leur bienfaisance , et des chefs-d'œuvre de l'art.

Ici commence l'époque où les esprits réfléchis ont pu sagement apprécier les institutions établies à Rome par le pouvoir religieux : elles participaient à cette espèce de réprobation générale portée par l'école sceptique et raiUeuse qui jugeait si mal les œuvres du Christianisme. La roule avait été habilement tracée par l'écrivain si distingué auquel nous devons les Études statistiques (1) : portant d'une main dévouée le flambeau de son expérience dans l'administration civile des États de l'Église , ce regrettable magistrat assigna

(1) Éludes statistiques sur Rome et la partie occidentale des États romains , clc. , par le comte de Tournon , pair de France , préfet de Rome de I8l0àl8li Paris, 2 vol. in- S.», I83l.

poar la première fois aux populations romaines y le rang qu'elles devaient occuper dans la grande famille européenne; il leur restitua quelque part dans l'héritage commun des peuples appelés à une commune civilisation. L'ouvrage si noblement impartial de M. de Tournon doit servir de premier guide à tous ceux qui veulent se livrer à des études sérieuses sur la ville de Rome : les souvenirs qu'il a laissés dans les contrées autrefois confiées à son administration^ font assez comprendre que les malheiu^s de cette capitale envahie furent amoindris par les efforts de ceux-là mêmes qui dominaient sur elle au nom du vainqueur ; ils avaient ,. en effet , compris la dignité de la conquête , et leur responsabilité envers le monde civilisé.

La direction imprimée en France aux études économiques n'a pas été sans influence à Rome , et un Prélat romain a déroulé à nos yeux étonnés les immenses richesses que la charité publique et la piété des Papes ont créées pour améliorer la condition du peuple et soulager toutes les douleurs de l'âme et du corps. Les plus curieux documents de statistique religieuse, recueillis par l'auteur, font de son livre (1) un tableau plein d'intérêt qui a fixé , en

(I) DegU IstUuli dipublica carità e d^istruzione primaria in Roma, di Mgr. D. Carlo-Luigi Morichini, prelato romano. 1 vol. in-8.o Rome,

Cet ouvrage a élé traduit en français , accoBipagné d'ace remarquable j^éface, par IVf. de Bazelaire. Une seconde édition en deux volumes grand în-8.o a bientôt suivi , à Rome , la première. L'auteur a agrandi le cercle de ses recherches ; il a joint à ses premiers travaux de curieux documents snr les prisons et les archiconfréries romaines ; il fait connaître l'esprit qui les anime, le but qu'elles se proposent et les statuts qui les dirigent. A part l'intérêt de la matière au point de vue de la bieufaisance et des mœurs publiques, ces documents, la plupart officiels, ont pour nous un intérêt nouveau. De grands tableaux d'une ingénieuse composition présentent aa lecteur, sous des formes synoptiques, l'état général de l'instruction primaire à Rome, des hôpitaux et des prisons, leurs revenus propres, les dotations ^e ces précieux établissements reçoivent du gouvernement , le cliiffre de leur personnel respectif; enfin ; le nom des fondateurs ou bienfaiteurs. Dans

(rx) Italie, comme en France et en Angleterre^ l'attention des honunes sérieux.

Divers écrits publiés en France sont venus jeter de nouvelles lumières sur le gouvernement religieux et civil des États de l'Église j et nous trouvous dans chacun d'eux une preuve manifeste de ce mouvement réactionnaire des esprits éclairés , qui proteste contre les innombrables erreurs traditionnelles^ mais déjà vieillies^ propagées par l'ignorance ou l'impiété , sur les populations romaines.

L'ouvrage le plus récent parvenu à notre' connaissance , où des documents puisés à des sources officielles sur le commerce , l'industrie , la législation et les travaux d'utilité publique se trouvent reproduits, où Féloge apparaît bien plus souvent que la critique, toujours respectueuse d'ailleurs , est le Voyage dans Htalie méridionale (1). Nous savons gré à l'auteur d'avoir profité de ce que sa position lui donnait de crédit , pour se livrer à des études statistiques, auxquelles il est si difficile de s'adonner avec fruit dans les États dltalie , et pour démontrer ainsi , à l'aide d'arguments irréfragables , que les peuples de la Péninsule

le coars de l'ouvrage, à côté des données statistiques , dous tronvons toujours de judicieux rapprochements et d'importantes observations, qui attestestent les connaissances variées de Tautenr , ses profondes études , et cet esprit de charité qui Tanime. Nous regrettons que cet ouvrage, dont la première édition ne peut donner qu'une idée fort imparfaite, n'ait pas été traduit eo français ; il nous paraît destiné à fixer au plus haut point l'at' tentioD des moralistes, aujourd'hui où des études entreprises sur l'économie sociales occupent l'attention des hommes graves. L'auguste confiance du chef de l'Église a récemment appelé Mgr. Morichini, maintenant archevêque de Nisibe inpartihus , aux importantes fonctions de nonce du saint Siçge près S. M. le Roi de Bavière. Nous ne doutons pas que ce Prélat , dont la bienveillaoee nous honore, ne serve, à Munich , la cause de la Religion, celle de son souverain et du droit des gens , avec la même habileté et le même dévouement dont il a fait preuve, à Rome, en défendant celle des pauvres et de la charité publique.

(1) f^oyage dans V Italie méridionale, par J.-C. Fulchiron , député da EhÔQC. 4 vol. in* 8.0 Paris , 1844.

italique sont entrés dans les nouvelles voies ouveiles par la science au commerce et à Tiodustrie des peuples.

Il semble qu'à propos de la publication d'un livre liturgique, ces considérations soient étrangères au sujet; mais si l'on réfléckit qu'à Rome tout part d'un centre commun, que la Religion est la seule base des iostitulions politiques et civiles, que la main qui bénit et qui délie, est celle aussi qui porte le glaive, on verra que cette école d'écrivains, en ramenant forcément notre estime et notre admiration sur ces institutions long-temps calomniées, nous préparait à un sentiment profondément religieux , qui devait nous rendre plus respectable encore cette autorité unique, qui n'est restée étrangère à aucun des bienfaits de la civilisation , conduisant dans la double voie des intérêts spirituels et temporels , les peuples confiés à sa paternelle sollicitude.

Ainsi les esprits même placés dans le cercle des intérêts humains , conduits à une plus juste appréciation des hommes et des choses , semblaient mieux disposés pour juger de l'action morale et bienfaisante de Rome chrétienne sur les intelligences. D'un autre côté , nous avons vu des écrivains recommandables , de pieux voyageurs , réveiller le plus vif intérêt en entretenant leurs lecteurs des institutions reUgieuses de cette métropole catholique, en leur retraçant les touchants souvenirs qu'elle rappelle, liés invinciblement, soit à ses monuments , soit aux grandes actions de la papauté , soit à celte glorieuse série de confesseurs de la foi qui rougirent de leur sang cette Rome autrefois souillée par les profanations païennes, soit à ces lieux cachés, berceau de la Religion , soit enfin à ces pieux asiles où furent prononcées aux premiers âges tant d'éloquentes apologies du Christianisme. Nous avons vu l'attention ramenée vers ces nobles ruines chrétiennes qui rappellent les premiers siècles de la foi , trop long-temps délaissées par le voyageur , curieux des choses profanes ; et devant cette énumération de

souvenirs religieux , écrivains et lecteurs se sont tous rencontrés dans une commune expression des sentiments d'intérêt et d'admiration qu'inspire cette cité fameuse.

Or, dans ce mouvement des esprits vers les études sérieuses qui ont Rome pour objet , la question devait s'agrandir et le ceixîle des investigations devait s'étendre : on a fouillé dans cette mine précieuse, et le domaine de l'intelligence , fécondé par dé nobles talents , s'est enrichi de précieuses richesses.

Parmi les ouvrages qu'un sentiment chrétien a plus particulièrement inspirés , nous devons compter les Lettres sur l'Italie y par M. de Joux; le Voyage à Rome^ par le père de Geramb \ Toscane et Rome , par M. Poujoulat , livre trop court au gré de ceux qui le lisent, où l'auteur nous instruit et nous édifie par ses récits sur Rome moderne , auxquels ses souvenirs d'Orient donnent un nouveau charme ; Rome chrétienne ^ par M. de la Gournerie , livre qui a trouvé à bon droit tant de lecteurs, et qui présente sous un nouveau jour tout ce que cette métropole renferme de beautés historiques et religieuses; enfin, l'ouvrage inachevé de M. l'abbé Gerbet , sous le titre ^Esquisse de Rome chrétienne y dont la publication tardive laisse trop regretter ce que l'auteur a à nous apprendre sur les antiquités chrétiennes et sur les trésors de piété et d'instruction dont les monuments sacrés que renferme la métropole catholique sont comme la source abondante. Si l'ensemble des institutions romaines et les richesses littéraires amoncelées à Rome, faisaient dire à Schiller que cette ville était comme une mer sans fond; c'est surtout lorsqu'on étudie les monuments et les institutions que la Religion y a fondés, que l'on trouve plus véridique encore l'assertion du poète allemand.

Il restait un nouvel ordre de faits à étudier, ceux qui constituent, à proprement parler, le domaine religieux étendu aux faits ecclésiastiques , considérés dans les insti-

tolioQS et la hiérarchie cléricale. Au sommet de cette hiérarchie est placé l'auguste chef de l'Église universelle ; au deuxième rang , le Sacré-Collége , dont les constitutions , les privilèges et les attributions spéciales sont, en général, peu connus; à un degré inférieur, nous voyons la haute prélature romaine, appelée, comme les membres du Sénat apostolique, à prêter son concours au pouvoir souverain, dans ses attributions spirituelles et ses attributions temporelles ; d'autres Prélats se divisent les diverses charges de l'Église, de l'État et de la maison du Pape; enfin, le clergé romain, soit que nous le considérions desservant les basiliques ou les collégiales et remplissant les fonctions du saint ministère, soit que nous le considérions à la tête de l'enseignement public , voué dans le monde à l'exercice des bonnes œuvres , ou vivant dans la retraite des cloîtres , n'en occupe pas moins sa place dans la constitution religieuse et politique du pays , concourant ainsi au maintien de ses institutions. C'est un côté de Rome chrétienne qui est encore resté couvert à nos yeux.

Il convenait de commencer ce nouvel ordre d'études par fixer l'attention sur le chef de l'Église, en le considérant dans l'exercice de ses fonctions ecclésiastiques. Ici l'importance du sujet s'accroît de tout l'intérêt qui s'attache au Pontife suprême, au rang éminent qu'il occupe, aux prérogatives que l'Église lui a confiées, au double caractère que nous reconnaissons en lui , à ces traditions naïves des premiers âges chrétiens qui se perpétuent dans plusieurs cérémonies apostoliques. Ces rites si respectables nous présentent quelquefois l'intérêt de l'histoire ; quelques-uns retracent à nos yeux une esquisse des mœurs romaines : ils sont comme iexpression de la civilisation des peuples, que le principe religieux , personnifié dans l'auguste chef de la chrétienté , appelait à d'autres formes sociales. Sous ce point de vue , les Ordo romains et les Cérémoniauœ pontificaux offrent de

curieux rapprochements; les institutions et les usages liturgiques des papes saint Gelase , saint Grégoire-le-Grand , Grégoire VII, Innocent III, Léon X, Benoît XIII, Benoît XIV, Clément XIV et Pie VI, semblent retracer assez fidèlement quelque chose de l'esprit des diverses époques oii vécurent ces Pontifes.

Une expression italienne résume les principales fonctions ecclésiastiques que remplit le Pape ; sous la désignation de Câpelle pontificie, on entend à Rome, comme on le verra ailleurs, les messes solennelles célébrées par le Pape , celles où il assiste, les vêpres où il officie, ou auxquelles il assiste encore. On désigne sous la même dénomination, les cérémonies du sacrement de baptême , quand il veut bien le conférer, aussi bien que la bénédiction des langes ^ Vouver^ ture et la clôture de la Porte sainte. Lar même expression de Capelle s'applique à certaines cérémonies ecclésiastiques célébrées devant les Cardinaux et Prélats de l'Église romaine. Il a paru en Italie un livre spécial sur la matière (1), que nous devons à M. le chevalier Moroni : nous avons essayé d'en donner une traduction. Mais avant de parler de notre propre ouvrage, que nous publions aujourd'hui, disons quelques mots du Uvre plus important du même auteur, dont les Chapelles papales ne sont, en quelque sorte, qu'un long chapitre détaché.

On peut ranger en deux catégories les divers ouvrages d'érudition ecclésiastique où sont exposés les rites sacrés observés dans Fexercice des fonctions papales. On ces ouvrages présentent un ensemble complet, dans lequel ces fonctions sont étudiées sous le double rapport historique et doctrinal ; ou bien ils n'offrent aux lecteurs que de savantes monographies , où l'on traite d'un rit , d'un insigne , d'une

(l).Le Capelle ponlificie , cardinalizie e prelatizie ; opéra storico" liturgica dl Gaetano Moroni , romano, primo aiu tante di Caméra di Sua Santità Grfgorio XYI. 1 vol. in-B <» Venezia, dalla tipografia Emiliaiia.

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