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celui de ses ennemis , et encore plus couvert de gloire, fut porté dans son palais, où il recouvra sa santé en peu de temps. Dès qu'il se trouva en état de marcher, il alla à l'église de Saint-Jean rendre grâces au Dieu des armées de la victoire qu'il venait de remporter; et, pour laisser des monuments durables de sa reconnaissance et de sa piété, il fil construire trois églises en l'honneur de la sainte Vierge et des saints patrons de l'Ordre.
Mahomet, aux premières nouvelles qu'il eut de la levée du siège , entra dans des fureurs qui faisaient trembler; il voulait faire étrangler son général et les principaux officiers de son armée ; il n'y en eut aucun qui osât se présenter devant lui. Paléologue se crut bien heureux d'en être quitte pour la perte de sa dignité : Mahomet le relégua à Gallipoli. Après les premiers mouvements de sa colère, et pour se consoler en quelque manière lui-même , il dit tout haut que ses armes n'étaient heureuses qu'entre ses mains, et résolut, la campagne prochaine, de se mettre à la tête de son armée.
Les préparatifs qu'il fit pour cela furent extraordinaires ; il assembla jusqu'à trois cent mille hommes , et le rendez-vous général fut dans la Bithynie, province voisine de la Lycie, où l'on prétendait qu'il devait s'embarquer pour passer dans l'île de Rhodes. Mahomet avait déjà passé le détroit , et s'avançait à grandes journées dans la Natolie , lorsqu'un coup du Ciel arrêta ses entreprises. Une violente colique l'emporta dans une bourgade
de Bilhynie appelée Teggiar - Tzair. Il mourut le 3 mai de l'an 1481; on porta son corps à Conslantinople, dans une mosquée de sa fondation; et quoique ce prince eût conquis deux empires , douze royaumes, pris plus de trois cents villes, l'épitaphe qu'on lui fit, et dont on prétend qu'il avait donné lui-même le dessin, ne parla point de ces grandes actions. Comme si on les eût comptées pour rien en comparaison de ses derniers projets , on se contenta de mettre sur son tombeau neuf ou dix paroles turques, expliquées par celles-ci :
JE ME PROPOSAIS DE CONQUÉRIR RHODES F.T DE SUBJUGUER LA SUPERBE ITALIE.
Mahomet , par sa mort, laissa les princes Bajazet et Zizim , ses fils, héritiers d'un si vaste empire. Us s'y trouvèrent encore trop à l'étroit, aucun des deux ne voulut entendre parler de partage : l'un et l'autre voulaient régner seuls.
Zizim, ayant été battu, eut recours aux chevaliers de Rhodes, qui lui accordèrent un asile et le reçurent même avec de grands honneurs.
(1482) Le grand maître, inquiet des recherches que Bajazet ne cessait de faire de son frère, fît passer Zizim en France. Bientôt après il conclut avec le sultan un traité d'après lequel il s'engageait à retenir le prince Zizim sous la garde d'un certain nombre de chevaliers , et à ne le remettre à aucun prince qui pût se servir de son nom pour troubler
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l'empire. Bajazel , de son eôlé , s'engageait a payer au grand maître quarante-cinq mille ducats, à litre de pension pour son frère.
Zizim étant arrivé en France, où il était gardé à peu près comme un prisonnier dans la commanderie de Bourgneuf en Auvergne, Innocent VIII, en montant sur le trône pontifical, pensa que ce serait pour lui un grand avantage d'avoir le prince Zizim entre ses mains. Le prince ottoman fut donc conduit à Rome, où on lui fit faire une entrée pleine de pompe et de magnificence. On le traita avec beaucoup d'égards , quoiqu'il fût toujours gardé par les chevaliers.
Alexandre VI, ayant succédé à Innocent VIII, s'empara de la personne de Zizim , le fit renfermer dans le château Saint-Ange, et se servit de cette circonstance pour obtenir du sultan un tribut annuel considérable.
Le pape fut bientôt obligé de livrer Zizim à Charles VIII , qui était venu l'assiéger dans Rome; mais le malheureux prince ne fut pas plutôt arrivé à Terracine avec le roi, qu'il mourut empoisonné.
Le pape voulut alors organiser une ligue contre les infidèles , et en nomma le grand maître généralissime. Cette ligue ne produisit aucun résultat, et fut rompue par la guerre qui s'éleva entre les Espagnols et les Français. Tous les princes chrétiens tirent leur paix avec la Porte; il n'y eut que les chevaliers de Rhodes qui , avec les seules forces de la Religion, soutinssent la guerre; et à cette époque
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DE L'ORDRE DE MALTE. I3l
ils s'emparèrent d'une riche Hotte de navires turcs et sarrasins.
Le grand maître bannit de l'ile de Rhodes les Juifs, qui ruinaient U'S sujets de la Religion par d'énormes usures. Il rendit aussi des édits contre le luxe de certains chevaliers, et l'on vit disparaître les étoffes de différentes couleurs, les dorures, les riches pelleteries, et tout l'attirail de la vanité, si peu convenable à des religieux qui , au pied des autels , avaient fait le vœu solennel de pauvreté.
Pendant que le grand maître , par de si dignes soins, s'occupait à maintenir la discipline régulière parmi les chevaliers, il voyait avec douleur la cour de Rome disposer, sans sa participation, des plus riches dignités de l'Ordre.
Ces contrariétés le jetèrent dans une mélancolie qui lui causa à la lin une maladie mortelle. Il en fut accablé sans rien perdre de sa fermeté ordinaire, et vit arriver la mort dans son lit avec la même intrépidité qu'il l'avait envisagée tant de fois à la guerre dans les plus grands périls. Ainsi mourut , âgé de plus de quatre - vingts ans , Pierre d'Àubusson , grand maître de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, un des plus grands capitaines de son siècle, révéré de tous les souverains qui vivaient de son temps, l'amour et les délices de ses chevaliers , le père des pauvres, le sauveur de Rhodes, l'épée et le bouclier de la chrétienté, et aussi distingué par une piété solide que par sa rare valeur.
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