LIVRE X
Élection dn grand maître de la Sangle. — Terrible ouragan a Malte. — La Valette est élu grand maître.— Nouveaux succès de l'Ordre sur mer. — Soliman envoie une armée formidable contre Malte. — Prise du fort Saint-Elme.
Le prieur deCapoue, ayant rassemblé ses vaisseaux, mit à la voile, et, avec les débris de ses troupes, rentra dans le port de Malte. Ses blessures obligèrent de le porter sur une planche jusqu'en son hôtel ; il était suivi de la plupart de ses officiers , qui n'étaient guère en meilleur état que leur général. Mais, quoique dans cette malheureuse expédition , et par les hasards inévitables de la guerre, il eût perdu un grand nombre de chevaliers , il ne perdit ni la gloire qu'il avait acquise en d'autres occasions , ni la réputation d'un sage et vaillant capitaine. Comme la mer était son élément, il n'eut pas la patience d'attendre que ses plaies fussent entièrement fermées, il se rembarqua, et pendant tout l'été courut la Méditerranée, et jusqu'aux bouches du Nil.
Il était la terreur Je toutes ces mers; aucun vaisseau n'osait tenir devant son pavillon ; les corsaires les plus braves l'évitaient avec soin. Il ne laissa pas d'en prendre plusieurs qu'il mil à la chaîne , et des flottes entières de marchands, malgré leur escorte , tombèrent en sa puissance; il les conduisit dans les ports de la Religion , et avec ces prises il y ramena l'abondance, le luxe et les plaisirs.
Pendant qu'on célébrait à Malte son retour avec celte joie inséparable des heureux succès, il y arriva une nouvelle tout autrement importante pour l'Ordre , et surtout pour les chevaliers anglais. Un vaisseau de cette nation commandé par le capitaine Hosmadan entra dans le port ; cet officier avait le caractère d'envoyé de la reine d'Angleterre ; il eut en cette qualité audience du grand maître, auquel ii présenla une lettre de la part de cette princesse , qui lui marquait que, Dieu l'ayant placée sur le trône de ses ancêtres, elle avait résolu, pour la décharge de sa conscience , de rendre à son Ordre toutes les commanderies et tous les biens dont les rois Henri VIII, son père, et Edouard VII, son frère, s'étaient injustement emparés.
Le grand maître et le conseil écrivirent à la reine pour la remercier de la justice qu'elle rendait à leur Religion, et le commandeur de Montferrat lut envoyé en Angleterre pour travailler à cette importante affaire de concert avec les ministres.
Le grand maître d'Orr.èdes ne vit point l'entière consommation de cette grande affaire. Il était mort
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