LIVRE II
Campagne malheureuse du roi Amaulry contre l'Egypte. —Le royaume des Assassins. — Défaite de Baudouin IV par Saladin. — Mort du grand maître Desmoulins. — Trahison du comte de Tripoli. — Siège et prise de Jérusalem par Saladin —Les chrétiens s'emparent de Sainl-Jean-d'Acre.
(1 1GO) Les Hospitaliers n'eurent pas plutôt rendu les derniers devoirs au grand maître, qu'ils s'assemblèrent pour l'élection de son successeur. Balben fut élu par acclamations et avec les suffrages unanimes de tout le chapitre. C'était un gentilhomme français, de la province du Dauphiné, ancien compagnon d'armes de Raymond Dupuy, révéré dans l'Ordre par sa piété et par sa prudence , et dont les avis étaient d'un grand poids dans le conseil même du roi.
Ce fut par son influence que s'apaisèrent les dissentiments qui s'étaient élevés entre les seigneurs croisés à l'occasion de la succession de Baudouin, décédé sans enfants. Le grand maître les détermina, par ses sages discours, à reconnaître les droits d'Amaulry, frère du prince mort, qui fut enfin couronné dans l'église du Saint -Sépulcre le 18 février 1165.
Le grand maître, accablé d'années , survécut peu à cette auguste cérémonie, qu'on pourrait regarder comme son ouvrage. A peine avait-il gouverné deux ans son Ordre, qu'il fut surpris par ia mort; mais, après avoir contribué si heureusement à la paix de l'Église et de l'État, il avait assez vécu pour sa gloire.
Les Hospitaliers firent occuper sa place par frère Arnaud de Comps , chevalier d'une maison illustre dans la province de Dauphiné, et qui n'était pas moins âgé que son prédécesseur.
(1166) Le roi Amaulry, né avec de grandes vues, mais plein d'une ambition vive et inquiète, faisait de continuelles réflexions sur la grandeur du royaume d'Egypte, sur le nombre et la richesse de ses habitants , sur ses Hottes et la commodité de ses ports; il jugeait que cet État, étant aussi puissant et aussi voisin de la Palestine , finirait par envahir et anéantir le royaume de Jérusalem. Il résolut donc de s'emparer de ce puissant royaume, et entraîna les Hospitaliers dans cette entreprise, bien que leur règle leur défendît de faire des conquêtes et de se servir de leurs armes autrement que pour la défense de la Terre-Sainte.
Les commencements de cette campagne furent brillants ; en trois jours les chrétiens s'emparèrent de Belbeïs, cité puissante, appelée autrefois Pelusium , et dont le roi avait promis de céder la propriété à l'ordre de Saint-Jean. Cependant le Soudan , alarmé, promit des sommes immenses à Amaulry
s'il voulait se retirer dans son royaume; le prince chrétien, aveuglé par la cupidité, perdit du temps en négociations; son armée s'aflaiblit, tandis que celle des ennemis grossissait, et bientôt il se vit forcé de rentrer en Palestine, abandonnant même Belbeïs, que les Hospitaliers ne pouvaient conserver au milieu d'un pays ennemi et sans espoir de secours.
(1171) Le grand maître, ne pouvant se consoler du mauvais succès d'une entreprise pour laquelle il avait endette l'Ordre de sommes considérables, renonça en plein chapitre à sa dignité, et l'on mit à sa place un ancien religieux appelé frère Castus ou Gastus, dont on ignore la patrie.
Cependant Saladin , 'étant devenu chef des mahométans, réunissait toutes ses forces contre la Palestine. Le roi réclamait des pèlerins chrétiens une nouvelle croisade ; mais comme ce secours était éloigné, il se rendit à Constaniinople, auprès de l'empereur grec pour lui demander des secours. Avant de s'embarquer, il laissa le gouvernement de ses États aux deux grands maîtres. Celui des Hospitaliers s'appelait alors Joubert. Celte marque de confiance lut pour les deux Ordres une raison de plus pour redoubler de zèle et de courage. Ils en avaient d'autant plus besoin qu'ils avaient à combattre, outre leurs ennemis ordinaires , un chevalier apostat nommé Mélier, qui s'était rendu maître de l'Arménie; il exerçait d'horribles cruautés contre les chrétiens , et surtout contre les Templiers et les Hospitaliers , ses frères.
Comme les fautes sont personnelles, la conduite de Mélier n'aurait l'ait aucun lort aux Tempiicrs; mais une action cruelle que commit peu après un religieux de cet Ordre à l'égard du prince des Assassins, commença à diminuer l'estime et l'affection que l'on avait alors pour tout l'Ordre en général.
Depuis plusieurs siècles, il s'était établi dans les montagnes de Phénieie une espèce de bandits, barbares sans foi et sans loi, qui n'avaienl d'autre religion .qu'un dévouement aveugle et fanatique aux ordres de leur chef. Ce commandant prenait le nom de Vieux, ou plutôt de Seigneur (senior) de la Montagne. Sur un ordre de cet homme, ses sujets allaient isolément et sans hésiter poignarder les princes mêmes et les souverains jusque dans leurs palais et au milieu de leurs gardes. Ils ne portaient ordinairement d'autres armes qu'un poignard, appelé en langage persan hassissin, dont nous avons fait assassin. Pour se soustraire à la fureur de ces scélérats, que l'on ne pouvait aller punir dans leurs montagnes inaccessibles , presque tous les princes chrétiens et mahométans envoyaient des présents magnifiques à leur chef. Les Templiers seuls, qui occupaient plusieurs places voisines de leur pays, non-seulement ne se soumirent pas à cette coutume, mais firent au Vieux de la Montagne une si rude guerre, qu'ils le contraignirent à leur payer un tribut de deux mille écus d'or par an.
Pour s'affranchir de ce tribut, le chef de ces bandits avait envoyé au roi de Jérusalem un ambas-
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sadcur pour lui exprimer la disposition où il était d'embrasser le christianisme avec tout son peuple, si les Templiers voulaient le décharger du tribut qu'il leur payait. Amaulry reçut très-bien cet ambassadeur, et promit d'indemniser lui-même les Templiers si le Vieux de la Montagne se faisait baptiser. Mais l'ambassadeur, en s'en retournant, fut tué par un Templier nommé Dumesnil. Le roi, furieux, le fit arrêter, malgré les privilèges de l'Ordre; mais la mort qui vint surprendre le monarque sauva la vie du prisonnier.
Baudouin IV succéda à Amaulry son père. Pendant le règne de ce roi , qui était inlirme, les forces du royaume de Jérusalem diminuaient à mesure que la puissance de Saladin augmentait. Baudouin le battit cependant dans une rencontre auprès d'Ascalon;mais, l'année suivante, Baudouin, ayant entrepris de bâtir un château sur les terres mêmes de Saladin, au delà du Jourdain , fut aLtiré dans une embuscade, et son armée se débanda; il n'y eut que les Templiers et les Hospitaliers qui tinrent ferme ; la plupart furent taillés en pièces. Joubcrt, grand maître des Hospitaliers, percé de coups , eut encore assez de force pour passer le Jourdain à la nage, et gagna le cbâteau de Beaufort ; mais Odon de Saint-Amand , grand maître des Templiers , accablé par le nombre des ennemis , resta prisonnier de ces infidèles. Robert du Mont, historien contemporain , rapporte que Saladin lui offrit sa liberté en échange d'un de ses neveux , qui était prisonnier
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de l'Ordre ; mais que ce généreux grand maître lui répondit courageusement qu'il né voulait point, par son exemple , autoriser ceux de ses religieux qui , dans l'espérance d'être rachetés , seraient assez lâches pour se rendre prisonniers; qu'un Templier devait vaincre ou mourir, et qu'il ne pouvait donner au plus, pour sa rançon, que sa ceinture et son couteau. On ne sait point de quelle manière il se retira des mains de ces barbares ; mais cependant il revint à Jérusalem.
On demanda une trêve à Saladin , qui la vendit à prix d'argent, et qui ne l'aurait pas même accordée si la famine n'eût alors désolé ses provinces.
Renaud, seigneur de Margat, fit aux Hospitaliers une donation , ou , pour mieux dire , un échange de ce château , situé sur les confins de la Judée. Ces religieux le fortifièrent, y mirent garnison, et en firent depuis de ce côté-là un des plus puissants boulevards de la chrétienté en Orient.
(1178) Celle acquisition ne fut pas capable de compenser la perle que l'Ordre fit, la même année , du frère Joubert, son grand maître , prince aussi sage et aussi habile dans le gouvernement que grand capitaine.
Nous avons vu que Joubert, ayant été surpris par Saladin dans une embuscade, se retira dans le château de Beaufort. Saladin l'y fit assiéger par un de ses généraux. Ce siège fut long et meurtrier; le grand maître des Hospitaliers, qui s'était enfermé dans celte place, soutint plusieurs assauts avec
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beaucoup de courage. Enfin les infidèles firent de si puissants elïbrts , qu'ils emportèrent la place l'épée à la main , taillèrent en pièces ce qui restait de chevaliers, firent prisonnier le grand maître; et leur commandant, pour se venger de la résistance du grand maître , le fit jeter dans un cachot , où on le laissa mourir de faim. C'est ainsi que cet illustre chevalier couronna une vie employée à la défense des autels, par une mort précieuse devant Dieu.
Le chapitre, s'étant assemblé après sa mort, fit remplir sa place par frère Roger Desmoulins , chevalier qui, par sa conduite et par sa valeur, justifia le choix de ses confrères.
Nous avons rapporté , sur le témoignage de Bromplon , historien anglais et du même siècle, que l'ordre des Templiers était comme une branche de celui des Hospitaliers de Saint-Jean j mais que cette branche, dit ce même auteur, devenue un grand arbre , semblait faire ombre à la lige dont elle était détachée, et l'étouffer. Cette émulation entre les deux Ordres militaires, le désir d'accumuler de nouveaux revenus à l'envi l'un de l'autre, certaine jalousie presque inséparable de la profession des armes, et des disputes sur le rang et la préséance , soit à la guerre ou dans les conseils d'État, tout concourait à entretenir entre eux une mésintelligence qui enfin avait éclatéjusqu'au point de se faire la guerre, et de se charger toutes les fuis qu ils se rencontraient.
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Comme ces religieux militaires ne reconnaissaient que le pape pour supérieur, le roi fît donner avis do leurs divisions à Alexandre III. Ce pontife, qui prévit combien les suites en pourraient être funestes aux chrétiens de la Terre-Sainte, obligea les chevaliers à se réconcilier.
(1187) Saladin , profitant de la désunion des chrétiens, entra aussitôt dans la Palestine à la tête d'une puissante armée : son dessein était de faire le siège d'Acre, la ville de tout le royaume la plus forte et la plus riche. On comptait dans son armée près de cinquante mille chevaux sans l'infanterie. Le sultan, favorisé secrètement par le comte de Tripoli, ne trouva point d'obstacle à sa marche, et venait pour former le siège de la ville d'Acre. Le roi en avait confié la défense aux deux grands maîtres, qui s'avancèrent au-devant de l'ennemi avec un grand nombre d'Hospitaliers et de Templiers : l'État n'avait point' de ressource plus assurée. Les deux grands maîtres, ayant fait prendre les armes à la garnison et à tous les habitants, sortirent la nuit de la place. Les chrétiens, tenant d'une main leur épée et du feu dans l'autre, surprennent les infidèles, entrent dans leur camp, abattent les lentes , coupent la gorge à tous ceux qu'ils trouvent endormis, mettent le feu partout. La terreur et la consternation se répandent dans l'armée ennemie; mais le jour qui commença à paraître et la présence de Saladin les rassurèrent ; chaque corps se rangea sous ses enseignes; on
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en vint à un combat réglé , et Saladin chercha à envelopper les chrétiens.
Quoique les infidèles fussent supérieurs en nombre , les religieux militaires, qui n'avaient jamais compté leurs ennemis, font ferme, poussent l'ennemi qui se trouve devant eux, s'attachent au corps même que Saladin avait rallié. Tout combat, tout se mêle : une fureur égale animait les soldats de chaque parti. Le grand maîlre Desmoulins, à la tête des Hospitaliers, perça plusieurs fois les escadrons ennemis : rien ne tenait devant lui. Le comte de Tripoli, qu'on prétend s'être trouvé masqué dans celte occasion , et qui combattait en faveur des infidèles, pour se défaire d'un guerrier si redoutable, tua son cheval, qui en tombant se renversa sur le grand maître; et le poids de ses armes l'empêchant de se relever , les infidèles le percèrent de mille coups après sa mort, soit qu'ils voulussent venger celle de leurs compagnons, soit qu'ils craignissent encore qu'un si grand capitaine ne se relevât. Plusieurs Hospitaliers , en le défendant, se firent tuer généreusement sur le corps de leur chef, et en voulant l'arracher à la fureur de ces barbares. Le combat cessa par l'épuisement des deux partis , et il n'y eut que la retraite de Saladin qui fit présumer que la plus grande perte était de son côté.
Les Hospitaliers cherchèrent sur le champ de bataille le corps de leur grand maître pour lui rendre les derniers devoirs. Après bien des soins
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on le trouva enfin sous un tas de Turcomans et de Sarrasins qui avaient passé par le tranchant de son cimeterre , ou que les chevaliers , après sa mort, avaient immolés à leur ressentiment. Il fut porté dans Acre , et les funérailles de ce grand homme y furent célébrées par les larmes de ses confrères et par l'affliction générale de tous les habitants.
On procéda ensuite à l'élection de son successeur. Le choix tomba sur un frère Garnier, natif de Napoli de Syrie, grand prieur d'Angleterre.
Les premiers soins du nouveau grand maître furent de rappeler auprès de lui la, plupart des religieux qui étaient dispersés en différentes places, et il reçut même dans l'Ordre plusieurs novices pour remplacer ceux qu'on avait perdus dans la dernière occasion, et pour se mettre en état de s'opposer avec succès aux armes de Saladin.
Le comte de Tripoli, qui avait secrètement apostasie , et qui était l'allié caché de Saladin , persuada à Lusignan , . roi de Jérusalem, de marcher au secours de la ville de Tibériade, que les infidèles assiégeaient. Lorsque l'on arriva devant l'ennemi, il sut faire prendre à l'armée chrétienne une position où il était impossible qu'elle se procurât de l'eau; il trahit ensuite ouvertement ses compagnons lorsque l'on marcha contre les mahomélans , et abandonnant lesOrdres militaires qu'il devait soutenir, il démoralisa l'armée en lui donnant l'exemple de la fuite, et en s'écriant que tout était perdu. Le
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manque d'eau et la fatigue livrèrent ensuite les chrétiens sans défense au feu des infidèles; ce ne fut point un combat, mais une boucherie. Le Turcoman et le Sarrasin ne donnent point de quartier; des ruisseaux de sang coulent entre les rochers, tout périt ou demeure prisonnier. Le roi, le grand maître des Templiers , Renaud de Châtillon , et un grand nombre de seigneurs et de chevaliers de Saint-Jean et du Temple tombent dans les fers des infidèles; les Turcs prirent môme la vraie croix, qu'on portait ordinairement dans les combats. Le grand maître des Hospitaliers , après avoir fait des prodiges de valeur, se sauva tout percé de coups, et s'ouvrit un passage, l'épée à la main, à travers les escadrons ennemis; il gagna Ascalon, où il mourut le lendemain de ses blessures.
Saladin, qui, par l'extinction des Ordres militaires, se flattait de se rendre maître plus facilement de la Terre-Sainte , fit dire aux Hospitaliers et aux Templiers prisonniers de guerre qu'ils ne pouvaient éviter la mort que par le changement de religion et en renonçant à Jésus-Christ; mais ces intrépides guerriers se présentèrent avec joie au supplice : tous furent égorgés par ces barbares.
L'État de Jérusalem était dans une affreuse désolation ; il n'y avait ni troupes ni chefs pour les commander; les habitants mêmes manquaient dans les villes; les deux Ordres militaires avaient perdu la plupart de leurs religieux ; et des deux grands maîtres, celui des Hospitaliers venait de mourir des
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blessures qu'il avait reçues dans la bataille , et le grand maître du Temple était prisonnier à Damas.
Dans une si triste situation, ce qui restait d'Hospitaliers s'assemblèrent pour; procéder à l'élection d'un nouveau grand maître. On pouvait dire alors de cette grande place ce que saint Paul disait de l'épiscopat, par rapport aux, peines et aux persécutions qui y étaient attachées dans les premiers siècles de l'Église : Que c'était une œuvre méritoire de désirer celte éminenle dignité. En effet, il fallut faire une espèce de violence à frère Ermengard Daps pour l'obliger, dans une si fâcheuse conjoncture, à se charger du gouvernement.
Saladin profilait de la consternation des chrétiens et de sa bonne fortune. Après s'être rapidement emparé de Saint-Jean-d'Acre et de beaucoup d'autres places, il vint mettre le siège devant Jérusalem. La reine, qui s'y était renfermée sans autre appui que les habitants, se défendit cependant avec assez de courage pour obtenir une capitulation , aux termes de laquelle les chrétiens sortirent en armes pour être conduits en telle ville qu'ils voulurent. Soliman assista au départ de tous les chrétiens, qui étaient désespérés de se voir forcés à quitter les lieux saints. Il montra de la bonté à la reine, et rendit aux dames qui l'accompagnaient leurs maris, qu'il avait faits prisonniers. Ce qui marquait dans ce prince un grand fonds d'humanité, c'est qu'après son entrée dans Jérusalem, ayant entendu parler du soin que les Hospitaliers prenaient des malades ou des blés-
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ses, il conscnlit ([iio ces chevaliers, quoique ennemis de sa religion, restassent dans la ville encore un an jusqu'à l'entière guérison des malades.
La reine, avec les princesses ses tilles, se relira à Ascalon : les habitants de Jérusalem se dispersèrent en différents endroits de l'Asie et de l'Europe; les uns se réfugièrent à Tripoli, d'autres gagnèrent Antioche; un grand nombre, désespérant de voir jamais rétablir le royaume de Jérusalem . passèrent jusqu'en Sicile et en Italie. On prétend que ce fut en ce temps-là que les religieuses hospitalières de Saint -Jean, fuyant le tumulte des armes, se retirèrent en Europe, avec la permission du grand maître: elles tirent depuis des établissements considérables.
Saladin, après la conquête de Jérusalem, assiégea Ascalon, que la reine lui rendit pour la liberté du roi son mari, celle du grand maître des Templiers et de quinze autres seigneurs; et par ce traité Guy de Lusignan renonça solennellement au titre de roi de Jérusalem.
Saladin vint ensuite assiéger Tyr; mais Conrad, le dernier des enfants du marquis de Mont ferrât, assisté d'un grand nombre d'Hospitaliers, la défendit si bien, que Je sultan leva le siège, et alla s'emparer d'autres villes. 11 ne restait plus aux chrétiens qif Anlioehe, Tyr et Tripoli.
Les rois de France et d'Angleterre , à ces tristes nouvelles, oublièrent leurs querelles; ils s'embrassèrent, prirent la croix, et promirent de joindre
leurs forces pour passer de concert en Orient. Richard Ier, en succédant à Henri II, prit le môme engagement. Frédéric 1er, dit Barberousse, empereur d'Allemagne, suivit leur exemple.
Ce fut alors que la reine d'Aragon fonda un magnifique monastère pour les Hospitalières, à Sixène, entre Saragosse et Lérida.
Le monastère de Sixène devint bientôt le plus célèbre du royaume. Le roi, à la prière de la reine, y attacha de grands biens; le pape Célestin III assujettit ces religieuses, à l'exemple des Hospitaliers, à la règle de saint Augustin , comme on le peut voir dans la bulle de ce souverain Pontife en date de l'an 1195. Leur habillement était composé d'une robe d'écarlate ou de drap rouge, avec un manteau noir à bec, sur lequel était la croix blanche à huit pointes, à l'endroit du cœur; leur bréviaire était particulier. Elles portaient à l'église des rochets de toile Une, et en mémoire de la reine leur fondatrice, pendant l'office et le service divin, elles tenaient à la main un sceptre d'argent.
(1190) Guy de Lusignan, se trouvant à la sortie de prison un roi sans royaume, s'était réfugié dans un château du comté de Tripoli , où il rassembla depuis les débris de sa fortune. Godef'roy de Lusignan , son frère, lui amena d'Occident un nouveau corps de croisés, et il se vit en peu de temps une petite armée, composée de sept à huit mille hommes d'infanterie et de sept cents chevaux. Peur se procurer une retraite qui ne dépendît que de lui, il assiégea
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Saint-Jean-d'Acre, place forte et dont le port pouvait servir à recevoir les vaisseaux et le secours des princes d'Occident. Les Hospitaliers et les Templiers se rendirent au camp.
Cependant l'armée allemande s'était mise en route; mais Frédéric Ier mourut en Cilicie, et le reste de ses troupes arriva dans un déplorable état devant Saint-Jean-d'Acrc. Quelques chevaliers allemands formèrent dans le camp un hôpital pour y soigner leurs compatriotes souffrants. Ce fut l'origine d'un nouvel Ordre hospitalier et militaire, que le pape Célestin II approuva en 1192, et qui fut r>ommé l'ordre des chevaliers Teutoniques. L'habit des nouveaux chevaliers consistait en un manteau blanc chargé d'une croix noire.
Cependant , après un siège qui avait duré plus de deux ans, après bien des souffrances et bien des alternatives favorables et défavorables, les chrétiens prirent possession d'Acre, et en tirent depuis leur place d'armes. On y assigna différents quartiers pour tous les corps et pour toutes les nations qui avaient contribué à cette conquête, qui étaient capables de la défendre et de la conserver; les Hospitaliers de Saint-Jean y transférèrent leur principale résidence, qui , depuis la perte de Jérusalem, avait clé établie à Margal. Ce fut dans Acre que leur grand maître Ermengard Daps termina, l'année suivante, une vie illustre, qu'il avait exposée tant de fois contre les infidèles et pour la défense des chrétiens.
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Les Hospitaliers, assemblés en chapitre, lui donnèrent pour successeur frère Godefroy de Duisson, (jui mourut bientôt; il avait été précédé dans la tombe par Saladin , ie plus redoutable ennemi des chrétiens.