‹ Histoire des Chevaliers de MalteChapitre 4 sur 25 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

Lutte entre les Hospitaliers et les Templiers. —Défaite des Turcomanspar les chevaliers de Saint Jean. —Les chrétiens s'emparent de Damiette. — Désastres de leur année. — Saint Louis en Palestine — Siège des forteresses d'Assur et de Margat. — Les infidèles s'emparent de Sainl-Jeand'Acre. — Les Hospitaliers se retirent dans l'Ile de Chypre.

Le successeur du grand maître de Duisson fut le frère Alphonse de Portugal. 11 ne fut pas plutôt reconnu pour grand maître, que, l'esprit rempli de certaines idées de perfection peu praticables parmi des guerriers, et dans la vue de réformer des abus qui s'y étaient introduits, il convoqua un chapitre général dans la ville de Margat, où l'Ordre, depuis la perte de Jérusalem, avait transféré sa résidence.

(1194) 11 ordonna successivement les réformes les plus sévères: aliments, habits , équipages, tout passa par un examen austère. Son dessein était de

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faire revivre la discipline établie par Raymond Dupuy, et qui dès lors était fort relâchée. On lui représenta en vain la différence des temps, et que le genre de vie qu'il proposait n'était pas compatible avec les fondions d'une guerre continuelle. « Je veux, dit-il, être obéi, et sans réplique. » L'aigreur se mêla bientôt à des contestations si vives, et les chevaliers refusèrent hautement d'observer les règlements proposés par le grand maître. On en vint entin à une révolte déclarée ; l'Ordre tomba dans une espèce d'anarchie, et le grand maître, ayant abdiqué sa dignité , se retira en Portugal, où il mourut dans une guerre civile.

(1195) L'Ordre choisit pour son successeur frère Geoffroy Leral, de la langue de France, vieillard vénérable, doux, affable et peu entreprenant.

Des disseniimenls de la nature la plus grave s'élevèrent entre les chevaliers de Saint-Jean et les Templiers. Ces derniers s'étaient emparés d'un château possédé par un gentilhomme vassal des Hospitaliers. Ceux-ci, instruits de cette agression, présentent l'escalade devant le château , l'emportent et en chassent à leur tour les Templiers. Bientôt l'affaire devint générale, et les chevaliers des deux Ordres ne se rencontraient plus sans se charger; la guerre civile menaçait un Ktat où il n'y avait pas d'autorité suffisante pour réprimer des partis aussi puissants et aussi animés. Lnlin les patriarches et les évoques intervinrent; l'affaire fut portée devant Innocent II , qui la remit à dos juges étrangers aux

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deux Ordres, par lesquels les prétentions des Templiers furent déclarées injustes. Le château fut rendu à son ancien propriétaire, et la paix rétablie, au moins en apparence, entre les deux Ordres.

(1203) Baudouin, comte de Flandre, ayant été élu roi de Copstanlinople par les croisés français et vénitiens, qui s'étaient emparés de cette capitale, appela dans ses Etals les Hospitaliers de Saint- Jean , auxquels il donna des établissements considérables dans les provinces qui relevaient de l'empire ; et i! les remit en possession des deux maisons qu'ils avaient dans la ville même de Conslanlinople , dont l'usurpateur Andronic les avait chassés.

Il n'y avait point de prince chrétien, soit dans l'Asie, soit dans l'Europe, qui ne voulût avoir des Hospitaliers dans ses États. On leur bâtit en ce temps-là des hôpitaux et des églises magnifiques à Florence, à Pise et à Vérone. Outre ces fondations pour des chevaliers , les religieuses Hospitalières du même Ordre avaient des maisons considérables dans ces trois villes, où ces pieuses tilles faisaient fleurir la piété , la charité et toutes les vertus chrétiennes.

(1206) Le grand maître des Hospitaliers mourut vers l'an 1206. L'Ordre fit remplir sa place par frère Guérin de Montaigu , Français de nation, et de la langue d'Auvergne , qui , peu de temps après son élection , rendit des services considérables aux chrétiens grecs de l'Arménie Mineure.

(120!)) Soliman de Rovcniddin , sultan d'Iconium ,

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de la race des Turcomans Sekijoucides, à la sollicitation du comte de Tripoli, était entre dans l'Arménie, où il mettait tout à feu et à sang. Livron en donna aussitôt avis à Innocent, et ce pontife, à sa prière, engagea les Hospitaliers à prendre la défense de ses Étals. Le grand maître de Montaigu arma puissamment, et le joignit; ils marchèrent ensuite contre le sulian. Après différents combats et une bataille sanglante, qui fut longtemps disputée, le prince turcoman fut défait, son armée taillée en pièces; et ce qui échappa à l'armée victorieuse eut bien de la peine à regagner la Bithynie avec le sultan qui les commandait.

Le prince arménien, soit par reconnaissance, ou pour lier encore plus étroitement les Hospitaliers à ses intérêts , leur donna en propre la ville de Saleph , avec les forteresses du Châleauneuf et de Camard. Il adressa l'acte de cette donation au pape Innocent III, qui la confirma par sa bulle en date de l'an 13 de son pontificat.

Ce n'était pas la première fois que les papes s'étaient servis en Orient des armes des Hospitaliers contre les princes qui ne se croyaient pas en prise aux foudres du Vatican.

Ces pontifes ne les employèrent pas moins utilement, dans le même temps, contre les Maures et les Sarrasins d'Espagne.

Un fameux Hospitalier français , appelé frère Guérin, ministre de Philippe- Auguste, et général de ses armées dans le même temps , ne rendit pas

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des services moins importants à Philippe-Auguste à la bataiile de Bouvincs, où ii faisait les fonctions de maréchal de bataille.

(1218) André, roi de Hongrie, étant arrivé à Saint-Jcan-d'Acre avec une armée qu'il amenait au secours des chrétiens d'Orient, se retira chez les Hospitaliers , et auprès du grand maître. On ne peut exprimer les sentiments de religion dont ce prince fut touché en voyant la charité qui se pratiquait , dans cette sainte maison , à l'égard des pauvres et des pèlerins ; et ce qui augmentait sa surprise et son admiration , c'était de voir ces chevaliers , si fiers et si redoutables en campagne et les armes à la main, devenus comme d'autres hommes dans leur maison , et s'occuper, sous le mérite de l'obédience, dans les offices les plus humiliants auprès des pauvres et des malades.

Ce prince demanda d'être associé dans l'Ordre en qualité de confrère, afin de participer aux bonnes œuvres de ces Hospitaliers. Il donna à perpétuité à l'Ordre sept cents marcs d'argent à prendre tous les ans sur les salines de Saloch en Hongrie.

Après quelques légers avantages obtenus sur les infidèles, on résolut de porter la guerre dans l'Egypte et d'assiéger Damielle, la place de ce royaume la mieux fortifiée. Cette résolution étant prise , on embarqua les troupes vers la fin de mai ; on mit à la voile ; l'armée chrétienne , en trois jours , se trouva en Egypte, et lit sa descente sans opposition dans un endroit situé à l'occident de Damietle ,

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et qui n'en était séparé que par un bras du Nil.

Les chrétiens ne trouvèrent d'abord de résistance que dans une grosse tour ou château revêtu de toutes les fortifications que l'art avait pu inventer, construit, au milieu de ce bras du Nil , et dont la garnison se défendit avec beaucoup de courage; les chevaliers de Saint-Jean y soutinrent leur réputation ordinaire. Ces religieux guerriers, après avoir attaché deux vaisseaux ensemble pour les rendre plus fermes, s'avancent fièrement, appuient leurs échelles d'une main hardie, montent au travers des feux, des dards et des pierres, et, sans s'étonner de la chute de leurs compagnons, lis tâchent de gagner le haut de la muraille. Mais le mât d'un de ces vaisseaux, s'étant rompu, brisa les échelles, et la plupart des chevaliers, tombant dans l'eau et accablés du poids de leurs armes, furent noyés. La perte de ces braves soldats ne ralentit point le courage de leurs confrères et des croisés ; on revint à l'escalade plusieurs fois, mais toujours sans succès. Entin les Allemands approchèrent des murailles une machine d'une nouvelle invention, à la faveur de laquelle ils se rendirent maîtres de cette tour, dont la prise facilitait l'attaque de la ville.

Le sultan d'Egypte appela à son secours le sultan de Syrie, son frère, qui accourut à la tète d'une armée, après avoir ruiné les fortifications de Jérusalem, pour que les chrétiens ne pussent s'y maintenir, s'ils la reprenaient.

Malgré ce secours, les chrétiens continuaient de

presser Damiette -, et le sultan , voyant qu'il ne pouvait faire lever le siège, offrit aux chrétiens, s'ils voulaient se retirer, de leur rendre la vraie croix, qui avait é!é prise à la bataille de Tibériade ; de remettre aux croises la ville de Jérusalem , et de fournir même l'argent nécessaire pour en relever les murailles et rétablir les fortifications. Il offrait encore le château de Thoron et quelques autres places.

Le roi de Jérusalem était d'avis d'accepter des conditions qui remplissaient les vœux de la croisade ; mais le légat soutint qu'il fallait rejeter les propositions du sultan , et que le moment était venu de conquérir toute l'Egypte, dont le royaume de Jérusalem suivrait la destinée. Ce sentiment prévalut dans le conseil de guerre sur celui du roi de Jérusalem, qui, chagrin de ne se pas voir maître de ses troupes, sous prétexte de faire venir de nouveaux secours, se retira à Saint-Jean-d'Acre. Cependant le succès sembla d'abord justifier l'avis du légat; Damiette fut emportée dans une attaque faite de nuit, ou plutôt elle se trouva prise par le défaut de combattants : habitants et soldats, tout avait péri dans les combats , ou par la famine et la disette des vivres; plus de quatre-vingt mille hommes moururent dans la place pendant le siège. Les chrétiens, en entrant dans la ville , ne trouvèrent partout qu'une affreuse solitude, et le peu d'habitants qu'on rencontra dans quelques maisons n'y étaient restés que parce qu'ils étaient si faibles, qu'ils n'avaient pas eu la force d'en sortir.

DE L'ORDRE DE MALTE. 4l

Le légat, fier de cet heureux succès, et se voyant maître absolu de l'armée, la fit avancer dans le cœur de l'Egypte conlre l'avis de tous les chefs, et l'engagea entre les branches du Nil. Le sultan en ouvrit les digues; le fleuve inonda l'endroit où les chrétiens étaient campés ; ils se trouvèrent enfermés dans une île avec aussi peu de moyens d'y subsister que de s'en tirer; la faim succéda bientôt à ce premier malheur, et l'armée, près de périr, fut obligée de faire une trêve de lnrt ans avec les infidèles; il fallut, pour obtenir du pain et la liberté de se retirer, quitter Damiette et livrer tous les esclaves ou les prisonniers qui étaient à Acre ou dans Tyr. L'armée chrétienne se dissipa après cet accident, et la présomption du légal empocha le roi de Jérusalem de recouvrer son royaume.

La France perdit en 1222 le roi Philippe II, et l'ordre des Hospitaliers un zélé bienfaiteur. Ce prince, étant tombé malade et se sentant affaibli , fit son testament : parmi un grand nombre de legs pieux, il donna cent mille livres au roi de Jérusalem pour la défense de la Terre -Sainte, et pareille somme aux Hospitaliers de Saint-Jean et aux Templiers.

Le grand maître des Hospitaliers, s'étant rendu en Europe pour solliciter des secours pour l'Église d'Orient, trouva à son retour la Palestine presque sans gouvernoment et privée de ce lien si nécessaire dans la société civile, et qui fait concourir tous les membres au bien commun de l'État.

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Le comte de Tripoli , prince féroce et entreprenant, s'était prévalu de son absence pour s'emparer de différents châteaux appartenants aux Hospitaliers, ou dont ils avaient la garde. Il avait pris encore une maison qu'ils avaient à Tripoli, avait fait écorcher tout vif un de ces chevaliers, et poignarder un autre qui s'opposait à ces violences. Le grand maître à son retour lui demanda raison de ces cruautés-, mais n'en ayant pu obtenir justice, il en écrivit au pape, "qui employa inutilement auprès du comte ses remontrances et ses offices. 11 fallut (juc le souverain Pontife en vînt jusqu'à l'excommunication sans le pouvoir fléchir. Pour lors le grand maître, avec la permission du pape, étant entré dans les États du comte à la tête des Hospitaliers, la vue de ces troupes fit plus d'impression sur ce prince cruel et farouche que toutes les foudres du Vatican. Raymond Ht une satisfaction convenable à l'Ordre pour tant de violences, et rendit tout ce qu'il avait usurpé.

L'ordre? de Saint-Jean perdit en 1230 frère Guérin de Montaigu , son grand maître , seigneur d'une illustre naissance dans la province d'Auvergne, mais qui, par ses vertus, avait encore donné plus d'éclat à sa maison qu'il n'en avait tiré d'elle. Les chevaliers de Saint-Jean, assemblés en chapitre, mirent en sa place frère Bertrand de Texis, qui, en suivant les traces de son prédécesseur, n'eut pas moins d'attention aux affaires de la Terre -Sainte qu'au gouvernement de l'Ordre.

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La Palestine , depuis l'abdication de Jean de Brionne , privée de la présence de son souverain , était alors comme un vaisseau sans pilote, toujours agitée par de nouvelle tempêtes, et qui aurait péri sans le secours continuel des Hospitaliers et des Templiers.

(1238) Les forces des chrétiens latins étant encore considérablement diminuées dans la Terre-Sainte par une victoire que le sultan d'Alep remporta en ce temps-là sur les Templiers, le grand maître des Hospitaliers appela par une citation un grand nombre de chevaliers d'Occident.

Pendant que l'Ordre tirait de l'Europe des secours pour la Terre-Sainte , il en fournissait de bien plus considérables aux rois chrétiens des Espagnes, qui étaient tous les jours aux mains avec les Maures du pays. Don Jaime, premier du nom, roi d'Aragon, après les avoir heureusement chassés des îles Majorque et Minorque , entreprit la conquête du royaume du Valence; il y réussit, et avoua publiquement qu'il devait sa victoire aux frères Hospitaliers.

Je ne sais à quels ennemis de l'Ordre il faut attribuer des avis qu'on donna en ce temps-là au pape, que les Hospitaliers s'abandonnaient aux plus grands désordres. Grégoire IX en écrivit très-sévèrement au grand maître. Cependant, à cette époque, l'Ordre des Hospitaliers comptait plusieurs membres qui ont été canonisés depuis. Toutefois les reproches que le grand maître de Texis reçut du pape lui causèrent un si vif ressentiment , qu'il ne put s'en

consoler; et le malheureux état où il voyait la Terre-Sainte , sans secours, sans troupes et sans souverain, acheva de le mettre au tombeau. On lit remplir sa place par frère Guéri n ou Guarin ; dont on ignore le surnom et la patrie. On sait seulement qu'il fut charge' du gouvernement de l'Ordre dans des temps difficiles. La Palestine se trouvait destituée de la présence du souverain et sans subordination pour les chefs qui le représentaient. Les Hospitaliers et les Templiers, dont la Terre-Sainie tirait toute sa force, étaient encore malheureusemont divisés.

(1240) Cependant Richard, comte de Cornouailles, frère du roi d'Angleterre,, étant venu en Orient, conclut avec le soudan d'Egypte une trêve aux termes de laquelle tous les mahométans devaient sortir de Jérusalem, et les chrétiens rentrèrent en possession de Bethléem, de Nazareth et de plusieurs villages qui assuraient le chemin à la capitale de la Judée. Le grand maître des Hospitaliers porta au patriarche de Jérusalem tout l'argent qui était dans le trésor de l'Ordre , pour contribuer à relever les murailles de la sainte cité.

(12Zi3) Bientôt les chrétiens furent obligés de quitter Jérusalem par suile de l'invasion des barbares Corasmiens; ils tinrent la campagne, et dans une rencontre où les infidèles étaient dix contre un, les troupes chrétiennes furent accablées par la multitude; i! n'échappa de celle boucherie que vingt-six Hospitaliers, trente-huit Templiers et trois cheva-

liers Teutoniques : les deux grands maîtres des Hospitaliers et des Templiers furent tués à la tète de leurs compagnies.

Une défaite si générale mit le comble aux malheurs de la Terre-Sainte; le reste des chrétiens, emprisonnés dans Saint-Jean-d'Acre , voyaient les Corasmiens ravager toute la campagne aux environs ; heureusement le désordre se mit parmi eux, et ils se tuèrent les uns les autres; tout périt jusqu'à leur nom, qu'on ne trouve plus dans l'histoire.

Le prince d'Antioche, surpris par une attaque des Turcomans, eut recours aux Ordres militaires. Les deux grands maîtres tirent monter à cheval ce qui leur restait de chevaliers ; ils rencontrèrent une vigoureuse résistance. Frère Bertrand de Comps, grand maître des Hospitaliers, se jette au milieu des escadrons ennemis , les enfonce et les met en fuite. Mais dans cette dernière charge il reçut tant de blessures, qu'il en mourut peu après. L'Ordre lui donna pour successeur frère Pierre de Villebride.

A celte époque une nouvelle croisade s'organisa en Europe; plusieurs princes et un grand nombre de seigneurs, surtout du royaume de France, prirent la croix. Mais aucun ne le fit avec tant de zèle, de courage et de dévotion que Louis IX, roi de France, connu depuis sous le nom de saint Louis.

(1249) Ce prince , après un séjour de huit mois à l'île de Chypre , arriva devant Damietlc , et s'en empara presque sans coup férir. Les deux grands maîtres s'y rendirent depuis avec l'élite de leurs

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chevaliers. Après avoir reçu de nouveaux renforts amenés par le comte de Poitiers, l'armée avança vers le Nil pour aller faire le siège du Grand-Caire ; un Arabe indiqua un gué , et le comte d'Artois demanda à le passer à la tète de l'avant-garde, avec les Templiers et les Hospitaliers. Le roi, qui craignait que ce jeune prince ne s'engageât trop avant parmi les ennemis, le lit jurer sur les saints Evangiles qu'il n'entreprendrait rien que toute l'armée ne lût passée, et voulut, pour plus grande précaution ,que les Templiers elles Hospitaliers, quand ils seraient passés, eussent l'avant-garde.

Le gué fut passé heureusement, et trois cents chevaux des ennemis qui voulurent s'opposer à son passage furent débandés.

Le comte, sans se souvenir de son serment, les poursuivit l'épée à la main , quoique les deux grands maîtres lui criassent que cette fuite n'était peutêtre qu'une ruse assez ordinaire aux Orientaux. Mais Robert, qui n'écoulait que son courage, arriva aussitôt que ces fuyards au camp des ennemis, les surprit, força leurs retranchements, entra dans le camp, et malgré toute la résistance que put faire Facardin, général des Sarrasins, qui périt dans cette occasion, ces infidèles s'enfuirent; les uns prirent le chemin du Caire , d'autres se jetèrent dans la Massoure, et, ne s'y croyant point encore en sûreté, ils poussèrent plus loin.

Rien ne manquait à un succès si heureux et si surprenant, si ie comte eût su s'en contenter. Mais

la vue de la Massoure , ouverte et abandonnée par les ennemis et par la plu paît même de ses habitants, fut un charme funeste: il voulut absolument continuer à poursuivre l'ennemi, et adressa même aux chevaliers des reproches piquants sur ce qu'il appelait leur esprit séditieux.

Outrés de colère, ils partirent tous de la main comme des furieux, et ne prirent plus ni ordre ni conseil que de leur colère et de leur emportement. Ils entrèrent tous dans la Massoure, qu'ils trouvèrent ouverte. Les uns s'arrêtèrent au pillage, d'autres poussèrent plus loin, et tâchèrent de joindre les Sarrasins. Mais ces infidèles s'étaient déjà ralliés sous un de leurs chefs. Ce commandant, ayant reconnu le petit nombre des Français, revint à la charge, et les poussa à son tour. Le comte d'Artois fut obligé de se jeter dans la Massoure, où il fut aussitôt investi. Ce jeune prince, que son courage avait précipité dans le péril , se vit attaqué en même temps par des troupes réglées et par les habitants de la Massoure; les uns combattaient les Français dans les rues, et les autres faisaient pleuvoir sur eux des pierres, du sable embrasé, de l'eau bouillante, ou les perçaient d'en haut avec destflèches; en sorte que le comte d'Artois, le comte de Salisbury, avec la plupart des chevaliers des deux Ordres, périrent dans cette malheureuse journée. Il n'en échappa presque que le grand maître du Temple, qui, après avoir perdu l'œil et tout couvert de blessures, regagna l'armée chrétienne. Les

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Sarrasins firent quelques prisonniers, parmi lesquels se trouva le grand maître de Saint-Jean. Le sort du roi ne fut pas plus heureux : après différents combats où il perdit beaucoup de monde , les Français, réduits à un petit nombre par les maladies et la disette des vivres, et lâchant de regagner Damietle, se virent enveloppés et comme accablés par la multitude des barbares. Le roi de France , Alphonse comte de Poitiers, et Charles comte d'Anjou, ses frères, avec tout ce qu'il y avait de seigneurs, furent fait prisonniers.

Le roi ne sortit des mains des barbares qu'en rendant Damiette, et en payant huit cent mille besants pour la rançon des prisonniers, dent les Hospitaliers et les Templiers avancèrent la meilleure partie.

(1254) Le roi saint Louis fut appelé en France par la mort de la reine Blanche sa mère, qui, en son absence, avait la régence de ses tètals. Ce prince, après avoir fortifié Saint- Jcan-d'Acre, rebâti Saule, Césarée , Jafla, et laissé dans le pays un secours considérable de troupes et d'argent, s'embarqua le 24 avril de l'année 1254, suivi des bénédictions et des vœux de tout le peuple, et après avoir été également l'admiration des Sarrasins qt des chrétiens, par sa valeur dans les combats, et par une fermeté invincible dans ses disgrâces.

Quelques dépenses que ce saint roi eût faites, et quelques précautions qu'il eût prises pour mettre en défense le peu de places qui lestaient aux chrétiens

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dans la Terre-Sainte, le pape, justement alarmé de son départ, en recommanda particulièrement la conservation aux Hospitaliers. Pour les y engager, non- seulement il confirma tous les privilèges que ses prédécesseurs avaient accordés à l'Ordre, mais, voulant récompenser des services aussi essentiels que ceux qu'ils rendaient continuellement à toute la chrétienté, il leur donna le monastère du mont Thabor, bâti sur cette montagne en forme de forteresse, avec le château de Bélhanie. Si l'on considère la situation des lieux et le voisinage des Sarrasins, ces donations étaient moins des grâces que des engagements à de nouveaux périls.

On ne pourrait donner que de justes louanges à la valeur de ces chevaliers , si ces religieux et les Templiers, oubliant les devoirs de leur profession et les lois du christianisme , n'avaient en ce tempslà tourné leurs armes les uns contre les autres : on vit renaître leurs anciennes animosités ; forts ou faibles, ils se chargeaient partout où ils se rencontraient -, enfin ces deux corps si redoutables aux infidèles en vinrent, pour ainsi dire, à une bataille et à un combat général. Le sort des armes ne fut pas favorable aux Templiers ; on ne fit point de prisonniers , les Hospitaliers taillèrent en pièces tout ce qui tomba scus leurs sabres; à peine, dit l'historien ecclésiastique, resta- t-il un Templier pour porter dans les places de son Ordre les nouvelles de cette défaite.

Le grand maître de Châteauneuf mourut eu ce

temps-là , et après sa mort sa place fut remplie par frère Hugues de Revel , d'une maison illustre du Dauphiné, à laquelle il donna un nouvel éclat par la sage conduit'' qu'il tint dans le gouvernement. Ce fut lui qui institua dans chaque maison une administration particulière sous le nom de Commendataria , d'où est venu le nom de commanderie et le litre de commandeur.

(1265) Le sultan , ayant résolu de chasser entièrement les chrétiens de la Palestine, assiégea la forteresse d'Assur, qui appartenait à l'ordre des Hospitaliers. C'était une des plus fortes places de la Palestine, et le grand maître, outre la garnison, y avait mis quatre-vingt-dix chevaliers ; ils se firent tous tuer l'un après l'autre dans les différents assauts qu'ils soutinrent : le sultan n'entra dans la place qu'en passant sur les corps de ces intrépides guerriers.

Bendocdar tourna ensuite l'effort de ses armes contre la forteresse de Carac, qui appartenait à l'ordre de Saint-Jean. Les chevaliers soutinrent le siège pendant près de deux mois contre toute la puissance de ce prince, à l'exemple de leurs frères qui avaient défendu Assur; et, sans vouloir entendre parler de capitulation , ils se rirent tous tuer sur la brèche. *

Parmi ces guerres continuelles, et au milieu du tumulte des armes, le grand maître, aussi attentif à la conservation de la discipline régulière qu'à la défense des places confiées à la valeur de ses che-

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valiers, convoqua et tint jusqu'à cinq chapitres généraux. Il s'y fit plusieurs règlements très-utiles, et l'on confirma en même temps les anciens usages de l'Ordre.

(1278) L'histoire marque dans cette année la mort du grand maître Hugues de Revel , consume par les soins pénibles du gouvernement et par les cruelles inquiétudes des suites déplorables qu'il prévoyait pour l'avenir. Les chevaliers, assemblés en chapitre dans leur maison de Sainl-Jean-d'Acre , tirent remplir sa place par frère Nicolas Lorgue, qui employa tous ses soins, pendant son ministère, pour éteindre les divisions qui existaient entre les chevaliers de son Ordre et ceux du Temple.

Quoique la trêve que les deux grands maîtres avaient faite avant leur départ pour l'Occident avec Bendocdar subsistât encore , un capitaine de Melech- Saïs, son successeur, vint faire des courses et ravager la campagne jusqu'aux portes de Margat, forteresse appartenante aux Hospitaliers de Saint- Jean.

Les chevaliers sortirent de la place en bonne ordonnance, chargèrent ces pillards, et en taillèrent en pièces la meilleure partie. Le sultan , voulant avoir sa revanche, envoya aux environs de la place ftn plus gros parti composé de cinq mille hommes , qui furent attirés dans une embuscade et taillés en pièces.

Le sultan, piqué de cette dernière déroute, résolut de s'en venger par la ruine même et la des*

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truction de cette forteresse ; mais, ayant été retenu dans ses États par des affaires importantes, il ne put exécuter son dessein que trois ans après, qu'il vint lui-même assiéger la place, à la tête d'une armée formidable. Le grand maître y tenait toujours un gros corps de troupes. Mcleeh-Saïs tenta d'abord d'emporter la place par escalade. Ses soldats se présentèrent avec des échelles au pied des murailles, et lâchèrent d'en gagner le haut; mais ils trouvèrent partout le même courage et !a même résistance.

Les chevaliers ne les laissaient monter que pour les précipiter de plus haut; les pierres, les feux d'arlitice, l'eau bouillante, tout fut mis en usage; et le sultan, après avoir perdu beaucoup de monde, fut obligé de faire sonner la retraite. Il fallut que ce prince en revînt aux règles ordinaires : il ouvrit la tranchée, et battit les murailles avec les machines et les pierriers , dont on se servait en ce lemps-là. Mais ils avançaient peu ; les chevaliers faisaient tous les jours des sorties, et, après avoir nettoyé la tranchée, portaient souvent la terreur jusqu'au milieu du camp des infidèles, lis brûlèrent même plus d'une fois toutes les machines, et auraient réduit le sultan à lever le siège , s'ils n'eussent pas eu un ennemi caché, qui les surprit, et dont ils ne purent se défendre.

Pendant que Melech-Saïs les amusait , pour ainsi dire, par de fausses attaques, ses troupes travaillaient jour et nuit à creuser des mines qu'elles pous-

sèrent jusque sous les murailles de la place, en sorte qu'elles ne posaient plus que sur des appuis de bois; il envoya ensuite sommer le gouverneur et la garnison de lui ouvrir les portes. Ils reçurent celle sommation avec raillerie, el demandèrent à l'officier si son maître avait cru devoir leur faire un pareil compliment avant de lever le siège. Mais il fallut changer bientôt de langage; cet officier leur dit que la forteresse était minée partout; il leur offrit de les conduire dans la mine , el de leur faire voir qu'il ne tenait qu'au sultan de faire mettre le feu aux appuis et de s'ouvrir par là un passage dans la place. Le gouverneur envoya aussitôt avec cet officier deux chevaliers, qui furent bientôt convaincus de la vérité de sa relation. Il fallut traiter et abandonner la place, et après que les chevaliers en furent sortis , le sultan la fit raser, pour leur ôter l'espérance d'y rentrer dans une conjoncture plus favorable.

Le grand maître, accablé d'années et encore plus de la douleur de ne voir aucune ressource pour le salut de cet État, mourut heureux, en ce qu'il quitta la vie avant que son Ordre quittât la Palestine, et qu'il ne fut pas témoin de la perle entière de la Terre-Sainte.

(1289) Le chapitre, après sa mort, élut pour grand maître frère Jean de Villiers.

Le soudan, instruit des divisions qui régnaient parmi les habitants d'Acro, vint assiéger cette place. On prétend qu'il avait dans son armée cent

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soixante mille hommes de pied et soixante mille chevaux.

Les attaques furent vives et continuelles, et, la nuit comme !c jour, les infidèles ne donnaient point de relâche aux assiégés. Comme la mer était libre et que les chrétiens avaient un grand nombre de vaisseaux dans le port, la plupart des habitants et surtout les plus riches, s'embarquèrent avec leurs femmes , leurs enfants et leurs meilleurs effets; il ne resta dans la place qu'environ douze mille hommes de troupes réglées , et composées la plupart des Hospitaliers , des Templiers, des Teutoniques et de quelques soldats séculiers qui combattaient sous les enseignes de ces trois Ordres.

La garnison élut pour gouverneur de la place frère Pierre de Beaujeu , grand maître des Templiers, capitaine qui avait vieilli dans le commandement des armées.

Le soudan fit tenter la fidélité du grand maître par des offres de sommes immenses ; mais le Templier n'y répondit que par la juste indignation qu'il eut de ce que le soudan l'eût cru capable de les écouter. On faisait tous les jours , par son ordre , des sorties où un grand nombre d'infidèles périssaient; mais malgré une si vigoureuse résistance, Melech-Seraph , qui ne manquait pas de soldats , avançait ses travaux; il fit tombera la fin plusieurs tours, et entre autres celle qu'on appelait la tour Maudite , qui était considérée comme la forteresse de la ville. Les infidèles montèrent aussitôt à l'as-

saut; le roi de Chypre , qui se trouva en cet endroit, fit ferme avec les Cypriotes; il en périt un grand nombre dans cette action, et les infidèles auraient emporté la place, si la nuit qui survint n'eût fait cesser l'assaut.

Le roi de Chypre, prévoyant qu'il aurait le lendemain à combattre les mômes ennemis, et en plus grand nombre, pria les chevaliers Teuloniques de vouloir bien occuper son poste pendant la nuit, sous prétexte que ses troupes avaient besoin de repos après avoir soutenu une si rude attaque , et leur promit qu'il reviendrait le lendemain au point du jour les relever. Mais en quittant la brèche il se rendit au port , s'embarqua sur ses vaisseaux et regagna son île.

Les infidèles ne manquèrent pas le lendemain de revenir à l'assaut; les mameluks, soldats déterminés, montèrent sur la brèche, tuèrent tout ce qui leur résista, accablèrent par leur grand nombre les Teuloniques, et pénétrèrent jusqu'au cœur de la ville. Ils s'en croyaient les maîtres; mais le maréchal des Hospitaliers de Saint-Jean, par ordre du grand maître, étant accouru à la tête d'une troupe de chevaliers de son Ordre, les chargea si brusquement, qu'ils furent obligés de reculer. Il y en eut un grand nombre de tués dans cette retraite forcée, et les Hospitaliers en précipitèrent plusieurs du haut de la brèche dans le fossé.

Le soudan, qui comptait pour rien la perte de quelques bataillons, en renvoya d'autres le second

jour pour renouveler l'attaque. Jamais combat ne fut plus opiniâtre ; la brèche fut emportée et reprise plusieurs fois; la nuit seule sépara les combattants. Les infidèles, rebutés d'une résistance si courageuse, tournèrent leurs efforts du côté de la porte Saint-Antoine; ils trouvèrent en cet endroit les deux grands maîtres, dont la présence seule semblait rendre invincibles leurs chevaliers. Mais comme les infidèles étaient supérieurs en nombre aux chrétiens , il resta à la lin peu de monde pour la défense de ce poste ; alors le grand maître des Hospitaliers, voulant causer une diversion, sortit de la ville par une porte opposée , avec ce qu'il trouva de chevaliers en état de monter à cheval. 11 se flattait de surprendre le camp ennemi; mais on faisait bonne garde, et les Hospitaliers furent obligés de se retirer devant toute la cavalerie musulmane. Eu rentrant dans la ville , le grand maître apprit avec douleur que le grand maître des Templiers venait delre tué d'une flèche empoisonnée, que la plupart de ses chevaliers avaient été taillés en pièces, et que l'ennemi, maître de la ville, y mettait tout à feu et à sang. Comme il ne lui restait plus d'autre parti que de sauver au moins sa troupe, il tourna du côté du port, quoique toujours poursuivi par les infidèles*, et ayant jeté beaucoup d'arbalétriers dans les barques, à la faveur des flèches qu'ils tiraient continuellement sur la cavalerie du soudan, il fit embarquer ce qu'il avait ulluspiialicrs avec lui , dans une caraque qui appartenait à

l'Ordre , et gagna l'île de Chypre. Trois cents Templiers qui avaient échappé à la fureur des infidèles, ayant voulu se rendre sur le port, furent coupés. Ne pouvant percer cette foule innombrable d'Égyptiens qui remplissaient toutes les rues, ils se jetèrent dans la tour du Temple pour s'y ensevelir : plusieurs femmes et filles de la ville s'y étaient déjà réfugiées. Ces Templiers se barricadèrent et tinrent plusieurs jours. Ce Soudan fit miner cette tour, et les Templiers ayant reconnu qu'elle ne portait plus que sur des appuis de bois, auxquels on pouvait mettre le feu à tout moment, convinrent d'en sortir, à condition qu'on leur laisserait libre le passage du port, qu'on faciliterait leur embarquement, et que l'on conserverait l'honneur des femmes et des filles. Ca capitulation étant signée, ils ouvrirent les portes de la tour; mais les premiers soldats ennemis n'y furent pas plutôt entrés, qu'ils entreprirent de se livrer à des actes de violence. Ces Templiers, indignés de leurbiutalité et de leur manque de parole, mirent l'épée à la main, taillèrent en pièces ces insolents, fermèrent les portes, et quoique leur perte fût inévitable, ne voulurent plus entendre parler de capitulation.

Ces infidèles, l'épée d'une main et une échelle de l'autre, se présentèrent pour monter à l'escalade. Ces murailles en un instant furent couvertes de soldats, qui tâchaient d'en gagner le haut; mais comme ces murailles étaient minées, ainsi que nous venons de le dire, les appuis manquèrent : la tour

croula avec un bruit épouvantable et ensevelit sous ses ruines l'infidèle comme le Templier. Les femmes et les filles qui s'étaient enfermées dans cette tour subirent le même sort , et préférèrent une mort honorable au péril qu'elles auraient couru si elles étaient tombées sous la puissance de ces barbares, encore plus odieux par leur brutalité et par leur débauche que par leur cruauté.

Le soudan , pour faire perdre aux chrétiens d'Occident l'espérance de se rétablir jamais dans cette ville , la fit raser avec Tyr, Sidon et toutes les villes le long de la côte, dont il se rendit maître. Ce qui restait d'Hospitaliers, de Templiers et de Teutoniques , dans quelques châteaux qui leur appartenaient, ne pouvant s'y maintenir contre une puissance si formidable, les abandonnèrent, et s'embarquèrent pour tâcher de gagner l'île de Chypre. On prétend que de plus de cinq cents Templiers , qui avaient soutenu si courageusement le siège d'Acre, il n'en échappa que dix , qui , s'étant jetés dans une barque , abordèrent heureusement le long des côtes de l'île de Chypre. Les chevaliers Teutoniques, ayant recouvré quelques vaisseaux , et ne voulant plus rester en Orient , retournèrent en Europe , et se rendirent en Prusse et dans la Livonie, dont leur Ordre jouissait à titre de souveraineté. Mais les Hospitaliers, et le peu qui restait de Templiers, dans l'espérance de pouvoir, à la laveur de quelque croisade, rentrer dans la Terre-Sain;c , n'en voulurent point abandonner le voisinage, et, en attendant

quelques nouveaux secours de l'Europe et des religieux de leur Ordre, leurs députés obtinrent du roi de Chypre pour retraite la ville de Limisso, où ils se rendirent successivement, et à mesure qu'ils pouvaient échapper à la cruelle poursuite des Sarrasins.

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