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lî'AuBis- les Turcs. Il voyoit que les princes Chrétiens, selon leur immuable coutume, se déchiroient les uns les autres; que Mathias Corvin, rpi de Hongrie, faisoit une guerre sanglante à 1 empereur Frédéric, d'oii il concluoit que Mahomet, se prévalant de ces divisions, tourneroit infailliblement ses armes. Tannée prochaine, contre Tisle de Rhodes.
Le Grand-Maître, pour netre pas surpris, fit remplir les magazins de munitions de guerre et de bouche; et Tisle de Rhodes se trouvant destituée, pour sa défpnse, d\\ù nombre suffisant de chevaliers, il convoqua le Chapitre général; et, par une citation adressée aux grands-prieurs, il ordonna à tous les chevaliers de se rendre inces* samment à Rhodes avec leurs armes, et dans l'équipage conforme à leur profession. Ou trouve, dans Fhistoire deBosio, la copie, en italien, de cette citation, 4ont loriginal se conserve encore aujourd'hui dans les archives del\falte; et nous avons crû que les lecteurs ne seroient pas fâchés d'en voir ici un extrait.
Mes très-chers frères ,
« Au milieu des plus grands périls dont Rhodes «est menacée, nous n'avons point trouvé dese- « cours plus assuré que la convocation générale « et une prompte assemblée de tous nos frères. « L'ennemi est aux portes ; le superbe Mahomet
« ne met plus de bornes à ses projets ambitieux ; — —
« sa puissance devient, de jour en jour, plus for- ^'AoBut-
«midable; il a une multitude innombrable de ^^
«soldats, dexcellens capitaines et des trésors im-
u menses : tout cela est destiné contre nous. Il a
« juré notre perte : j en ai des avis bien sûrs. Ses
« troupes sont déjà en mouvement; les provinces
«voisines ensoùt remplies: tout file du côté de
u la Carie et de la Lycie ; un npmbre prodigieux
u de vaisseaux et de jg[alères n attendent plus que
«le printems et le retour de la belle saison , pour
« passer dans notre isle. Qu attendons-nous nous-
« mêmes? Ignorez-vous que les secours étrangers
"Sont éloignés, ordinairement très-foibles, et
«toujours incertains? Nulle ressource que dans
« notre propre valeur : et nous sommes perdus, si
« nous ne nous sauvons nous-mêmes. Les vœux
« solemnels que vous avez faits, Mes Frères, vous
K obligent à tout quitter pour vous rendre à nos
«ordres. C'est en vertu de ces saintes promesses,
«faites au Dieu du ciel, et aux pieds des autels,
«que je vous cite. Revenez incessamment dans
«nos États, ou plutôt dans les vôtres; accourez,
« avec autant de zèle que de courage , au secours
«de la religion. Cest votre mère qui vousajp-
« pelle: c'est une mère tendre, qui vous a nour-
«ris et élevés dans son sein, qui se trouve en
«péril. Y auroit-il un seul chevalier assez dur
«pour l'abandonner à la fureur des barbares?
« Non , Mes Frères, je ne l'appréhende point ; des
«senti mens si lâches et si impies ne s accordent
58 HISTOIRE DE l'ORDRE
— — «point avec la noblesse de votre origine, et en- D Auvus- ** c<>'® moins avec la piété et la valeur dont vous soH. « faites profession. »
Cette citation, répandue dans tonte l'Europe , excita le zèle et lardeur des chevaliers : tous travaillent avec empres3ement à leurs équipages. Pour avoir plus promptement de largent; on vend ses meubles; on loue et on afferme à vil prix les commanderies ; chacun prend des nfesnres pour son départ et pour son passage; et tous ne craignent rien tant que de n'arriver pas assez tôt à Rhodes. Quelques souverains, édifiés de leur zèle , y envoyèrent différens secours : le plus considérable vint de la France. Louis XI, qui règnoit alors, obtint du Pape Sixte IV, un jubilé et des indulgences en faveur dé toutes les personnes qui assisteraient les chevaliers. Ce jubilé produisit très^ promptement des sommes considérables, qui furent envoyées ausri-tot en Orient, et qui, par ordre du Grand-Maître, lurent employées à construire de nouvelles fortifications , qu'il jugea à propos d'ajouter au château et aux boulevards de la ville de Rhodes.
Mahomet ne s'apperçut qu^avec chagrin qu'on eut pénétré ses desseins ; et , pour empêcher que cette découverte ne mit en mouvement les princes Chrétiens, et ne produisit, à là fin, quelque ligue redoutable, il tacha, sous prétexte d'une négociation de paix avec le Grand-Mattre, et par une ambassade d'un grand écls^t , de ralentir le zèle de ceux qui se disposeroient à prendre les
armes. Mais, comme cétoit lé plus fier de tous les hommes, et qu'il ne vaisitoit pas s exposer à n'ArBi». un refus de la part des cheraliers , il chargea , de *^"cette démarche , le prince Zem ou Zizim , un de ses enfans, et Cfaele^y, son ueyeu, dont les gouvernemens étoient voisins de Rhodes ; et il leur ordonna de se servir, pour cette négociation, d uD renégat Grec , appelle Démétrius Sophian , dont il connoissoit ladresse et rhabilelé.
Les deux princes Turcs , en exécution des ordres qu ils avoient reçus du Gramd-Seigneur , envoyèrent, à d'Aubosson, une lettre remplie de sentimens d'estime pour sa personne et pour tous les chevaliers de son Ordre. EDe étoit même remplie de traits flatteurs, peu ordinaires dans le style des barbares ; ces princes la finisspient par l'inviter à faire, avec sa Hautesse , une paix solide, et pour laquelle ils lui of&oient le«r médiation et leur crédit à la Porte.
Le Grec renégat fut chargé de cette lettre et de la négociation dont on prétend qu'il avoit'seul le secret , à l'insçu même des deux jeunes prin^ces. il se rendit à Rhodes, présenta au Grand-Maître sa lettre de créance ; et,. quand il falkit entamer . la négociation^ il lui représenta que , pour lui accorder une paix solide et durable, le Grand- Seigneur ne lui demandoit qu'un légei^tribut. Pour l'y déterminer plus facilement, il ajouta quafin d'obtenir un pareil traité, le sénat de Vé*» nise n'ayoit point fait de dif&cul;té de s'engager à envoyer, chaque année, à la Porte, huit mille
6o HISTOIRE DE l'oRDRE
■~ ducats d'or ; qu'il en seroit quitte à bien meil-
li'AcBus- leur marché , quoiqu'on ne pût , dit-il , acheter *®** trop cher l'amitié d'un prince si puissant et qui faisôit trembler tous les autres.
Le Grand-Maître avoit déjà été averti , par des espions qu'il entretenoit à Gonstantinople , de l'ambassade du renégat, et qu'on ne s'im servoit que pour l'endormir et le surprendre : ainsi , pour tourner y à son avantage et contre Mahomet^ Far* tifice que ce prince employoit pour le tromper , il dissimula sagement la connoissance qu'il en avoit. Il ne laissa même voir qu'une parfaite confiance aux paroles de l'ambassadeur ; et il lui dit qu'il seroit ravi de pouvoir parvenir à une paix solide avec le Grand-Seigneur. Mais il ajouta que ^on Ordre étant sous la protection particulière du souverain pontife des Chrétiens , et qu'ayant même de grands biens dans les États de la plupart des princes de l'Europe , il ne pouvoit rien conclure sans leur participation; cependant qu'il ne croyoit pas qu'ils s'opposassent à un traité qui établiroit une paix solide entre les deux puissances ; qu'il lui paroissoit que le Conseil de son , Ordre y consentiroit aussi volontiers; mais que, pour obtenir ce consentement des chevaliers , il ne falloit pas parler de tribut , dont le nom seul leur éioit si odieux ; qu'il alloit néanmoins en écrire incessamment à Rome , et dépêcher des ambassadeurs dans toutes les Cours de la Chrétienté; et qu'il ne demandoit que trois mois pqur en avoir réponse.
DES CHEVALIERS DE MALTE. 6l
L'habile Grand-Mattre , dans la vue de procu-
rer aux chevaliers qui étoit éloignés, le tems et d'Aubo»la liberté du passage pour se rendre à Rhodes / •**"• ajouta , avec une ingénuité apparente, que, dans la disposition favorable où le Grand-Seigneur paroissoit être de traiter, de bonne foi, avec son Ordre, iLcroyoit quil étoit de l'intérêt des uns et des autres, et pour éviter de s'aigrir par de nouvelles •entreprises , de faire une suspension d'armes, et de rétablir, entre leurs sujets ^ la liberté du commerce , au moins pendant les trois mois qu il avoit demandés pour faire venir des réponses de FEurope.
Le Grand r Maître, après cette conférence, et pour ne pas retenir plus long-tems, dans Rhodes, un renégat qu'il regardoit comme un espion , le congédia , et le chargea d'une lettre pour les deux jeunes princes Ottomans, où, après avoir répondu à-leur civilité avec toute la politesse convenable , il ajoutoit, conformément à ce qu'il avoit dit à leur ambassadeur, qu'il ne pouvoit conclure un traité de cette importance , sans ia participation du Pape et de la plupart des princes Chrétiens.
L'ambassadeur, à son retour, rendit compte de sa négociation aux deux princes Ottomans.
Il leur -fit comprendre qu'il s'étoit ap jterçù que le Grand-Maître traiteroit volontiers de la paix ; mais que ce prince ne consentiroit jamais à payer aucun tribut ; et qu'il sieroit même désavoué de tout son Ordre, s'il y consentoit. Les deux princes , qui croyoient faire leur cour à
62 HISTOIRE DE LORDRE
— Mahomet, en avançant cette négociation , et qui
D AuBcs- la conduisoient de bonne foi , renvoyèrent Tam- ^^' bassadeur avec ordre die diançer le nom de tribut dans celui d un présent , dont le prix et la Valeur seroieat réglés par les chevaliers méniies. Ils le chargèrent , en même tems^ de conclure une suspension d'armes pour le tems quavoic exigé le Grand -Maître. Mais d'Aubusson, bien instruit , qu on ne cherchoit , par ces différentes propositions , qa a Tamuser , rejetta avec fermeté inbligation dun présent, et de tout ce qui pourvoit avoir Tair de tribut : il demanda seulement le tems nécessaire pour apprendre les intentions du Pape et des princes Chrétiens, dans la vue de pouvoir faire venir des secours de TEurope. Le Grec , n en ayant pu tirer autre cjiose , et pour tenir toujours la négociation ouverte, conclut . avec lui cette suspension d armes, et la liberté du commerce, quun second ambassadeur, qui vint à^ Rhodes , de la part de Mahomet même , confirma depuis.
Quoique ce prince , sur la confiance qu il avoit dans ses forces , condui^t ordinairem^it ses en-treprises avec hauteur, il avoit crû, en cette occasion , devoir se servir de ces détours et de cette feinte négociation , afin d en faire passer les nouvelles en Europe , et , par le bruit d'une paix prochaine, que ses émissaires avoient soin de répandre , refroidir le zèle des princes Chrétiens , et ralentir lempressement des cl^evaliers : c'étoit-là le but de ses artifices. Le Grand- M^^^^^ 7
àe son côté , ne s étoit laissé aller , en apparence, "
à écouter ses propositions , que pour feciliter le d'AuLc*. passage des chevaliers , et pour avoir le tems de •®*' ménager d autres traités plus sûrs et aussi im*> portaas , qui se négocioient actuellement à Rhodes.
U y avoit , dans cette ville , un envoyé du sou*, dan d'Egypte, et son favori, appelle Douan Diodar , qui étoit venu pour renouveller les ancien3 traités die paix avec les chevaliers. On a pu voir , dans le cours de cette histoire , que la rdiigion de Saint-Jeân , depuis son établissement , avoit toujours eu deux sortes d ennemis, Mahométans de religion, et également redoiatahles. Les premiers étoient les Arabes ou les Sarrasins d'Egypte, qui s'étoient emparés sur les Chrétiens , comme nous Tavons vu, de la Palestine, de la Phénicie et d une partie de la Syrie. Les Turcs de la dynastie Ottomanide , depuis la conquête de Bhodes faite par les chevaliers, devinrent pareillement leurs ennemis dédarés: et quelque^ fois ces deux sortes d'ennetnis, quoique jaloux les uns des autres, a voient joint leurs forces contre un Ordre militaire , qui , par ses flottes et ses galères , troubloit le commerce de leurs marchands et les entreprises de leurs.corsaires. Mais les forces de la religion ne suffisant pas pour résisteir , en même tems , à ces deux puissances , les Grands-Maîtres et le Conseil avoient toujours recherché, avec soin, d avoir la paix avec une nation , quand ils étoient ^n guerre avec lautre :
64 HISTOIRE DE L'oRDRE
~ par cette sage politique, ils balançoient leur
* lERRE
d'Acbus- pouvoir et tenoient leurs forces^séparées.
Le bruit que Rhodes étoit menacée dun siège étant passé eh Egypte , fit craindre au soudan. que Mahomet ne réussît dans son entreprise :
voisin pour voisin, il aimoit mieux le plus foible; • et, pour ne laisser rieaà craindre, de sa part, aux chevaliers, il avoit envoyé, à Rhodes, sron favori, pour y renouveller les derniers traités de paix. Le Grand-Maître en reçut les premières ouvertures avec d'autant plus de plaisir , qu'il vit bien que rintérèt seul du Soudan rendroit le nouveau traité durable. ,
Ainsi on entra en matière avec une confiance réciproque; et, après quelques conférences,^ on convint que les vaisseaux de là religion ne troubleroient plus, à Fa venir, ceux d'Egypte dans leur commerce; et que les chevaliers ne sonfFriroient point que leurs sujets servissent de soldats, de pilotes, ou même de guides aux ennemis du Soudan. Réciproquement le Soudan promit de ne rien entreprendre contre le* intérêts du Grand- Mattre ; que les vaisseaux de la* religion seroient bien reçus dans tous ses ports ; que, s'ils y étoient poursuivis par leurs ennemis, les Sarrasins seroient tenus de les défendre; que, quand les sujets du Grand-Maître, pour aller à la Terre- Sainte, passeroient sur les États du Soudan , on n'en exiger oit aucun droit; que Ton ne retiendroit plus aucun esclave Chrétien, qui se trou-» veroit avoir été affranchi par son patron ; et
qu à l'égard des autres esclaves Chrétiens , on en jpourroit faire lechange contre des Sarrasins , es- d'Acbusclaves à Rhodes, et en donnant un Sarrasin pour •**"" lin Chrétien^
Le Grand-Maître fit un traité à-peu-près pareil avec le roi de Tunis , autre prince Mahomé^ tan : on y ajouta seulement que la religion pourroit prendre^ dans ses États ^ quand elle en auroit besoin^ trente mille muids dé bled^ sans payer aucun droit de traite et de sortie;
Pendant ces différentes négociations, il arrivoit, à Rhodes, des chevaliers de tous les endroits de la Chrétienté ; mais, comme on en attendoit encore un plus grand nombre , le Chapitre fut différé jusqu'au 28 octobre, que le Grànd- Maitre en fit l'ouverture; « Généreux chevaliers , « leur dit-il , voici enfin l'occasion de faire pa- «roître votre îièle et votre courage contre les « ennemis de la foi. Dans une guerre si sainte ^ «c'est Jésus - Christ , lui-même, qui sera votre «chef; il n'sibandoùnera pas, Mes Frères, ceux « qui vont combattre pour ses intérêts. En vain K Mahomet ^ ce prince impie , et qui ne connott a point d'autre divinité que sa propre puissance, « se vante d'exterminer notre Ordre. S'il a- des « troupes plus nombreuses que les nôtres , ses u troupes ne sont composées que de vils esclaves « qu'on traîne ^ par force , dans les jpérils , et qui tt ne s'exposent à la mort que pour éviter la mort « même^ dont ils sont menacés par leurs ofE- « ciers : au lieu que je ne vois, parmi vous, que
66 HISTOIRE DE l'oRDBE
« des gentilshommes nés d'un sang illustre , élevés dAdbih- « dans la vertu, déterminés à vaincre ou à moun ■^** « rir, et dont la piété et la valeur sont des gages « sûrs de la victoire ». *
Les chevaliers , qui composoient I^issemblée , ne répondircQt à un discours si touchant , que par les assurances de répandre jusqu'à la dernière goutte de leur sang pour la défense de la religion. Afin que le service ne fût point retardé par la diversité du commandement et la lenteur des conseils , tout le Chapitre conjura le Grand- Maître de se charger seul, et avec une autorité absolue, du commandement des armes et de Fadministration des finances. C etoit une espèce de dictature , dont on jugea à propos de le revêtir, pehdant Forage dont Mahomet menaçoit TOrdre. Le Grand-Maître , par modestie , vouloit refuser un pouvoir si étendu et si peu ordinaire ; et il représenta que ces différens emplois seroient niieux remplis , s ils étoient partagés entre plu-* sieurs chevaliers : mais tout le Chapitre avoit une si. parfaite confiance dans sa capacité et dans le zèle quil avoit fait paroitre pour le bien de la religion, et on lui fît de si pressantes instances, qu'il ne put se dispenser de s en charger.
Le premier usage quil en fit, fut de nommer quatre capitaines-généraux , qu on appelloit , en ce tems^là, capitaines du secours, et qui dévoient commander, chacun, dans le quartier qui leur fut assigné. Il choisit, pour ces emplois, THospitalier, lamiral, le chancelier et le trésorier de
Î)ËS CHÊX^ALtERS t)E MaLTE* 67
l'Ordre : et le chevajier Rodolphe de Vîrteînbefg, ' grand-prieur de Brandebourg, fut choisi poUr d*AoIc»général de la cavalerie* Le Grand* Maître, à la •^*tête de ces premiers officiers, visitoit, tous les jours, les fortifications et les dehors de la place. Par son ordre, on abattit toutes les maisons de plaisance qui en étoient trop voisines : on coupa les arbres, et on rasa jusqu'aux églises de Saint-^ Antoine et de Notre -Dîame de t^hilerme, dont les ennemis y pendant le siège , auroient pu se prévaloir. Les Bhodiens ne virent pas, sans quel-^ que regret , ruiner leurs maisons de campagne et détruire des jardins délicieux^ dont la ville ëtoit environnée ; Inais le salut public l'emporta sur toute autre considération, rien ne fut épar-» gné; et, avant que de ruiner l'église de Notre- Danàede Philerme^ on rapporta ^ dans la principale église de la ville ^ une image de la Vierge , qui y étoit conservée, de terne immémorial /et qui y étoît révérée avec un culte religieux.
< Le Grand-Mai tre , pour ne pa^s laisser de fou-* rage ni de pâture à lacavàlerie ennemie, fit cou-^ |>er tous les grains de la campagne ^ et marqua aux paysans de chaque canton lés farts, on, k ^arrivée des infidèles ^ ils poui*roient se Retirer. Par. le même esprit de prévoyance, et en parcourant le rivage de la mer, il examinoit, avec ses officiers , les eadroits d'où on pouvoit s'opposef aux descentes des ennemis ; ceux oh il faudroîf se retrancher, si on étoit trop pressé ; les couputes et les retirades qu'on seroit obligé de faire
68 HISTOIRE DE L'ORDIIE
"T derrière les murailles , si elles tomboient par lef^
Pierre
n'AuBDs- fort de lartillerie. Rien n echappoit à letendue •®^* . et à la justesse de ses vues: fortifications, artillerie, armes, vivres et finances, tout passoit sous ses yeux : il étendoit ses soins sur les moindres habitans, et pourvoyoit à leur subsistance comme à celle des chevaliers et des troupes qui composoient la garnison.
Heureusement, pour le soulager dans ces dif-
férens travaux , outre un grand nombre de
chevaliers de toutes nations , qui s etoient déjà
rendus à Rhodes, on y vit arriver Bertraiwl de
Cluys, grand-prieur de France, Charles de Mon*
tholon et plusieurs autres chevaliers des trois
langues de ce royaume^ Ils furent bientôt suivis
par frère Jean Davr, grand - bailli d'Allemagne y
qui se rendit, à Rhodes, à la tête d'un grand
nombre de commandeurs et de chevaliers de sa
nation^ et avec un corps de troupes plus consi-*
dérable encore par le choix et la valeur des sol-
' dats, que par leur nombre. Des seigneurs et des
gentilshommes Français, aux premières nou-^
velles qu ils eurent du siège dont Rhodes étoit
menacée, y accoururent avec une suite conforme
à leur qualité» On comptoit^ parmi ces illustres
guerriers , Antoine d'Âubusson , vicomte de Mon-
teil, frère aîné du Grand -Maître. Ces seigneurs
descendoient , du côté, de leur .père, en ligne
masculine , de Raymond , seigneur de Mon teil-
au- Vicomte ; et de la Feuillade , second fils de.
Renaud VU du nom , vicomte d'Aubusson ^ qui
âvoit , pour huitième ayeul , Renaud d'Aubusson, premier du nom , et frère aîné de Turpin d'Au- d'Aibvsbusson , qui , pour sa piété et la noblesse de son ^^' origiue, fut élu évêque de Limoges l'an 898, ainsi qu Aymar de Ghabanois le rapporte dans sa chronique. Sa mère étoit de la Maison de Comborn , très-illustre , très-puissante , et alliée à plusieurs princes souverains.
Le vicomte d'Aubusson étoit accompagné de Louis de Craon , seigneur des premières Maisons d'Anjou, et de Benoît Scaliger de TEscale, dont les ancêtres avoient été souverains de Vérone : ce seigneur amena, d'Italie, à ses frais, au se-» cours de la religion ^ plusieurs bandes ou compagnies d'infanterie. On trouve encore, parmi ces braves guerriers, Louis Sanguin, Parisien; Claude Colomb, de Bordeaux ; Matthieu Brangelier, de Périgord ; et Charles le Roi , de Dijon. Le Grand- Mattre, à la prière de tout le Conseil , déféra , au vicomte de Monteil , le commandement gêné-* rai des armées, et il assigna, aux autres volon-* taires, les quartiers qu'ils dévoient défendre. Une émulation héroïque régna bientôt entre ces chevaliers séculiers et les chevaliers de l'Ordre; et la même émulation se retrouva entre les habitans Grecs et Latins , et passa, depuis , jusqu'aux femmes et aux enfans, qui travailloient', à l'envi, • aux retranchemens que le Grand -Maître avoit ordonnés.
Ces chevaliers et ces volontaires , tout brùlans de zèle de se signaler, attendoient, avec in)pa**
~ — "^ — tience, Tarrivée des infidèles ; mais ils n'attendis» irAuBus- rentpas long-tems. Mahomet se lassa de dissi- ^^' muler, et de faire un personnage si contraire à çon orgueil naturel: il cessa de feindre, et il fit éclater hautement le dessein qu il avoit formé d attaquer Tisle de Rhode^ , dont il regardoit la conquête comme le fondement de celle de T^sie entière , que son ambition embr^assoit pour met« tre le sceau à sa^ gloire. Il étoit puissamment fortifié, dans ce desseip, par le grand-yisir ou premier bâcha, comme on parloit en ce tems*là, appelle Misach Paléologue , prince Grec de cette Maison impériale, né Chrétien, mais qui, à la prise de Constantinople, pour éviter la mort à laquelle Mahomet avoit condamné tous les hé-^ ritiers de lempire, setoit fait Mahométan. Sa valeur, ses services, son adresse, et une complaisance entière pour toutes les volontés du sultan ,, lavoient élevé, depuis, à la dignité de ^ visir ; et, pour ne pas laisser de soupçon , à ce prince, sur son changement de religion , il affectoit de se montrer ennemi implacable de touÊ les princes Chrétiens, et sur-tout du Grand -Maître et des chevaliers de Bhodes,
Ce fut pour faciliter, à son maître , la conquête de cette isle^ qu'il introduisit, à sa Cour, trois fameu]^ renégats qui en avoient levé le plan. Le premier , appelle Antoine Meligalle , étoit de la ville de Rhodes même , de noble extraction ; mais qui , ayant dissipé son patrimoine et Théritage de ses père§ çp débauches, setoit flatté ,
pour dernière ressource, de tirer quelque avantage de son changement de religion. Le second d'Afbvs. étoit le même Démétrius Sophian , dont Maho*» ^*'' met s etoit servi pour porter les lettres du sultan Zizim à Rhodes, homme desprit, propre à la négociatiop , mais accusé de magie , et de s adonner à la recherche de ces vaines connoissances « que des visionnaires appellent sciences occultes. Le troisièm^e de ces renégats étoit un ingénieur Allemand, appelle George Frapant, et comrau* nément , maître George , bon géomètre , qui excelloit sur-tout dans la conduite et le service de ïartillerie. Mahomet, qui nep^rgnoit rien pour attacher, à son service, des hommes qui lui pouvoient être utiles, lui donnoit des appointemens considérables. L'Allemand , par son ordre, avoit parcouru la plupart des places Chrétiennes, sur lesquelles le sultan pouvoit avoir des desseins, en avoit levé le plan ; et , entr autres , il lui en avoit rapporté un très-exact de la ville et des environs de Bhodes.
Le bâcha, pour flatter la passion du sultan, lui parla de ces trois renégats, comfme de gens très-propres à faire réussir ses desseins. Mahomet les fit appeller; et, après qu'ils eurent été introduits en sa présence, pour se rendre plus agréables, et de concert avec le ministre, ils lui dirent que la plusf grande partie des murailles de Bhodes tomboit en ruines; que la disette des munitions y étoit grande ; et que les prétendus secours de l'Europe, dont les chevaliers se flat-
SON
72 HISTOIRE DE l'ORDRE
"^ toient, étoient fort incertains par les guerred
p'AifBo»-. continuelles qui y étoient entre les princes Chré-, tiens. Les trois renégats lui présentèrent, chacun, un plan de la ville de Rhodes: celui de rAllemand fut trouve le plus régulier; et ce fut sur ce plan que le sultan régla Tordre; des attaques, et tout ce qui devoit s exécuter pour faire réussir une entreprise si importante.
Le sultan, emporté par son impatience, voulut que, sans attendre la grande armée, le bâcha partit pour aller, lui-même, reconnoître la place* Il le fit aussi-tôt embarc[uer sur de légères frégates et des vaisseaux de bas-bord, avec quelques compagnies de janissaires et de spahis : û étoit suivi des trois renégats , auxquels ce prince promit de magnifiques récompenses, s ils pouvoient contribuer à le rendre maître de Rhodes. Dans la traverse, le Rhodien Meligalle, infirme' depuis long-tems, fut attaqué dune horrible maladie: sa chair, couverte d'ulcères, tomboit en morceaux; et, avant que d expirer, il se trouva enseveli dans la pourriture.
Cependant le bâcha Paléologue faisoit route : il parut bientôt à la vue de Fisle de Rhodes; et, le quatrième décembre, il vint mouiller vis-à-vis la forteresse de Faqb. Il mit aussitôt quelques compagnies de spahis-à terre, pour reconnoître, suivant ses instructions, s'il pouvoit y descendre lui-même. Le bailU de Brandebourg, qui commandoit la cavalerie légère de la religion, ayant l£|^issé ces coureurs, avides de. butin, s'engager'
DES CHEVALIERS DE MALTE. yS
dans les terres, tombe ensuite sur eux, en tue ■
. Pie!rre
une partie, pousse les autres jusqu'au bord de h'Avmv^ la mer, et les force à se renibarquer. Le bâcha, •°*après les avoir reçus sur ses vaisseaux, prend le large; et, pour ne pas laisser les armes de son maître inutiles, en attendant Varrivée de la grande flottCj il tenta une nouvelle descente dans Fisle de Tilo, qui appartenoit à l'Ordre. Les habitans de la campagne s'étoient réfugiés dans la forteresse, où il y àvoit une forte garnison, composée, pour la plupart , de chevaliers.
Paléologue, pendant huit jours, battit la place avec ce qu'il avoit d'artillerie ; la brèche lui ayant paru raisonnable, il fit mettre pied à terre aux spahis, et les mena, lui-même, à l'assaut. Il seflat" toit d'emporter brusquement le château; mais il n'avoit pas encore éprouvé la valeur de ceux qui le défendoient. Ce qu'il y avoit de chevaliers firent une si vigoureuse résistance, que le hacha, après avoir vu périr, au pied des murailles, les plus braves de sa troupe , fut obligé de faire sonner la retraite. Il jugea bien, par le courage des assiégés, que, s'il vouloit s'opiniâtrer à ce siège, il falloit en révenir à ouvrir la tranchée, et aux règles ordinaires de la guerre ; tuais, n'ayant pas encore un assez grand corps de troupes pour une pareille entreprise, et la saison n'étant pas fevorable, il leva lé siège avec encore plus de honte que de perte, se rembarqua une seconde fois^ et gagna le port de Phisco, en Lycie, situé à vingt-deux milles de Rhodes, d'autres disent ^
■^^ ^dix-huit milles. Getoit le rendez-vous et le
d'Aubus- quartier d assemblée , tant pour la grande flotte ^^' que pour les troupes de terre , qui , en attendant le retour du printems, étoient cantonnées dans cette province et dans les provinces voisines.
Ce ne fut que vers la fin d'avril que la grande flotte des infidèles partit de Gallipoli, passa le détroit, entra dans la rivière de Lycie, et se trouva à la vue de l'isle de Rhodes. La garde , qui étoit au haut du Mont Saint-Etienne, donna le signal pour avertir qu elle paroissoit. Le Grand- Maître y accourue aussitôt avec les principaux officiers de la marine; et ils jugèrent, à sa manœuvre, quelle alloit au port de Phisco, pour y embarquer les troupes qui étoient aux environs. La conjecture se trouva bien fondée : ce fut dans ce port que se fit rembarquement. On comptoit^ dans cette flotte, cent soixante vaisseaux de haut bord, sans les felouques, les galiotes et les vaisseaux plats et de transport; on ne parlait pas moins que de cent mille hommes dans larmée de terre. Ce formidable armement arriva enfin, devant Rhodes, le 23 du mois de mai i48o.
Nous avons déjà parlé de la situation de cette isle, au sujet de la conquête qu'en firent les chevaliers, pendant le magistère de Foulques de ViN laret ; ainsi, pour leelaircissement de ce qui suit, nous nous contenterons de remarquer que la capilale de Tisle de Rhodes, et qui en porte le :aom, est située au bord de la mer, et sur la
DES CHEVALIEHS DE MALTE. 'jS
pente d'une colline, qui, en ce tems-là , ^ étoit couverte d'orangers, de grenadiers, de muscats d'Aobu». axcellens , et de vignobles de différentes espèces. **"• Cette place étoit entourée par une double en«ceinte de murailles, et fortifiée, de distance en distance, par de grosses tours. Un rempart sou*tenoit ces murailles et ces tours, au-dedans de la ville ; au-dehors , on trouvoit un fossé large et profond. Cette place avoit deux ports, dont le premier, qu'on rencontroit en y abordant, servoit de retraite aux galères: son embouchure étoit défendue par une plate -forme, sur laquelle il y avoit une tour, tournée .vers l'Orient, et appellée Je fort Saint-Elme. Les grands vaisseaux occu-t poient l'autre port, qui étoit fortifié par deux tours, l'une appellée la tour de Saint-Jean, et l'autre, la tour de Saint-Michel. On prétend que c'étoit en la place de ces deux tours, et sur deux rochers qui se regardent, qu'étoient autrefois posés les deux pieds de ce fameux colosse de branze, dont nous avons parlé, et qui passoit pour une des sept merveilles du Monde. A côté de ce port, il y a comme deux petits golfes, dont l'un regarde le septentrion , et l'autre , le midi : celui qui regarde le septentrion étoit fermé par un môle qui s'avançoit plus de trois cents pas dans la mer; c'étoit à son extrémité que le Grand* Maître Zacosta avoit fait construire uite fortc^ resse, qu'on appelloit la tour de Saint-Nicolas, à cause d'une chapelle dédiée sous le nom de ce saint, et qui étoit renfermée dans la place, A
76 IHSTOIRE DE l'oRDRE
"" " rextrêmité de l'autre fîolfe, et du côté du raidi,
Pierre . ^ ' . .
•d'Adbus- on trouvoit une autre tour, mais moins consi- *°*- dérable que la première, et qui ne laissoit pas, de son côté, de défendre l'entrée du port; cette tour empêchoit qu'aucun vaisseau n'y pût entrer ou en sortir, A deux milles de la ville , on trouvoit la montag;ne ou la colline de Saint- Etienne, et, un peu plus loin et d'un autre côté, on rencontroit le Mont Philerme , célèbre par la dévotion des insulaires et des autres peuples Chrétiens voisins , qui venoiènt, en pélei^ihage, visiter l'église qui y étoit construite en l'honneur de la Sainte-Vierge. Telle étoit la situation de la ville de Rhodes et des environs, lorsqu'elle fut assiégée par le hacha Paléologue.
Le bord de la mer étoit alors couvert des vaisseaux des Turcs, qui, par des décharges eon^ tinuelles de leur artillerie, tàchoient de favoriser la descente des troupes. Le canon de la ville et des forts y répqndoit de son côté ; et les chevaliers, emportés par leur courage, pour prévenir et pour arrêter les Turcs, s'avançoient, l'épée à la main, dans l'eau jusqu'à la ceinture. Il y eut bien tlu sang répandu dans cette première occasion ; mais, malgré tous les efforts des Chrétiens, il fallut que leur courage cédât au grand nombre des mfidèles. Ces barbares se partagèrent; et,*pendant qu'une partie occupoit toutes les forces des chevaliers, le plus grand nombre aborda , en foule , dans des endroits éloignés et moins défendus. Tous enfin prirent terre j ils ga»
PlEnBB
son.
gnèrent le Mont ou la colline de Saint-Etienne,
où ils se retranchèrent d abord; et, après avoir d'Aobos^
débarqué leur artillerie, ils firent sommer la
place de se rendre; et ils employèrent des mena*!*
ces et des promesses qui furent également mé-^
prisées*
Diiférens partis des infidèles parurent bientôt dans la plaine : les principaux chefs , qui étoient à la tête , sWancèrent pour reconnottre les fortifications de la place. On ne le^ laissa pas ap-> procher impunément : de vigoureuses sorties leur firent reprendre, bien vite, le chemin de leur camp. Ce fut dans une de ces sorties, où «onimandoit le vicomte de Monteil ^ frère du Grand- Maitre , que le renégat Démétrius périt. Son cheval fut tué ; il tomba à terre, et le poids de ses armes layant empêché de se relever^ des escadron&, qui poursui voient lennémi, lui passèrent sur le corps et 1 écrasèrent. La religion, de son côté,. perdit^ en cette occasion , le cheyalier de Mur^t, de la langue d'Auvergne et de lillustre Maison de la Tour, qui, poussant les infidèles , avec plus d'ardeur que de prudence, se trouva enveloppé par un escadron de spahis, qui lui coupèrent la tête;
De ces légères escarmouches, qui n'a voient rien de décisif ^ il en fallut venir à des attaques plus régulières. L'ingénieur Allemand , après avoir reconnu tous les dehors de la place, con-» seilla, au hacha, de s attacher d abord à la tour de Saiût-Nicolas ; et il lui fit espérer qu il seroit
78 rilSTOIRE DE l'ordre
' ' bientôt maitre du port de la ville, s'il pouvoit
Pierre n
t>'AcB08- emporter cette forteresse. Paléologue , suivant ^"- son avis , mit aussitôt en batterie trois grosse» pièces d'artillerie, près de 1 église de Saint- Antoine , qui commencèrent à battre la tour. Le Grand-Maître, de son côté, fit dresser une contre-batterie dans le jardin de la langue d'Auvergne ,~qui ne faisoit pas un moindre feu : et les canonniers^ de part et d autre, tâchoient de ruiner les batteries qui leur étoient opposées. Ce n'étoit encore qu un léger prélude de Thorrible tonnerre qui se fit entendre , quand le bâcha eut nés en batterie ce nombre prodigieux de canons ^ de toutes grandeurs , qu^il avoit fait amener def son camp (1).
L'ingénieur Allemand , pour joindre IWtifieef à la force ouverte , et pour reconnoUre les endroits foibles de la place , de concert avec le général Turc, se présenta, le lendemain, comme un transfuge, sur le bord du fossé; et, avec une posture suppliante , comme s^il eot ct^aint d'être repris, il conjura la garde de lui faire ouvrir promptement le guichet. Le Grand- Maitre , en ayant été averti , permit qu'on le laissât entrer , et il fut aussitôt conduit à son Palais^ C'étoit un homme de haute. taille, bien fait^ de bonne mine , adroit dans ses discours, et qui , sous un extérieur ingénu, cachoit toute ladresse d'un habile fourbe^
(i) Relation de Merry Dupuy, auteur GOBtemporain ^ pag. 17 etsuiv*
D'Aubosson, qui étoit environné du Conseil
de rOrdre , lui demanda par quel motif il avoit iPAcbcsquitté le service d'un prince aussi puissant que *^'* Mahomet, sur-tout pour s exposer, si la place étoit prise , aux cruels supplices dont on punissoit les transfuges. Le perfide Allemand, sans changer de contenance ^ et avec cet air de sincérité qui distingue sa nation des autres , dissimula son changement de religion , et lui répondit qu il étoit Chrétien; que lavidité du gain et Tespérance des récompenses Favoient engagé, comme plusieurs autres Chrétiens , à suivre les étendards du Grand-Seigneur; mais que , depuis que larmée de ce prince étoit débarquée dans Fisle de Rhodes, il setoit senti déchirer par des remords, si vifs, que, n ayant pu soutenir plus long-tems -ces reproches de sa conscience , il venoit , de bon cœur, lui offrir ses services, et sacrifier sa vie pour la défense de Rhodes et de la religion.
Le Grand-Maître, quoique toujours en garde contre \e% transfuges, ne lui en laissa rien voir ; au contraire, il donna de grandes louanges aux pieux motifs qui Favoient appelle au service des princes Chrétiens ; il lui demanda ensuite , avec une confiance apparente , quels étoient les desseins et les forces du hacha.
u Le hacha , lui répondit FÂllemand , n'a que « trop déclaré ses desseins et ceux de son maître, «par ses attaques. A 1 égard de ses forces, vous « avez pu voir , de vos yeux , combien la flotte ' \ «est nombreuse et redoutable. L armée de terre
Sa iîistOÉftE DE l'ordre
« est Composée de plus de cent mille hommes ^ b'Acbuss- «la plupart vieux soldats ^ qui ont suivi Amu-^
^** a rat <et Âf ahomet, son fils, dans toutes leurs con- « qUêtea. Mais ce qui est le-plus à craindre pour « une place assiégée , c est son artillerie. Jamais k aucun général na eu, dans son armée ^ un si A grand nombre de canons , si bien servis ; et , « outre les canons ordinaires^ il a fait fondre y « depuis qu il est arrivé dans llsle y seize grosses « pièces , appelées basilics , ou doubles canons , « de dix-huit pieds de longueur , et qui portent « des boulets de deux et jusqu a tr'ois pieds de « diamètre. » Il ajouta que leffet dé ses mortiers n'étoit pas m oins redoutable ; qu ils jettôient, dans une place^ des pierres d une prodigieuse grosseur, ce Vous éprouverez incessamment, ajouta-t-il, « la furie de ces machines infernales , contre les^ fe quelles vous ne pouvez vous précautionner « trop-tôt. » Pour gagner la confiance duGrand-* Maître , et pour se faire ^ de cette confiance ^ un degt*é à la trahison qu'il minutoit^ il lui donna plusieurs avis importans pour la défense de la place ^ et qui, par 1 événement,' furent trouvés très*utiles.
Il sembloit à plusieurs seigneurs du Conseil ^ qui Técoutoient, que ce fourbe |)arloit de bonne foi ; d autres , qui se souvenoient de lavoir vu autrefois , dans la ville même de Rhodes , aver-^ tirent secrettement le Grand - Maître , que, dès
, * ce tems-là , il passoit pour un aventurier san» religion, et capable de tout faire et de tout en-^
DES CHEVALIERS i>È MALTE. 8l
treprendre pour de l'argent. Mais ce qui acheva '
de le rendre suspect, c'est qu'on jetta , en même d'Aubls- • tems, avec des flèches, des hillets dans la ville, ^^' où il n'y a voit que ces mots t « Défiez -vous de « niaîtreCeorge ». Onlesporta aussitôt auGrand- Maître; et, dans le Conseil, les uns attribuoient tout simplement ces avis à des Chrétiens, sujets du Grand-ftigneur, et qu'il forçoit de servir dans ses armées. D'autres soutenoient que ce pouvoit être un artifice du hacha même ^ qui , pour procurer la confiance des chevaliers à son espion , affectoit de le décrier. Le Grand-Maître , pour ne rien hazarder, et pour profiter aussi , si on le pouvoit, des talens de cet ingénieur, ordonna, aux •
officiers d'artillerie, de tâcher d'en tirer toutes les lumières qu'ils pourroient pour la défense de la place ; Inais , en même tems , de l'ohserver comme un espion. Pour l'empêcher de s'échapper, ni d'avoir aucune relation avec les Turcs , il le mit sous la garde de six soldats , qui , de quelque côté qu'il tournât ses pas, ne le perdoient jamais de vue. L'Allemand eut bien voulu , suivant ses ordres, reconnoître les endroits les plus foibles de la place; mais, sitôt qu'il approchoit d'un boulevard ou d'un bastion , il se voyoit abordé par quelque commandeur, qui, d'un air froid et sévère, lui demandoit ce qu'il cherchoit; et, . dans la crainte de se rendre à la fin suspect , et d'être traité comme un espion , il se tint retiré dans le logement qu'on lui avoit assigné.
Le bâcha , en attendant le succès de sa trahie
82 HISTOIRE DE LORDRE
"-— — son et de leur intelligence mutuelle, continua de d'Aubus-. battre la tour de Saint-Nicolas avec sa plus grosse ^^' artillerie. On y tira plus de trois cents coups de canon (i) : le côté qui regârdoit la mer, et qui se trouva terrassé , résista à l'effort de lartillerie ; mais lendroit de la muraille , qui étoit vis-à-vis de la ville, en fut entièrement ruiné. Les débris et les pierres, par un heureux hazalA, s'arrêtèrent au pied de la muraille , entassées les unes sur les autres, mais en forme de talus, qui $ervoit, en dehors, comme d une seconde muraille. Cependant le Grand-Maître, qui. n'ignorait pas que le sahit de la ville dépendoit de la cod servation de ce fort , y fit entrer l'élite des chevaliers; et il mit, à leur tête, le commandeur Garetto, de la langue d'Italie, chevalier d'une valeur éprouvée , et qui étoit considéré comme un des premiers de la religion. Après qu ils eurent travaillé jour et nuit à se retrancher, on dressa des batteries pour défendre la brèche. Le Grand- , Maître, ayant reconnu qu'en certains endroits la
mer étoit quelquefois si basse, que les Turcs pourroient la passer à gué, et monter sur le môle,fitjetter, au fond de l'eau, des tables et des planches toutes hérissées de clous et de pointes de fer. On prépara, en même tems , des brûlots au pied des rochers qui environnoient la tour, pour mettre le feu aux galères ennemies, qui eu approcheroient de trop près. Un corps de che-
. (i)X]!aoursin^pag. 3.
Tâliers Français et Espagnols se place , par son ■ ordre , dans le fossé pour en défendre les appro- fj^^* €nes, ou, au moindre signal, se jetter dans le som. fort, et secourir la garnison. Après toutes ces précautions, ce prince, ne se reposant encore que sur lui-même de la défense d'une place si impor^*' tante, s y enferma avec le vicomte de Monteil, son frère , et d'autres volontaires qui voulurent partager, avec lui , le péril manifeste où il alloit s'exposer.
En effet, le bâcha ordonne l'assaut pour le lendemain 9 de Juin; et, deux heures avant le jour, ses galères et des bâtimens légers, chargés d'infanterie , s'avancent , avec un vent favorable, vers la tour. Us joignent bientôt le môle ; leurs soldats se jettent à terre, en poussant de grands cris ; et , malgré tout le feu de différentes batteteries, qu'il leur fallut essuyer, ils se présentent fièrement à l'escalade. La difficulté de là mon* tée leur fit prendre des échelles ; et , les appuyant, d'un air intrépide, contre ce tas de pierres que le canon avoit fait crouler, et qui servoit à la place comme d'avant-mur, ils montèrent à l'as^ ^ saut, le sabre à la main, avec une résolution capable d'étonner d'autres hommes que les chevaliers. Le Grand -Maître étoit sur la brèche, et faisoit, en mème-tems, l'office de capitaine et de soldat. Il eut , dans cette occasion , ses armes faussées en plusieurs endroits ; et , un éclat de pierre lui ayant enlevé son casque , sans le blesser, il prit, sans en être plus ému, le chapeau
84 HISTOIRE DE l'oRDRE
du premier soldat qui se trouva auprès de lui.
Pierre i i i
sox.
D'Auius- D'autres accidens , encore plus funestes , qui pouvoient arriver, faîsoient trembler, pour lui , les chevaliers, qui ne trembloient pas pour eux-mêmes. Le commandeur Carette l'ayant conjuré respectueusement, au nom de tout FOtdre, de se retirer, et de laisser, à ses religieux , le soin de défendre la brèche: «C'est ici, leur dit-il, le .«poste d'honneur qui appartient à votre Grand- «Maître; et, en se tournant du côté de Carette: « si je suis tué, ajouta-t-il avec un souris obligeant, « il y a plus à espérer pour vous qu'à craindre «pour moi»; comme pour lui faire entendre qu'il je croyoit digne, par sa valeur, d'être son successeur.
Les chevaliers, à l'exemple et sous les yeux du Grand-Maître, bordoient la brèche, et, au défaut de la muraille, faisoient un rempart de leurs corps. Les uns renversent les échelles ; d'autres jettent des massés pesantes , qui écrasent les assîégeans. Il y en a qui lancent des feux d'artifice , ou qui répandent de l'huile bouillante : tous combattent, et font une résistance qui semble passer les forces ordinaires de la nature. Les Turcs ne se rebutent point: aucun ne fuit le péril. Si les chevaliers, par leurSxCoups, en font tomber quelques-uns des échelles, ils se trouvent aussitôt remplacés par d'autres, qui se pressent dîy monter. Ceux qui ne pouvoient occuper les postes dangereux du pied des murailles, battoient la brèche à coups de mousquets^ et tiroient
des flèches ; ou , avec des crampons attachés à des cordes , et qu ils jettoient sur les chevaliers , d'Aubmils tâçhoient de les accrocher et de les attirer à '®** terre pour les égorger. *
Qui pourroit raconter toutes les actions d une valeur déterminée., que firent les particuliers de chaque parti , n^ais dont Thistoire du tems nous a dérobé le détail? Enfin le feu , plus fort et plus redoutable que les hommes , décida le succès de cette terrible attaque. Les brûlots de la religion embrasèrent plusieurs galères des Turcs ; lartillerie de la ville en foudroya d'autres; et les chevaliers, qui sembloient redoubler de force et de courage, firent un si grand feu de mousqueterie, que les infidèles, après avoir perdu leurs principaux chefs, furent obligés de prendre la fuite. Dans cette retraite précipitée , et en voulant gagner les vaisseaux qui les avoient amenés , plusieurs se noyèrent , ou furent tués au bord de la mer. \
Ce mauvais succès ne rebuta point le hacha ; il n'en fut que plus animé contre les chevaliers. Mais , pour ne pas s'opiniâtrçr , mal à propos , à l'attaque d'un endroit oii le Grand -Maître sembloit avoir porté toutes ses forces^ il tourna ses efforts contre le corps de la place. On fit , par son ordre , deux attaques en mème-tems : l'une , contre le quartier des Juifs, et l'autre, qui regardoit le poste de Taubei^e d'Italie. Mais cette dernière n'étoit qu'une fausse attaque : la véritable avoit pour objet la muraille des Juifs. Le hacha
86 HISTOIRE DE l'oRDRE
^'JJ^^ fit dresser plusieurs batteries pour la ruiner : et p'AuBus- quoique , au rapport des historiens du tems, elle ^^' eut jusqua vingt- huit pieds d épaisseur , comme elle étoit ancienne, et quelle ne se trouva point terrassée, l'effort de l'artillerie lebranla bientôt. Le Grand -Maître, pour prévenir les Turcs, s'ils se présentoient à l'assaut, fit abattre plusieurs maisons, et, en leur place, il fit creuser un fossé large et profond : derrière ce fossé , on éleva une nouvelle muraille de briques, soutenue d'une épaisse terrasse, ouvrage qui semble incroyable par le peu de tems qu on employa à le mettre en sa perfection. Mais, comme il n'y avoit personne qui n'en connût la nécessité, et le péril où la ville étoit exposée , tout le monde y travailloit avec une égale, ardeur. Le Grand-Maître, luimême , et les plus anciens commandeurs , à son exemple , faisoient l'office de manœuvres et de pionniers. Tous les habitans , sans distinction d'âge, dé sexe ou de condition, travailloient jour et nuit : les Grecs et les Latins , si souvent divisés pendant la paix, ne l'étoient alors que par une louable émulation d'avoir plutôt achevé la tâche dont ils s etoient chargés. Les femmes Juives , comme les Chrétiennes , menacées d'un honteux esclavage , et qui redoutaient encore plus les indignités auxquelles elles seroient exposées, si la ville étoit emportée d'assaut , fatiguoient comme les hommes. Les religieuses même , sorties de leurs couvens , servoient les ouvriers avec un zèle incroyable. Tout étoit alors soldat ou pionnier:
tout le monde conspiroit à la défense de la com- ~ mane patrie ; et ce ne fut que par ce zèle génc- dAcboirai que le Grand-Maître vint à bout, en peu de ^^' tems , de si grands travaux , et qui , dans une autre conjoncture, nauroient pas été finis en plusieurs mois.
. Cependant lartillerie des infidèles battoit continuellement la muraille : rien ne résistoit à leurs basilics et à leurs gros canons; et le bruit s'en faisoit entendre depuis Tisle de Lango , qui est à cent milles de Rhodes , à Foccident , jusqu a Tisle de Ghâteauroux, qui se trouve dans la même distance à lorient. Il partoit, en mème-tems, de leurs mortiers, des pierres d une énorme grosseur, qui, après avoir été poussées dans lair par la violence de la poudre, retomboient dans la ville et sur les maisons, en perçoient le comble, pénétroient jusques dans les différens étages, et écrasoient tout ce quelles rencontroient : personne n etoit en sûreté ; ce fut-là l'espèce d'attaque qui fit plus de frayeur aux Rhodiens.
Le Grand -Maître, pour mettre sur -tout les femmes et les enfans en sûreté, leur ordonna de 9e retirer dans un endroit de la ville le plus éloigné des batteries, et qui étoit à l'occident, entre les maisons et le rempart. On posa , sur cet endroit, de grosses poutres, en forme de toît, qu'on rendit s^ solide et si épais , qu'on n'eut plus rien à craindre des plus grosses pierres : et, pour rendre le change au bâcha , en même monnôie , le Grand-Maître, aidé de ses plus habiles ingénieurs, ^
88 HISTOIRE DE l'oRDRE
~ fit faire, par les charpentiers de la ville, une
d'Aubcs. machine de bois , qui jettoit pareillement des ^^' quartiers de pierre d'une prodigieuse grosseur : ces pierres, non-seulement écrasoient les soldats qui se trouvoient sous sa portée , mais, par leur poids , elles ouvroient les sapes , et alloient chercher les travailleurs jusqu'au fond des mines (i). Les chevaliers nommèrent cette machine, par raillerie, le tribut ^ faisant allusion à celui que Mahomet avoit voulu exiger de la religion, et pour l'avertir que c'étoit la seule espèce de payement qu il en devoit espérer.
Cependant le général des infidèles poussoit vivement le travail de ses approches ; et son ar-^ tillerie ayant fait de grandes brèches, il les envoya reconnoître, dans le dessein de faire monter ses troupes à l'assaut. Mais il fut bien surpris d'apprendre que les chevaliers avoient fait un fossé profond, et élevé un nouveau mur derrière l'ancien ; et des transfuges lui rapportèrent que , par la vigilance et les soins du Grand-Maître, les habitans, les femmes sur-tout, n'avoient plus rien à craindre, pour leurs personnes, de l'effet terrible des pierres, qui ne pouvoient plus offenser que des maisons vuides.
Le. bâcha, outré de trouver, dans la personne seule du Grand-rMaître , des obstacles continuels à toutes ses entreprises, résolut de s'en défaire , à quelque prix que ce fût, et de le faire périr par
(i) Gaoursin^ pag, 7^
PlERBE
iUBl3
le fer ou le poison. Pour un si lâche dessein , il jetta les yeux sur deux transfuges de la garnison, d'Âijbcs et qui , depuis leur dé§ertion , avoient renoncé à la foi : Tun étoit Dalmate, et lautre , Albanois. Ces deux renégats , séduits par des promesses magnifiques du bâcha, et de concert avec lui, quittèrent le turban , rentrèrent dans la ville , comme s'ils se fussent échappés des fers des infidèles. Après avoir été pris dans une sortie, on les reçut, dans la place, avec joye et sans la moindre défiance. Ces scélérats s applaudissoient déjà du succès qu ils espéroient dans leur entreprise; le Dalmate, à force d argent, avoit même, à ce qu on prétend , corrompu un petit officier de la bouche , qui n attendoit plus qu une occasion favorable pour exécuter un si noir complot. L' Albanois, qui étoit connu du secrétaire du Grand-Maître , s étant apperçu qu'il étoit mécontent de ce prince, fut assez imprudent de s'ouvrir à lui; et, lui ayant fait voir des lettres scellées du sceau du bâcha , qui lui promettoit les premières dignités de Fempire et des trésors immenses , s'il vouloit exécuter ce que l'Albanois lui proppseroit de sa part; ce secrétaire, plein d'honneur, en avertit aussi-tôt le Grand-Maître. L'Albanois fut arrêté ; il découvrit, à la question , son complice; et, avant qu'on les eût pu conduire au supplice , l'un et l'autre furent déchirés et mis en pièces par le peuple.
Le hacha, sans se rebuter du mauvais succès qu'avoit eu un si lâche et si honteux dessein, re-
go HISTOIRE DE l'ORDUE
T^ vint à la force ouverte; et, sans quitter Fattaque
i/Adbvs- du quartier des Juifs, par le conseil des principaux officiers de son armée , il reprit le premier projet de FAUemand, qui étoit de pousser à bout l'entreprise de la tour Saint-Nicolas.
Un canal, quoiqu assez étroit, séparoit cette tour de lendroit où campoient les infidèles; et, pour lattaquer, il falloit traverser ce petit bras de mer, qui formoit un des golfes dont nous avons parlé. Le général des galères , le commandant des troupes de la Natolie, et Merla-Bey, gendre d'un des fils de Mahomet , tous officiers pleins d'expérience et de valeur, se chargèrent de cette attaque, et de porter les troupes qui étoient nécessaires pour l'exécution , jusques sur le môle. Pour cet effet, on construisit un pont qui alloit du pied de l'église Saint-Ântoine jusqu'à la tour; et, pour le pouvoir conduire, et en faire poser un bout à la pointe du môle de Saint- Nicolas, un ingénieur Turc, à la faveur de la nuit, porta, en cet endroit, une ancre, qu'il attacha au pied d'un rocher qui étoit couvert de l'eau de la mer, et, dans l'anneau de cette ancre, il passa ensuite un gros cable qui répondoit à la tète du pont, et qui, par le moyen du cabestan, le devoit faire avancer (i). Mais un matelot Anglois, dont l'histoire n'a pas dédaigné de nous conserver le nom, et qui s'appelloit Gervais Roger, s'étant, par hazard, trouvé en cet endroit^
(i) Merry Dupuy, pag. 47.
DES CHEVALIERS DE MALTE. gi
et ayant vu, sans se montrer, toute la manœu- Tre de Tin génieur Turc, le laissa partir et seloi- d'Aubvs* ger; plongea aussitôt dans la mer; détacba adroi- •°'** tement le cable , qp'il laissa sur le rivage ; retira . laocre et Tapporta au Grand-Maître, qui le ré-^ compensa magnifiquement. Les Turcs, après que leur pont fut en état, voulurent le faire avancer par le moyen du cable; niais ils sapperçurent bientôt, par la facilité avec laquelle il revint à eux , que leur stratagème avoit été découvert et rendu inutile.
Le bacba, pour suppléer à cet expédient, fit venir quantité de barques qui soutenoient ce pont flottant, et le remorquèrent, pendant la nuit, jusqaau bord du môle, où il alla appuyer. Les soldats se jettèrent sur le môle, et fiioient successivement par ce pont, en mème-tems que des galio tes et ,d autres bàtimens légers débarquoient, d'un autre côté, différentes compagnies, composées des plus braves de larmée. Tous se flattoient de surprendre les Chrétiens ; mais d'Aubusson, qui avoit prévu cette seconde attaque, après avoir renforcé la garnison, et bordé la muraille d'intrépides arquebusiers et d'une artillerie nombreuse, les attendit, de pied ferme, sur la brèche. Au bruit que firent les Turcs, en se jettant sur le môle, on fit, par son ordre, et loalgré les ténèbres, de si furieuses décharges de tous côtés , qu'il y périt un grand nombre de ces infidèles.
Le bâcha , qui cônduisoit , en personne , cette
entreprise, pour ne pas laisser plus long-tems