‹ Histoire des Chevaliers Malte (volume 2)Chapitre 9 sur 18 · DB L · texte numérisé non relu

DB L

Adam, ^araque ; et le reste de son train , de son équipage , et des munitions de guerre qu il portoit à Rhodes > suivoit dans quatre felouques. Malheureusement , à la hauteur de Nice , le feu prit dans la caraque, par la négUgence dun' oIScier de bouche : lembrâsement se communiqua bientèt en différens endroits de ce vaisseau ; les voiles et les cordages furent , en un instant^ réduits en cendres , et des tourbillons de flammes et de fumée augmentotent un objet si terrible , et empéchoient même le service du matelot. Dans ce désordre et la confusion , ordinaire en pareils accidens, chacun vouloit se précipiter dans la mer pour gagner le rivage , ou se sauver dans les felouques qui nétoient pas éloignées;* mais le Grand -^ Maitre défendit, sous peine de la vie, qu'on sortit du vaisseau. Une nouvelle crainte, et le respect pour ses ordres , firent Toffice de la fermeté; les plus timides se rendirent à leur po9te; on travailla ensuite, de concert, à éteindre le feu: on en vint à bout, et la caraque fht sauvée par ceux mêmes qui la vouloient abandonner.

A peine TIsle-A dam avoit échappé au péril du feu, quun autre élément, qui n'est pas moins redoutable, le jetta dans de nouveaux dangers : il s'éleva une tempête ; la mer s'émut , les vents sopffloient avec violence, et soulevoient les flots; le pilote n étoit plus le maître de son gouvernail;

et, comme si le ciel eut été de concert avec la

mer pour faire périr la caraque, le tonnerre, de i'Uleaprès avoir grondé long-tems, tomba sur ce ^^• vaisseau, entra dans la chambre de poupe, tua neuf hommes , et brisa 1 epée du Grand-Mattre , sans endommager le fourreau. Les matelots ne manquèrent pas de tirer de fâcheux présages de ces difïérens accidens ; et je ne sçais si les chevaliers, qui accompagnoient risle-Adam, furent e^^empts de ces préjugés , dans un tems sur-tout oii les Turcs menaçoient Tisle de Rhodes, et où la foi pour les augures étoit fort respectée. Mais le Grand-Maître , sans s'arrêter à ces vains pror nostics , entra dans le port de Syracuse , fît radouber ses vaisseaux , et se disposoit à continuer sa route, lorsqu'on lui donna avis que Curtogli, fameux corsaire, et chéri du Grand -Seigneur, Tattendoit, à son passage, avec une puissante escadre de galères et de vaisseaux, fort supérieure à son escorte (i). Ce corsaire, outre lespé-: rance du butin , avoit formé cette entreprise dans le dessein de venger la mort de deux de ses frères , qui avoient péri dans des combats contre les chevaliers; et il avoit encore en vue, s'il pouvoit enlever quelques felauques, et prendre quelques chevaliers, de délivrer, par un échange , son troisième frère , qui étoit actuellement esclave à Rhodes.

Les principaux citoyens de Syracuse tâchèrent

(i) Bjosîo , tom. Il, lib. XVIII , p«ig. 626»

210 HISTOIRE DE l'ordre

de fyersuader à risle-Adam , d éviter la rencontre

VlLLIERS j * . 1 ^ 1 1 J

OE lIsls^ de ce corsaire , redoutable , dans ces mers , par AnAM. ggg forces et par sa valeur; mais ce grand homme, qui n avoit jamais connu de péril , sortit du port, fit mettre toutes les voiles au vent, reconnut le cap de Malle , appelle de Saint-Ang^e , où les infidèles lattendoient , le passa de nuit , et arriva heureusement à Rhodes. Il y fut reçu avec les cérémonies ordinaires, et avec la joye et le respect qui étoient dûs à sa dignité et à son mérite. Sa présence augmenta , pour ainsi dire , le courage et la confiance des chevaliers. Il sembloit que sa personne seule tînt lieu d une armée: personne ne craignoit plus un siège : plusieurs même le souhaitoient , pour y trouver de fréquentes occasions d'y signaler leur valeur; et Soliman^ si redouté en Hongrie, nétoit guères appréhendé dans Fisle de Rhodes.

Ce jeune prince venoit de se rendre maître de de Belgrade. I/heureux succès de ce siège lui en fit espérer un pareil , contre la ville de Rhodes ; et, outre le désir d'acquérir de la gloire par une conquête si importante, il étoit porté à cette entreprise parles plaintes continuelles de ses isujets , négocians, qui devenoient souvent la proye des chevaliers , et sur-tout par les remontrances du niufti , qui lui représentoit incessamment que ces armateurs Chrétiens trouhloient le pèlerinage de la Mecque ; et qu il étoit obligé , en conscience , d'arrêter leurs courses. Soliman , fort zélé pour sa religion , étoit assez disposé à tour-

Page 1