VEUVE
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biens destinés à la défense des États Chré-
Les peuples!, accoutumés à voir vivre leurs prédécesseurs en véritables religieux, se scandalisèrent bientôt de cette vie toute mondaine : des gend de bien en portèrent des plaintes au Pape Benoit XII , qui venoit de succéder à Jean XXIL On lui représenta que ces Hospitaliers , en héritant des biens immenses dés Templiers, s etoient, comme eux, laissés infecter du luxe et du poison , toujours dangereux , que causent de grandes ricbesses ; que , tant que les Templiers avoient subsisté , 1 émulation entre ces deux Ordres militaires, les avoit engagés, à lenvi les uns des autres, dans des armemens et des entreprises toujours utiles a la Chrétienté; mais que, depuis Fextinction de cet Ordre , les commandeurs Hospitaliers , occupés de leurs plaisirs , sembloient fuir le péril , et négligeoient la conduite et la défense des pèlerins que la dévotion conduisoit à la Terre-Sainte. Des ennemis secrets des Hospitaliers, ou pour mieux dire, des courtisans tojiypurs avides du bien d autrui, et toujours attentifs à s'enrichir, proposoient au Pape de retirer, des mains des Hospitaliers, les biens des Templiers : d'autres, moins intéressés^ étoient d'avis qu'on les employât à la fondation d'un nouvel Ordre militaire. Le Pape, sans s'arrêter à ces différens projets, pour ranin^er le courage des Hospitaliers , fît dessein de les faire entrer
dans une liff ue qu'il ntéditoit de former contre „, les Turcs, qui devenoient, tous les jours, plus villeredoutables ; mais la mort, dont il fut peu après ^^^^ prévenu, en empêcha lexécution.
Des corsaires d'Afrique ayante en ce tems-là^ fait des descentes le long des côtes des isles de Chypre et de Candie, et ravagé celles de l'Archipel qui étoient moins en défense, donnèrent lieu à de nouvelles plaintes contre les Hospita-^ liers. On représenta à Clément VI , successeur de Benoit XII , que les Chrétiens du Levant étoient abandonnés en proye aux infidèles , pendant que la plupart des chevaliers retirés en Occident^ dans leurs commanderies , ou à la Cour des princes Chrétiens , n étoient occupés que de leurs plaisirs ou du soin d'amasser de grandes richesses; et que le Grand-Maître et les chevaliers qui étoient restés, auprès de lui, dans l'isle de Rhodes, à l'abri des insultes des barbares par les fortifications de la place , vivoient dans une entière indifférence de ce qui se passoit à la mer« Ce qui donnoit du poids aux plaintes. et aux murnaures du public, c'est que des chapelains, religieux de TOrdre , et quelques frèfes-sèrvans tirent passer, à la Cour d'Avignon , des mémoires secrets contre le Grand-Maître et contre les che<r valiers , dans lesquels ils se plaignoient qu'au milieu du luxe et de la moUesâe oii ils vivoient, ils n'a voient point de honte de les laisser manquer d'habillemens , et même de la substance
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nécessaire à la vie. Le Pape , fatigué de ces plaîn- ViLLK- tes, en écrivit au Grand-Maitre , d'un style pleia ""^^ daigrenr et de reproches,
« Nous avons appris par des personnes de con- » sidération , lui dit ce pontife , que c est un sentt timent commun dans le clergé et parmi tous •«les peuples de la Chrétienté, que vous et vos «frères ne £siites presqu aucun bon usage des « biens immenses que vous possédez tant de-çà « que de-là la mer. Ceux qui ont ladministra- <' tion, montent, ditron , de beaux chevaux , font «bonne chère, sont superbement vêtus, se ser*^ ^vent de vaisselle dor et d'argent, ïiourrissent « un grand nombre de chiens et d oideaux pour « la chasse, amassent de grands trésors, font peu «d'aumônes, et négligent la défense des Ghré^ « tiens, sur-tout de ceux d outre-mer« C est pour« « quoi^ on a délibéré s'il ne seroit pas à propos « que le Saint^iège créât un nouvel Ordre vaûi^ « taire , qui seroit doté d une partie de vos biens, « afin d exciter et d'entretenir une louable ému-^ «lation entre ces Ordres, comme il y en avoit «autrefois entre tous et les Templiers: ce que « toutefois nous n*avons pas encore voulu exé-*^ « cuter/ dans la juste confiance où nous sommes « que vous rétablirez incessamment , daBS votre « Ordre, l'ancienne discipline et une réfoci^ie né-^ « cessaire dans les mœurs. »
Le Pape, dans la même lettre, ajoute qu'on lui a fait sçavoir qne les Turcs armoient puis^ samment pour se rendre maîtres de toute la Ro**
manie. On ne sçait si, par ce terme , il entendoit ^^^^ seulement la province qui porte ce nom, ou si, Vm^lbselon le lang;age des Turcs et des Arabes, il corn-» "*'*'* prenoit sous ce nom tous les États qui compô^ soient alors ce quon appelloit, en Orient, lempire Romain : entreprise , dit ce pontife , iqui entratneroit la ruine entière de la religion Ghré-^ tiennei Le Pape ajoutoit que, pour obvier à un si grand malheur, il a voit formé le plan d'uti armement naval, composé des galères de difFé* rens princes qui tiendroient la mer, et qui pourroient se joindre et agir de concert, soit pour empêcher les descentes des barbares, soit pour porter du secours dans les endroits qui seroient attaqués ; que le roi de Chypre étoit convenu de fournir, pour sa part, quatre galères, et la république de Venise, cinq; qu'il ordonnoit que les chevaliers de Rhodes en missent six en mer, et que le Saint-Siège en entretien droit quatre : «Quoique, œntinue ce pontife, il nous ait ét^ re- « montré, par plusieurs de nos frères les cardi- «naux, que votre Ordre étoit assez riche et as- *(sez puissant, non-seulement pour épargner au «Saint-Siège les frais de cet armement, mais » encore pour fournir seul une flotte entière; et •< qu il y avoit dans votre trésor plus d'or et plus «d argent quil ne pourrait s'en trouver dans «celai d'aucun prince Chrétien, sans eompter « des sommes considérables que vos prieurs et « vos commandeurs accumulent en particulier. » Le Pape finit cette lettre, en avertissant le Grand-
fjG JîiaTOIRÊ tiE L ORDRE
' Maître que Téglise étoit mal édifiée des ihitnitiés
Villes particulières que les chevaliers entretenoient les
KEDv». IIU3 contre les axitresj et quon avoit poirté les
plaintes au Saint-Siège^ quils négligeoient la
subsistance des chapelains et des frères servans.
Quoique le dr|:*ând • Maître vit bien qu'on avoit surpris la religion du Pape, par lexagération qu'on lui avoit faite des richesses de son Ordre, cependant, en véritable religieux, il prit le parti de lobéis^ance. On artna aussi-tôt six galères dans le port de Rhodes; et, pour leur entretien et leur dépense , de lavis et de concert avec le Conseil souverain , il y attacha la dé-* pouille des commandeurs morts, cest-à-dire, les droits de mortuaire et de vacant On prenoit^ comme on fait encore aujourd'hui, le mortuaire sur les revenus de la commandérie, depuis le jour du décès du commandeur jusqu'au premier jour du mois de mai suivant; et, de ce même jour, le vacant étoit encore ouvert jusqu'au pre* mjer de mai de Tannée suivante : avant ce temslà, le nouveau commandeur ne pouvoit point entrer en jouissance des revenus de la eomman^ derie.
liC Grand^Maitre et le Conseil firent ensuite différens réglemens pour la réforme des mœurs, sur^tout à l'égard des provinces d'Occident* Il fîit défendu, entr autres choses ^ aux chevaliers de se vêtir de draps qui coûtassent plus de deux flo-^ rins la canne ^ espèce de mesure qui, dans plu*' sieurs provinces de France , contient deux tiers
HECVfi4
'i)teà CttfeVALIERS DE MALTE. I77
t)lu8 que laune de Paris. Et, par le même rèele- '
ment, on leur interdisoit la pluralité des mets ville- ^t lusag^e des Tins délicieux i discipline sage et utile^ et qu il seroit à souhaiter, pour le bien de rOrdre, qu on vît renaître de nos jours.
On chargea trois visiteurs (i) de porter ces règlcmens au Pape, de le prier d y ,^ jouter ou d'en diminuer ce qu'H jugeroit à propos, et de revêtir ces commissaires qu'on lui envoyoit,.de Fautorité apostolique, afin qu'ils fussent en état de les faire observer plus exactement.
liC Pape fut fort touché de la prompte obéissance du Grand-Maître; et^ pour répondre à ses bonnes intentions, il fit mettre en mer les quatre galères qu'il devoit fournir pour son contingent, auxquelles celles du roi de Chypre, de rOrdre de Saint-Jean^ et de la république de Venise^ se joignirent sous le commandement général d;'un Génois, appelle le capitaine Gin* garria. Cette petite flotte tint la mer pendant tout l'été, mais sans rien entreprendre qui répondît à ses forces, et à la dépense que les alliés avoient faite pour cet armement* Le général Génois, plus attentif à son intérêt qu'à sa gloire, s'en étoit servi pour charger ses galères de différentes marchandises ^ et a voit tourné à son profit l'argent qui lui avoit été confié pour les frais
(i) Odon de Montaigu, prieur d'Auvergne* -^ Esnard d'Albanano^ prieur de Capoue. -^ Pierre Plantin^ prieur de l'église*
178 HISTOIRE DE l'oRDRE
"T de la campagne. Henry, patriarche titulaire de
Ville- Constantinoplc, légat du Saint-Siège, mon toit KiDVE. J3 capitane de la flotte, et avoit, en cette qualité, le commandement suprême suivant la po-* litique des Papes, qui se Fattribuoient dans toutes les guerres de la religion. Ce prélat, comme le général Génois, se comporta plutôt en négociant quen subdélégué du souverain pontife.
L année suivante, les alliés, indignés contre les Génois, choisirent pour général frère Jean de Bîandra, chevalier de Rhodes, prieur de Lombardie, et qui avoit commandé, en particulier, les galères de FOrdre.
Le nouveau général forma un dessein digne de son courage. Le port de Smyrne, ville considérable de la Natolie , servoit souvent de retraite aux corsaires Turcs, qui étoient maîtres de cette ville. Biandra , outre les soldats qu il avoit sur sa flotte, ayant pris, à Rhodes, un grand nombre de troupes, commandées par des chevaliers pleins de valeur, en forma le siège, et Tempo rta lepée à la main. Des historiens prétendent qu il ne se rendit maître que du château qui étoit au bord de la mer, et qui commandoit îentrée du port. Tout ce qui se trouva de soldats dans ce fort , Turcs et Arabes, furent taillés en pièces. Le Grand-Maître, en ayant reçu la nouvelle, et connoissant l'importance de cette forteresse, y envoya aussi-tôt de nouvelles troupes, avec des vivres et des armes pour en augmenter la gai^ nison. On voit encore, sur les portes. du chà-