ON DE LLE- RECVB
teau^ quoique tombé en ruities^ les armes de Të- ^ çlise, qui y furent mises comme un monument Ville- -de cette conquête, dont on rapportoit tout l'honneur au Pape, comme au chef de la ligue, quoique les chevaliers de Rhodes y eussent eu la meilleure part. Un Turc,, appelle Morhassan, qui commandoit dans la haute ville et dans tout le pays, entreprit, l'année suivante, de chasser Jes Chrétiens de cette place. Il en forma le siège ; mais, après trois mois d'attaques assez vives, et rd'une défense courageuse, il feignit d'abandonner son entreprise, ou du moins de tourner le siège en simple blocus. La plupart de ses troupes •6e retirèrent; et il n'en resta dans son camp que .la moindre partie. Les Chrétiens, avertis de sa retraite, firent une furieuse sortie, forcèrent sans peine des retranchemens mal défendus, entrèrent dans le camp, et passèrent au fil de l'épée, pu firent prisonniers tout ce qui leur résista, ou qu'une prompte fuite ne mit pas en sûreté. On célébra cette victoire , sur le lieu même , au son des instrumens militaires, et avec des festins et une joye d'autant plus dangereuse, que l'ennemi n'étoit pas éloigné.
Morbassan, qu'on croyoit bien avant dans le pays, mais caché seulement avec ses froupes^ derrière les montagnes voisines, averti , par certains signaux, en descendit, et trouvant les Chrétiens en désordre, en fît, à son tour, une cruelle boucberiç. Ce fut sur les 'chevaliers de Rhodes que tomba la plus grande perte: le légat dn Pape,
l8o HISTOIRE DE l'OUDRE.
* qui étoit venu dans le camp prendre part à la
Ville- joye publique, y fut tué avec la plupart des offiiiBuvB. cîers et des ecclésiastiques de sa maison. Les chevaliers, qui échappèrent à la fureur des barbares, regagnèrent le fort, et s'y maintinrent, par de nouveaux secours , contre tous les efforts des Turcà et des autres infidèles.
La triste nouvelle de cette disgrâce étant passée en Europe, le Pape, pour la réparer , publia une croisade avec toutes les indulgences attachées aux premières. Humbert II, dauphin de Viennois, rechercha, avec empressement , d en être déclaré le chef et le général. Cetoit un prince de peu desprit, naturellement vain, inr constant dans ses projets^, et qui étoit moins touché de leur solidité que de 1 éclat des distinctions qui les environnoient. Il se rendit , en personne, à la Cour du Pape Clément VI, pour solli^citer cet emploi. Dans la requête qu'il présenta , à ce sujet, au souverain pontife, il le prioit de lui octroyer «< à être , dit^il, capitaine de ce saint « voyage contre les Turcs, et contre les non-féaux if de leglise de Rome, et que tous^, tant Hospita- « liers que tous autres, ly ayent , et doivent obéir « par mer et par terre. »
Pour déterminer le Pape à lui accorder ce généralat^ il offroit d'entretenir, à ses dépens, peu-» dant cette guerre , trois cents honin^es d'armes , et mille albalestriers ; de fournir. cinq vaisseaux de guerre bien équipés ; et de mener , à sa suite , douze seigneurs bannerets et cent chevaliers ;
IIÉLION DK'
DES CHEVAWERS DE MALTE. l8l
promesses ipag^nifiques , mais autant au-dessus
de ses forces, que la fonction de général d'armée Villb-
étoit au-dessus de son expérience et de sa ca- '"^^■*
pacité.
Quelques cardinaux, du Conseil du Pape, qui nétoient pas prévenus en faveur du courage de. ce prince, voulurent s'opposer à'sa demande (i) ; mais l'inclination du souverain pontife prévalut et entraîna tous les suffrages (2). Humbert fut élu général de l'armée Chrétienne; il en prêta le serment entre les mains du Pape , et s'obligea , en même-tems , par un vœu solemnel , de passer trois ans entiers dans cette sainte expédition. Mais , à l'égard de ce puissant armement par terre et par mer qu'il devoit fournir, tout se ré* duisit à cent homnies d'armes ; et on jugea, sans peine, du succès de cette guerre par le choix du général. Le lendemain , jour de la Fête-Dieu, il reçut, des mains du Pape, la croix et l'étendard de l'église, qu'il fit porter devant lui dans les rues d'Avignon avec son étendard particulier à
(i)Mâtt. Vilîani. hist. lib. ï, chap. 26, pag. 19, édit. de Flofrence. ' ' '
(a) Et quia ioler caeteros prÎDcîpes habui (provklere cle aliquo duce et capitaneo exercitui agminis JDoniini Dei Israël), reperi instanteiu saepiùs, supplicantem humiliùs, optaniem ardentiùs, offerentem liberaliùs, dilectum filium Inibertuui delphînum Viennen8ern,hîc praesentem : idcircè ipsum de fratrum nostrorum consiUo ducem et capîtaneunn contre Torcicos exercitus duxiaius depotandum* BaluziuSy in nous ad vkas paparum As^nion, pag. 890.
K€I3YB.
côté; et. suivi d'un nombreux cortège , il s'en
HÉL10N' DE - , 1 V 1 f r
Ville- retourna, en grande pompe, a son note! : cérémonie dont, au défaut dune gloire solide, un esprit aussi vain se repaissoit. Il fut question de trouver des fonds pour subvenir aui frais d'un ôî long voyage. Le dauphin eut recours à une imposition extraordinaire qu'il fit sur tous ses sujets. Il se disposa ensuite à partir avec la princesse Marie de Baux, sa femme, qui, pendant que le dauphin tint la mer , se retira dans la ville de Rhodes , et y mourut.
Malgré toutes les disgrâces arrivées aux Chrétiens , dans la Terre-Sainte , les voyages d'outre^ mer ne laissoient pas d'être encore fréquens ; et ce qui en rendoit l'entreprise plus facile , c'est que , moyennant le prix dont on convenoit avec les patrons de navires, on trouvoit, dans la plupart des ports de la Méditerranée, des vaisseaux toujours prêts à faire voile, et pourvus de toutes les munitions nécessaires, soit pour la navigation , soit pour le combat.
Le dauphin , ayant traité pour quatre de ces navires , à six cent cinquante florins , pour chacun , par mois , s'embarqua , à Marseille , le 2 septembre, sur cette petite escadre de louage, qui le porta d'abord à Venise , où étoit le rendezvous de tous les croisés. Il passa ensuite à Tisle de Négrepont, où les quatre vaisseaux du Pape, un de Rhodes, et l'autre de Venise, le joignirent. Le prieur de Lombardie , à son arrivée , se retira sur les galères de la religion , dont il reprit
DES CHEVALIERS DE MALTE. l83
le commandement particulier: il paroît que le": .
dauphin passa Thyver dans cette isle. L'année villesuivante, il tint la mer avec toute la flotte des "*^^*=croisés , et contribua à faire lever, aux Turcs , le siège de Caffa , ville appartenante alors aux 6ênoiis, La flotte Chrétienne eut même, dans ces mers , quelque avantage sur celle des infidèles , dont le dauphin se fit honneur. Le Pape, prévoyant que cette guerre ne pourroit être continuée avec succès, s'il ne procuroît aux croisés les fonds nécessaires pour en soutenir la dépense, eut recours à une imposition extraordinaire sur les biens ecclésiastiques des royaumes de France, d'Espagne et d'Angleterre. Mais la cruelle guerre que les Ânglois faisoient alors en France , et la perte de la bataille de Crécy, où dix -sept cent seize chevaliers Français furent tués (i j, ne permettant pas de lever ces deniers , le Pape , dang la crainte que la dépense de la croisade ne retombât toute entière sur'lui , embrassa avec joye le projet d'une trêve avec les infidèles , que lui proposa le dauphin.
Ce prince lui récrivit de Rhodes , où il s'étoît retiré pendant l'hyver, que les Turcs paroissoient disposés à faire la paix, et que Ton pourroit facilement entrer avec eux en négociation. Le Pape sentit bien la honte de demander la paix à un ennemi qu'on étoit venu chercher de si
(i) Mémoires de Piiati. — Histoire du Dauphiné/ etc. , pag. 284,
l84 HISTOIRE DE l'oRDRE
" loin pour lui faire la Ruerre: mais la crainte d'ê^
Helioh ds ^ Î 1 . , ji ^ • j j •
Ville- trc oblige den soutenir ^ de ses propres deniers , fSKUFE, tQQ|;e Iq dépense, lui fit souhaiter de la voir finir. U écrivit, au dauphin, de chercher des expédiens, qui , dans cette négociation , sauvassent Thon*^ neur de la ligue, et l'intérêt de la religion. Il lui prescrivit nqiême les formes et les bieqséances qull devoit garder en traitant avec les infidèles : • 11 ne paroit point que le traité ait été conclu. Le dauphin, après avoir reçu du Pape la dispense du vœu qull avoit fait , de rester trois ans entiers dans cette expédition, reprit le chemin de se& États. Depuis la mort de Marie de Baux, sa femme, il avoit formé le dessein de se remarier, avec Qlanche, sœur d'Amédée, comte de Savoye; et il y en eut même un contrat signé ; mais le dauphin, ayant rejette les offices que le comte de Savoye avoit employés pour Tobliger de restituer au seigneur de Beaujeu le château de Mi-r rabel , le peu d égards qu'il eut à sa prière, causa la rupture de son mariage. Le dauphin tourna ensuite ses vues du coté de Jeanne , fille ainée de Pierre de Bourbon : il sy engagea mêine par un traité solemuel. Mais, quelque honneur quelui ût une si grande alliance, toujours agité et. combattu par ses irrésolutions ordinaires, il ne put se l*ésoudre à finir cette affaire (i). Ce prince^ payant pas trouvé j» à la guerre, la distinction et
(i) Reçistr. Pilau, ad anniim i348 nt 134^. — !|list. d^ Pauphiné, tom, 2, pag. So-^ et suivantes^
DES CHEVALIERS DE MALTE. l85
l'édat qu'il aiFectoit , crut mieux réussir par un „, çuemm tout oppose. Il quitta la protession des vulearmes , et legouverueoient de ses États, pour se *"^*' faire religieux de l'Ordre de Saint -Dominique^ Il remit le Dauphiné au roi de France , qui le réunit à sa couronne, dont il avoit été autrefois détaché; et, pour fixer 1 inconstance du dauphin^ le Pape , à la prière du roi , l'ordonna prêtre. Il $e chargea, depuis, de l'administration de l'ar* chevêche de Bheims y mais sans quitter l'habit religieubc , qu'il porta le reste de ses jours : sou* verain sans sujets , général sans troupes et sans expérience , mari sans femme , moine sans cou-» veut, prélat sans titre et sans jurisdiction ; dans to^s ces différens états, il ne fit jamais rien pour le bien de sa province, que de l'avoir remiso isous la domination de nos rois. On a même re-* proche à sa mémoire , avec quelque sorte de jus^ tice , qu'il eut enlevé , au prieur Biandra , le gé* Itérai a t de la flotte Chrétienne , qui , sous les ordres de ce chevalier, s'étoit rendue redoutable aux infidèles, et qui, depuis, sous le même commandement, acquit, de nouveau, beaucoup de gloire.
Ce fut en ce tems-là que l'Ordre perdit le i34e^ Grand-Maître de VUleneuve, prince recomman-, dable par son économie , et qui , pendant soa magistère , acquitta toutes les dettes de la religion , augmenta les fortifications néœssairea pour la défense de l'isle et de la ville de Rhodes. Du reste de ses deniers, pour un monument
l86 HISTOIRE DE L*ORDRE
„. éternel de sa piété, il fit construire une égliser
Ville- eo Thonneur et 80us Finvocation de la Sainte-^ iiKDVE. viepge . il y laissa des fonds pour l'entretien de
deux chapelains, qui y dévoient dire la messe ^ tous les jours, pour le repos de son âme.
Il se présenta un grand nombre de prétendans. Les plus anciens chevaliers, et tous ceux qui faisoient profession d'une vie régulière , s'attachoient à ceux qui leur paroissoient plus capables de maintenir la discipline de l'Ordre. La jeunesse , sans s'informer trop scrupuleusement de la régularité des mœurs, souhaitoit seulement un grand C4apitaine, qui les menât à la guerre , et qui leur fit acquérir de la gloire et du bien : un pareil choix n'étoit pas sans difficultés. Le commandeur de Gozon, dont nous venons de parler, étoit un des électeurs. Quand ce fut à son tour à donner son suffrage: uEn entrant, tt dit'il^ dans ce conclave , j'ai fait un serment sôa lemnel de ne proposer que celui des chevaliers «< que je croirois le plus digne de cette grande « place , et le mieux intentionné pour le bien gé- «néral de tout TOrdre: et, après avoir mûre- « ment considéré l'état où se trouve la Chrétienté, « les guerres que nous sommes obligés de soute- « nir continuellement contre les infidèles , la « fermeté et la vigueur nécessaires pour empétf cher le relâchement dstns la discipline , je dé- « clare que je ne trouve personne plus capable «de bien gouverner notre religion que moite même. » Il parla ensuite magnifiquement de
«es propres vertus. Le combat contre le serpent „/ ne fut pas oublié ; mais il s étendit principale- Villement sur la conduite qu'il avoit tenue , depuis ^^^^^' que le Grand -Maître de Villeneuve Favoit fait son lieutenant : u Vous avez déjà , dit- il aux au" litres électeurs, essayé de mon gouvernement; « vous sçavez ce que vous en devez espérer : et je « ne crois pas que , sans injustice , vous me puis^ «siez refuser vos suffrages. »
Quelque recommandable que fût ce chevalier, ses collègues ne laissèrent pas d être étrangement surpris de voir un électeur se nommer soi-même; un pareil procédé le rendit suspect d'une ambition démesurée. Cependant, quand on vînt à le comparer avec les autres prétendans, on trouva quil leurétoit bien supérieur, non-seulement par son courage dont il avoit donné des preuves si glorieuses , mais encore par sa sagesse et sa modération dans le commandement. Quelques-uns des électeurs , et qui lui étoient les moins favorables , ne purent s'empêcher de dire qu'il eût été à souhaiter que tout ce qu'il avoit avancé pour faire valoir son mérite, fût sorti de la bouche d'un autre. Mais cette généreuse audace ne déplut pas au grand nombre; et plusieurs soutinrent, qu'après des actions atissi brillantes, il étoit permis aux grands hommes de parler d'eux-mêmes avec cette noble confiance que donne la vérité. Ainsi toutes les voix , ou du moins la plus grande partie, se réunirent Dieudonîi. en faveur de DiEU-DONNÉ DE GozoN : et il fut re- ^^ ^^*^^'
l88 HISTOIRE I>E l'ordre
-. connu solemnellement pour Grand-Maître , à la
DiECDONX. . P . , 1.1.
PE GozoN. satistactibn du couveqt, et sur-tout des citadin» iH6. de la ville de Rhodes, et de tous les habita ns de Fisle, qui, depuis la victoire quil avoit remportée sur le serpent, le regardoient comme le héros de la relig^ion.
Sa conduite dans la grande-maîtrise ne démentit point tout ce qu'on avoit espéré de sa valeur et de son habileté dans le gouvernement. Ses premiers soins furent de ranimer l^ ligue Chrétienne: les escadres des alliés se joignirent. Le Grand-Maître, par son crédit, en fit rendre le commandement au prieur de Lombardie: il fut aussitôt chercher la flotte des infidèles, quil trouva dans l'Archipel , proche d'Embro , ou FEmibro, petite islequi a 24 milles de tour, avec un bourg du nom, et un port sur la côte Orientale : cette isie est à douze milles des bouches dès Dardanelles , en allant vers Fisle de Lemnos.
La plupart des Turcs qui croyoient encore les Chrétiens dans leurs ports, avoient débarqué, et s'étoient répandus dans l'isle. Le commandant de la flotté les surprit dans ce désordre, fondit sur eux, enleva ou coula à fond une partie de leurs vaisseaux. Ce fut moins un combat qu'une déroute^ générale : les soldats , qui étoient sur cette flotte , l'abandonnoient pour chercher un asyle dans Fisle; et ceux qui étoient descendus à terre auparavant, accouroient pour se rembarquer. Les uns et les autres ne faisoîent que s'embarrasser; et, dans ce désordre et cette
EUDONr».
confasion , le général de Rhodes leur prit cent j" dix-huit petits vaisseaux, légères frégates, bri- deGozo»! gantins , felouques ou barques armées : mais trente-deux galères , à la faveur de leur chiourme, prirent le large , et évitèrent le combat. Les Chrétiens mirent ensuite pied à terre, ravagé-^ rent Fisle, et firent près de cinq mille esclaves.
Une victoire aussi complette donna beaucoup d'éclat aux armes des chevaliers, quoique le Pape Clément VI, suivant Fusage de la plupart de ses prédécesseurs, en eût attribué tout Vhonneur à l'archevêque de Candie , son vice-légat.
Constant, d'autres l'appellent Livrqn, roi de la petite Arménie , instruit des forces de l'Ordre , envoya des ambassadeurs au Grand-Maître, poup le conjurer de le secourir contre l'invasion des Sarrasins d'Egypte, qui s'étoient emparés d'une partie de ses États. Quoique ce prince suivit le rit Grec, et fût mèmeschismatique, Gozon plein de zèle, et animé de resprit[de son institut, ne crut pas devoir abandonner des Chrétiens à la fureur de ces barbares. Il détermina le Conseil de l'Ordre à faire passer (tes troupes dans TArménie : on équipa une puissante flotte : les plus hraves chevaliers s'y embarquèrent ayec un corps considérable d'infanterie? Toutes ces troupes, ayant abordé les c6tes de l'Arménie, se joignirent à l'armée de Constant , qui s'étoit avancé pour faciliter leur descente. Après cette jonction, ils marchèrent droit aux Sarrasins. Us ix'eurent pas de peine à trouver des ennemis qui
jT^^""^ les cherchoient : on en vint bientôt aux main»;
SB Gozos. le combat fut long et opiniâtre ; la valeur ordinaire des chevaliers décida du succès. Les Sarrasins qui croyoient n'avoir affaire qu aux Arméniens, qu'ils avoient déjà battus plusieurs fois, surpris de voir les étendards de Saint-Jean, qu ils connurent encore n^ieux aux grands coups que ces chevaliers portoient, se tournèrent ea fuite. Il en périt la meilleure partie dans la chaleur du combat; les Chrétiens prirent tout leur bagage, et firent un grand nombre de prisonniers. Le roi d'Arménie, soutenu d'un si puissant secours, assiégea ensuite et reprit toutes les places dont les infidèles s'étoient emparés ; et les chevaliers de Rhodes ne quittèrent point l'Arménie, qu'ils n'en eussent chassé entièrement les Sarrasins , qui eurent bien de la peine à regagner l'Egypte.
1347. Od^ peut bien juger que de si hautes entreprises , et tant de guerres différentes ne se pouvant soutenir sans de grandes dépenses, le trésor de l'Ordre en fut bientôt épuisé; d'ailleurs le Pape, pour éviter la dépense, s'étoit retiré de la ligue, comme nous venons de le dire, et il n'y contribua plus, dans la suite, que par des indulgences. Il proposa mènïe au Grand-Maitre d'accepter une trêve que les Turcs offroient , à condition qu'ils partageroient avec l'Ordre la douane de Smyrne , et les droits d'entrée , qui se payoient par les vaisseaux étrangers. Enfin la ligue acheva d'être déconcertée parla guerre qui
S alluma entre Jes Génois et les Vénitiens au sujet '
du commerce que les uns et les autres iaisoient p^ cozo», dans la Mer Noire.
Cependant l'Ordre fit représenter au Pape, que, quoiqu'il se vit abandonné de ses alliés, il ne pbuvoit, suivant son institut, entrer dans aucun traité public avec les infidèles; et, qu en attendant que Dieu lui suscitât de nouveaux al-^ liés, il se tiendroit au moins sur la défensive. Le Grand-Maître écrivit , en même-tems , à tous les commandeurs qui n avoient pas fourni leurs responsions, d'y satisfaire promptement; et Thistoîre (i) nous a conservé une lettre qu'il adressoît aux commandeurs des royaumes de Suède, de Danemarck et de Norvège, qui mériteroit de trouver place dans cet ouvrage.
On voit, par cette lettre, qu'il leur reproche, que , depuis^ la perte de la Terre-Sainte , la religion n'avoit reçu, de leur part, aucune contribution; que, quoiqu'ils habitassent les contrées les plus reculées de l'Europe , il étoit bien difficile qu'ils n'eussent pas appris la conquête que l'Ordre avoit faite de l'isle de Rhodes, oii on avoit transféré le siège de la religion ; et que l'Ordre, suivant son institut, s'étoit dévoué à une guerre si sainte ; que tous les chevaliers étoient continuellement en armes, soit sur les galères de la religion , ou à Rhodes et dans les isles voisines qui en dépcodoient, et dont ils
(i)Bo«0;tom.2,lib. XVm.
ïgii ttlSTOlîlE DE L*ORDRË
étôient chargés de la défense; qu'il étoit bien ©E Gozoïr. surprenant que les seuls chevaliers du Nord fussent demeurés contre leur devoir, dans une inac* tion qui les déshonoroit; quil leur commandoit, comme leur supérieur, et en vertu de la sainte obédience, d envoyer à Rhodes un détachement de leurs plus jeunes frères , et d'y faire passer incessamment leurs responsions; qu*il sçauroit bien punir les réfractai 3S à ses ordres ; mais que ceux qui se montreroient enfans d'obéissance, trouveroient en lui un chef et un supérieur plein de ^tendresse et de bonté, et qui n'avoit uniquement pour objet que la gloire de Dieu et l'honneur de la religion. Ce fut par ce même zèle pour le bien de son Ordre, qu'il obtint de Clément VI, que les cardinaux ne pourroient se faire pourvoir d'aucune commanderie, ni même , sous prétexte de légation , exiger aucune contribution des chevaliers. Le Pape lui accorda cette exemption , apparemment en retour de la complaisance que le Grand-Maître et le Conseil eurent pour le vicomte de Turenne, neveu de ce pontife, auquel ils cédèrent la bastie de Detras, appartenante à la religion, et voisine de ses terres , en échange d'autres biens situés proche du Rhône , qu'on réunit au prieuré de Saint-* Gilles. Le Pape en écrivit au Grand-Maître pour Ten remercier; mais, en même-tems, il lui fit sçavoir que le doge et le sénat de Venise se plaignoient que, dans la guerre qu'ils avoient àsou« tenir contre les Génois , on voyoit plusieurs
DES CHEVALIERS DE MALTE. igS
chevaliers de Rhodes dans leurs armées ; et qu'il sembloit que TOrdre de Saint-Jean voulût tour- de Gozon. ner contre eux , et en faveur de leurs ennemis , des armes, qui, par leur profession, ne dévoient être employées que contre les infidèles.
Le Grand-Maître lui répondit, que, dans un i35o. Ordre militaire, composé de religieux de tant de nations différentes, il netoit pas surprenant que quelques particuliers s affectionnassent aux intérêts de leur patrie ; qu'il y avoit des chevaliers Vénitiens , qui ne montroient pas moins d'attachement pour leur nation que les Génois; mais, qu'outre que la religion n'approuvoit point que ces religieux, séduits par cet amour si naturel pour leur patrie, se mêlassent dans ces guerres , il ne trouveroit point que ni lui , ni tout le corps de l'Ordre eussent pris aucun parti entre ces deux puissantes républiques; et qu'ils avoient toujours conservé inviolablement Id neutralité dont jils faisoient profession entre les princes Chrétiens.
Quelque raisonnable que paroisse cette ré-* pozise, par rapport aux plaintes des Vénitiens, je ne sçais pas bien , après tout, si des religieux q;ui, par un. esprit de .pénitence, avoient fait, au pied des autels, les trois vœux solemnels de la religion, pouvoient, sans de justes scrupules treiAper leurs armés dans le sang des Chrétiens. Du moins on ne peut ignorer que, dans les premiers siècles de l'église, on don toit même s'il étoit pernxis aux Chrétiens de porter les armes.
' Une partie de la pénitence consista depuis à
M GoaoK. quitter la profession militaire ; et on exigeoit même d'un lajquequi avoit tué un Chrétien, quoique dans des guerres justes, d expier sa mort par quelque satisfaction. Cet usage sobservoit encore en France, dans le milieu du neuvième siècle; et nous voyons qu'après la fameuse bataille de Fontenat qui se donna vers l'an 84o, les évèques Français ordonnèrent que ceux qui sentoient leur conscience chargée davoir agi dans le combat par emportement, parhatne, par vanité, ou enfin par quelqu autre motif humain , eussent à s'en confesser et à expier leur péché par une exacte pénitence.
Mais ce qui n'est pas moins décisif pour la matière 4[]ue nous traitons, c'est que l'église ne toléra la prise d'armes parmi les Hospitaliers , que pour la seule défense des saints lieux, dès Chrétiens qui les occupoient, ou qui venoient d'Occident pour révérer une tetxe sanctifiée par la naissance d'un Dieu fait homme : et c'est pour conserver la mémoire de ce pieux motif, que , suivant le formulaire qui s'obslerVe à la pk'ofessiom des chevaliers, quand lofficiant présente, l'épée au novice, il lui dit: <c Recevez cette épée, « et servez-vous-en pour votre défense, et celle «cde la sainte église de Dieu, et à la confusion s M des ennemis de la croix de Jésus-Christ. » D'où il semble qu'on doit conclure qu'il n'est permis à ces religieux de se servir d'armes offensives , que contre lés infidèles et les enflemis déclaré«
toÈS iÛHfeVAtlEîlig DE AfALTE. tgS
de Jésus-Christ. Ce fut par ce luste motif de ne .. pas tirer I ëpée 00011*6 dés princes Chrétiens, que de gozoîi. le Grand-Maître refiisa de prendre part aux guerres civiles qui agitoiéht alors leiiipire de Cohstantinôple. Le Pape Clément VI étant mort^ Innoceiit VI ^ son successeur^ écrivit au Grarid- Maltiie pour lui rèçôiiiraander les intérêts de lempereUr Matthieu Paléologue, qui disputoit cet auguste tître à i empereur Jean , fils du jeune AndroniCi
Pour l*itttellîgetice des prétentions de ces prin-^ ces ^ il faut sçavoir que l'empereur Andronic ayant laissé^ à sa mort, Jean Palédlbgue poui* tuteur de son fils^ et pour régent de ses États ^ Ce ministre ambitieux , qui ri avott Tautorité souveraine quen dépôt, s'en rendit maître absolu et indépendant. Il se fit proclamer empereur conjointement avec éoii pupille; et, poui* éblouir ce jeune prince qui rie faisoit que dé sortir de leiifance, il lui avoit fait épouser sa fillci Màis^ domme ce tyran ri'avoit pour objet que 1 élévation de son fils^ il l'associa à Tempirèi Ce fut un troisième empereur: et lé père et le fils chàssërëiit, depuis^ le fils d'Andronic de Cônstantinôple. Il eut sa revanèhej de fidèles sujets de son père le ramenèrent , cotariie en triomphe^ dans là ville impériale ; ce fut aux Palédlogues à en sortii" à leur tour; IjC péi^e^ pont assurer sa vie, se jettà dUas un monastèire ^ et y prit l'habit de mpine; son fils s'adressa au Pape, et lui demanda du secours , sous la promesse qu il fit à
196 HISTOIRE DE l'ORDRE
" ce pontife, s'il remontoit sur le trône, de réunir
BE GozoN. Téglise Grecque à la Latine. C'étoit le leurre ordinaire dont les Grecs se servoient pour tirer du secours des Latins. Le Pape écrivit très-pressamment au Grand-Maitre en faveur de Matthieu ; et ce prince fut lui-même porteur de la lettre : mais ce Grand -Maître ne jugea pas à propos d engager son Ordre dans une guerre civile entre des princes Chrétiens : outre que l'indocilité de plusieurs commandeurs de FEurope à satisfaire à leurs responsions , avoit mis TOrdre hors d état de fournir aux frais nécessaires pour une si grande entreprise. L'âge avancé du Grand-Maître, et des infirmités presque continuelles, portèrent ce prince à demander au Pape la permission d'abdiquer une dignité qui lui é toit alors aussi onéreuse , qu'il avoit autrefois témoigné d'empressement pour l'obtenir. Le Pape, qui connoissoit tout le mérite de ce grand homme , et combien il étoit utile à son Ordre, n'y voulut point d'abord consentir. Il l'exhort^ , .au contraire, à soutenir courageusement le poids du gouvernement.
Le Grand-Maître , n'ayant pu obtenir ce consentement , qu'il régardoit alors comme une grâce, employa ce qui lui restoit de vie à fortifier la ville de Rhodes. Il fit entourer dje murailles tout le fauxboùrg qui regarde la mer, et construire, en même-tems, le môle où abordèrent depuis les vaisseaux et les galères. C'étoit par dès soins si utiles qu'il tâchoit de se consoler du re-
fus que le Pape avoit fait d'admettre sa démis-
sion. Le relâchement qui s'introduisoit, malgré beGoaoîi. lui, dans la discipline, l'obligea de réitérer ses instances. Il s'apperçut avec douleur que la plupart des commandeurs, qui résidoient en Europe, pour éluder ses ordres, se servoient de la protection même du Pape, et de celle des rois de France, d'Arragon et de Castille: ce qui rendoit ces mauvais religieux , arbitres de leur devoir. Gozon, ne trouvant point de remède à un si grand mal, dépêcha de nouveaux envoyés au Pape, qui reçut enfin sa démission. Ils apportèrent à Rhodes l^a permission de ce pontife pour procéder à une nouvelle élection ; mais cette permission fut inutile, parce que leGrahd-Maî- i353. tre fut surpris, au mois de décembre, par une mort subite, s'il est permis de se servir de ce terme pour un si homme de bien, et qui avoit été encore plus attentif sur sa propre conduite, que sur celle des chevaliers dont il étoit chargé. Ses funérailles furent célèbres par les justes louanges de ses confrère^, et par les larmes de tous les habitans de l'isle, et sur-tout des pauvres dont il avoit été le père. On ne mit sur son tombeau que ces mots: Cy-git le vainqueur du Dragon.
Le couvent et le chapitre de Rhodes, après la mort de Gozon , élurent pour son successeur ç^^"",^,^^^ frère Pierre DE Cornillan, ou dé Cornelian, ,353 chevalier de la langue de Provence. Il étoit très-digtie de cette éminente place par la ré- ^^^4-
198 HISTOIRE DE l'oRDRE
gularitë de sa vie , et même par la sévérité do
CoKsiLLAii ses mœurs: l'Ordre avoit alors besoin d'un pa-i reil supérieur. Il n'eut pas plutôt pris ppssessioa de sa diffnité, qu'il convoqua un chapitre géné-r rai à Rhodes. Il s'étoît glissé dans le gouvernement difFérens abus, mais tournés en coqtume. Ceux qui en profitoient les eussent volontiers fait passer pour des lois. Le premier, et ut\ des plus dangereuj^, c'est qu'on abusoit souvent du sceau du Grand-Maître, pour sceller, sans sa participation , des ordonnances et des quittances qu'on portojt ensuite au trésor. Un autre abus , et qui n etoit pas moins préjudiciable à tout le corps des chevaliers, c'est que les prieurs s^étoient n^is eu possession, dans leurs prieurés, de nommer aux commanderies vacantes; et, au préjudice du mérite, de Tâge, et des droits d'ancienneté, ils. faisoient souvent rei^plir ces places par leurs pareps et par leurs amis. Le Grand-Maître obtînt du chapitre un règlement, par lequel il fut ordonné, que,^ans la suite, on ne se servîroit plus du sceau de la grande-maîtrise pour tout ce qui ^joncernoit les finances; mais. que .toutes les ordonnance seroient scellées du sceau du CQuvent, et er\ plein Conseil.
Parle second règlement, la nomination aux commanderies fut renvoyée au Grand-Maître et au Conseil de l'Ordre pour y être pourvu selon le r^^ng, Tâge, et les services des chevaliers. Ce fl'étoient pas là les seuls abus que le Grand- Maître, eut bien voulu corriger ; mais aussi pru-
dent que zélé, il distribua en différens tems ses» projets de rëformatiqus ; et il ea remit lexécu- coehux4m tioQ à proportion quil se trouveroit autorisé d^ns le gouvernement.
Pendant que ce Grand-Maître étoit tout occupé du rétablissement de la discipline, des ennemis secrets que TOrdre avoit à la Cour du Pape, reprirent le dessein de tirer des mains des chevaliers de Rhodes <ous les biens des Templiers, dont apparemment ils comptoient bien avoir la meilleure part. Mais, pour ne pas se rendre suspects , ils attaquoient TOrdre avec beaucoup d art. Leë uns disoient simplement au Pape que Ton découvroit y tous les jours, que les richesses et la dépouille des Templiers excédoient, de beaucoup, tout ce qu'on en avoit publié.
D'autres ajoutoient, que les Hospitaliers n étoient pas même en assez grand nombre pour vaquer à la recherche de ces grands biens ; que la plupart des chevaliers étoient passés en Europe; qu'il sembloit qu'ils eussent abandonné Tisle de Rhodes; et que efiux qui étoient restés avec le Grand-Maître, ensevelis dans le fond d'un Palais , n'étoient occupés que de leurs plaisirs et du soin d'accumuler des trésors. Ces discours ^étoient semés avec beaucoup de secret et d'artiBce, et prévenoient insensiblement l'esprit du Pape. Enfin leurs ennemis en vinrent jusqu'à proposer à ce pontife de miettre, en sa main, tous les biens des Templiers, et de les employer ensuite , au gré de sa sainteté, en œuvres pieuses ^
OU, s'il le juçeoit à propos, de les donner pour Ck)a»iLLAif la fondation, d'un nouvel Ordre militaire, qui^ par son zèle , exciteroit 1 émulation des chevaliers de Rhodes, et les tirerdit d une dissipation si contraire à leur règle et à leur institut.
Le Pape , au sujet des conquêtes que faisoient les Turcs, prit un autre parti, et bien extrordinaire. Orcan, dont nous venons de parler, et qu'on regarde comme le second prince des Osmanides ou Ottomans, après avoir conquis la plus grande partie de la Natolie , battu l'empereur Jean Paléologue en différentes occasions, et prisfiurse, Nicomédie et Nicée, passa l'Hellespont, et sembloit vouloir établir le siège de son empire dans •la Morée. On rapporte, à ce sujet, qu'un grand tremblement de terre lui ayant facilité la prise de Gallipoly: Demeurons en Europe, dit-il à ses officiers, puisque Dieu nous en ouvre le chemin. Le Pape Innocent VI , dont nous venons de parler, allarmé de la rapidité de ses conquêtes, dans la crainte qu'il ne portât ses armes jusqu en Italie, et pour l'obliger de retourner en Asie, ordonna aux chevaliers de Rhodes de quitter cette islcj et de transporter le couvent et leur habitation dans quelqu'endroitNde terre ferme, voisin des Turcs ou des Sarrasins , soit du côté de la Palestine ou de la Natolie, dans la vue que ces chevaliers, par une diversion utile, attireroient sur eux les armes des infidèles, et, par cette guerre, allumée au milieu des États du Turc, serviroient de boqleyard à la Chrétienté :
des$ein qui a voit d<îjà été inspiré aux prédécesseurs de ce pontife , mais dont Fauteur ne peut cobwuxak avoir été qu'un ennemi secret de cet Ordre, et aussi mauvais politique que peu entendu dans 1 art de la guerre. Il est surprenant que le Pape proposât à rOrdre d'abandonner une isle puissamment fortifiée; de renoncer à tout l'avantage que les chevaliers tiroient de la mer et de leurs flottes, qui couvroient également l'isle de Chypre et l'Arménie, pour les envoyer, pour ainsi dire, à la boucherie, et les obliger, comme de nouveaux aventuriers, à chercher un établissenàent au milieu des États des infidèles , trop puissans pour les y souffrir.
Cependant, au- préjudice de si justes considérations , et qui dévoient se présenter naturellement à Fesprit d'Innocent, ce pontife, toujours entêté de son projet, envoya à Rhodes frère Ferdinand d'Hérédia, châtelain d'Emposte, et grandprieur de Castille, qui étoit regardé, à la Cour de Rome, comme le confident et le favori du Pape ; et il le fit accompagner par frère Raymond Bérenger , précepteur ou commandeur de Castel - Sarrasin , et par frère Pierre de Cornillan , commandeur de Vaipugen , et apparemment , parent du Grand-Maître : tous trois des principaux chevaliers de l'Ordre , et dont les deux premiers parvinrent , depuis, à la grande-maîtrise. .
Le Pape les chargea de représenter au Grand- , Maître et au Conseil les plaintes qu'il recevoit continuellement de l'inaction et de la léthargie
^ dans laquelle tout TOrdre pàroissoit enseveli de-
CowvLLka puis quelque tems ; que , pendant que les Turcs ravageoient la Grèce^ et menaçoient lltalie , les chevaliers, contens de se trouver dans leur isle, en sûreté , à Fabri des fortifications de Rhodes , et amollis par les délices, consumoient dans des plaisirs criminels , et que la pudeur et Thonnêteté ne permettoient pas de nommer, ce^ grands biens qu'ils ne tenoient que des dépouilles des Templiers , et de la piété des fidèles ; qu'il étoit bien instruit que les Papes Jean XXII , Benoit XIl, et Clément VI, ses prédécesseurs immédiats^ pour les arracher de ces lieux enchantés, où leur salut couroit tant de risques, les avoient souvent exhortés de transférer leur habitation dans la Terre-Sainte , quoique occupée par les infidèles ; mais que le Saint-Siège n ignoroit pas le peu de cas qu'ils avoiçut fait jusqu'alors de pareils con-« seils , qu'ils dévoient pourtant regarder comme des lois et des ordres formels; qu'il leur com* mandoit de travailler actuellement à cette translation dans quelque endroit^ d'où, avec le secours dp ciel , ils pussent pénétrer jusques dans la Terre-Sainte ; sinon , qu'il seroit obligé de les y contraindre, par toutes les voyes qui lui pa- Foitroient les plus convenables; et, entr'autres ^ .par la privation des biens des Templiers , qu il employeroit à la création d'un nouvel Ordre militaire , dont le zèle exciteroit peut-être leur émulation , ou les couvriroit d'une honte étemelle. « Le Grand-Maître répondit au Pape, qu'il avoit
DES CHEVALIERS DE MALTE, 2o3
reçu seâ ordres avec bien du respect; mais que, s^ns la participation et le consentement du cha- coimiLLiq pitre géi^érai de l'Ordre , il ne pou voit pas abandonner si brusquement une conquête si considérable, et qui avoit coûté le plus pur sang des chevaliers ; qu il alloit indiquer incessamment ce chapitre dans Rhodes même , et qu il communiqueroit, à ses frères, les intentions de sa sainteté. Le Pape craignant que , si le chapitre s'aasemfaloit dans Rhodes , la ^richesse de cettq isle^ ses fortifications , son port, ses flottes , et xpême la vie délicieuse quon y menoit^ ne dé-iterminassent les chevaliers à y rester, déclara, par une bulle solemnelle, qu'il vèuloit que le chapitre se tint à Nimes ou à Montpellier, places peu éloignées d'Avignon , et doii, apparemment, il se fiattoit que son autorité infiueroit plus efficacement dans rassemblée. Ce pontife marquoit dans sa bulle , que , depuis le retour de ses ^ envoyés, il avoit appris, avec surprise, que d autres chevaliers, qui étoient à sa Cour, avoient écrit à Rhodes de ne pas s'inquiéter de tout ce que le le châtelain leur avoit dit , comme venant de sa pa^rt ; que cet adroit courtisan , pour se rendre nécessaire à son Ordre, avoit grossi ses reproches et ses menaces ; naais que le Pape^, même en leur présence, s'étoit expliqué bien différeniment;; et qu'on dçvoit demeurer en repos au sujet de* la translation . I^e Pape ajoutoit qu'il leur envoyoit cette bulle comme un témoignage irréfragable de sa volonté, et eu Qpiêipe-tems de la^
!2o4 HISTOIRE DE L'oRDRE
[ — vérité de ce que le châtelain leur avoît dit de sa
CoRNiLLA» part , et afin que de pareils faits n'apportassent aucun retardement à leur établissement sur les frontières des infidèles.
On ne peut exprimer la douleur dont le Grand- Maître fut pénétré , soit en voyant que le Pape persistoit dans un dessein si pernicieux , ou par la crainte même que son Ordre , comme souverain, ne prétendît s'y opposer: et il se trouvoit partagé entre lobéissance qu il devoit à ce pontife, et ce qu'il croyoit devoir à son Ordre et à ses religieux : deux devoirs qui lui paroissoient presque également indispensables. Dans une si" cruelle situation, la n>ort vint, pour ainsi dire , à son secours , et termina sa vie dans lé dix-huitième mois de son magistère. Les chevaliers firent Roger remplir sa place par Roger de Pins , chevalier ^^d>sT. ^^ la langue de Provence, d'une Maison illustre • en Languedoc, parent d'Odon de Pins, vingts i355. troisième Grand-Maître de l'Ordre , et de Gérard* de Pins, qui, pendant la vacance du magistère,* avoit remporté une victoire s^nalée sur Orcah , fils d'Otman.
Le Pape, qui n'a voit pas voulu permettre la convocation du chapitre à Rhodes, et qui, de ' son autorité, l'avoit indiqué à Nismes ou à Montpellier , craignant encore qu'il né s'y prît des résolutions contraires à ses projets au sujet de Rhodes, et pour être mieux instruit de ce qui s'y traiteroit, voulut qu'il se tînt dans Avignon même 7 et, pour ainsi dire, sous ses yeux. Mais,
DES CHEVALIERS DE MALTE. 2o5
dans rimpatience qu'il ayoit de tirer les cheva- ~ liers de Ti^le de Rhodes, comme il leur eut fallu dePiss. un ternes considérable pour se rendre à Avignon des différentes provinces de la Chrétienté , il se contenta qu'on tin t , à sa Cour, une assemblée oii frère Guillaume de Mailly ^ grand -prieur de France , et frère Guillaume Chalùs, grand-prieur d'Auvergne , présideroient de la part du Grand- Maitre , et en qualité de ses lieutenans en deçà de la mer.
Heureusement pour l'Ordre , quelque tems avant l'ouverture de cette assemblée , on insinua au Pape , que , dans le dessein où il étoit dç tirer les chevaliers de l'isle de Rhodes , il seroit biçn plus utile pour la Chrétienté , et sur-tout pour l'Italie^ de les étabhr dans la Mprée que dans la Palestine, où ils ne ppurroient résister à la puissance form^idable des Turcs et djes Sarrasins. Le Pape goûta assez cette proposition. Robert, em^ pereur titulaire .de Constantinople , étoit alors prince de Tarente, et souverain de l'Achaye.pu Morée, par la cession que lui en avoit faite Jean, duc de Duras, son oncle. D'un autre côté, Jacj ques de Savoye, fils aîné de Philippe , prince de Piécaont , prétendoit que la Morée lui apparte-. lïoit du chef d'Isabelle . de Ville - Hardouin , sia mère; et, parmi ces différentes prétention^, le Turc, qui avoit, pour lui, le droit du plus fort,' empprtoit, tous les jours, quelques places de cette province. Le Pape, pour la conserver à la Chrétienté, proposa au prince 4e Savoye dç
3bë HISTOtHE t)E L*ORDîlÈ
■ traiter de ses droite avec les chevaliers de Rho-
he^ibs. des. Cette grande aHait*e fut agitée dans rassemblée d'Avignon; les chevaliers /qui ne vouloient pas heurter de front les sentimens du Pape, nommèrent des commissaires ; mais , comme ils attendoient quelque changement du bénéfice du tems, ils firent traîner, sous difFérens pt*étextes, cette négociation; et ils travaillèrent si lentement, que la mort «urprit le prince de Savoye , avant qu'il y eût rien.de conclu ; et ce ne fut que long-tems après qu'on reprit ce dessein , comme nous le dirons dans la suite.
Cependant on fit, dans cette assemblée, differens règlenlens qui concernoient la disciplilie, et qui font connoitre les abus qui s'étoient introduits dans rOrdre , au sujet de la distribution des aumônes. Au grand scandale des peuples, et au préjudice des pauvres' » depuis que lés biens des Templiers âvoieUt été réunis à la manse des Hospitaliers, on avoit négligé 5 dans leurs knaisons, tous les devoirs de la charité, sous prétexte qu'ils s'exerçoient dans les comménderies des chevaliers dé Rhodes. L'assemblée ordonna, qu^'indépendamment de ces aumônes , oii réta-» bliroit incessamment celles qui se faisoient dans tes maisons qui avoient appartenu aux Tem* plierSi
Quoique le Pape fût peu favorable à l'Ordhe , comme on vient de le voir, cependant personne? û avoit plus de pouvoir sur son esprit qu Un che-« Valiejc de Rhodes, appelle frère Jean ^Ferdinand
d'Hérédia , de la langue d'Arragon et efaâtelâin d'Emposte. Lui seul servoît de Conseil et de mi- DsPiHSi nistre à ce pontife , qui 1 emplûyoit même dané des négociations étrangères. Pour le rendi^e plus autorisé à sa Cour, il Ta voit fait gouverneui* d'Avignon içt de tout le comtat Vénaissin. Une faveur si déclarée pouvoit faire soupçonner que les projets extraordinaires du Pape lui étoieni inspirés par TAwagônoîs , qui n aiiroit petit-être pas çté fâché , si l'Ordre eût été contraint d'abandonner Fisle de Rhodes , de s'en faire nom-» mer, par le Pape ^ jpour prince souverain , sous le titre de bailli. Du moins toute sa conduite fait voir que , sans égards pour les statuts et règlemens des chapitres généraux , il ne se servoit de l'autorité du Pape, que pour son agrandissement. C'est ainsi qu il obtint successivement le grand-prieuré de Castille^ et tnême celui de Saint- Gilles, auquel l'avide Espagnol se fit noitimer par lé Pape, qui le lui cofiifëra sans la participation du Grand -Maître^ et de pleine autorité. L'Ordre fut accablé d'un coup si surprenant: les Papes, à la vérité, outre la puissance des clefs, conservoient encore une autorité particulière sur l'Ordre de Saint-Jean , comme en étant les n jpremiers supérieurs; mais ils ne s'en servoient que pour le protéger, ou pour en corriger des abus inévitables dans la condition humaine , et même dans les sociétés les plus austères.
TiCs chevaliers se plaignoient que ce dernier pontife n'employoit sa puissance que pour dé-^
"T truire la forme de leur ffouverneiment : qu'ils ne
dePias. pourroient plus, a 1 avenir, compter sur leurs années de service et sur leur antiquité, si un de leurs confrères j, à la faveur d'une intrigue de Gour, et au mépris des plus sages règlemens, étoit maître deolever, dans chaque langue, les meilleures commanderies. Le Grand -Maître et le Gonseil envoyèrent des ambassadeurs au Pape, pour lui porter les justes remonjlrances de tout l'Ordre ; et le Grand-Maître , pour engager Hérédia à se désister de la nomination du Pape , lui envoya d'amples provisions de la charge de son lieutenant en deçà de la mer. Mais toutes ces démarches furent également inutiles : le Pape fut'inflexible , soit par affection pour son favori, ou pour ne pas déroger à cette suprême aytorité qu'il prétendoit exercer dans le gouvernement de l'Ordre: et Hérédia, abusant de la nouvelle grâce du Grand-Maître, non-seulement ne payoit plus au trésor commun les responsions de tant de commanderies qu'il avoit accumulées , mais encore , sous prétexte de sa charge de lieutenant, il retenoit par ses mains les responsions des au* très commanderies. Lorsqu'elles venoient à vaquer , il tiroit du Pape de nouvelles provisions , et.^ par une conduite si violente, il s'érigeoit en tyxan de son Ordre.
Ce fut le sujet d'une nouvelle ambassade : le Grand-Maître envoya, à Avignon, frère Roger de Montaut, grand -commandeur, et frère Etienne deMontaigu, pour demander au Pape laper-
mission de faire faire le procès à Hérédia, comme ~'' — à lusurpateur des biens de l'Ordre. Le Pape, dkPih». qui ne vouloit pas protéger ouvertement ses injustices, feignit de consentir à ce que le Grand- Maître désiroit: il nomma même deux cardinaux pour prendre connoissance de cette affaire. Mais, sous la qualité déjuges, ils ne firent que lof&ce de médiateurs; et, à cause du crédit dHérédia, quils vouloient ménager eux-mêmes, ils engagèrent les ambassadeurs, moyennant une légère satisfaction , à se désister de leurs poursuites. Le Pape envoya exprès*, à Rbodes, un gentilhomme de sa maison, pour dire, de sa part, au Grand- Maître, qu on lui feroit plaisir de ne pas troubler Hérédia dans la jouissance des dignités qu il lui avoit conférées, et dont, disoit-il, ce chevalier n employoit les revenus que pour l'intérêt de l'église et le service du Saint-Siège.
Le Grand-Maître fut obligé de souffrir un abus qu'un tel protecteur l'empêchoit de corriger. Mais, de peur qu'un si pernicieux exemple ne tirât à conséquence, et qu'à l'imitation d'Hérédia, les autres prieurs ne s'appropriassent les commanderies, ou du moins les responsions que l'Ordre possédoit dans l'étendue de chaque prieuré, ce sage Grand-Maître convoqua, à Rhodes, un chapître général; et il choisit exprès une place dont l'Ordre étoit souverain , afin que les délibérations en fussent plus libres , et qu'on y pût prendre des résolutions qui ne fussent point traversées par d'autres puissances. Ce fut dans
2IO HISTOIRE DE l'ORDRE
■ ce chapitre qu on établit , clans chaque prieuré , abPirs. des receveurs particuliers des droits de FOrdre, et qui n en étoient comptables qu au trésor com* mun. On ordonna, en même-tems, que les prieurs ne pourroient être pourvus d'autres commanderies , que de celles qui composoient leur chambre prieurale. Quelques/réres servans ayant, par leurs intrijjues, obtenu la croix de cheValier, il fut fait dans le^ même chapitre un règlement , qui défendoit d'élever aucun servant à cette dignité: ordonnance conformée celle d un grand Pape, qui avoit sagement établi la distinction de ces deux états, par celle de leurs habits: statut qu il seroit à souhaiter^ par respect pour la noblesse, qu on observât exactement.
Le Grand-Maître survécut peu à la conclusion de ce chapitre. L'Ordre perdit , en sa personne, un chef plein de zèle pour la manutention de la discipline ; et les pauvres de l'isle , un père très-charitable. On remarqua que, dans le tems que la peste infecta cette isle , comme tout l'Orient, et qui fut suivie d'une famine affreuse , il employa d'abord tous ses revenus, et qu'il* vendit ensuite son argenterie, et jusqu'à ses meubles pour subvenir aux besoins des pauvres : ce qui lui mérita, dans l'Ordre et devant les hommes , le titre d'aumônier^ et dans le ciel une juste récompense , et ce centuple promis si formellement par celui seul dont les promesses sont infaillibles. .
L'Ordre élut, pour son successeur, frère Hay-
MOND Bérenger, Dauphinois de naissance, deT — ' — IsL langue de Provence^ commandeur de Castel- béhengeh. Sarrasin ^ que quelques historiens font descendre i365. des Bérenger, souverains dltalie, et d autres, de ceux qui ont régné à Barcelone et dans le Conîité de Catalogne. Quoiqu'il en soit de son origine , il est certain qu'il y donna un nouvel éclat par sa valeur et par la hardiesse de ses entreprises. Des corsaires Egyptiens infe^toient souvent les côtes de Fisle de Chypre, et enlevoient tout ce qui naviguoit, dans ces mers, sous l'étendard de la croix. Bérenger ne se contenta paê de mettre en mer plusieurs galères, qui leur donnèrent la chasse; mais, de concert avec le roi de Chypre, il résolut de les aller brûler jus^ quea dans , le port d'Alexandrie^ Ce prince et le Grand-Maître assemblèrent près de, cent vaisseaux de différentes grandeurs; ils les chargèrent de troupes de débarquement , qu'ils avoient , la plupart, tirées des côtes de France; maisfsans leur communiquer l'entreprise à laquelle on les vouloit employer, et dont Ui*bainV, qui étoit alors sur la chaire de Saint - Pierre , eut seul communication^
La flotte étant près de mettre à la voile, le roi et Bérenger s'embarquèrent , suivis d'un grand nombre de chevaliers; et, en moins de cinq jours, ils abordèrent au pied des murailles d'Alexandrie. Ils y posèrent des échelles, et pré^ sentèrent l'escalade. Les Alexandrins furent surpris: maiSj outre une nombreuse garnison^ il y
— — ^ avoit tant de inonde dans cette grande ville , la
h^KuTui, plus riche de l'Egypte, qu'on vit, en un instant, les murailles bordées de soldats et d'habitans , qui faisoient pleuvoir une grêle de flèches sur les Chrétiens. Ces assiégés , appuyés sur le parapet, à grands coups de piques et de hallebardes , renversent les assiégeans, les poussent dans le fossé, les accablent de grosses pierres. De nouveaux assaillans prennent la place des morts et des blés* ses ; et , sans s'étonner du sort de leurs compagnons, tâchent de gagner le haut des murailles. Les uns sont percés à coups de flèches ; d'autres , précipités ou renversés avec les échelles. Les assiégés répandent, de tous côtés, de l'hidle bouillante et des feux d'artifice , embrasent les machines des Chrétiens, s'attachent même à leurs habits, passent jusqu'au corps, et forcent le soldat , tout en feu , d'abandonner l'attaque pour chercher du secours dans l'eau, où il se précipite. Jamais assaut ne fut plus furieux et plus meurtrier : mais , malgré l'image de la mort ^ qui se présente de tous côtés, les chevaliers de Rhodes, animés par leur propre courage, et soutenus des regards intrépides du Grand-Maître, reviennent au coiqbat, s'attachent de nouveau aux murailles ; et , se faisant une échelle des corps morts de leurs compagnons, s'élèvent jusqu'au haut, gagnent le parapet, se jettent dans la place, et tuent tout ce qui se présente devant eux. De-là les victorieux se répandent . dans la ville , pénètrent dans les maisons voi-*
DES CHEVALIERS DE MALTE. , 2l3
sines des remparts, massacrent les hommes dans — — les bras de leurs femmes, pillent les plus riches bérehgbk. meubles ) et font esclaves tout ce qui échappe à la première fîireur du soldat.
Quoique le roi et le Grand-Maître eussent perdu beaucoup de monde dans les différentes attaques, cependant ils auroient bitfn souhaité de pouvoir se maintenir dans leur 4l)nquête ; mais , ayant appris que le Soudan faisoit avancer toutes les forces de TÉgypte, pour les en chasser; et d'ailleurs se voyant dans une place encore remplie d'un nombre infini d'habitans qui setoient retranchés dans la basse-ville, ils résolurent de se retirer: et, après s'être chargés dun butin inestimable, ils mirent le féu à tous les vaisseaux des infidèles (Qu'ils trouvèrent dans le port, et se rembarquèrent avec leurs prisonniers. L^ roi reprit le chemin de son isle, et le Grand -Maître, celui de Rhodes; ils arrivèrent, l'un et l'autre , heureusement dans leurs États.
Lç Grand-Maître , ayant tiré des prisons des infid^es Pierre-tle Saint-Georges, neveu, ou proche parent dTlrbain , se faisoit un mérite de le conduire lui-même à Avignon : mais , avant que de partir, il apprit sg, mort. Les historiens rapportent que ce pontife étant à l'extrémité, et après avoir reçu les sacremens de l'église, en présence de son camerier, de son confesseur et de plusieurs cardinaux, dit, en leur adressant la parole : « Je crois fermement tout ce que tient «et enseigne la sainte église catholique; et si.
Hatmosd
2l4 HISTOIRE DE l'ORDRE
«jamais j'ai avancé quelqu'autre chose, de quel* BÉRKRGER. ^ que manière que ce soit, je le révoque, et me ' it soumets à la correction de l'église (i). »
Pierre Roger, dit le cardinal de Beaufort, neveu du Pape Clément VI , succéda à Urbain V. Il prît le nom de Grégoire XI. he Grand-Maître songeoit alfers à ahdiquer sa dignité. L'indocilité de la preqpart des commandeurs de l'Europe Tavoit réduit à faire une démarche aussi extraordinaire. A son retour de l'expédition d'Alejxandrie, il apprit du Conseil que la religion ne pouvoit rien tirer des responsions de l'Occident, Cette dureté le surprit autant qu'elle l'affligea : en vain il envoya les ordres les plus pressans; on n'y répondit que par un silence obstiné , et qui couvrolt une désobéissance formelle. Beaucoup de ces commandeurs possédoient plusieurs commanderies ; et ils employoient leurs^responçions et le bien de l'Ordre, ou à acheter la faveur et la protection des princes, ou h enrichir
' (i) Praôsentibus, etiaifn oamerario^ confessore, plorî^p ])U$que aliîs famiiiaribus suis, ac aliis mulds notabilibus persopis, dixit et asseruit se tenere et credere firmitèr, si(N que confessuç esX simplicitèr quidqiiid sançta, catholica et apostolica tenet, docet et ^rœdicat ecclesia: et si per priùa docendo, legendo, praedicando, aut disputando, vel alîàs aliiid quovis modo prçedicaverat , vel dixerat, totum id revocavit^ yoluitque haberi pro non dicto, submittensse et dicta suii hujusmodi correctioni et determinationi dictas sanctae matris ecclesiœ, à quà assuerit se nunquàm déviasse scientèr. Gesta Urh^ V, apud Rainaldunty tom. \^^
• fid ànn, 1370! 5*'^^*
DES CHEVALIERS DE MALTE. 2l5
leurs familles: et les plus réguliers, quand ils
faisoient quelquefois passer de largent à Rho- bérekgir. des, regardoient, de leur part, ces responsions comme des aumônes arbitraires et de pures libéralités. D'ailleurs il setoit élevé des différends considérables entre les langues de Provence et dltalie ; et les principaux chevaliers de ces deux langues refusoient de se soumettre au jugement du Grand-Maître. Tant de désobéissance de toutes parts lafïligeoit ; mais, comme il aimoit véritablement son Ordre, il crut qu un Grand-Maître, plus habile et plus ferme ^ se feroit mieux obéir, et pourroit rétablir une heureuse correspondance entre le chef et les membres. Ce fut le principal motif qui le porta à vouloir abdiquer sa dignité: mais le Pape, qui connoissôit son mérite , lui refusa son consentement : et ce pontife, qui, pour le soulager, vouloit entrer en connoissance des affaires de TOrdre, convoqua, à Avignon , une assemblée générale des principaux commandeurs, mais dont il dispensa le GrandrMaitre, à cause de son extrême vieillesse: il se contenta de lui demander un mé-^ moire des règlemens qu il croyoit las plus nécessaires pour le rétablissement de la discipline.
On traita d abord, dans cette assemblée, du différend qui étoit entre les langues de Provence et d'Italie. Le sujet de leurs contestations venoit de ce que la langue de Provence , comme la plus ancienne et la première de l'Ordre, possédoit le prieuré du royaume de Hongrie > et dans Tltalic
Ratmoud
'ceux de Gapoue et de Barlette, avec les com*- 'BéBEMGisii. nianderies de Sa int-É tienne, de Moaopoli, de Venouse et de Sainte-Euphémie, que la langue d'Italie rëclamoit. Elle demandoit, en outre, que le prieuré de Hongrie lui fut annexé comme un équivalent, et pour balancer, dans le chapitre, le pouvoir de la langue de Provence, qui seule avoit plus de suffrages que deux autres langues.
Comme la langue de Provence se défendoit par le titre de sa possession, le Pape en remit le jugement aux cardinaux d'Espagne et de Florence; et, par leur médiation, plutôt que par une décision dé rigueur, on convint qu a la première vacance du prieuré de Hongrie, il y seroît pourvu par le Grand-Maître et le Conseil, qui choisiroient indifféremment, dans les deux langues, le sujet qui en auroit paru le plus digne; et que , dans la suite , les deux langues y nom-* meroient alternativement; que les prieurés de Capoue et de fiarlette , et les commanderies de Naples et de Sainte-Euphémie appartiendroient à la langue dltalié; mais que Saint-Étienne, Estonibia, Alife, Venouse, Monopoli et leurs dépendances , demeureroîent à la langue de Provence.
On ordonna, dans, la même assemblée, suivant les intentions du Grand-Maitre, et le mémoire quil avoit envoyé au Pape,, que chaque chevalier ne pourroit posséder qu une grande cômmanderie, ou deux petites, c est-à-dire, dont
DES CHEVALIERS DE MALTE. 2lJ
les responsions n excérieroient par. la somme de „ deux ceats florins ; et que toutes les responsions BÉasiiQBa. seroient payées exactement chaque année, sous peine de privation de la commanderie. On ajouta à ces règlemens, que, dans la vacance de la grande-mat trise, et quand on procéderoit à 1 élection d'un nouveau Grand-Maitre, on ne prend roit plus indifféremment les électeurs dans toutes les langues, comme on avoit fait jusqualors ; mais que chaque langue nommeroit deux électeurs. Â Fégard du Conseil souverain de rOrdre, il fut statué que, pour être censé complet, il devoit s'y trouver au moins les huit baillis conventuels, trois grands-prieurs, Finfirmier, deux des plus anciens chevaliers de chaque langue, et qui seroient tous présidés à l'ordinaire par le Grand-Maître , qui , à raison de son éminente dignité, auroit seul deux suffrages dans toutes les assemblées, comme il setoit toujours pratiqué jusqu'alors; et que ce. Conseil, quand il seroit complet, disposeront des prieurés et des çompaanderies qui.viendroieht à vaquer.
De si sages règlemens , autorisés par l'approbatipn du Pape, furent envoyés à Rhodes et\ dans tout l'Ordre. Le Grand-Maître les reçut avec une sensible joye; mais la mort dont il fut prévenu, lempécha d'en recueillir le fruit tjui fut réservé à frère Robert de Juillaç , grand-^ ï\o"««t dç prieur der France , que le chapitre de Rhodes ^3 3 nomma, quoiqu'absent , pour Grand-Maître. ♦
Quand il en reçut les nouvelles , il étoit ac- *^74^
2lS HISTOIRE DE L'ôRDRE
^ tuellement en France dans son prieuré. H en
JoiixAc. partit aussitôt pour la Cour dAvig;non, où u rendit ses devoirs au Pape. U changea ensuite tous les receveurs d en deçà la mer, qui lui parurent négliger leur recette: ce fut le, premier usage qu'il fit de son autorité. Il en fit un autre de son obéissance envers le Saint-Siège, en se chargeant avec son Ordre de la propriété et de la défense du châteaii et de la basse-ville de Smyrne, que Farmée de la ligue avoit enlevée aux Turcs, comme nous le venons de rapporter, liarchevéque et les habitans s étant plaint au Pape, quOttobon Gatasleo , leur gouverneur, plus marchand que soldat , les abandonnoit souvent, à raison de son commerce, pour faire de fréquens voyages en Italie , en sorte qu il laissoit cette place sans garnison et sans vivres , le Pape fit dire aux chevaliers , que son intention étoit qu'ils unissent Smyrne aux autres biens de leur Ordre. En vain le Grand-Maître lui représenta que cette forteresse étoit située au milieu des terres des Turcs , et dans un éloignement de ritalie, qui ne permettoit pas, en cas d'un siège , d en espérer un prompt secours ; qu'il falloit d ailleurs , pour l'entretien de la garnison , des sommes considérables, que son Ordre n'étoit pas en état de fournir. Le Pape se contenta d'assigner, pour cette dépense , une somme de mille livres par an , que le trésorier de la religion devoit prendre sur les dîmes de Chypre. Du surplus, comme tout ce que le Grand-Maître lui
avoit représenté de la situation de la ville de '
Smyrne , enclavée dans les terres dé la domina- jgillag. tion des infidèles, étôit la raison même qui Favoit déterminé à en confier la défense aux chevaliers , dans la vue que les Turcs ne porteroient point leurs armes plus loin, tant quils auroient des voisins si redoutables , ce pontife ordonna au Grand-Maitre et au Conseil, sous peine dex«* communication, d'envoyer incessamment d9ns Smyrne une garnison suffisante , composée d un bon nombre de chevaliers et des troupes que la ^religion entretenoit à sa solde. Le Grand-Maitre se disposoit à partir pour Rhodes avec ces or*dres , lorsqu'il en reçut de fâcheuses nouvelles. 11 apprit qu'il s'y étoit élevé des divisions entre les chevaliers du couvent et le Conseil. Les chevaliers se plaignoient que le Conseil , soit dans la nomination aux commanderies , soit dans les différends qui naissbient entre les chevaliers, sans égard pour les droits d'ancienneté ou pour la justit^e, régloit ses nominations et ses juge* mens par le crédit que les particuliers pouvoient avoir dans cette compagnie. Le Conseil , de son côté, mandoit au Graûd-Mattre, que les chevaliers avoient trouvé le moyen d'éluder toutes ses ordonnances par des appels continuels au Saiiït*- Siège : ce qui ruinoit entièrement la discipline et l'autorité du gouvernement. Le Grand -Maître fit part au Pape de ces plaintes réciproques ; et ce pontife, pour favoriser les particuliers, cassa, par i^ne bulle expresse, toutes les nominatîona
^ faites par le Conseil , pendant la vacance du
Robert DB . * i» i i ^ i %» a
Jdiu^c. magistère, et en 1 absence du Grand -Maître. Mais aussi, par la même bulle, après avoir repris sévèrement les religieux qui ne se serv oient , disoit-'il , de la voye d appel , que pour ^e soustraire à Tobéissance qu ils dévoient à leur supérieur, il ordonna au Conseil de n avoir, à lavenir, aucun égard à de pareils appels ; mais qu ils se disposassent tous également à recevoir leur Grand-Mattre comme leur supérieur légitime, et qu il avoit même revêtu , à leur égard, de lautorité apostolique. \
Le Grand-Maître partit avec ces ordres, et arriva heureusement à Rhodes. Sa présence, des manières affables , et une exacte justice qu'il rendoit indifféremment à tous ses religieux, rétablirent bientôt la concorde. Il leur communiqua ensuite les intentions du Pape , au sujet de la défense de Smyrne; et, quoique les principaux du Conseil vissent bien que c etoit sacrifier et envoyer à la boucherie les chevaliers qu on chargeroit d une pareille commission , cependant on prit le parti de Tobéissance : on vit même plusieurs des chevaliers s offrir généreusement pour un emploi, oii le péril et la gloire étoient également certains. En effet , il n'y àvoit guères d apparence que les empereurs Turcs, dont la puissance augmentoit tous les jours, souffrissent, au milieu de leurs États, les chevaliers paisibles pos- ^sseurs d une place qu ils leur avoient. enlevée.
Soliman premier, fils aîné d'Orcan, marchant
sur les traces de son père , en moins de deux — — — ans , avoit joint a son empire la meilleure partie jvtujkc. de la Thrâce , et s'étoit rendu mattre d'Andrinople et de Philippopoli. Gomme Amurat pre* mier, son frère* et son successeur, vécut plus' long-tems, aussi étendit-il plus loin ses conquêtes, lies royaumes de Bulgarie , de Servie , de la Bossine et de Thessalie , et les principautés d'Empire, d'Achaye et de Caramanie, qui s'étoient formés des débris de lempire Grec, devinrent lobjet de son ambition ; et il en envisagea la con*> quête, comme le moyen de s^ouvrir un chemin à celle de Gonstantinople. Ce prince défit , dans une bataille , Gracovilchs , roi des Bulgares. Il eut le même avantage sur le despote de Servie; il venoit de se rendre maître de la ville de Phe-^ rès , qlors capitale de la Macédoine. La Mysie tomba sous lefFort de ses armes; et lempereur Jean ou Calojean Paléologue, s'étant avancé dans la Romanie , pour en arrêter les progrès , fut défait à plate-couture; on prétend que ce sultan étoit sorti victorieux de trente-six combats ou batailles.
Cependant , comme s il n eut encore rien en-* trepris pour sa gloire , il fit faire des levéesr extraordinaires de troupes dans tous ses États. Un armement aussi considérable, les marches et les contremarches de tant de troupes allarmèrent tous ses^ voisins ; chacun se tenoit sur ses gardes , sans qu'on pût prévoir de quel côté il toumeroit ses armes.
„ Le Grand-Maitre fit part au Pape de tous ces
JuiLLAG. mouvemens , et des raisons qui lui faisoient craindre que Smyme^ et même Rhodes , ne fussent lobjet secret d un aussi puissant armements U lui repirésenta , en même-téms , que , dans lexpédition d^Alexandrie ^ TOrdre avoit perdu plus de cent chevaliers, qui nav oient pas été remplacés ; que Tisle et la ville de Rhodes avoient besoin d*un prompt secours ; et qu'il supplioit sa ssdnteté dy pourvoir incessaimment j de peur de surprise de la part des infiuèles.
1375. Le Pape convoqua, à ce sujet, une assemblée des principaux commandeurs dans la ville d'Avig[non ; et il y fut résolu , qu on feroit passer à Rhodes, dans le mois de mars suivant , cinq cents chevaliers et autant decuyers ou de /rères-servans. Les prieurs, suivant un ordre particulier du Pape, dévoient nommer les chevaliers de leur prieuré, quils jugeoient en état de marcher j et chaque chevalier étoit en droit de choisir lui-même , à son tour, le frère-servant dont il Youloit être accompagné, et qui lui paroissoit le plus propre. pour son service: ce qui fait voir, en passant, que ces frères-servans , à l'égard des chevaliers, étoient comme des espèces d ecuyers, et que chaque chevalier, en ce tems-là, avoit son frère-servant attaché à sa per^sonne et au service militaire sous ses ordres. Ces cheveliers çt leur suite arrivèrent heureusement à Rhodes: une recrue aussi considérable fit beaucoup de plaisir au Grand-Maître et à tout le couvent
DES GHEVALtERS DE MALTE. 223
Mais, cette année^ on n'eut rien à démêler avec r "
les Turcs, dont toutes les forces tombèrent , de Jdillac. nouveau , sur les Bulgares et les Serviens.
Mais la religion eut beaucoup à souffrir de set propres ènfans. Il s'éleva , dans l'Ordre , des ennemis domestiques, et comme une semence de rébellion , qui éclata principalement en Angleterre, en Castille et en Portugal. Frère Robert d'Alri ,, prieur d'Angleterre,' Sanche de Sumassa, prieur de Castille , et Alvarez Gonsalve , prieur de Portugal , cantonnés dans leurs prieurés , et feivorisés des rois souverains de leurs pays , refusèrent ouvertement de payer leurs responsions. Le prieur d'Angleterre fondoit sa désobéissance sur l'injustice qu'il prétendoit que le 'Grand- Maître lui avoit faite, en conférant une cornmanderie d'Ecosse à un chevalier Écossois , quoiqu'il soutint qu'elle dépendoit du prieur d'Angleterre. Son souverain, qui regardoit l'Ecosse cçmme un ancien fief de sa couronne, nonseulement appuyoit la rébellion du prieur, mais encore il fit saisir les revenus de toutes les commanderies que l'Ordre possédoit dans ses États. Le Grand -Maître porta , au Pape , des plaintes d'un prbeédé si violent. Ce Pape, instruit de la justice de sa nomination , en fit passer les preuves à la Cour d'Angleterre ; et il menaça, en mème-tems, le prieur de cette nation de l'excommunief , et de le priver de l'habit , s il ne payoit incessamment ses responsions, et s'il ne procujToit la main-levée des biens de l'Ordre , qu'il
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' ' avoit eu le crédit de faire saisir. Lia crainte de
Robert DE |, • ^. i «^ j j •
juiLLAc. 1 excommunication le remit dans son devoir, aussi-bien que le prieur de Gastille , auquel on intima les mêmes menaces de la part du Saint- Siège.
Mais ces foudres, tout redoutables qu'ils etoient , ne firent aucune impression sur le prieur de Portugal. Le Pape, pour toucher vivement un homme qui n'étoit en prise qu'à Fintérêt, conféra son prieuré à frère Jean Fernand, commandeur de Toulouse; et il le cita à sa Cour, pour se voir dégrader de la dignité de chevalier, et privé de l'habit de la religion. Malheureusement tous ces décrets de la Cour de Rome n'avoient guères d'effet à l'égard du temporel, qu'autant que le souverain les vouloit bien appuyer de son autorité; et ce ne fut que . quelques années après, que ce prieur rebeUe rentra dans son devoir.
On place , dans cette année , la mort du Grand- Maître de Juillac, qui ne tint cette dignité qu'un peu pliis de deux ans , mais qui fut généralement regretté par la sagesse, la prudence, et surtout par la douceur de son gouvernement.
Le chapitre et le couvent de Rhodes firent rem-
Jeah"- plir sa place par frère Jean Ferdinand d'Héré- BliÉBÉwA l>iAï châtelain d'Emposte, ou grand-prieur d'Ar-
,3 g ragon, et grand-prieur de Saint-Gilles et de Castille, qui étoit absent, et toujours résident auprès des Pap«s , en qualité de gouverneur d'Avignon et du comtat Vénaissin.
On sera peut-être surpris, après tout ce que
nous avons dit de la conduite de ce chevalier, ferdin. que rOrdre , dont , contre toutes les règles , il «'Héhédu a voit usurpé les principales dignités, eût fait un pareil choix. Mais apparemment que les ^électeurs considérèrent que ce chevalier conservoit toujours un grand crédit dans la Cour d'Avignon ; que ce crédit s'étendoit même jusqu'auprès de la plupart des ^prihees Chrétiens, qui ménageoient, avec de grands égards, un homme habile , et dont les conseils idfluoieat beaucoup dans tes différens partis que prenoit la Cour du Pape; d'ailleurs, quun malheureux esprit de rébellion , qui avoit sa source dans nne sordide avarice, infectant, depuis quelque tems, plusieurs commandeurs, il étoit de la politique de TOrdre de mettre à sa tête un homme augsî puissant et aussi autorisé que 1 etoit Hérédia, et qui, dans cette place, ne pourroit plus distinguer les intérêts de la religion des siens propres.
Quoiqu'il en soit des motifs qui déterminèrent les électeurs à l'élever à la dignité de Grafi>d- Maitre , peut-être que \e lecteur ne sera pas fâché de connoître, un peu plus particulièrement , un chevalier, qui, après avoir été le tyran de son Ordre> en devint un père bienfaisant, et un des principaux ornemens. Jean-Ferdinand d'Hérédia étoit issu d'une des plus nobles Maisons d'Arragon. Blasco Hérédia, son frère aîné, étoit revêtu de la charge d'el jusUtia, ou d^e grand justicier^ dignité établie, dans ce royaume, comme un