‹ Histoire des Chevaliers MalteChapitre 8 sur 11 · f / / Philebert · texte numérisé non relu

f / / Philebert

des soldats, au désespoir d avoir été prévetius de par ce Vénitien , vouloient le jetter à la mer ; Naillac* mais ils en furent empêchés par leurs chefs, qui ne laissèrent pas de continuer leur route et d aborder proche de Baruth.

Comme la ville étoit peu fortifiée, les habitans, sur les avis du Vénitien^ avoient transporté leurs effets les plu$ considérables dans les bois et dans les montagnes. Cela n empêcha pas les Chrétiens de foire leur descente; et, après avoir pillé la place, ils y mirent le feu, se rembarquèrent, et prirent le chemin de Sayde, anciennement Sidon , autre ville de la Phénicie, à trente* cinq lieues de Baruth. Ils y trouvèrent les mêmes précautions , c est-à-dire , le port et la plage couverts des habitans en armes au nombre d environ dix mille hommes. Le Grand-Maitre et le maréchal ne laissèrent pas , à la faveur des machines qui étoient sur les vaisseau^i , de faire une descente à la tète de deux cents arbalétriers , et de deux cents hommes d armes : et Ion contintioit à débarquer le' reste des troupes , lorsqu'il survint un {jros tems , avec un vent contraire si violent, quon ne put continuer le débarquement.

Ainsi le Orand-Âf aitre et le maréchal , n'ayant , au plus, que cinq à six cents hommes auprès d'eux, se trouvèrent sans secours, et exposés à des ennemis beaucoup plus forts, qui les auroient taillés en pièces, s'ils eussent sçu profiter d'une occasion si favorable.

320 HISTOIRE DE l'ORDRË

" Ces barbares s'avancèrent , à la vérité, pour les

DE charger ; mais les Chrétiens y serrés et fermes

Naillac. dans leurs rangs , leur présentoient , de tous cô-^ tés, un front ûi redoutable ^ quils se contenté^ rent ensuite de les combattre de loin , et à coups de flèches. On leur répondit de la même manière ; et la mer , après cinq heures de tempête , 8 étant appaisée, les Chrétiens se rembarquèrent^ à la vue .des infidèles , sans qu aucun eût osé en approcher de plus près que d un trait d'arc.

La flotte aborda ensuite à la côte de Lidda 5 autre yille de la Palestine , que les Grecs appelloient anciennement Diospolis , c eët*à-dire , ville de Jupiter. Cette place étoit située dans une plaine , à une lieue de Ramatha , yets le septentrion. Elle étoit couverte^ d'un côté, par une montagne; de l'autre, par un bois. On n'y abor^ doit, du côté de la mer, que par une anse ou golfe, qui étoit défendu par deux tours. On ne vit paroitre qu'environ trois mille hommes , qui se tenoient même assez éloignés du bord de la mer, et comme s'ils eussent eu peur. Les gêné-* raux , pour les reconnoitre , mirent quelques troupes à terre , sans qu'ils trouvassent d'obstacle à leur débarquement; et, sur le rapport des principaux officiers , on résolut d'attaquer les ennemis, le lendemain. Mais , de peur qu'à la fa-' veur de la nuit, ces barbares ne surprissent ce qu'on avoit débarqué de troupes , on les fit ren-* trer, le soir, dans les vaisseaux. Les infidèles^ voyant que les Chrétiens se rembarquoient , et

croyant qù^ leurs coureurs avoient découvert '

1 embuscade quils avoient mise entre la mer et „f. la ville y sortirent , au nombre de plus de trente NAiLwci mille hommes ^ de derrière la montagne et hors , du bois t tous, Fépée à la main , et avec de f]^rands cris, .s'ayancèrent fièrement jusqu'au pied des tours et au bord de la mer. Ainsi leur précipitation à se montrer > sauva les Chrétiens , qui auroient péri, le lendemain, si , éonformément au projet de leurs {généraux ^ ils avoient marché à Lidda^J et qu ils se fussent engagés dans la plaine^ où ils auroient été coupés et enveloppés par une armée aussi nombreuse et aussi supérieure*

Le Grand-Maître et le maréchal^ voyant la saison avancée, et qu'il ny avoit rien à faire le long de la côte^ se séparèrent. Le Grand-Maître s en retourna à Rhodes ; et . Boucicault prit le cheiUin de Famagouste , où , après son arrivée ^ il donna des ordres nécessaires à la conservation de cette place. Il en partit^ peu de jours après, pour retourner eu Italie; niais ^ avant que de prendre la route de Gènes, il aborda dans Tisle de Rhodes^ pour remercier le Grand -Maître et la religion des bons offices qu'il en avoit reçus ^ dans le traité qu'il venoit de conclure avec le roi de Chypre* Le Grand -Maître le traita magnifi-' quement^ et fournit abondamment sa flotte deî vivres et de rafraîchissemens ; et, avant qu'il, se rembarquât, il lui fit voir les principales forte-* resses de l'isle , leurs g[arnisons ^ leurs armes et les ^ags^sins de chaque placer Le maréchal admi'

Page 1