‹ Histoire des chevaliers Romains considérée dans ses rapports avec les différentes constitutions de RomeChapitre 20 sur 36 · DÉCLBIES JUDICIAIRES SOLS L’EMPIRE · texte numérisé non relu

DÉCLBIES JUDICIAIRES SOLS L’EMPIRE

César ne réussit pas à fonder la monarchie, mais il en fit pénétrer l’esprit dans les institutions républicaines. Le principe de la démocratie est la vertu}, c’està-dire l’amour des lois et de la patrie 2 . Le principe de la monarchie', c’est l’honneur 3 , c’est-à-dire le goût des distinctions, l’attachement do chaque classe, de chaque compagnie, à ses fonctions, à ses privilèges, à ses préjugés. Le monarque, s’emparant des affaires générales, restreint les vues et les passions publiques de chacun, au cercle où l’enferme sa profession ou sa naissance. Il met l’esprit de corps et le point d’honneur à la place du patriotisme. S’il aspire à l’autorité absolue, il multiplie les fonctions et les commandements, pour que chacun de ceux qui les possèdent soit moins puissant. Il relire aux magistratures officielles le pouvoir effectif pour le transférer à des fonctionnaires modestes et dépendants de lui. 11 trouve dans le dédoublement de la hiérarchie deux avantages : celui

1 Esprit îles lois , ni, 3. — 1 Ibid., iv, 5. — 1 lliid., m, 7.

d’exercer la toute-puissance sans trop blesser les regards des orgueilleux et celui de satisfaire un grand nombre de créatures par des places et des marques d’honneur. L’éclat de la représentation devient plus nécessaire, à mesure que les fonctions et les droits deviennent moins sérieux. Car la vanité seule peut combattre, chez les sujets, leur indifférence naturelle pour les charges et les titres qui les privent de leur repos en ne leur donnant que l’ombre du pouvoir.

Cette révolution dans les mœurs publiques s’accomplit à Rome au temps de César et d’Auguste. Elle transforma lentement la chevalerie romaine, et de la situation de classe politique et gouvernante, la fit descendre au rôle d’instrument, puis d’ornement de la monarchie. Dans cette longue décadence, la chevalerie perdit peu à peu tout ce qui avait fait sa puissance et sa gloire, et finit par redevenir ce qu’elle avait été à son origine, la corporation religieuse et toute urbaine des chevaliers equo publico '. C’est ainsi que les plantes annuelles poussent, se développent, fleurissent, puis perdent peu à peu leurs fleurs, leurs feuilles, leurs branches et leur tige et ne laissent qu’un germe semblable à celui d’où elles sont sorties.

Quels avaient été les développements successifs de l’ordre équestre? D’abord association religieuse, militaire et politique, groupée autour du foyer de Vesta et représentant les trente curies de la ville, elle avait bientôt, en doublant ses cadres, reproduit l’image de la dualité antique, de Rome patricienne et de Rome plébéienne. Aux dix-huit centuries des chevaliers equo publico s’étaient ajoutés, en 400 av. J.-C., les

1 V. vol. i 0J , liv. i* r , ch. u.

chevaliers equo privato, qui se distinguaient du reste dn peuple par la possession du cens le plus élevé et formaient toute la première classe des citoyens. Cette cavaferie des légions, se recrutant dans l’aristocratie des petites villes annexées par la conquête à la cité romaine, devint en grandissant une classe politique. De là sortirent les hommes nouveaux qui rivalisèrent dans Rome, d’abord avec le patriciat de la grande ville, puis avec la noblesse sénatoriale, et conquirent pour la plèbe rustique l’égalité des droits. Lorsque Rome conquit le monde, cette première classe des citoyens forma, au III* siècle av. J.-C., les sociétés des publicains pour l’exploitation de la conquête. L’ambition politique de l’aristocratie financière s’accrut avec ses richesses, et C. Gracchus, pour l’opposer à la noblesse sénatoriale, lui fit donner le droit de juger. La puissance attachée à la judicature fit reconnaître l’ordre équestre comme un corps intermédiaire entre le Sénat et le peuple. La loi de Roscius Olhon. qui réservait aux chevaliers quatorze bancs au théâtre, fut le signe distinctif de celte aristocratie du second ordre, et la consécration officielle et publique de son autorité.

Nous allons maintenant remonter le cours de son histoire, reprendre chacun de ses développements, dans l’ordre inverse de celui où ils se sont produits, pour montrer comment, sous l’Empire, chacun de ses honneurs se flétrit, chacune des branches de son pouvoir tomba, jusqu’au moment où la chevalerie, réduite aux six premières centuries equopublico, revint mourir vieille et épuisée auprès de ce foyer de Rome, qui avait été son berceau, et où les six vestales gardaient, comme au temps du roi Servius, le feu éternel.

La chevalerie romaine ne perdit pas en un jour sa vigueur et son activité. Elle avait été une arislocralie militaire, financière, judiciaire. Les empereurs, en détruisant peu à peu l’autorité politique des tribunaux, réclamèrent, exigèrent meme le concours des chevaliers romains pour rendre la justice criminelle et civile. Lorsqu’il arriva au pouvoir, Auguste trouva organisées les deux décuries des sénateurs et des chevaliers, d’où l’on lirait au sorties juges pour les causes publiques. La décurie sénatoriale était de 900 membres, puisque c’était là, depuis César, le nombre des sénateurs 1 , celle des chevaliers, d’un peu moins de mille membres*.

L’ordre tout entier des chevaliers equo privato semblait se confondre avec l’ordre judiciaire, depuis la loi de Césarqui avait étendu à tous les chevaliers la capacité de juger les causes publiques, en l’ôtant aux tribuns de la solde. Le nom d’equester ordo commençait à être réservé, comme on le voit dans Tite-Live, aux chevaliers des 18 centuries equo publico. Parmi les chevaliers-juges, ceux qui avaient été inscrits sur la liste du jury se glorifiaient du nom d esclecti. Enfin, les tribuns de la solde, que César avait privés de la judicature politique, formaient encore ’ une catégorie de juges, aptes à juger les causes privées. Si l’on en croit Pline 4 , non seulement les tribuns de la solde, mais quelques-uns des chevaliers-juges portaient encore l’anneau de fer.

Le nombre des procès sous Auguste s’était augmenté avec la population de Rome. César avait déjà bâti un second Forum où, dans la basilique Julia, se

1 I Moll Citssiiis, xtui, 47. — ’ Pline, II. iV., xxxm. 7. — * V. plus liant, Causct /irirée*. — ‘Pline, //<«/. s.

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plaidaient les causes centumvirales Auguste en bâtit un troisième où il éleva le temple de Mars vengeur, et c'est sur cette place impériale que les préteurs, jugeant les causes publiques, devaient tenir leurs assises, et tirer au sort les juges parmi les décuries de sénateurs et de chevaliers 8 . Le vieux Forum républicain, autrefois si retentissant, ne conserva que les jugements des causes privées. C'est laque, dans d’obscurs plaidoyers, se discutaient les affaires des simples particuliers, devant un juge de la classe des tribuns de la solde 1 * 3 (Octave en avait fait une troisième décurie), ou, si l’objet en litige était de peu de valeur, devant un juge de la classe des ducénaires, qui formèrent la quatrième décurie. Pour que les juges pussent suffire au nombre des affaires, il fallut que l’âge de la judicature fut abaissé de 35 à 30 ans, et que trente jours, auparavant employés aux jeux publics, fussent consacrés à l’expédition des procès 4 .

Mais les juges montraient peu de zèle. La plupart refusaient de venir juger 5 . L'empereur avait beau dresser de sa main le tableau du jury 0 ; les réclamations étaient continuelles. Auguste dut céder; d’abord la session de novembre et de décembre fut supprimée. Puis, chacune des quatre décuries eut à tour de rôle un congé d’un an. Ces vacances nous prouvent qu’à la lin du règne d’Auguste, les décuries n’étaient plus, comme au commencement, distinguées par la spécialité de leurs juridictions. Car il eût été impossible de

1 Suétone, Cèaar, 2 ti ; l’Iim; le jeune, v, épiai. 21. — * Suétone,

A uijuale, 2>J. — 1 V. plus liant, Lui judiciaire il'Aurélius Colla.

— ‘Suétone. Augutle, 32. — 5 Suétone, Ibid. — “Suétone, Ibid..

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