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l’impôt ont déjà plusieurs fois pendu, flagellé, torturé, et qu'ils tiennent en prison. Nous avions trois fils qu’on nous a enlevés pour la même créance, et qui sont vendus maintenant (i). > Si l'on pouvait penser qu'il y eût quefque exagération dans ce que disaient ces écrivains et ces saints personnages, on serait libre de vérifier l’exactitude scrupuleuse de leur témoignage dans deux actes officiels sur la matière, qui sont une loi de Tliéodose le Grand, datée de Milan, du mois de mars de l’année 391 ( 2 ) , et une novelle de Valentinien II , datée de Rome, du mois de février de l’année 4SI (s).
Cependant, malgré les naufrages, malgré la disette des années stériles, malgré la misère ou la mauvaise foi des fermiers, les jurandes romaines auraient peutêtre été assez industrieuses et assez riches pour subvenir, sans compromettre gravement leurs intérêts, à tous les besoins de l’empire, si une cause nouvelle, une cause plus forte que toutes les autres n’avait fatalement entraîné leur ruine ; cette cause, c’est le luxe effréné des empereurs.
Nous n’avons nulle idée, nous autres modernes, de
( 1 ) Mihi est maritus qui fiscalis dehiti {jratiâ .sæpô suspenses est et flagellatus, ac pœnis omnibus cruoiatusservatur in carcere : Très autem nobis 6lii fueninl, qui pro ejiisdein debili necessilate dislracli sunt. (D. Ilieronym. de vilâ Paphnnt.)
(2) Omnes quos parentnm miseranda fortnna ; in servilium, dum victum requirunl, addixit , ingenuilati pristinæ reformenlur. (Cod. Tbeod., lib. III, til. iii, leg. unie.)
(3) Noliim est proximè obcænissiman famem per totam
JURANDES ANTIQUES
l’incroyable dépense de ces maîtres du monde. Ils avaient la fortune de l’Europe, de l’Asie et de l’Afrique dans leurs mains, et certes ils le faisaient bien connaître. Nous avons eu en France quelques rois dépensiers , François !**■, par exemple , et Louis XIV ; c’est tout au plus si Caligula aurait trouvé le premier assez beau viveur pour le mettre de ses joyeuses parties, et toute la fortune du dernier n’aurait peut-être pas payé l’entretien et les gages des laquais de Néron.
C’est vraiment une Histoire des Mille et une Nuits que celle des premiers empereurs romains, par exemple de Caligula, de Claude et de Néron. Sur un défi qu’on lui en faisait , Caligula fit jeter un pont sur la mer, du port de Baïes aux digues de Pouzzoles ; ce pont avait trois mille six cents pas de long ; il était pavé et avait la largeur de la voie Appienne (i). Il y ' passa triomphalement , avec tous ses courtisans, pendant deux jours de suite. Le premier jour il montait un cheval caparaçonné de housses magnifiques, revêtu lui-même d’une robe impériale de drap d’or, et armé de toutes pièces ; ses courtisans marchaient après lui
Italiam desævisüe, coactosque homines, (îlios et parentes venüere, iil discrimen instanlis mortis effugerent. (God. Theod., leg. novellar. D. Valentin, tit. xi.)
(1) . . . Baiaruin medium intervallum Puteolanas ad moles trium millium et sexcentorum ferè passuum ponte conjunxil, coniractis undiquè onerariis navibus, . . . superjecloque aggere lerreno . . . Per hune pontem ullro citroque commeavit, biduo conlinenti. Primo die phalerato equo . . . poslridièquadrigariohabitu . . . (Suet. Tranquill. C. Cæs. Caligit)., cap. xxvi.)
CDAPITUE XIV.
dans un semblable appareil. Le second jour, il parut en tenue de cocher du cirque, dans une voilure magnifiquement attelée, suivi des équipages de ses courtisans et de toute la garde prétorienne. Ce pont n’avait été construit que pour ces deux promenades^ et le caprice impérial le laissa ruiner aussi rapidertfent qu’il l’avait construit. Claude, curieux de voir lalmurer le fond du lac Fucin, fit faire, pour le dessécher, un canal à travers une montagne qui avait trois mille pas de diamètre (i). Celte fantaisie lui coûta l’entretien de trente mille ouvriers pendant onze ans. Mais Néron laissa bien loin tous ces essais de puissance ; jamais homme n’a montré une pareille profusion ; quand il jouait le soir, après souper, son enjeu n’était jamais moins de quatre çent mille sesterces (2). Voulait-il voir une bataille navale ; il faisait creuser un lac assez vaste et assez profond pour y faire manœuvrer deux flottes (3). Toujours vêtu de soie et d’étoffes d’Orient, il ne portait jamais deux fois le même habit («) . Quand il péchait dans ses viviers , il avait un filet dont les mailles
(1) Fucinum ag{;ressus esl... per tria aulem millia passuum, parÜHi effosso monte, parilm exciso, canalem absolvil ægrè, et posl iiiidecim arinos, quamvis continuis triginta lioininum millibus sine intermissione operanlibus. (Sucl. Tranq'iill. Tib. Claud., cap. xxii.)
{2) Quadringenis in punctum liS. alcam lusit. (Suel. Tranquill. Ncr. Claud. Cæs., cap. xxiii.)
(5) Exhibuit et naumacbiam marinâ aquâ, innanlibus belluis. (Suel. Tranquill. Ner. Claud. Cæs., cap. ix.)
(4) Nullara veslem bis induit. {Ibid., cap. xxri.)
JL’UAMiES ANTIQUES.
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étaient de pourpre et de fils d’or (i). L’idée lui vint une année « pendant les fêtes qu'il donnait à sa bonne ville de Rome, en grand artiste qu’il était, de faire tirer chaque jour une loterie pour le peuple ; pendant tout le temps que durèrent les fêtes, on distribua mille billets par jour ; les lots étaient des magasins remplis de blé, des habits complets, des collections de tous les oiseaux rares, de l’or, de l’argent, des perles, des diamants, des tableaux , des esclaves, des chevaux, des bêtes féroces apprivoisées. Pendant les derniers jours,' les lots étaient des navires , des quartiers de la ville et des domaines (a). Néron avait un singe qu’il aimait beaucoup ; il lui avait assigné un palais à Rome , un château à la campagne, avec une terre, et il avait réglé sa maison sur un pied analogue (3).
Quand il alla disputer le prix de la course du stade, à Olympie, Néron partit avec ses équipages ordinaires ; c’était un train de mille voitures. Les deux mille mules qui les traînaient étaient ferrées d’argent , et les trois
ou quatre mille cochers et laquais qui les conduisaient
(1) Piscalus est rele aurato, purpurâ coccoque funibus nexis. (Sitet. Tranquill. Ner. Claud. Læs., cap. xxii.)
(2) Sparsa et populo missilia omnium rerum per omnes diessinf'ula quotidiè millia. Avium cujusque generis , . . . tesseræ frumentariæ, vestis, aurura, argentum, gemmæ margaritæ, tabulæ pictæ, mancipia, jumeiita atque etiam mansuelæ feras; novissimè naves, insulæ, agri.(Suel. Tranquill. Ner. Claud. Caes., cap, ix.)
(3) Cercopitbecum . . . urbanis rusticisque prædiis locupletatum, prope regio extulit funere. (Siiet. Tranquill. Ner. Claud. Cæs.. cap. xxiii.)