CHAPITRE XIV
OU qui les montaient étaient vêtus des plus belles étoffes de l’Italie. Une grande muliiiude de coureurs maures le précédaient, vêtus à l’africaine , avec des écharpes de soie , des colliers et des bracelets. Ce fut en cet équipage, tout à fait d’habitude pour lui, qu’il arriva à Olympie (i). 11 remporta le prix, comme on le pense bien, quoiqu’il eût été jeté deux fois à terre ( 2 ) ; et puis, quand il retourna à Rome, il se mit en route dans sa voiture de course, attelée de dix chevaux blancs. Chemin faisant, il accorda aux villes de Naples, d’Anlium et d’Albe , l’honneur de les visiter ; il y entra couvert d’un manteau de pourpre semé d’étoiles d’or, et, comme Hiéron vainqueur eq trait à Syracuse, en faisant pratiquer une immense brèche au mur (s). Arrivé aux portes de Rome, on abattit une arcade du grand cirque , on fit à travers le Vélabre et le Forum une voie magnifique jusqu’au temple d’Apollon sur le mont Palatin. La voie était couverte de poudre de safran ; on immolait des deux côtés des victimes pendant sa marche , et il y avait , à droite et à gauche , pour sa suite et pour le peuple , d’interminables buffets cou-
(1) Nunquam carrucis minus mille fecisse lier traditur, soleis mularum argenteis, canusinatis mulionibus, armillata et phalerala cum mazaciim turbà, atque cursoriim. (Suel. Tranquill. Ner. Claud. Cæs., cap. xxiii.)
(2) . . . Exciissus curni, ac rursus reposUus, quum perdurare non posset , deslitil ante decursum : nec eo secius coronatus est. [Ibid,, cap, xviii.)
(3) . . . Neapolim . . , albis equis iniroiil, disjectâ parle mûri, ut mos Hieronicarum est. (Ibid., cap, xix.)
JORANDES ANTIQUES.
verts de toutes sortes d'oiseaux et de pâtisseries, couronnés de nœuds de rubans (i).
Hélas! c'étaient les jurandes qui payaient en grande partie ces fêtes , ces profusions , ces folies ; c'étaient elles qui défrayaient les empereurs, leurs maîtresses, leurs eunuques , leurs mignons , leurs laquais , leurs lions et leurs panthères , leurs perroquets et leurs singes; et si l'on songe qu'entre Auguste et Constantin il y a eu cinquante-deux empereurs , c'est-à-dire à peu près cinquante-deux prodigues , et que parmi eux , un seul , Héliogabale , mort à dix-huit ans , a peutrétre dépensé en un seul jour plus que tous les autres ensemble , en faisant paver la cour de son palais avec tous les diamants , toutes les émeraudes , toutes les pierreries de l'Italie , on se rend compte sans peine de l’épuisement où était l’empire au quatrième siècle , et des lois tyranniques portées contre les jurandes , auxquelles en déûnitive s'en prenaient à la fois le peuple et le gouvernement. On s'explique comment ces tyrans , ces fous , ces ambitieux , qui passaient si vite , emportaient chacun son lambeau de la fortune du monde ; comment les vexations les plus effroyables eurent lieu pour se procurer de l’argent ; comment toutes les statues des dieux et jusqu'aux pénates de
(1) ... Romam ... in veste ])urpitreâ, distinctâque slellis aureis chlamyde . . . Dehinc dirulo circi maxiitii areu, i»er Velabrum, Forumque, Palatium et Apollinem peliit. Incedenli passim viclimæ cæsæ, sparso per vias identidem croco, ingentesque aves ac lemnisci, et bellaria. (Suet. Traii(|uill. Ner.Claud. Cæs.,cap. xix.)