CHAPITRE XV
Li:S MENDIANTS -ET LES HOPITAUX.
On i'a déjà vu : les esclaves une fois affranchis se diviseni en deux classes ; les uns acceptent le travail et vivent aux dépens d’eux-raêmes ; les autres rejettent le travail et vivent aux dépens d’autrui. Les premiers forment les jurandes , dont nous venons de faire l’histoire ; les derniers produisent le paupérisme , dont nous allons faire le tableau.
Il ne iiiudrait pas croire que les mendiants fussent un élément social contemporain de la première formation des peuples ; le paupérisme ne s’est introduit que par suite de l’émancipation des esclaves , et tout concourt à établir positivement que cette émancipation a été fort récente. On trouve bien dans les poètes primitifs, comme Moïse , Homère, Hésiode , qu’il est fait mention de pauvres ; mais ils sont encore peu nombreux à ces époques reculées. En effet, tant que l’es-
LES UENDIANTS.
clavage a existé , soit chez les anciens , soit chez les modernes , la mendicité n’a pas pu faire de grands progrès , parce que chacun se trouvant ou maître ou esclave , s'il se trouvait maître il possédait une certaine fortune; s’il se trouvait esclave, son maître pourvoyait naturellement à tous ses beooins durant sa vie. Ce n’est qu’au fur et à mesure de l’émancipation des esclaves qu’il a existé ou de très-petits propriétaires, ou des industriels sans capital , ou des ouvriers soumis à toutes les chances des maladies ; et ces propriétaires , ces industriels , ces ouvriers , à la première gène un peu sérieuse , à la première crise un peu violente , au premier dérangement de santé un peu grave , surtout s’ils avaient à soutenir une famille nombreuse, se sont trouvés dans la misère et ont été réduits à la mendicité.
Aussi voit-on les pauvres augmenter, parmi les peuples anciens , à proportion que les afiranchissements se multiplient. Néanmoins; comme les émancipations des esclaves ne s’opéraient jamais systématiquement et en masse, mais individuellement, selon la bonté des maîtres et la bonne conduite des serviteurs, il y avait au commencement de l’ère chrétienne un nombre de mendiants fort restreint, à tel point qu’il n’existait pas d’établissement de charité publique. C’était seulement dans les villes que les mendiants se trouvaient , par la raison que là aussi se trouvaient les affranchis les plus nombreux. Ou les voyait se grouper tous les matins autour des temples, portant dans leurs mains de petites images des dieux , et sollicitant les bonnes âmes