‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 113 sur 166 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Valentinien H, oppose à l’avarice du clergé païen, qui gardait pour lui ses richesses, l'abnégation de l’Église chrétienne, qui ne possédait, dit saint Ambroise , rien en propre que sa foi , et dont hes biens étaient les biens des pauvres (i).

Cependant il est certain que , quoique le nombre des pauvres permanents, des mendiants de profession, fût encore peu considérable du premier au troisième siècle de l’ère vulgaire, il venait des époques terribles où ce nombre s’augmentait d’une manière effroyable. C’était dans les années de disette, dans les années où le blé avait manqué en Sicile ou en Afrique, et où les deux corporations des bateliers et des boulangers , qui avaient, l’une le transport des grains de l’empire, l’autre la manutention générale des farines et la distribution du pain, venaient tout à coup à chômer, qu’il se produisait de ces famines horribles dont l’organisation admistrative des temps modernes préserve les peuples actuels. On voyait alors tous les esclaves de l’Italie, qui n’étaient plus nourris par leurs maîtres, accourir à Rome pour demander du pain ; mais comme ce sur-

(1) So!a sublata sunt prædia, quia non religiosè utebantur iis quæ reli{;ionis jure defenderenl. Qui noslro utuntur exemplo, cur non ulebanlur officio? Nihil Ecclesia sibi nisi bdcm possidet. Uos rcdilus præbet, hos fructus. Possessio Ecclesiæsuroplus estegenorum. Nunieieiit quos redemerint templa caplivos,*quæ contulerint alimenta pauperibus, quibus exiilibus vivendi subsidia ministraverint. Prædia igilur intercepta, non jura sunt. (D. Ambros. epislol. ii, contra Symmach.)

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crott de populalion ne tardait pas à affamer Rome elle-méme, on expulsait de la ville, à un jour donné, tous ces habitants parasites, qui allaient mourrir où ils pouvaient. C’était la manière habituelle deprocéder des administrateurs de la république en temps de crise, et Symmaque , qui était préfet de Rome , écrivait ceci, vers l’année 583 : c Nous craignons le manque total

< de subsistances, même après avoir chassé toute la

< population étrangère qui s’était réfugiée à Rome, et c que la ville nourrissait (i). >

De leur côté , les chrétiens s’élevaient hautement contre cette dureté des bourgeois de Rome , qui refusaient de partager leur nourriture avec ceux qui venaient du dehors. Saint Ambroise , qui mentionne cette expulsion en plusieurs endroits de ses oeuvres , s’élève fortement contre cette insensibilité ; t Ceux qui c chassent deRome les étrangers ne doivent pas être apc prouvés. C’est agir inhumainement que de repousser c quelqu’un au moment où il a besoin qu’on le secoure, f Les animaux ne chassent pas les animaux, l’homme € chasse l’homme ( 2 ). > Quelquefois les païens eux-

(1) Defedum timemus annonœ , pulsis omnibus quos

cxserlo et pleno ubere Roma susceperat. Fac ut bis remediis convalescamus. Quando nobis odio itrovinciarum constat ilia securitas. Dii palrü, facite gratiam neglectorum sacrorura; miseram famem depellite. (Syramach. cpistol., lib. II, epist. 7.) •*’

(2) Sed et illi qui peregrinos urbe prohibent, nequaquam probandi : expeilere eo tempore quo debent juvare. . . cum qmbus fuerint communia jura, cum bis nolle in tempore

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mêmes avaient hautement protesté contre l’expulsion des pauvres étrangers , quand la disette menaçait les villes (i).

Du reste , il résulte de plusieurs écrits du troisième et du quatrième siècle , qu’aussitôt que la charité des chrétiens fut bien connne , les pauvres abondèrent autour des églises. A Rome , ils se tenaient près de l’église des Apôtres , sur le Vatican. C’est là qu’on leur distribuait journellement des aumônes ; c’est ce qui se voit entre autres dans Ammien Marcellin (4) et dans le poeme de Prudentius contre Symmaque (s). Même , il paraît que toutes sortes de fraudes se commettaient par des gens sans aveu , pour surprendre la

npcessitalis siihsidia partiri. Feræ non excludiinl feras, et homo excludit hominera. ( D. Arabros. de Offic. ministr. , lib. Il , cap. XVII.)

(1) Male efiam qtii peregrinos urbibiis liti prohibent, eosque exterminant, ut Pannius apud patres nostros, Papiiis nuper. Nam esse pro cive, qui civis non sit, rectum est non licere ; quam tulerunt legem sapienlissimi consules Crassus et Scævola; usu verô urbis prohibere peregrinos, sane inhumaniim est. (Cicer. de Offic., lib. III, cap. xi, § 47.)

(2) Hic cum magnificos prætor ederetludos(Larapadius), et uberrimè largiretur, plcbis nequiens tolerare tumuUuin, indignis milita donari sæpè urgentis, ut liberalera se et multitudinis ostenderel contemptorem , accitos à Vaticano quosdam egentes opibus ditaverat magnis. (Amm. Marcell., lib. XXVII, cap. III, § 5.)

(5) Omnis qutcelsa scandit cenacula vuigus,

Ouique lerit silicem variis discursibus atram,

El quem panis alil gradibus dispensus ab altis.

(Prudent. conlr. Symmach., lib. 1, v.58l, 582,r)83.)

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compassion des évêques. Voici comment s’exprime à ce sujet saint Ambroise , dans le livre deuxième du traité sur les devoirs des ministres : c 11 faut donner c des limites à la libéralité , pour qu’elle ne soit pas c inutile ; les prêtres principalement doivent user de t circonspection à cet égard , afin qu’ils proportionnent c l’aumône à la justice et non point à l’emphase des ( supplications. Jamais l’avidité des mendiants n’a été € pareille. Il se présente des hommes robustes , errant € pour le seul plaisirdu vagabondage, et qui voudraient « absorber les secours dus aux vrais pauvres... Il y en < a qui feignent d’avoir des dettes ; que ce point soit € sévèrement vérifié. D’autres se disent dépouillés c par les voleurs ; que l’on prenne d’exactes informa- « tiens sur ces personnes ( i ) , etc. . . i Le scandale donné par les faux mendiants et les fraudes dont ils se rendaient coupables allèrent si loin , que l’empereur Valentinien II fit une loi, datée de Padoue, le i®*' juillet de l’année 382, pour expulser de Rome tous ceux qui n’étaient pas des mnediants véritablement incapables de gagner leur vie ( 2 ).

La loi de Valentinien est fort curieuse , en ce qu’elle

(1) ... Plerique simulant débita. Sit veri examen. Exutos se per latrocinia déplorant :aiit injuria fidem faciat, aut cognilio personæ, quô propensius juvenliir. ( I). Ambros., de Ojffic. ministr. lib II, cap. xvi. )

(2) Cunctis adfatim, quos in publicura quæslum incepta mendicitas vocavit, inspectis, cxploreiilur in singulis et integritas corporum et robur annoruni . . . (Cod. Tbeod., lib. XIV, til. XVIII, leg. 1.)

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