CHAPITRE XVI
R des caractères spéciaux qui la constituent, qui lui donnent une forme propre , et qui lui font un domaiue à part. Ainsi, l'esclave est un artiste qui ne travaille pas indifféremment à toute œuvre ; il n’a, il ne cherche à avoir qu'un certain ordre d’idées qu'il affectionne, auxquelles il semble plus apte, et dans lesquelles il s’enferme avec amour. Par exemple, l’esclave ne touche jamais ni à la politique, ni au droit, ni à l’histoire, toutes idées qu’il laisse à ses maîtres ; mais il excelle dans la philosophie, dans la poésie, dans la grammaire, dans la rhétorique, dans toutes les choses qui se peuvent faire en un coin, et qui n’exigent que de la réflexion, du recueillement et de la sagesse méditative.
Les études littéraires des esclaves parmi les anciens étaient une suite naturelle et une conséquence logique de leur servitude. Les maîtres cherchaient à tirer le parti le plus profitable de leurs facultés; iis envoyaient aux champs ceux qui n’avaient que de la force musculaire; ils appliquaient aux usages domestiques ceux qui montraient de la souplesse, de l'élégance et de la docilité ; et lorsqu'il s’en trouvait qui trahissaient des aptitudes intellectuelles, ils les faisaient élever avec grand soin , soit pour tirer un jour revenu de leurs talents, soit même pour les vendre. Les esclaves littéraires ou artistes étaient d’une grande valeur; Suétone mentionne Lutatius Daphnis, esclave grammairien, qui fut acheté deux cent mille écusromains par Quintus Catulus, et Lucius Appuleius, esclave grammairien aussi , que le chevalier Calvinus louait de son maître au prix de quarante mille écus
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LES ESCLAVES LETTRÉS
par an (i). Les esclaves hommes d'esprit étaient donc toujours une grande fortune pour leurs maîtres ; aussi leur éducation était-elle poussée quelquefois jusqu'au plus exquis raffinement.
L’habitude des anciens d’étre servis en tout par des esclaves avait fait diviser ceux-ci en catégories, selon les emplois ; il y avait dans toute maison de grand seigneur, indépendamment des serviteurs de bas étage, des esclaves intendants, des esclaves chasseurs, des esclaves échansons, des esclaves musiciens et bateleurs qui jouaient des pièces de comédie pendant les repas, enûn des esclaves poètes , grammairiens et rhéteurs , pour faire l'éducation des enfants {%). Plutarque et Xénophun témoignent que , par toute la Grèce et par toute l’Italie, ce qui concerne la pédagogie était entièrement dévolu aux esclaves. Caton l’Ancien en avait plusieurs qui étaient chargés d’élever ses enfants (a) , et Xénophon, dans son traité sur la république de Sparte , gémit de ce que , dans les pays de la Grèce où
(1) Pretia grammaticorum tanta, niercedesque tara magnæ, ut conslet Lutatium Daphnidem... ducenlis niillibus nummùin Q. Caliilo emplutn . . . L. Apiileiiim, ad Elicio Calvino , équité romano prædivite, quadringenis annuis conductuin, multos edocuisse. (Suelon., de illiist. gramm., cap. III.)
(2) OÙykp fjiôvov ypKfifjiX'rixol, x«i aofi^rxl, xset priropsi, àXXk xai TtXiuTXi, xai Çwyfiâyot, xai -!td>Xoiv xxl axvXxxcüv iiKerxixi, x«i SiSxoxxXot OfipXf, "E).J.>jV 2 s r,axv Ttepi toÙî
vsxviaxovç. (Plutarch. Paul Æmil., cap. vi.)
. (2) ’ETret S’ i^p^xro awUvxi (è iuôî), ivxpxXxSiiv xùrbi iSlâx^j ypxfÂ.[Axrx, K.xirot x^pievzx ^oüiov ypxp.ftxTti^