CHAPITRE XVI
l’un se vantait d’élever le mieux les enfants, on leur donnait toujours des esclaves pour instituteurs (i).
C’est par suite de ces fonctions pédagogiques que les esclaves accaparèrent , parmi les anciens, tout ce qu’on pourrait appeler les arts méditatifs, c’est-à-dire tout ce qui, comme la grammaire, la poésie, la philosophie, peut s’étudier à huis clos et dans le silence dé la pensée .
La grammaire était chez les anciens un art trèsgrand et très-beau , et qui non-seulement comprenait ce que nous appelons la philologie , mais qui attirait encore à soi une foule de faits et d’aperçus appartenant en propre à l'iiisloire, à la philosophie , à la poésie et à la science divine des augures. Nous pouvons juger de ce qu’étaient les livres de grammaire par quelques traités de Varron , par les Saturnales de Macrobe et par les Florides d’Àpulée , tous ouvrages du plus haut intérêt , mais qui n’eurent pourtant jamais parmi les anciens la réputation de quelques autres traités de grammaire, par exemple de ceux du grammairien Didyme , que Plutarque cite fort souvent.
Ce fut en Grèce que se forma l’étude de la grammaire, comme du reste l’étude de tous les arts qui ont illustré l’Occident. Les Grecs distinguaient les gram-
xrjv, ovo/iic K.lX<av«, ixoXXobç StSiaxovrx nxXSxî. (Plutarch. Calo, ca|i. XX.)
(2) Twv ftèv Toiwv ccAAmv ‘Eüi^vwv oî yaoxovTîs xiXXiarx TOUS ûcets nxiSeùuv , inetSàv râxtxrx «ùroti oi nxcâxi tx X eyôjuevx ^vviüatv, sùOvs /xkv in' xùroïf nxcSxyuyov( depxnovrxç iftarxfcv. (Xenoph., de republ. Lacedæm., cap. n.)
LES ESCLAVES LETTRÉS
mairiens des grammatistes (i) , comme nous distinr guons les médicastres des médecins. Entre la seconde et la troisième guerre punique , un certain Gratès Mallotès, dit Suétone, fut envoyé en ambassade à Rome par Âttale. Un jour, en passant dans une rue sur le mont Palatin, il mit le pied dans la gueule d'un égout, toinba et se cassa la cuisse. Durant tout le temps de sa légation ou plutôt de sa convalescence , il ouvrit chez lui des conférences littéraires (s). Ennius et Livius Ândronicus, qui étaient des poètes et des rhéteurs à moitié grecs , et qui venaient de mourir, avaient aussi donné le spectacle de ces exercices philologiques. L’exemple de Gratès délermia le goût public; la grammaire fut impatronisée a Rome.
A partir de là les grammairiens pullulèrent. Il y eut quelquefois à Rome plus de vingt écoles célèbres ouvertes en même temps (5). La frénésie grammaticale
(1) Sont qui litteratum à lilleralore distinguant , ut Græci grammaticum à grammalisla ; et ilium quidem absolulèjhunc mediocriter doctumexisliment. (Suel.,deillust. gramm., cap. iv.)
(2) Primus igitur, quantum opinamur, studium grammaticæin urbem inulitCrates Matloles, Aristarchi æqualis , qui missus ad seiiatum ab Attalo rege, inter secundum ac tertium bellum punicum , sub ipsam Ennii mortem, quum regione Palatii prolapsus in cloacæ foramen, crus fregisset, per omne legationis simul et valetudinis tempus plurimas àxpoaaees subindè fecit, assiduèque disseruit, ac nostris fuit exemplo ad imitandum. (Suet., de illust. gramm., cap. 11 .)
( 5 ) . . ■ Utque temporibus quibusdam super viginti célébrés scbolæ biisse in iirbe tradalur . . . (Suet., de illust. gramm. , cap. IM.)