CHAPITRE III
usée, une chose en décadence , une chose ayant déjà fait la moitié de son temps, une chose à moitié chemin d’une grande métamorphose sociale et de son anéantissement ; de telle sorte que , loin de devoir sa naissance aux institutions humaines, l’esclavage était déjà profondément déchu , profondément ébranlé , quand les plus anciennes institutions virent le jour.
Si la langue de la politique de ces dernières années n'avait pas donné une signification réactionnaire et ridicule aux mots de droit divin, nous dirions assez volontiers que l’esclavage est de droit divin ; mais nous craindrions, d’abord de n’étrepas compris, ensuite de nous faire supposer quelqu’une de ces idées puériles et entêtées, qui étaient de bonnes raisons en un temps où ceux qui étaient les plus forts n’en pouvaient pas donner de mauvaises. Nous aimons mieux prendre d’autres motset dire que, d’après tou tes les apparences traditionnelles et toutes les réalités historiques, l’esclavage se présente universellement , dans les temps primitifs de toutes les nations, comme un fait spontané, naïf, autochthone; un fait qui prend naissance avec les peuples, sans leur volonté directe et sans leur concours réfléchi ; un principe mêlé par Dieu même aux mille principes de la société humaine ; une espèce de mal ab.solu , blessant la logique civilisée, destiné à être un bien relatif, et à satisfaire les instincts primordiaux des associations naissantes ; quelque chose enfin qui a l’air d’une monstruosité en soi , mais qui trouve son explication naturelle et sa place légitime en des lieux et en des temps donnés de l’histoire. Voilà dans quel
ORIGINE DE l’esclavage. r,7i
sens nous aurions dit que l’esclavage était de droit divin ; c’eût été uniquement pour faire entendre qu’il est antérieur aux institutions humaines, qu’il vient de plus haut et plus loin.
Du reste , quoique les preuves que nous avons déjà déduites aient bien nécessairement quelque valeur aux yeux de tout homme intelligent et de bonne foi , nous n’avons pas l’intention de nous en tenir à elles sur ce que nous venons de dire de la nature spontanée et en quelque sorte'providentielle de l’esclavage; cette opinion, qui n’est encore que présentée, sera plus bas justifiée ; du moins, nous y tâcherons. Les arguments que nous avons donnés jusqu’ici sont de ceux qu’on appelle négatifs dans les sciences exactes, c’est-à-dire que, nous proposant d’établir une certaine conviction générale qu’une grande quantité de faits comparés a fait naître en nous , à savoir que Tesclavagè est un élément spontané et primitif des sociétés, nous nous sommes attaché tout d’abord à faire voir que les hommes ne l’avaient point établi de propos délibéré, et qu’il n’était point le résultat des institutions humaines ; il nous reste à donner maintenant les arguments positifs et directs , c’est-à-dire à montrer par quels procédés naturels, simples, logiques, successifs, l’esclavage s’est trouvé établi en même temps que les pèuples se sont trouvés formés.
Peut-être pensera-t-on, au premier abord, que nous prenons notre sujet de bien haut ; nous le prenons à SI racine, à son premier rudiment, à son embryon, at point mathématique d’où partent toutes ses lignes.