CHAPITRE III
Nous avons déjà prévenu le lecteur des nouveautés historiques au milieu desquelles nous nous hasardions; ceci en est une, une assez importante, qui donnera peut-être la clef de bien des problèmes , jusqu’à présent fort obscurs, et qui mérite au moins la bienveil- ' lance que tout homme juste accorde à tout homme grave. Voici donc, selon nous, d’où procède l’esclavage.
On ne peut pas aborder directement l’histoire de l’esclavage , parce que l’esclavage est la négation de la liberté et de la propriété, et qu’une négation n’existe pas pour son propre compte. Il faut donc se retourner vers la propriété et vers la liberté, dont l’absence constitue l’esclavage, de même que l’absence de la lumière constitue l’ombre ; mais la rigueur de notre théorie n’y perdra rien, parce que nous connaîtrons certainement les esclaves en connaissant les maîtres. D’où viennent donc les maîtres?
Après force réflexions et surtout force lectures , entreprises en vue du problème que nous allons essayer de résoudre, il nous a semblé que primitivement, et en se reportant aux premières lueurs des temps historiques, l’idée de maître et l’idée de père se confondaient entièrement. En général, au commencement de la formation de tous^les peuples, qui est père est maître, maître absolu. Nous devons dire , ce qui est fort important, qu’il ne suflit pas d’être père selon la chair ; il faut encore l’être avec de certaines conditions de ft adition , de durée , de famille , d’aïeux. Dans Homère, les pères qui sont maîtres sont tous fils des dieux. Us
ORIGINE DE l’esclavage. «5
s’appellent divins, fils dés dieux , nourris par les dieux (i). Il y a même plus : les grandes familles sont hiérarchisées selon Tordre des dieux qu’elles ont pour ancêtres : dans le vingtième livre de l’Iliade, Apollon dit à Énée qu’il est de beaucoup au-dessus d’Achille, parce qu’ Achille est né de Thélis, et que lui, il est né de Vénus (a). Dans le vingt et unième, Achille dit à Astérope qu’il a été bien osé, n’étant que le fils d’un fleuve, de venir s’attaquer à lui, qui descendait de Jupiter (5) ; et il ajoute qu’il y a autant de distance entre eux , qu’il y en avait entre leurs ancêtres. La même chose se remarque dans les traditions latines : on sait que Romulus était fils de Mars, et Plutarque dit que le premier ancêtre de la maison des Fabiens passait pour être fils d’Hercule (a). Dans la vie de César, Suétone raconte que César, prononçant Téloge funèbre de sa tante Julie, rappela les origines de sa famille, qui descendait de Jupiter, par Vénus, mère d’Énée(s).
(1) AFo; — StorpetféMv ^aaiX-fiuv ,
"Ey.zopt iloi , — Mevsiaoç Ajoyevi^S.
(Iliad., lib. I, v. 7; il , v. 98 ; XXII , v. 320 ; XXIII , v. 293.)
(2) ....Kal Sk ai fceal Atàs y.oùp'oi ’AfpoSlTr]^ ’Exysyâ/xsv, xsïvos Sk x^psiovoi è/. 3-soD èariv.
(Iliad., lib. XX* v. i05, *106.)
(ô) iŸjOx ab ptkv TzOTXfioïiyévoi ’é/JipLS'Jou eùpvpéovros.
Aùzctp èyô) yeveriv figyxXou Atàs efixo/*** etvoci.
.(Iliad., lib. XXI, v. 186, 187.)
(4) Pliitaroli. Fabius Maxim., cap. I.
(5) Amilæ meæ Juliœ materiumi yenus al) reylbiisortum, palernum ciim dis imniortalibus conjuncluin osl. Nam ab ■Anco Marlio siinl rrye.s, quo nomine fuit maler : à Vencre