‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 121 sur 166 · CHAPITRE XVT · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVT

gagna même la province ; des maîtres renommés s'y établirent; Suétone cite entre autres Octavius Teucer, Siscennius lacchus et OppiusCharès, qui allèrent dans la Gaule Cisalpine, et qui y professèrent jusqu'à un âge si avancé, qu’ils étaient devenus aveugles et qu’on les portait en litière dans leur école (i).

Tous ces professeurs de grammaire étaient des esclaves ou des affranchis, caries maîtres aimuientmieux quelquefois laisser à leurs esclaves intelligents le libre arbitre de leur industrie, et les émanciper en leur imposant une redevance, sans préjudice du retour de leur succession, comme patronés. C’est ainsi que, dans la guerre contre Tigrane, le granunairien Tyrannion ayant été pris et fait esclave , Murena le demanda à Lucullus , l'obtint et l’affranchit (2).

Suétone a dressé une assez longue liste de ces grammairiens esclaves ou affranchis. Il cite comme un des premiers qui acquirent un peu de célébrité , Suevius Njcanor, qui était en même temps poète satirique (5),

(1) In provincias quoque gramraatica penetraverat , ac nonnulli de notissimis üoctoribus peregrè docuerunt , maximè in Galliâ logalà ; inter quos Octavius Teucer, et Sisçenniiis lacchus, et Oppius Chares; hic quidem ad ultiinara ælatem, et quura jara non gressu modo deficeretur, sed et visu. (Suet..de iilust. gramm.,cap. iii.)

(2) Tir* TupsL-Jvlov h ypu/xfiçcrty.bt Mou/si^vas

â'aùzbv ê^^T-iisxzo, xoci XccSùv àizTjXsvdépuaiv, àveXeudépoii

Tji Soipex x/svjffâyasvQs (Plularch. Liicull., cap. xix.)

(S) Suevius Nicanur primus ad Famam dignationemque docendu pervenitj feciOiuepræter commenlai ios... satiram

LES ESCLAVES LETTRÉS. 3iU

puis Àntonius Gnipho, Gaulois, né libre , mais exposé dans son enfance, et affranchi par celui qui le recueillit. Il tint sa première école dans le palais de Jules- César , ensuite il en ouvrit une chez lui. Cette école était suivie par la jeunesse la plus illustre (i). Cicéron y allait, même durant sa préiure. Antonius Gnipho faisait sa leçon de grammaire tous les jours et déclamait les jours de foire. Ces déclamations étaient, en prose , ce que sont , en vers , les improvisations de ces Italiens, de ces Français et de ces Allemands dont nous avons été témoins durant ces dernières années, c'està-dire une amplification en lieux communs plus ou moins usés sur une matière proposée.

Du temps d'Antonius Gnipho , et quelque temps après lui , vivait à Rome en grande réputation Atteius le philologue , Athénien , affranchi ; il était dans l'intimité de Sallusteet d'Asinius Pollion, et il avait composé pour le premier un abrégé de l’histoire romaine ( 2 ).

qiioque in quâ liberlinum se . . . indical. (Suet. de illust. );ramra., cap. v.)

(1) M. Antonius Gnipho , ingenuus , in Galliâ nalus , sed expositus ; à nutrilore suo manumissus . . . Docuit priinuin iiiDivi Jnlii domo . . . Scholam ejus claros quoque viros fréquentasse aiunt ; in his M. Ciceronera , etiam quuin prælura fun{;erelur. (Suet., de illust. gramm., cap. vu.)

(2) Allicus Philologus, libertinus, Alhenis nalus... coluil postea faïuiliarissimè C. Sallusiium, et eo defunclo, Asiiiium Pollionem : quos historiam componere aggressos, allerum hreviario rerum omnium romanarum, ex quibus , quasvellet, eligurel instruxit. (Suet., de illust. gramm., cap. X.)

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