‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 124 sur 166 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

le fils de son maîtres aux écoles, et il y apprit furtivement les belles-lettres. Fortifié par l’étude et affranchi, il devint, sous Tibère et sous Claude, le grammairien le plus célèbre de Rome. Perdu, de défauts et de vices, il captivait encore les esprits les plus difiiciles par l’indicible attrait de sa parole, et par le prestige surprenant de sa mémoire. 1 1 écrivait même d’assez bons vers au besoin. Fier, entier, arrogant, il affectait le plus grand mépris pour le savant Marcus Terentius Varron, et il poussait jusqu’au bout la grossièreté élastique de l’injure latine, en disant de lui que ce n’était qu’un porc (i). II prétendait que Virgile l’avait clairement prédit dans la troisième églogue, en donnant Palémon pour juge aux vers de Ménalque et de Damétas, comme celui dont la postérité accepterait l’opinion, en matière de toute poésie (s) ; et il racontait avec une fatuité charmante comment des voleurs, qui l’avaient ris et qui voulaient le rançonner , l’avaient laissé aller avec toute sorte de déférence (s) , par respect pour la célébrité de son nom.

runt, texlrinum, deindè herilem filiiim dum comilalur in scbolas, Ulleras didicil. (Suet., de illust. gramm., cap. xxui.)

(1) Arrogantia fuit lanla, ut M. Varronem porcum appellaret. . . (Suet., de illust. gramm., cap. xxui.)

(! 2 ) Nomen siiuni in Bucolicis non temerè positum , sed præsagiente Yirgilio, fore quandoque omnium poclarum ac poeinalum Palemonem judicem. (Suet., de illust. gramm., cap. XXIII.)

(3) Gloriabatur eliam lalrones quondam sibi propter nominis celcbrilatem parsissc. (Suet., de illust. gramm., cap. xxiii.)

LES ESCLAVES LETTRÉS

Fier comme un chevalier, Quintus Remniius Palémon était voluptueux comme un sybarite. Il prenait un nombre tout à fait exorbitant de bains chaque jour, et son luxe intérieur absorbait non-seulement les revenus de son école, qui étaient considérables, mais encore ceux de son patrimoine. Son penchant excessif à la galanterie finit même par le ruiner, et il fit passer en joyeusetés excessives la rente de ses magasins de friperie, et jusqu’à celle d’une vigne qu’il avait lui-même plantée, et qui lui rapportait, dit Suétone, trois cent soixante-cinq amphores de vin (»).

La Rhétorique, quoique assez voisine de la Grammaire, en était néanmoins assez séparée pour qu’elles diLssent être exercées par des hommes de condition différente ; à peu près tous les grammairiens étaient esclaves, très-peu d’esclaves au contraire devenaient rhéteurs. Cette différence essentielle tient à des raisons simples et faciles, qu’il est convenable d’exposer.

La Grammaire était un art de jeunes gens ; la Rhétorique était un art d’hommes faits (i). La piemière

(1) Liixuriæ ita induisit, ut sæpiiis in die lavarel , nec sufficerel stim|)libns,(iuanquam ex scholà <|iiadragena anniia caperet, ac non mullo minus ex re familiari, cujus diligentissimus eral; quum et ofîicinas promercalium vestium exerceret, et agros adeo colerel, ut vilem, manu ejus inslitutnm, satis constet trccenla et sexaginta qiiinque vasa edidisse. (Suel. , de ilinst. gramm., cap. xxiii.)

(2) Veleres grammatici et rhetoricam docebant . . . posteriores quoque e.xistimo , quanquain Jam discretis proFes-

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