CHAPITRE XVI
.'ipprenait les principes de la langue parlée et de la langue écrite; lu seconde apprenait la pratique de la l>arole. La Rhétorique touchait donc immédiatement à la politique, par les harangues sénatoriales ou tribunilicnnes, et à la jurisprudence, par les plaidoiries du prétoire ; or , jamais en aucun pays du monde , les esclaves n'ont mis la main ni à l’étude de la politique, ni à l'élude du droit, qui étaient exclusivement le domaine des hommes libres. Quoique enfermée dans un cercle de généralités par les conditions même de tout enseignement public et par conséquent nourrie de lieux communs, la Rhétorique nécessitait donc la connaissance des lois, et c’était là, disions-nous, ce qui en éloignait les esclaves. Pompée, Cicéron, Jules- César, Rrutus et Cassiuspouvaient bien aller apprendre les règles du beau parler de la Grèce à l’école de grammairiens comme Marcus Ânlonius Gnipho, ou comme Staberius Eros ; mais qu’est ce que des esclaves auraient pu apprendre à ces grands hommes sur la loi des Douze Tables, sur la science augurale, qui faisait partie du droit, ou sur les affaires de la république ? Un rhéteur était toujours forcé, dans ses déclamations, de prendre pour hypothèse ou le sénat à convaincre , ou les juges à entraîner; or, un misérable esclave, privé de toute personnalité civile ou domestique,
sionihus, nihilominùs relinuisse . . . quædam généra iiislituUonumadeloquenliampræparandam, ut problemata, paraphrases, alIoculiones,elhologias, atque alla hoc genus, ne scilicet sicci omninè atque aridi pneri rhetoribus Iraderenltir. (Sud., de illust. gramm., cap. iv.)
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LES ESCLAVES LETTBÉS.
n'aurait eu que faire de s’occuper , même en paroles , de choses si fort au-dessus de lui que l’étaient les matières judiciaires et les matières politiques.
11 n’y a donc presque pas d'exemples parmi les anciens, surtout en Italie, de rhéteurs esclaves ou affranchis.
C’est aussi pour celte même raison que , parmi les anciens, l’histoire n’a point été écrite par des esclaves. Les anciens n’eurent jamais l’idée de ce que nous appelons l'histoire philosophique, c’est-à-dire l'idée d’un récit et d’un classement général des faits humains pour la démonstration ou pour la justification d’un principe. Il semble qu’ils se soient trouvés trop près du point de départ des choses pour avoir pu en étudier la pente et en connaître la direction. Us se bornèrent donc à peu près toujours à écrire des mémoires sur des matières fort circonscrites. Nous n’avons qu’une trèspetite partie des innombrables ouvrages historiques composés par les anciens, mais ceux que nous possédons justifient à merveille l’opinion que nous venons d’en émettre. Les livres de Thucydide et de Xénophon, chez les Grecs, de Salluste et de Tacite, chez les Romains, sont des mémoires assez semblables à ceux de Philippe de Commines ou du maréchal Biaise de Montluc ; et quant aux histoires générales, comme celles d'Hérodote, de Polybe et de Tite-Live, elles n’ont de général que le nom, se réduisant à d'assez maigres résumés , renfermant les vues personnelles de l’auteur, ou abrégeant quelques chroniques antérieures.
En général , les historiens , parmi les anciens , se