CHAPITRE XVI
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divisent en deux classes : ceux qui écrivent ce qu'ils ont vu, et ceux qui composent d’après des livres. Le nombre des premiers est de beaucoup le plus considérable. Ainsi les militaires qui , comme Thucydide , Xénophon, Arrien, Polybe , Pausanias, Galon, Sylla, César, Hirlius, Auguste, Tibère, Claude , le roi Juba , Tacite, avaient pris part à des expéditions, ou les voyageurs qui, comme Hérodote et Slrabon, avaient parcouru des régions lointaines, s’en faisaient d’ordinaire les historiographes ; or, les esclaves et les affranchis, qui n’étaient pas libres de voyager , qui n’étaient pas régulièrement admis dans les armées, et qui d'ailleurs n’y auraient jamais pu acquérir des grades d’officiers , ne pouvaient pas prendre place parmi cette sorte d’historiens.
Restaient les compilateurs , comme Diodore de Sicile , Salluste , Cornclius-Népos , Tile-Live, Plutarque, Suétone; mais la nature de leur travail exigeait (le nombreuses collections de mémoires , chose rare et d’un fort grand prix ; en outre , faire l’histoire , meme d’après autrui , c’est toujours se mettre dans la nécessité de juger les hommes, et par conséquent quelquefois de les condamner ; or , il eût paru intolérable aux capitaines ou aux hommes d’État de l’antiquité d’étre appréciés par des esclaves, c’est-à-dire par des hommes toutà fait étrangers à l’art militaire et à la science politique.
C’est donc, comme nous disions, une règle parmi les anciens que l’histoire y soit exclusivement écrite par des gentilshommes; à peine trouverait-on à citer une ou deux exceptions. Suétone mentionne pourtant
LES ESCLAVES. LETTRÉS
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un Lucius Otacilius Pilitus ,'qui avait été esclave-portier, et comme tel attaché avec une chaîne, comme nous faisons des chiens, à la porte de son maître (i). Son instinct naturel l’ayant porté vers les lettres, il devint rhéteur assez distingué , fit l’éducation de Pompée, et écrivit une histoire en plusieurs livres des expéditions militaires de son père et des siennes (i). Suétone mentionne ce fait , qu’il qualifie de fort étrange, en ajoutant, d’après Cornélius-INépos , que c’était le premier esclave qui se fût avisé de toucher à l’histoire, matière jusqu’alors exclusivement réservée aux écrivains de noble maison (s).
La poésie et la philosophie étaient surtout le travail littéraire qui convenait aux esclaves, parce qu’elles n’exigeaient ni voyages , ni études patientes de chroniques, ni haute position dans l’État, et qu'il sufÏÏsait d’un petit coin paisible où l’esclave pût réver, pour que sa pensée s’élevât par degrés aux imaginations qui font le poète ou aux réflexions qui font le philosophe.
Il faut faire cette remarque générale sur les esclaves qui cultivèrent à Rome la poésie, au moins avant l’ère
(I) L. Otacilius Fililus servisse dicilur alque eliam osliarius, vetere more, in calena fuisse... (Suei., declar. rhelor., cap. III.)
(2j . . . Rheloricatn profrssiis, Cn. Poinpeiuin Ma^i^num docuit, patrisque ejtis rcs geslas, nec minus ipsius, complurihuslibris exposuit. (Suet., de clar. rlielor., cap. iii.)
(5) Primus omnium liherlinornm, ut Cornélius Nepos opinalur, scribere Iiisloriam orsus, non iiisi ab boncslissimo quoqne scribi soiitam. (Sud., de clar. rhelor., cap. iii.)