CHAPITRE SVl
vulgaire , c’est qu’ils étaient à peu près tous Grecs de nai^ance ou d’éducation , et qu’ils composèrent à peu près toujours en se servant de la langue grecque (i). Nous avons déjà vu que, du temps d’Âuguste, Quintus Gecilius Épirota avait introduit une grande nouveauté en citant comme des modèles Virgile et les autres poètes contemporains. Âux yeux des hommes lettrés de rilalie , il n’y avait qu’une langue qui fût savante, complète et digne de servir à formuler les idées littéraires ; c’était le grec : les grammairiens dissertaient en grec et citaient des auteurs grecs; les rhéteurs déclamaient en grec ; le latin était considéré comme un idiome national , il est vrai , mais plus digne de servir aux recettes médicinales du vieux Caton , ou aux fonctions judiciaires du Préteur, qu’aux créations élégantes des poètes.
On peut diviser les poètes latins de la période dont nous parlons en deux catégories, la première comprenant les poètes comédiens, la seconde comprenant les poètes épiques et lyriques.
Les poètes comédiens, comme nous les entendons, c'étaient tous ceux qui composaient des tragédies, des comédies, des farces, et qui les jouaient la plupart du temps; tous ceux qui faisaient des chansons et qui les chantaient par les rues; tous ceux qui écrivaient des sa-
(1) Les anciens avaient fait généralement celle remarque, que les Syriens et les Grecs asiatiques paraissaient destinés à l’esclavage par la nature : «( Hic Syri et asiatici Græci sunl,levissima généra hominum, etservituli nata^ (Tit. Liv., hist., lib. XXXVI, cap. xvii.)
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LES ESCLAVES LETTRÉS
lires et qui les débitaient sur des tréteaux en public. On peutajouteràcesdiverses variétés de poètes comédiens les bateleurs, les escamoteurs, les avaleurs d’épées, les diseurs de bonne aventure, les magiciens, enfin cette Babel éternelle et universelle de gens d’esprit écuinani toujours et partout à la surface du peuple, tleuve mystérieux coulant à fleur de terre sur la vase de toute nation, ne sortant d’aucune source connue, sc grossissant par les nuages condensés des sciences occultes, et ayant deux embouchures, la potence et l’hôpitai.
Il n’existe peut-être pas une pièce de théâtre littéraire écrite en latin qui n’ait été traduite ou imitée du grec, et qui ne traite un sujet grec. Plaute et Téreticc n’ont fait à peu près que traduire Ménandre, Aristophane, Diphile , Philémon , Démophile, Épicharme le Sicilien, Ëubulus, Âpoliodore , Posidippe et les autres dramaturges de la Grèce (i). La vente des esclaves élevés en Sicile, dans les Iles Ioniennes ou en Asie Mineure, et le voisinage des colonies grecques établies le long de la mer Adriatique , étaient les deux sources où Rome grossière s’abreuva de poésie et de beau langage.
Plaute fut le premier esclave italien qui fit des comédies en forme; il les traduisit ou les imita des classiques grecs , pendant qu’il tournait une meule de
(1) . . . Doclissirnos quosque Græcoriim, 'Dipliilum, Phileinonem, Demophilem, Meiiandrum, SiciiUun Epicliarmum, 'Eubulum, Arislopbanem, Apolludorum, Pusulipj)uni, alio^quesibiad imilanduin proposuil. (Philipp. Parti, de script. M. Acc. Piaut.)