CHAPITRE XVI
On comprend qu’il y avait naturellement des troupes de toute sorte, selon la fortune du directeur et le goût du public. Tous les directeurs ne possédaient pas de comédiens comme Ofilius Hilarus (i ) , Pylade et Bathylle, ou des tragédiens comme Ésope et Roscius; et d’ailleurs il n’y avait que Rome , qui pût payer leurs talents. Les villes du second ordre, et Rome elle-même, regorgeaient de bateleurs ou de mimes, qui jouaient en plein vent , sans brodequins et sans masque , et seulement avec quelque bizarre accoutrement, comme dans les farces alellanes.
Les troupes de bateleurs, de mimes , de bouffons , couraient l’Ilalie. Les pièces qu’ils jouaient étaient quelquefois écrites et apprises par cœur ; le plus souvent elles se réduisaient à des parades burlesques. Suétone mentionne un affranchi grammairien , nommé Lucius Pansa , qui avait écrit des pièces pour des bouffons (i). En général , les mimes et les bouffons étaient la lie du théâtre. Leurs représentations , qui avaient lieu d’ordinaire sur des tréteaux , étaient un mélange de danses et d’épigrammes , de lazzi obscènes et de sentences morales. Il y avait des villes où les bouffons n’étaient pas admis, Marseille , par exemple (5).
(1) Operosissimn securitas morlis M. OQIio Hilaro ab anliquis Iradilur. Gomœdiarum hislrio is, cum populo . . . (Plin , Hisl. nalur., lib. VII, cap. liv.)
(2) L. Crassitius, ordinis liberlini, . . . Pansam sc transnominavil. Hic inilio circa scœnam versatiis est, dum mimographos adjuvavit. (Stiel., deillust. gramm.,cap. xviii.)
(3) Eadem civitas (Massiliensium) severilatis custos acerrima .est, nullura aditura in scoenam mimi.s dando, quorum
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LES ESCLAVES LETTRÉS
Rome produisit sous les empereurs des mimes qui eurent une grande réputation ;Vossius cite PubliusLaberius, PubIiusleSyrien,PhiIistion deNicée,GneiusMattius, Lentulus, MarcusMaruIlus et quelques autres (t). Le goût des empereurs pour le théâtre n'avait pas peu augmenté le nombre des mimes. Caliguia et Néron les traitèrent avec une faveur extraordinaire; Caliguia surtout porta son goût pour eux j usqu'à la frénésie.ll embrassait queiquefoisavec transport , durant les intervalles du spectacle, le pantomime Mnester (2). Un jour, un chevalier ayant troublé ce danseur par quelque bruit , Caliguia écrivit un petit billet, le fit remettre sur-le-champ au chevalier , par le centurion de service , avec ordre de partir séance tenante pour Ostie , et de là , d’aller en Mauritanie remettre le billet au roi Ptolémée. Or, le billet contenait littéralement ceci : c Ne faites ni bien ni mal au messager (.3). » On sait que Caliguia fut poignardé parChœreas, pendant qu’il s’extasiait dans la coulisse à regarder de jeunes danseurs asiatiques de grande renommée , qui essayaient un pas de leur pays {*).
argumenta majori ex parte stuprorum conlinet actus . . . (Valer. Maxim., lib. II, cap. vi, § 7.)
(I) Vossiiis, iiislil. poplicar., lib. II, cap. xxxiii.
(S) Mnesierem pantomimum etiam inter spectacula osculabatur. (Suet. Tranquill. C. Cæs. Caligul., cap. lv.)
(3) Equili romano lumulluanti per centiirionem deniinliavit, abiret sine morà Ostiam, perferrelqiie ad Ptolemeum regem in Mauritaniam cudicillos suos, quorum exempluni erat : £i, quem isthùc misi, ncque boni quid<iuam, neqne mali feceris. (Ibid.)
(4) Ouum in cryplû , per quam Iranseundiim erat, pueri