CHAPITRE XVI
Au-dessous de la comédie classique , au-dessous de la farce atellane , au-dessous même de la parade des bouffons, il y avait encore un autre genre de poésie dramatique que les esclaves cultivaient ; c’était la satire chantée dans les rues , avec accompagnement de musique et de gesticulations. Peut-être faudrait-il suivre la fdiation de cette satire dramatisée, venue de la Grèce comme toute la littérature romaine, à partir des Silles que cultivaient Timon Phliasius, contemporain de Ptolémée Philadelplie , et Xénopliane de Lesbos , jusqu’à l'interdiction sévère que prononça contre elle la loi des Douze Tables ; car la licence des chanteurs ambulants était devenue si extrême , qu’on fut obligé de tempérer leur verve par le bâton (i). Le modèle de ces poètes-comédiens des rues était LiviusÂndronicus, contemporain d’Ennius, antérieur à Plaute, et que Suétone appelle un orateur semi-grec (2). Valère Maxime
noI)il(!s ex Asiâ ad edendas in scœnâ opéras evocati prœpararentiir, ut eos inspiceret hortarelur(]ue, restitit . . . Alii iradunl alloquenli puerosà tergo Chæream cervicemgiadio cæsim graviter perciississe, præmissâ voce : Hoc âge. (Suet. Tranquill. Caïus Cæs. Caligu!., rap. i.virr.)
(1) ... Koslræ contra duodecim (abulæ, quurn perpaiioas res capite sanxissent, iii his hanc quoque sanciendam putaverunt, si qiiis ocentavisset, sive carmen condidisscl , (|uod infaraiam faceret flagitiumvealteri...(Oicer., de Republie., lil). IV , fragm. 33. — Voy. encore : Paul. Receptar. Senlentiar., lib. V, lit. iv, § 6.)
(2) ... Anliquissimi doctorum , qui idem et poelæ et oralores semigrœci erant, Livium et Ennium dico... (Suet., de iüusl. gramm., cap. 1 .)
LES ESCLAVES LETTRÉS
raconte que lorsque l’artiste , qui avait été affranchi par Livius Salinator, son maître , fut devenu vieux, il loua un petit garçon qui chantait la strophe , un joueur de flûte qui l'accompagnait, et que lui, cassé et aveugle , il traduisait à la foule par sa pantomime le poème que déroulaient parallèlement le chanteur et le musicien (i).
Enfin, et ceci est la région la plus basse de ce monde d’esclaves artistes , il y avait encore des bandes d’escamoteurs , de joueurs de passe-passe , de diseurs de bonne aventure et de magiciens qui vivaient comme ils pouvaient de la curiosité des passants. Quelquefois cesescamoteursavaientassezde renommée pour que les grands seigneurs les fissent appeler sur la fin des repas, afin d’égayer les convives de leurs reparties ou de leurs tours d’adresse ; dans le poème satirique de Pétrone, Trimalchion fait venir des bateleurs qui dansent au haut d’une échelle et qui passent dans des cerceaux , pendant son fameux dîner (2); la plupart du temps ils ballaicnt et paradaient sur les places publiques , ava-
(1) . . . Livius ad fabiilanim argumenta spectanliuin ani* mos transtniit. Isque, sui operis aclor, cîim .sæpiiisù populo revocaliis voi-em ohlmlisset, adliibilo |)iieri et tihicinis coiicentu, gesliculalionem lacilns peregit. (Valer. Max., lib. II, cap. IV, § 4.)
(2) Peiaurislarii aulem tandem venerunt : baro irisulsissimns cum scalis consislil, puerumipte jussit piM' gradiis, et in summâ parle odariu saltare , circnios deiiide ardentes Iransire, et dentibus amphoram siislinere. tPelron., Arbit. satiric., cap. lui.)