‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 136 sur 166 · CHAPITRE X\TI · texte numérisé non relu

CHAPITRE X\TI

quand elles s'élaient acquis quelque considération par leur esprit ou par leur dignité, ils venaient; humbles et respectueux , chanter des romances sous leurs fenéîres. Horace a conservé le refrain d’une de ces romances qu'on chantait à Lydie dans sa jeunesse, lequel est d'une galanterie fort convenable et fort touchante (i). Quelquefois même les amoureux ne se bornaient pas à la simple romance, et ils amenaient des troupes de musiciens (|ui régalaient la beauté insensible d’une petite sérénade. C’est ainsi qu'Horace recommande à Astérie de ne pas se mettre à la fenêtre, le soir, quand commencent à se faire entendre dans les rues les flûtes plaintives (i). Il n’était pas rare que

(1) Les deux vers suivants d’IIorace nous ii.iraisscnl avoir êtê évi(temmenl le refrain d’une romance ([ii'on clianlail a Lydie dans sa jeunesse :

Me tuo lont'as pereunle nocles,

Lydia, dormis.

(Ilor il.. Carm., Ul). I, od. x\v.)

Le fait nous semble neUemenl établi, d’abord parce qu’Horace dità Lydie, devenue vieille, qu’elle n'eiilend plus ces mois comme autrefois ; audis iwnùs et minus jaui^ ensuite parce que ^ dans l’ode a Astérie, il dit qu’on l’ajipelait cruelle au son de la musique, ce qui ne pouvait être <|ue dans un chant :

Et te sæpé vocanti Uuram difficilis mane.

(Horat., Carm., lib. UI, od. vti.)

(2) La sérénade donnée aux femmes sous leurs fenêtres est très-clairement désignée dans ces vers :

Primâ noclc dotnum Claude : neqiie iri vias Su!) caniu qtieru.æ dcspice libiæ.

(Horat., Carmin., lib. III, od. ni.)

LES COURTISANES

deux ou trois sérénades, destinées à la même femme, vinssent à se heurter à la même heure au pied de la même muraille, et alors les galants liraient bravement: l'épée , quand Us ne chargeaient. pas leurjvgens de leur faire faire place avec leurs stylets. PrOperce, écrivaplà Délia , qui allait passer l’été .à Tihur, la fé* licite de n’être plus exposée à avoir son sommeil troublé par le bruit des batailles nocturnes que ses pour- .suiVants se. livraient sous ses fenêtres (i;.

L’intérieur domestique des courtisanes dépendait de la position qu'elles avaient prise et des relations .qu’elles s’étalent créées. Les plus riches avaient une maison somptueuse , un nombreux domestique et un grand train de dépense (2) ; le plus grand nombre possédait desiesclaves; les moins heureuses en louaient. Ce que toute courtisane riche ou pauvre voulait avoir, c’était une mère. Nous avons' déjà dit qu’elles étaient afl’ranchies, par conséquent nées dans l’esclavage , par conséquent bâtardes et sans parents. Ce qui distinguait principalement une courtisane d’une femme ordinaire, c’était donc de n’avoir pas de famille. Voilà pourquoi précisément elles attachaient tant de prix à s'en faire une, même incomplète, même illusoire au fond et simulée. D'avoir un père , il n’y fallait pas songer ; un

(1 ) Nuila neque anle luas oriclur rixa feneslras ,

Nec tibi clamalæ somniis amarii.s cril.

(PropiML, lil). II, eleff. xv, v. 3, C.)

(2) Par pxemplc, rintérieur et le Irain de maison de Tliéodole étaient des plus magnifiques. Voir à ce sujet la note de la page 237.

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CHA.P1TBE XVII.

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père élait complètement impossible dans leur position; aussi elles se rabattaient sur la mère.

La mère, pour une courtisane , ce n'était pas celte femme qui nous a donné la vie ; c’était une femme qui donnait un rang. Avoir une mère , cela voulait dire qu'on n’était pas tout à fait un enfant perdu , qu’on se rapprochait de la femme du monde et qu'on méritait quelque considération. Les gentilshommes montraient leurs titres; les courtisanes montraient leurs mères.

Pour les courtisanes ordinaires, la mère était une vieille , courtisane émérite , au regard douteux , au sourire hideusement familier (i) ; pour les courtisanes riches, la mère élait une espèce de fétiche domestique, pompeusement paré , oisif , meuble inamovible de la pièce où les visiteurs étaient reçus. Xénophon rapporte que Socrate étant allé voir un jour Théodolc , jeune courtisane d’Athènes fort à la mode , elle s’empressa de lui présenter sa mère (s) , qui était dans un grand

(t) Voici le portrait que fait TibuUe de la Mère de DéIre ; on verra qu'elle était un modèle du genre ;

Non ego te propter parco tibi, sed tua mater Me movel, alque iras aurea vincit anus.

Hæc mihi le adducit tenebris, mulloqiie timoré Conjungit nostras clàm tacilurna manus.

Hæc Foribusque manet noctu me afiixa, proculque Cognoscit slrepitus, me venienle, pedum.

Vive dtù mihi, dulcis anus . . .

(Tibull., lib. I,eleg.vi, v.57, 58, 59, 60, 61, 62, 63.)

(2) ... ô £uxpiTi]{, hp&v «ùri]V (6 £o^ôt^v)... xai fiinipu

LES COURTISANES

appareil de toilette, au milieu d’un essaim d’esclaves qui la servaient.

On pense bien que les femmes d’autrefois , comme celles d’aujourd'hui, étaient fécondes en mille ressources de toilette pour rehausser ou pour suppléer leur beauté. Dans les maisons élégantes ( i } , les murs des chambres étaient tendus de tapisseries, et le carreau en mosaïque couvert de tapis de Babylone (2). En

Tra^oOffay «ùr^ iv ègO^ri xcel Btpxittltiç où-rii (Xeno|)lu, meinorab., Iil>. III , cap. xi, $ 4.) •

(1) L'usage des tentures appliquées aux murs était général dans l'antiquité chez les personnes riches , et l'on pourrait en citer |)lusieurs exemples. Ainsi lorsque les assassins envoyés par Lysandre eurent mis le feu à la maison d’Alcibiade , on chercha à l'éteindre en l'étouffant sous des couvertures et sous des tapisseries.» ’A.w0d/4«vos^’ô’Alxt8t«J'»?s,

TÛv /ikv ifia-rluv tx 7rîiïÎ7Ta xxé rüv arpuftiroiv cvvayxyàtv ,

iizipptfi rû nvpi. n (Plularcli., Alcihiad., cap. xxxtx.) L'usage des tentures est venu de l'Orient ; Tertullien parle ainsi des Mèdes et des Partîtes : « Sed et parietes Tyriis et Hyacinlliinis , et illis regiis velis , quæ vos operose resoluta (ranstiguratis, |>ro piclura abutunlur. » (Tertull., De cuit, femin., cap. vin.)

(2) On trouve les lapis en usage dans tout l’Orient dès les siècles les plus reculés ; Homère en mentionne fort souvent. Pour ne lui emprunter qu'un exemple, on Ut dans l’Odyssée :

EûSovg’, ïv <re Tstjttjffi x«l iv t/9>jtoïs Aexiwffo.

(Odyss., lib. X, v. 12.)

Ces tapis étaient de haute laine, ainsi que le prouve ce passage de Pline : « Est et hirtæ(Ianæ) pilo crassoin tapetis anliquissima gralia : jam certë priscos iis usos, Homerus auclor est. (Plin., HisU natur., lib. Vllf, cap. lxxiu.)

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