‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 137 sur 166 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

ce qui touche le costume des courtisanes, il serait fort difficile à rétablir avec quelque précision , parce que la mode l’ayant fait varier, soit en Italie, soit en Grèce , on serait exposé par l’insuffisance des documents à assortir entre elles des pièces d'ajustement de diverses époques. On n’en peut donc indiquer que les traits généraux.

' D’abord il faudrait bien se garder de prendre pour le costume des femmes grecques ou romaines le ridicule accoutrement qu’on a mis en France .sur les théâtres depuis cinquante ans. Ce vêtement, dessiné d’après des statues antiques et des camées, est tout à fait ini.aginaire et a été inventé par les artistes. Jamais là femme la plus éhontée n’aurait eu l’impudeur de se produire en public , soit à Athènes , soit à Rome , dans cet état de nudité qui va bien à des statues , mais dont aurait rougi une fille de lupanar. Nous le répétons, le costume des statues antiques est de con-

Plaut« cite, dans sa comédi(^ inlilulêt; Pseudolus, des lapis d’Alexandrie sur lesquels il y avait des animaux dessinés ; Neque Alexandrina belliiata conchyiiala lapelia. (Plaut., Pseud.,acl. I, scen. ii, v. 14 ) • .

l-l dans sa comédie intitulée Slychus, des tapis de Baltylone: Tum Babylonica perislroiiiala , coiisiitaque tapetia. (Plant., Stycli., act. JI, scen. iii, v. 55.)

Le comble delà magnificence, c’étaient les tajiis de poun)i e; Martial en mentionne en ces termes :

Stragula purpureis lucent villosa tapetis ;

Quid prodest, si te congelât uxor anus?

(Mari., lib. XIV, epîgr. cxi.vii.)

LES COURTISANES

veoiioB ( 1 ) , et les modernes ont eu le tort de prendre les règles de l’arcliileclure et de la sculpture pour les règles, de la vie domestique. Les statues des dieu.v païens n'étaient pas non plus exposées nues dans les temples; elles étaient toujours vêtues d’habits plus ou moins magnifiques ( 2) , et elles avaient les mains et le visage peints, couleur de chair. A Rome, le jour mémo où les censeurs entraient en charge , c'était un usage de faire repeindre à néuf toutes les statues de la .yille (3).

Les femmes anciennes , soit grecques , soit romaines ,

(1) Une réflexion bien simple suffit pour faire recoiinaîire <|ue les coslmnes antiques conservés par les médailles, par les camées ou par les statues, sont de fantaisie, et n'ont jamais eu aucune réalité, c’est que, par exemple, il n'y a presque pas de camée qui reproduise un Grec ou un Romain avec son chapeau, une Grecque ou une Romaineavec sa coiffe, et que d’ailleurs il est non -seulement logique de penser, que les anciens n'allaient pas à la pluie nu-lète, mais encore positivement établi par des textes innombrables que lesjfemmes avaient des coiffes et les liommes des chapeaux. Du reste, pourquoi les sculpteursanciens auraient-ils reproduit leurs modèles dans leur costuiue réel, lorsque les sculpteurs actuels ont toujours grand soin d oter la cravate et souvent la clieinise à ceux qu'ils re|iruduisenl!' Il n'y a presque pas. de peintre quimette un chapeau à ses|iortraJts ; faudrait il en conclure , dans mille ans d’ici , que nous n’en portions pas?

(2) Ou sait le. mol du soldat qui enleva le manteau de drap d’or de .lupiter au temple d'É|ihése, en disant qu’il était trop chaud pour l’été et trop froid pour l’hiver.

. . (5) Bitumine anliqui lingebani eus (statuas). (Piin., Hislor. nalur., lih. XXXIV, cap. ix.j

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aimaient beaucoup les couleurs éclatantes, les perles, les pierreries et le clinquant. Elles se teignaient les cheveux en une couleur d'un blond rutilant , qui leur donnait le reflet de l'or (i). Elles mettaient presque toutes du fard sur leur visage (i) , et elles peignaient leurs sourcils en rouge , en prolongeant leurs extrémi> tés jusque sur les joues , c'est^-dire en enfermant leurs yeux dans deux cercles de pourpre (s). SaintCyprien leur reprochait de se faire aiusi des yeux de ser^ pent (a). Leur coiffure différait selon qu'elles étaient

(1) Audaci cotialu et sacrilego contemlu crines luos inficts, malo præsagio futurorum capillos jam libi flammeos auspicaris. (D. Cyprian., De babil, virgin., p. 179.)

(2) Jam et consilium formæ à speculo pKunt ( mulieres) et faciem morosioretn lavacro macérant . Forsitan et aliqiio eam medicamine interpolant • . . ( Tertuli., De virgin. veland., cap. xii.)

(S) llli (aposlalæ) et oculos circumdalo nigrore fucare , et gênas mendacio ruboris inficere et mulare adulterinis coloribus crinem, et expugnare omnem oris et capilis veritatem corrupielæ suæ impugnatione docueruiit. ( D. Cyprian., De habit, virgin., p. 177.)

Dn autre passage de saint Cyprien entre encore plus avant dans le détail relatif aux sourcils, en faisant connaître que les femmes les teignaient quelquefois avec une poudre noire : «I Et quæ nigri pulveris ductii oculorum lineamenla depingis, vel nunc in lacrymis oculos luos ablue. » (D. Cyprian., De lapsis, p. 191.)

(4) Deum videre non poteris, quando oculi lui non suiit quos Deus fecil, sed quos diabolas infecil. lilum lu seclata es ; ruülosalque depictos oculos serpentis imitata es ; de inimico Uio coin|>ta , cum illo pariler et arsura. (De Cyprian., De habit. Virgin., p. 178.)

LES COURTISAMES.

filles on femmes;les filles restaient tête nue, les femmes étaient toujours voilées (i). Les courtisanes restant filles , elles ne portaient ni coiffe , ni voile. En outre, les courtisanes étaient presque toutes Grecques et coii' sa'vaient un peu partout la mode de leur pays. Elles avaient donc les cheveux frisés , erépés , dressés sur leur tête en pyramide à plusieurs étages ( 3 ) , de manière à représenter pour nous à peu près la coiffure de la fin du dix-huitième siècle , moins la poudre. Il est probable d’ailleurs qu’elles portaient perruque. Le cou des femmes élégantes était couvert de perles ou de diamants, selon leur fortune ( 3 ).

La robe exigerait trop de details , à cause de ses

(I) Ceci résulte très-clairement de plusieurs passages de Tertiillien . notamment de celui-ci, où il dit que les païens avaient même l'habitude de voiler les hiles dès le jour du mariage, et en les conduisant à leur époux. Tertullien les approuve en disant que la hile est déjà femme par l’esprit avant de l'étre par le corps : « Si congressio viri mulierem facit, non tegantiir nisi post ipsam nuptiarum pussionem. Atqui eliam apud Etlinicos velatæad virum diicunlur. (Tertull.. De Virgin, veland., cap. xi.)

(S) Le fer avec lequel les courtisanes faisaient friser leurs cheveux s'appelait calamistrum. Varron le déhnil en ces termes : U Calamistrum, quod his calefaclis in cinere ca> pillus ornatur. » L'esclave (|ul se servait de ce fer pour coiffer sa maitresse s'appelait Cinerarius,k cause de la cendre où il le faisait chauffer. ( Varr. , De Ling. lat. , lib. V, cap. 129 )

(3) Auro et margaritis et moniliinis adornalæ ornamenta cordis ac pectoris perdiderunt. tD. Cyprian. , De lapsis , p. 191.)

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