‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 139 sur 166 · CHAPITRE XVII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVII

broderie , ou bien des mules (i) ; au dehors , elles avaient des galoches ou des patins à semelles de bois, avec le dessus en drap teint en pourpre , chargé de passequilles ou de broderies d’or (2) ; c’était du reste un axiome , en fait de toilette grecque , de ne jamais employer la couleur pourpre sans être rehaussée par la dorure (5). Il y avait encore une chaussure pour le dehors , qui était fort élégante ; c’étaient des bottines en cuir de Venise {*), qui montaient si haut vers le genou qu’elles dispensaient de bas.

Voilà à peu prés et en général , avec des boucles d’oreilles en pierreries (5) , avec force chaînes au cou, force bagues aux doigts , de quoi se composait la toilette d’une courtisane élégante de Rome ou d’Àthènes.

(1) TerluIIien dit que les dames nobles, pour être plus libres , avaient rejeté les patins : « crepidulam ejeravere. » (TertuM. , De pall., cap. iv.)

(2) Saccus et baxa quolidiè deuranlur . . . (Tertull., De idolatr., cap. vin.)

(3) Tyriura calciari nisi auro, miiiiraè græcatur. (Tertull.. De pall., cap. iv.)

(4) Magnum incessui munimenlum sutrinæVeneliæprospexere péronés efPeminatos. (Tectull., De pnll., v.)

(5) TerluIIien reproche à Alexandre de s’être fait percer les oreilles comme une femme : « aurem quoque forain effeminatus, quod illi apud Sigæum Slrongyla serval. » (De pall., cap. IV.)

Pour ce qui est des colliers et des autres bijoux, les témoignages abondent ; nous avons dêjü cité ce passage de .saint Cyprien : « Auro et margarilis et monilibus adoriialæ ornamenta cordis et pecloris perdidenml. » (D. Cyprian., De lapsis, p. 177.)

LES COURTISANES. S6S

Nous avons déjà vu qu’elles sortaient en chaise le plus qu’elles pouvaient, ce qui les rapprochait des femmes nobles (i).

Quant à ce qui touche le soin de leur corps , il était extrême ; d’abord le bain était pour tout le monde , hommes et femmes, une affaire de chaque jour. Chose qui ne va guère à nos idées, non-seulement les courtisanes, mais encore les femmes du monde et les jeunes filles allaient aux bains publics et se mettaient dans l’eau devant tout le monde ; ce serait à ne pas le croire, si on ne le lisait pas dans saint Cyprien (â). Il est vrai que le bain était pour les anciens une partie de leur régime hygiénique ; on se baignait comme on mangeait, et la grande

(1) Nous avons dit plus iiaut que Catulle avait été oliligé de prêter sa chaise à la maîtresse de Yarus. ïertullien fait un i^rave reproche aux dames nobles de son temps de renoncer aux leurs, pour sortir à pied dans les rues : u Ipsas ipioque jam lecticas et sellas, quels in ptihlico quoque domesticæ ac secreiæ habebantur, ejeravere. i> (De pâli., cap. iv.)

(2) Spectaculum de lavacro facis. Theatro sunt foediora qu6 covenis. Verecundia illic exuitur , simul cum amictu vestris honos corporis ac pudor ponilur . . . Jam nunc considéra an cum vestita es, verecunda sis inter vivos talis cui ad inverecundiam prohcit audacia nuditatis. (D. Cyprian., De habit. Virgin., p. 179.)

Spartien dit, dans la vie d’ Adrien, que cet empereur ordonna de séparer les bains des deux sexes. Jules Capitolin rapporte que M. Antonin prit une semblable mesure. Ovide avait signalé l’inconvénient des bains mêlés dans ce vers : Celant furtivos balnea mixta jocos.

(Ovid., De art. amand., lib. 111, }

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