‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 146 sur 166 · Plutareb., C. Mar., cap. xxv · texte numérisé non relu

Plutareb., C. Mar., cap. xxv

CIIAIMTUE XV1I[.

que Catilma s’était ménagé une révolte d’esclaves, quand il essaya sa célèbre conspiration (i). La première et la troisième des six révoltes mentionnées par Tite- Live furent également suscitées par des factieux (2), et la dixième, rapportée par Tacite, eut pour instigateur un certain Titus Curtisius, ancien soldat des cohortes prétoriennes ( 5 ).

La dureté des maîtres était aussi une cause puissante d’irritation et de révolte, car, jusqu’à l’empereur Adrien, il n’y eut aucune loi qui intervint, en aucun cas , pour donner aux esclaves une garantie quelconque. Sous Adrien , ils furent soustraits au tribunal domestique, pour être déférés au tribunal des magistrats ( 4 ). Or, un assez grand nombre de faits témoi-

(1) Suv^ye Ss xacc xccl ^évovg, xal Oépxnovvaç.

(App., De bell. civil., lib. Il, ca|». 11 .)

(2) Voici pour la première : « Exules , servique ad quatuor millia bominuinet quinginti,duce Ap. HerdonioSabino, nocte capitolium alque arcem oecupavore. » (Hist., lil). III, cap. XV.) Voici pour la troisième : « Obsides Cartbaginiensium Ostiæ cuslodiebanlur ; cam iis, ut principium liberis, magna vis servorum eral . . . quum conjuralionem fecisscnt... )> (Hisl., lib. XXXli, cap, xxvi.)

(3) Auctor tumulliis T. Curtisius, quondam prætoriæ coborlis miles . . . (ïacit., Annal., Iib. XlV, cap. xxvi.)

(4) Ulpien, dans le iiuiliëme livre de son traité De offlcio proconsulis , sous le litre De Dominorum sœvitiâ, citait un rescril d'Anlonin le Pieux qui commençait ainsi : uDominoruin quidem polesialein in servos suos inUbatam esse oporlel, nec cuiquam hominum jus suum delrahi. » ( Mo- .sayc. et romanar. leg. collai., lil. 111.) Pithou mentionne ainsi la loi d’Hadrien, d’après S|)arlien , dans ses notes sur ce

LES BANDITS

gnent que, durant cette longue période de* leur histoire où ils restèrent soumis à la discrétion des maîtres, ceux-ci se montrèrent souvent ingrats, durs, et même odieusement barbares. Nous ne voulons pas parler précisément des mutilations auxquelles ils soumettaient certains d’entre leurs serviteurs, pour les rendre propres au service des gynécées, ou pour leur conserver au théâtre de la fraîcheur dans le teint et de la finesse dans la voix ; en général , les esclaves qui subissaient ce genre de mutilation devenaient d’un grand prix et se trouvaient les mieux traités, quoique Appien en cite qui vouèrent pour ce fait une haine mortelle à leurs maîtres (i) ; mais ce qui irritait, ce qui désespérait, ce qui soulevait, quelquefois à bon droit, les esclaves, c’étaient les mauvais traitements excessifs, inutiles, qu’ils avaient à supporter de la part de certains maîtres avares, capricieux ou féroces. Quand la vieillesse ou les maladies commençaient à les rendre inutiles, il y avait des maîtres qui oubliaient les anciens services de ces pauvres esclaves impotents, et qui les laissaient mourir de faim ou de misère. C’était là ce qui indignait Plutarque , et ce qui lui faisait dire que son bœuf et son esclave méritaient la meme reconnaissance. Quel-

titre : a Sparlianus in ejus vilâ (Iladriani) , ïcrvos, iiuiuit, a dominis occidi veluit, eosque jussit dainnari per judices , si di);ni essent. »

(l) Tw S’xÙtu Mtvoûxtoj Bxac).Xog, Gfxyeù; xxi

oâi K-xiaupog, iiuà twv Ospxnôvzuv x-j-zipéOv), eùvouxîÇwv ztvxg ,«ùtwv iitl zipiupix. ( Appian , De bull, civil., Iib. lil , cap. xcvii.)

CUAPITRE XVIII.

qiiefois, mais c’était rare, les maîtres traitaient leurs esclaves avec une horrible férocité ; on sait l’iiistoire (le ce Védius Pollion, dont parle Sénèque, qui nourrissait les poissons de ses viviers avec la chair de ses serviteurs (i).

La troisième cause de mécontentement et de révolte pour les esclaves, c’était l’inexécution des règlements qui les concernaient. Quoique l’intervention du magiS' irai dans les rapports dü maître avec l’esclave n’ait été complète que sous Adrien , il y avait néanmoins, même sous la république, des règlements généraux sur les esclaves, les uns établis par la coutume, les autres délibérés par le sénat. Diodore témoigne de la manière la plus positive que la révolte qui eut pour chef le pâtre Athénien, éclata sur l’impossibilité où fut le préteur de Sicile d’exécuter fidèlement les règlements établis sur les esclaves (2). Plutarque laisse clairement percer que la révolte de Spartacus n’eut pas une autre cause.

Les trois révoltes qui furent vraiment sérieuses et terribles éclatèrent à peu près dans les soixante dernières années de la république. Les deux premières eurent lieu en Sicile, la troisième auxpoAesde Rome ;

(1) Qiiis non Vediura Pollionem pejiis oderat, quara servi sni. quod miiræiias sanguine humanosaginabal. (Senec., De deme.nl., Iil>. 1, cap. xviii.)

(2) Ot TT^sïaTOi y*p twv xzyjràpotv tTTtîîS ovt£î TwvTw/4atu>| y.xi xptzxl TOïs ànb twv ènapxtüv x«Tri-/opov/xévoii aTpccnjyoii ytvô/usvoi , fcëspoi rots àipxoxxxiv vnŸipy,OV- (Diod* SÎCUI., Fragm., lib. XXXIV, 2.)

LES BANDITS

elles eurent pour chefs, celles là, Eunus le Syrien et Alhénion, celle-ci, Spartacus.

Eunus le Syrien était , comme son nom l'indique, un esclave originaire de Syrie. En général , les esclaves venus de ce pays étaient alertes , élégants et industrieux, et on les employait chez les grands au service de la table, qui était le plus dillieile et le plus recherché. La Syrie fournissait encore d’excellents mimes, des dan.seurs et des magieiens. Eunus se présenta aux ergaslules, .où les esclaves travaillaient enchaînés, comme un prophète qui était en communication avec les dieux. Il prenait à témoin de la sainteté (le sa mission la chevelure chargée de tours de la Vénus Syrienne, et cachant dans sa bouche une noix vidée et remplie de soufre allumé, il jetait, avec ses paroles extatiques, de légères flammes qui émerveillaient ses auditeurs (i). Ce prodige lui attira sur-lechamp deux mille partisans ; ceux-ci brisèrent les portes (les ergastules, et Eunus compta bientôt une armée de plus de soixante mille hommes (2). La guerre fut dure et longue ; les esclaves enlevèrent le camp de quatre préteurs ; enfln ils s'enfermèrent dans la ville d'Enna , s'y défendirent avec courage, et y mou-

(1) ... Quasi luitninuin iinperio concilavil ; atque ut divitiilus tîeri probaret, in ore abdila nuce, qiiam sulphure et igné .sti|iaverat . leniter inspirans, ilammain inter verba fundebat. (Flor., Uisl.. lib. 111, cap. xix.)

(2) Hoc miraculum pnniuin duo millia exohviis, mox, jure belli refractis ergaslulis, LX. ainplium millium fecit «xercilum. (Flor., lib. 111, cap. xix.)

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