‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 154 sur 166 · CHAPITRE XIX · texte numérisé non relu

CHAPITRE XIX

municipalités , les Barbares les détruisirent de làmême manière , c’est-à-dire imparfaitement et graduellement. Les Francs, les Bourguignons, les Saxons, les Visigoths, ne mirent et n’eurent jamais l’idée de mettre de la logique dans leur destruction ; ils se jetèrent brutalement , en soldats, à travers la civilisation gallo-romaine, et ce qui put*s’en sauver, se sauva. Ainsi, quelques villes, principalement celles qui se trouvaient être, en même temps que capitales de cité, capitales de diocèse, réussirent, par l’influence de l’évêque et par le respect qu’obtenait l’Église, à conserver quelques débris de leur gouvernement municipal. Nous avons déjà vu dans le courant de ce livre que lorsque l’édit de Moulins retira aux municipalités du royaume la juridiction en matière civile , les hôtels de ville de Reims, de Toulouse, de Boulogne et d’Angouléme résistèrent , en alléguant et en prouvant qu'ils avaient cette juridiction depuis les Romains. L’est pour cela que M. Raynouard et M. de Savigny ont relevé un grand nombre de titres établissant que les municipalités n’avaient pas péri d’une manière absolue, dans la Gaule, par suite de l’invasion.

Eh bien ! c’est encore pour les mêmes motifs qu’on trouve, pendant le moyen âge, bien longtemps avant I établissement connu des jurandes modernes, des traces de corporations mystérieuses que l’historien ne sait à quoi rattacher. Ce sont quelques enfants perdus (lu vaste système des jurandes romaines, que les Barbares de l’invasion n’ont pas aperçus dans leur coin , et qui y ont vécu d’une vie pauvre et maladive, privés

JURANDES MODERNES. 40U

(l’air et de soleil, c’est-à-dire privés d’affranchissements pour s’alimenter, semblables à ces municipalités tronquées et invalides, plus mortes que vivantes, qu'il faut longuement et minutieusement chercher dans les chartes de la première et de la seconde race, et dont on a besoin de savoir I histoire, la chute et les nialheurs, pour reconnaître en elles ce qu’Âulu Gelle appelait t de petites Homes laites à l image de la grande. »

Il y a donc dans I histoire du moyen âge deux espèces de jurandes, comme il y a deux espèces de communes; ce sont d’abord les jurandes romaines qui finissent, et dont on trouve par-ci par-là les tronçons; ce sont ensuite les jurandes françaises qui naissent, ou plutôt qui se développent sous Philippe- Auguste, et qui s’organisent à partir de saint Louis.

Par exemple , les débris des jurandes romaines se reconnaissent, entre autres titres, à un capitulaire de Dagobert II, de l’année 630, concernant l’organisation des boulangers; à un autre capitulaire de Charlemagne de l’année 800, et portant que la corporation des boulangers doit être tenue au complet dans les provinces; à un passage de l’édit de Pistes, de l’année 804, concernant le corps des orfèvres; enfin, à ce que Ducange rapporte sur le rex arcariorum, le rex arbalestariorum, le rex merceriorum , \erex alatariorum, le rex juglatorum,]e rex ministeUorum. En outre, la corporation moderne des boulangers de Paris paraît avoir été greffée sur l’ancienne corporation romaine ; car elle était sujette à un droit de hauban, consistant

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