CHAPITRE XIX
en un muid de vin payé par an au roi, et ce droit se trouve mentionné dans le capitulaire de Dagobert II , de l’année 650 , et dans un capitulaire de Charlemagne, de l’année 803.
Nous avons déjà dit que les jurandes se développaient toujours parallèlement avec les communes, et nous avons montré comment elles étaient deux assoeiations de même origine, de même nature, presque de même but. C’est donc dans les villes qu’il faut chercher les jurandes, c’est-à-dire là où les races affranchies se réunissent en commune. Or, quoique la plupart des communes diffèrent entre elles par quelque article de leur organisation intérieure , et que les jurandes de chaque ville, faites au point de vue des personnes et des choses de cette ville , offrent toujours quelque chose de propre et d’individuel , cependant les unes et les autres de ces deux espèces d’associations étaient jetées dans un moule à peu près uniforme, et l’on peut dire qu’il suffit de .savoir une commune et une jurande pour savoir toutes les communes et toutes les jurandes. Nous allons donc nous borner à exposer en détail l’organisation des jurandes qui se formèrent dans la commune de Paris, ce qui ne laissera pas que d’être au fond l’exposé de toutes les jurandes modernes.
C’est de l’année l!2o8, sous le règne de saint Louis, que date le premier litre écrit et officiel sur les jurandes de Paris. C’est l’ordonnance d’Étienne Boileau, garde de la prévôté , connue sous le nom de < registre DES MÉTIERS ET MARCHANDISES. » Pour bien faii’c
JURANDES MODERNES
comprendre la situation de ces jurandes par rapport au gouvernement, il nous faut dire quelques mots des divers pouvoirs qui régissaient la ville de Paris au moyen âge.
Nous l’avons déjà dit , Paris avait une commune , c’est-à-dire le droit de se gouverner lui-même. Le siège de ce gouvernement , c’était l’hôtel de ville , qui portait primitivement le nom de c Parloir aux Bourgeois >. Les habitants de Paris se divisaient, comme ceux de toute ville communale , en bourgeois et en manants ; les bourgeois étaient ceux qui étaient inscrits au rôle municipal , et qui jouissaient du droit de commune; les manants étaient ceux qui avaient leur domicile dans la ville , sans participer à ses privilèges.
Le gouvernement de la ville résidait dans le conseil municipal , et il avait pour chef suprême un magistrat qui ne portait pas le nom de maire, comme dans la plupart des communes, mais celui de prévôt des marchands. Voici la raison historique de cette spécialité de dénomination.
Il y avait à Paris, du temps de Tibère, un comptoir romain appartenant à la corporation générale des bateliers de l’empire. Ces bateliers faisaient le commérce de la rivière, et ce furent leurs statuts qui servirent de base à la charte coutumière de la commune de Paris, car cette charte ne fut écrite qu’en 1411. Du reste, en 1170, Louis le Jeune, en parlant de la coutume de Paris, l’appelait antique. La commune de Paris eut donc cela de spécial dès son origine , qu’elle fut une association , une commune de marchands , ce