CHAPITRE ni
familles, auprès desquelles se réfugiaient les hôtes et les pauvres.
Il n’y a, du reste, rien d’étrange à ce que la famille antique s’appuie ainsi sur des traditions mystiques et sur des dogmes religieux. La famille moderne , c’està-dire la famille chrétienne , a des bases analogues , dans un autre ordre d’idées. Lorsque Jésus-Christ dit à la foule qui l’avait suivi au delà du Jourdain qu’il abolissait le divorce, il ne donna pas d’autre raison, sinon que Dieu le voulait ainsi (i) ; et lorsque saint Paul écrivit aux églises de l’Asie-Mineure que les rapports domestiques étaient désormais modifiés, que la femme et le fils n’étaient plus soumis au père de famille, il ne donna d’autre autorité à celte doctrine, alors si étrange , que celle de son divin maître : Vous êtes tous égaux'devant Dieu (2).
Quoi qu’il en soit de la cause jusqu’à présent inconnue, et que l’histoire découvrira peut-être un jour, qui fait que certaines*;grandes familles antiques étaient nommées divines, il est certain que les chefs, les pères, dans ces familles, avaient une puissance absolue, et qu’ils possédaient celte puissance en qualité de pères.
La grave question qui nous occupe va entrer maintenant dans les temps historiques , et nous marcherons entourés des témoignages les plus précis et les plus clairs.
(1) Quod Deus conjunxit, homo non separet. (Math., cap. xix , V. 6.)
(2) Omnes cnim vos unum eslis in Chrislo Jesu. (Beat. Paul. Epist. ad Galat., cap. iii , v. 18.)
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ORIGINE DE l’esclavage. iJI
La puissance absolue des pères de famille est un fait universel de l’iiisloire primitive et qui a laissé trace partout. Les témoignages sont à clioisir, dans la Bible , dans les tragiques grecs, dans la législation romaine, dans les traditions asiatiques. On ne peut pas douter que dans les premiers temps cette puissance n’ai été sans bornes. Les païens, pour donner l’idée la plus haute de la puissance de Jupiter, l’appelaient le père des dieux (i). C’est parce que la puissance paternelle est un fait universel et humain, que les Juifs et les chrétiens ont également nommé Dieu le Père toutpuissant. Le pouvoir paternel était primitivement si étendu qu’il n’en souffrait pas d’autre, et qu’il absorbait complètement l’existence de la femme et celle des enfants. L’effet de la civilisation a été de l’amoindrir successivement, et d’équilibrer à peu près le père avec les autres membres de la famille. C’est ée que montrent toutes les législations, quand on les étudie de ce point de vue.
Du temps des patriarches, le pouvoir paternel des Juifs était encore absolu sur les enfants. Le sacrifice d’Abraham en est une preuve. Il est évident que Dieu n’aurait pas ordonné une chose contre la loi positive.
Du reste, divers passages de Flavius Joseph établissent, de la manière la plus claire et la plus irrévocable, que l’autorité absolue des pères dans leur famille s’était conservée chez les Juifs, au moins jus»
( 1 ) Risit paler oplimus olli.
(Virgil. Æiieid., lib. V, v. 3.'?8.)