‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 21 sur 166 · CHAPITRE III · texte numérisé non relu

CHAPITRE III

(les faits analogues dans l'histoire des anciens peuples autres que les Juifs, les Grecs et les Romains. L’histoire des diverses nations qui habitaient l'.\sie-Mineure est remplie de témoignages qui prouvent que l’autorité des pères sur les enfants y était absolue, même à des époques assez rapprochées de l’ère vulgaire. Xénophon raconte, dans VAnahase, qu'un roi thrace, nommé Teutès, lui offrit de lui donner sa fille et de lui acheter la sienne, s’il en avait une. Le Barbare ajouta que c'était la loi des Thraces (i). Il y a encore dans Plutarque un fait de même nature. Ce chroniqueur rapporte que, dans la détresse où étaient après la défaite de Tigrane et l’arrivée de Lucullus les propriétaires de l’Asie-Mineure , les pères de famille qui ne pouvaient pas payer la taille aux collecteurs romains vendaient leui’s petits enfants et leurs filles à marier (2). Nous renvoyons d’autres exemples analogues et tout aussi concluants au chapitre où nous traiterons de l’origine du paupérisme.

Nous avons insisté quelque peu sur l’histoire des pères de famille et de l’ancienne autorité paternelle, parce que les pères sont les premiers maîtres, et que

(1) Soi S', U Ssvoywv, Suyari/sa Sàtai», xai et re? aot ia-ri âuyi-rqpf ùv/)ao/x«t ^pxr.lcp vôfiif. (Xenoph. Anabas. , lil). Vil, cap. II.)

(2) AoûxouAAos Sè rpénerxt repoi t«î èv ’A<rta udAstî.... wv

inl TToiùv èvJsii Ti]T) iitxpxixi) oZaxv àipprirot xxi ancoroi

âuoTVxiact xxTsIxov, vnb twv Tïiwvwv xai rüvâxvsiorüv nopdou- /uévYjvxxi xvipxnoSt^o/xévrtv, ntizpxaxet-j ISix p.b> uiovç eùnps- 7is7i, ^uyxrépxi nxpOévouç.... (Plularch. Lucull., cap. XX.)

ORIGINE DE l'eSCCAVAGE. 71

rhistoirc bien établie des premiers maîtres donne tout naturellement l’histoire des premiers esclaves.

Ainsi , selon nos idées , idées qui nous sont propres, qu’on trouvera peut-être bien osées et bien étranges , pour lesquelles nous demandons de l’indulgence , et que nous déduisons en toute humilité , mais en toute sincérité , selon nos idées , le premier esclavage qui se soit vu sur la terre n’est que la sujétion à l'antique et primitive paternité.

En admettant cette donnée , que nous avons étayée de quelques preuves, qui s’est fortiûée dans notre esprit à mesure que nous l'avons expérimentée dans nos lectures, à laquelle nous ne connaissons pas un seul fait grave contraire, et qui, nous en sommes convaincu , ne peut pas manquer de s'établir d'une manière inébranlable par une réflexion et par un travail plus grands et plus soutenus que les nôtres; avec cette donnée, disons-nous, on se rend compte avec une exactitude et une facilité merveilleuses d'un grand nombre de questions , jusqu’ici insolubles, relatives à l’esclavage ; on s’explique comment il est antérieur à toutes les constitutions écrites ; comment il est mentionné et non pas institué dans la Genèse, dans l’Iliade, dans le droit Papyrien et dans les Douze-Tables; comment il a été, ainsi que nous l'avons dit plus haut, un fait naturel , primordial, simple, logique ; comment il n’enorgueillissait pas les maîtres, comment il n'indignait pas les esclaves ; comment il n’a pas été établi de propos délibéré ; comment il n’est resté, dans les traditions d’aucun peuple , aucun souvenir d’une vio

CIIAPITRË III.

lencc qui nurait été faite tout d’un coup à une moitié du genre humain ; comment enfin , étant une des conditions de la famille, il ne blessait pas les idées morales des anciens, qui étaient tirées de l'état où se trouvait la famille antique.

Ainsi, nous pouvons dire maintenant que nous avons trouvé les premiers esclaves qui furent ; c’étaient les enfants.

Par une coïncidence singulière, qui montre que lorsqu’un fait social se réalise , il est entouré par la Providence de toutes les circonstances nécessaires à son développement, l’époque de l’iiistoire où l’autorité des pères était absolue est pareillement celle où régnait la polygamie. En y réfléchissant un peu, on reconnaît que l’un est la conséquence de l’autre. Les anciens pères de famille avaient donc un grand nombre d’enfants, Les traditions grecques ont conservé le souvenir des cinquante filles de Danaüs. Dans Homère , Priam dit à Achille qu’il avait eu einquante enfants, dix-neuf de la même mère , d’Hécube , et les autres de diverses concubines (i). Plutarque raconte que durant les premières guerres de la république , dans une bataille contre les Toscans, il y eut trois cents Fabiens tués (2);

(I) llsvT^xovTi fiQt ^aav, Sz' vjiuOov mei ’Axstfwv* ’EwsaxK^Jsxa /âïv ftoi èx v>j(?ûos riffscx.

Tous à'A/ous [xoi szixzov èvi //.v/xpotoi ywxixsç.

(Ili;ul., Iil>. XXIV, v. 495 , 496 , 497.)

’^IIxai Tzpàzîpov rip-épcf P-éyx izxOoi ouviSvj zb -Kipi tous «taêtous* zpixxiijioi yxpîx TOü-/évous Û7t^ Tuppyjvôiy xvripiQ-fitjxv, (Plularch. Fur C.imill., cap. xix.)

ORIGINE DE l'esclavage.

et il mentionne dans la Vie de Thésée un personnage nommé Pallas, lequel avait cinquante enfants (i). Dans l’histoire des Juifs, les familles de cinquante enfants sont fort communes. Flavius Joseph rapporte que Gédéon eut soixante et dix fils (a), Jaïr trente (s),Apsan trente fils et trente filles (a), Âbdon quarante fils, qui étaient tous vivants au jour de sa mort, ainsi que trente fils de ses fils (»). D’un autre côté, la Bible est remplie de témoignages sur la multitude d’enfants qui naissaient aux anciens patriarches, même à une époque si tardive que la leur, et où les concubines étaient, non pas précisément restreintes, mais déjà notablement abaissées. On conçoit donc que le grand nombre de femmes possédées par les premiers pères constituait des familles bien autrement nombreuses que les nôtres, de petites tribus , des sortes de clans où les enfants et les petitsenfants étaient les serviteurs, où le père était le maître.

(1) .... ’Effav Sè itevrrixovra icoûSeç èx nâAAavTOs ysyovàret. (Plularch. Thés., cap. ni.)

(2) Flav. Joseph. Antiquit. hebræor., lib. V, cap. ix.

(3) Jbîd.

(4) Ibid.

(5) Ibid.

CRAMER DE CASSAGKAC. — I.

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