CHAPITRE IV
ORr.ANISATION DE i/kSCLAVAGE PAR LES LOIS POSITIVES,
Ainsi que nous l'avons dit, par toutes sortes de témoignages que nous avons abrégés, par toutes sortes de preuves que nous avons choisies, l’esclavage paraît être né dans la famille. Il y est né spontanément, sans réflexion, sans loi, sans clause écrite, convenue ou imposée. Mais ilest^rrivé, et les faits l’attestent, que lorsque les familles ont eu des rapports entre elles, par la suite des temps, lorsqu’elles se sont touchées et mêlées, c’est-à-dire lorsqu’à eu lieu cette généralisation des individus en un ensemble que nous nommons société, ce fait primitif de l’esclavage, né jusqu’alors exclusivement dans la famille, de l’autorité absolue du père , en est sorti, et a été pareillement formulé, réglé , généralisé même par la première loi intervenue, et il y a eu de nouvelles sources d’esclavage. Par exemple , ç’a été une occasion d’esclavage d’être pris à la guerre, de se réfugier dans la maison d’autrui , de ne point payer ses
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ORGANISATION DE l’eSCLAVACE. 7.'i
dettes, et, pour les filles, d’être mariées hors de leurs familles ou de leurs tribus.
Le droit de la guerre sur les hommes, dans les temps primitifs, vient de ce que par la mancipation, comme disaient les jurisconsultes romains, par la saisine, comme disent nos jurisconsultes, le vainqueur était substitué aux droits du père du vaincu. Ce qui parait le prouver nettement, c’est que, selon la remarque de Vico , chez les anciens, les vaincus étaient considérés comme des hommes sans dieu (i), et que, ainsi que nous l’avons fait voir, dans la langue des poètes primitifs, les dieux et les ancêtres des grandes familles sont absolument la même chose. C’est ainsi qu’on s’explique comment les anciens peuples cachaient si soigneusement leurs dieux dans leurs citadelles, et comment les ennemis qui assiégeaientnne ville cherchaient par-dessus tout à s’emparer de ces dieux. La Pallas troycnne , la Junon d’Ârgoset les boucliers ancilies de Rome sont des monuments de ces opinions primitives, et le grammairien Macrobe a conservé des formules bien curieuses avec lesquelles les anciens Romains conjuraient les dieux de sortir des villes auxquelles ils allaient livrer l’assaut (2). Le vaincu sans dieux était ce que les jurisconsultes appelaient eælex, hors la loi.
(1) Les vaincus étaient considérés comme des hommes sans Dieu ; aussi les esclaves s'appelaient-ils en latin mancipia, comme des choses inanimées, et étaient-ils tenus en Jurisprudence loco rerutn. (Vico, Science nouvelle , trad. de Michelet, liv. IV, ch. iv.) ,
(3) Macrobe raconte en ces termes comment il a tiré deux