‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 26 sur 166 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

cela (le particulier, que Thétis est considérée comme un père de famille qui marie ses enfants. On sait du reste, pour en finir sur ce .sujet, qu’il y avait dans l'ancienne jurisprudence romaine trois sortes de mariages, dont l’un avait gardé le nom d’achat, coemptio. Dans la cérémonie , le fiancé donnait une pièce de monnaie; c’était le symbole qui avait succédé à l'achat réel. Pierre Pithou rappelle que , par le mariage coemptio , aussi bien que par un autre qui s'appelait confarreatio , la femme tombait au pouvoir du mari, ou au pouvoir de celui à qui appartenait le mari (i).

Voilà donc, indépendamment de la puissance paternelle, quatre grandes sources d’esclavage ouvertes parmi les anciens. Les esclaves qui en sortirent successivement eurent ceci de spécial, qu’ils ne furent pas esclaves de leur père et qu’ils commencèrent la longue chaîne des serviteurs étrangers. Tout d’abord on n’avait pas été maître sans être père , et l’on n’avait possédé que ses propres enfants. Dès que ces quatre sources furent ouvertes, on put être maître sans être père et l’on posséda des enfants d’autrui. La puissance absolue sortit ainsi du cercle de la famille, où elle s’était primitivement renfermée, et elle s’acquit au dehors des sujets que le sang ne lui avait pas donnés.

Il est évident que , quoiqu’il y eût un grand nombre

(1) Tarn confarrealione (|uam coemptione marilus in palris lociim , uxor non in mad imonium lanlum, sed in familiain quoque marili et in sui heredislocum venil , eslqiie in ejus manu, mancipioque... ( Pilhæi not. ad titul. XVI. Collation, legum Romanar. et Mosaycar.)

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ORGANISATION DE l’eSCLAVAGE. 87

de différences entre l’esclavage appliqué aux enfants et l’esclavage appliqué aux étrangers, l’un procède naturellement de l'autre. L’autorité du maître procède de l’autorité du père. Longtemps après que l’esclavage dans la famille eut existé comme un fait, les lois et les institutions vinrent , qui en firent la théorie et qui l’érigèrent en droit. C’est en cet état que nous le trouvons constitué dans l’histoire, et ce n’est qu’avec des souvenirs disséminés dans les traditions primitives des peuples, et recueillis par les poètes héroïques, que nons remontons par induction à sa situation originelle et à sa nature. Il faut, en effet, et les témoignages historiques ne seraient pas là pour le dire, il faut que l’esclavage ail été un fait avant d’être un droit, sans quoi le passé des nations serait une énigme absurde ; sans quoi on ne s’expliquerait pas ce qui s’observe dans toutes les législations relativement à la famille , à savoir que plus on remonte, plus l’autorité du père absorbe et engloutit en elle la personnalité de la mère et des enfants ; sans quoi il serait impossible de se rendre compte de la conviction morale qui faisait consentir les esclaves, qui étaient vingt fois plus nombreux que leurs maîtres , à rester esclaves ; sans quoi on ne comprendrait pas comment, parmi les centaines de millions d’hommes qui ont été vendus dans les marchés juifs, grecs, romains et gaulois, il ne s’en trouva jamais qui se soient levés dans leur dignité et dans leur force, et qui aient acheté leurs acheteurs; sans quoi il serait monstrueux, incroyable, inouï, que tant de génies de l’antiquité, qui étaient esclaves ou fils d’es-

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