CHAPITRE V
mendiants se montrent. Ensuite il fallait remarquer encore que la grande irruption des mendiants en Europe s’opère , comme nous le montrerons plus bas tout au long, du ii® au vi® siècle de l’ère vulgaire , c’est-à-dire au moment où à la masse des affranchis païens vint s’ajouter la masse des affranchis chrétiens, et que cette irruption se manifeste d’un façon bien éclatante par l’organisation régulière des hôpitaux qui étaient inconnus des anciens, chez lesquels il n’y avait que des maladreries privées , des infirmeries , comme nous disons , où chacun faisait traiter et nourrir ses esclaves. L’histoire, ainsi observée, pouvait fournir des données certaines à la science des économistes ; mais il leur a paru beaucoup plus court de se passer des faits que de les apprendre.
Toutes les fois donc qu’on trouve un mendiant mentionné dans des livres primitifs, on peut être certain que ces livres appartiennent à une époque où un grand nombre d’esclaves ont déjà été émancipés, c’est-à-dire à une époque secondaire. Il en est de même des livres où se trouvent mentionnés des mercenaires, car le mercenaire antique n’est autre chose que l’esclave devenu entièrement libre et auquel on achète son travail de gré à gré. Il y a des mercenaires cités dans le Lévilique (i) , il y en a dans l’Odys-
(1) Mais tout ce <[ui naîtra alors de soi-inéme servira à vous nourrir, vous , voire esclave et votre servante , le MERCENAIRE (]ui travaille pour vous et l’étranger qui demeure parmi vous. (Léviliq., ch. xxv, v. 6.)
AFFRANCUISSEMEKT des esclaves. 101
sée (i). Plutarque cite, dans la vie de Thésée, un vers d’Hésiode tiré du poème des Travaux et des jours, où il est également fait mention de mercenaires ( 2 ). 11 y a encore un autre endroit de ce poème où il est question de mendiants, ce qui revient tout à fait au même ( 3 ). Nous concluons de ces témoignages que les livres de Moïse, l’Odyssée et les poèmes d’Hésiode forment synchronisme dans le développement de l’iiisloire civile des Juifs et des Grecs. Nous avons lu l’Iliade mot pour mot, tout préoccupé des idées que nous exposons ici , et nous pouvons affirmer qu'il n’y a pas un hémistiche où il soit question de pauvres ; ce n’est pas le seul motif que nous aurions à alléguer pour montrer comment il est historiquement impossible que ce poème ne soit pas de quelque peu antérieur à l’Odyssée.
Le seul moyen qu’il y ait de constater avec assez de précision l’époque reculée où commencèrent à s’opérer les premiers affranchissements, c’est donc de rechercher à quel moment font leur apparition dans l’histoire les pauvres et les mercenaires; car il ne peut y avoir, ainsi que nous l’avons déjà dit, ni pauvres ni
(J) BovXoifti}v x’ inàpoupoi iùv ârjTSvéjuev üiÀu.
(Odyss., Iib. XI, v. 489.)
(2) Voici ce vers ;
Mtaôbs S' àvSpl flXu elpr)piivOi dpxioi é’ffTW.
(Hesiod. Oper. et Dies, v. 340.)
(5) ... Mïj irws rà ficra^b x«TtÇ«v
ÜTCiiiTTyi; ùXXorpiouç oïxous...
(Hesiod. Opéra et Dirs, v. .365.)