CHAPITRE VI
L’histoire ancienne est toute remplie de ces engouements de certaines villes, qui étaient tout d'un coup prises d’admiration pour le gouvernement d’une autre ville, et qui n’avaient pas de cesse qu’elles ne se le fussent donné. Elles ne se demandaient pas de quel point était parti ce gouvernement, mais à quel point il était arrivé; ce qu’il avait été jadis, mais ce qu’il était à l’heure présente. Elles ne tenaient aucun compte de ses essais primitifs , de ses tâtonnements, de ses révolutions ; elles ne regardaient que sa dernière phase et que son progrès suprême. Ainsi Aulu-Gelle raconte que la petite ville de Gères , vers la fin des dernières invasions gauloises en Italie, pleine d’admiration pour le mécanisme de la république romaine, demanda au sénat lapermissiondese l’approprier (i).La ville deCéres ne s'informait pas des métamorphoses successives que ce gouvernement avait subies ; elle ne .songeait ni aux sept rois de Rome, ni à la révolution qui les chassa, ni aux mutineries du peuple , ni à l’agrandissement et à l’anoblissement du sénat; elle voyait un gouvernement bien entendu, àlafoisactifet conservateur, multiple et unitaire , et elle eut le désir de s’en faire un sur le même plan. A partir de ce moment, la commune de Gères ne fut donc pas une commune d’alfranchis, puisque le gouvernement romain qu’elle imita s’appliquait sans distinction à sa population tout entière ; mais son ancien gouvernement, sa commune primitive, qui avait
(1) Primos autem raunicipe» sine suffragii jure Cærites esse fados accopiinus. CAul. Gell., lib. XVI, cap. xiii.)
DE LA COMMUNE
Clé spontanée dans sa naissance et dont elle conserva les coutumes, tout en prenant le c^idre romain , avait été une commune d'affranchis.
Âulu-Gelle dit en effet, dans un passage que nous avons rapporté plus haut, que les villes qui, à l’imitation de Gères, avaient pris la forme du gouvernement romain et étaient devenues des municipes , conservaient néanmoins leurs propres lois, ce qui ne peut être entendu que des lois civiles, criminelles et commerciales, qui étaient appliquées par leur conseil municipal ou par leur échevinage (i). Cela prouve que les municipes, avant d’exister comme une imitation de Rome, avaient existé en leur propre nom et selon leur forme spéciale. Aulu-Gelle ajoute que de son temps le fourreau romain avait usé la lame nationale, et que les municipes avaient oublié leurs anciennes coutumes propres, au point de ne savoir plus s’en servir {2). Ils étaient devenus , selon l’expression d’Aulu-Gelle , de petites Homes à l’image de la grande (5).
(1) Legihus suis elsuojure ulentes. (Aul. Gel!., lib. XVI, ^ cap. XIII.)
(2) . . . Obscura obliteralaque sunt nuinicipiorum jura, quibus uti jam per ignorantiam non queunt. (Aul. GclI., lib. XVI, cap. XIII.)
(3) , . . Quasi effigies parvæ simiilachraque Romæ esse quædam videnlur. (Aul. Gell., lib. XVI, cap. xiii.)
Quelques siècles plus lard , Justinien justifiait en ces termes celle imitation de la forme romaine imposée à toutes les villes de l’empire: « Secundum Salvii Juliani scripturam, quæ indicat debere omnes civilates consueludines Romæ