CHAPITRE VII
elle ne s’appelait pas Communia , mais Burgesia ; ensuite la commune de Cerny, qui s’appelait Communia, ne provenait nullement d’une insurrection, et ses membres portaient le nom de jurati , quoiqu’ils n’eussent jamais conspiré (i). Du reste, comme le fait observer La Thomassière , le nom de juratus ou. de jurât était universellement donné aux magistrats des communes dans la Guienne ( 2 ).
Il faut signaler encore, et ceci est fort important , un préjugé historique très-répandu parmi ceux qui se sont occupés des communes. Nous voulons parler de l’opinion vulgaire sur la date de leur institution. M. Augustin Thierry a repris avec beaucoup de raison les auteurs de la Charte de 1814, lesquels, dans le préambule , avaient attribué l’établissement des communes au roi Louis le Gros. Il resterait peut-être aujourd’hui à reprendre M. Augustin Thierry lui-même d’avoir cru, avecbeaucoup d’autres du reste, que la formation des communes datait du douzième siècle. La formation des communes, à notre avis, ne date préci-
cujuscumque condilionis et sfalûs qui voluerint se Biirgenses noslros coiisliluere , modo et formâ consueiis et debilis, hoc facere possint in dicta vilà Aquarum-Mortuarum , prout in dicto loco Monlispessulani. » (La Thomass., Goût, loc., ch. cv.)
(1) ... Majori et juratis. . . satisfaclionem faciet. . . (Chart. pour la comm. de Cerny. — La Thomass., Coût, loc.,
ch. CIV.)
(2) ... Les juBATS, qui est un nom ordinaire en la province de Guienne des magistrats populaires. (La Thomassière, Coût, loc., ch. XIX.)
COMMUNE FRANÇAISE
lâD
sèment d'aucun siècle, parce qu’elle date de tous ; elle est un fait permanent de l’iiistoire des peuples, et voici pourquoi. La commune, ainsi que nous l’avons déjà dit et ainsi que nous allons l’établir clairement tout à l’heure, est le gouvernement auquel parviennent en tout pays les esclaves affranchis ; or, en Europe, depuis le commencement des sociétés jusqu’au quinzième siècle, il y a eu incessamment des esclaves arrivant à la liberté , et par conséquent il y a eu incessamment des communes formées , sous l’un des noms que nous avons mentionnés plus haut. On trouve dans tous les siècles de l’histoire du moyen âge des privilèges plus ou moins étendus accordés à diverses villes , c’est-àdire un self-government, des communes confirmées ou établies. Pour tomber dans l’exemple, une lettre de Théodoric, roi d’Italie, de l’année 510, confirme les immunités autrefois accordées à la ville de Marseille (i) ; une formule de Marculfe parle de biens communaux et prouve ainsi que le mot commune luimême existait vers la fin du sixième siècle ( 2 ) : un acte de vente de l’année 877 mentionne un sentier communal, et prouve que le mot commune était également usité dans le neuvième (3); un diplôme de Charlemagne, de l’année 777, confirme les privilèges d’un lieu
(1) Cassiodori variar. lih. iv, epist. xxvi.
(2) Giim terris, silvis. campis, pralis, pascuis, commdniis, necnon et raancipiis. (Formul. Marculf., a Lindenbrogio edit., n° 58.)
(3) Il s’agit de la délimitation d’un domaine : De uno fronte cENTERius COU5IIJNA118 pCTgU ; de aUo vero fronte strada
CHANTRE VH.
nommé Salona, dans l’évêché de Metz (t) ; une charte de Pons, comte d’Âlby, de l’année 987, déclare franc cl libre un bourg nommé Viancium (s) ; enfin une charte, du 50 mars de l’année 1068, mentionne une Jeanne, femme de Pierre Le Coq, bourgeois de Pontoise ( 5 ). L’établissement des communes, c’est-à-dire du gouvernement des affranchis par eux-mêmes, est donc , comme nous disions, un fait permanent de l’histoire. Tout ce qu’on peut dire du douzième siècle, c’est qu’il a été le moment précis où' la plus grande partie des populations sorties d’esclavage se sont trouvées mûres pour se gouverner ; une commune formée alors en a déterminé une foule d’autres ; c’est ainsi qu’il y a un moment dans l’histoire de la Grèce, où toutes les villes veulent une commune à l’imitation de celle d’Athènes, et qu’il y a un autre moment dans Thistoire de l’Italie, où toutes les villes veulent une commune à l’imitation de celle de Rome.
Redisons-le , la commune n’est autre chose que le gouvernement des races affranchies par elles-mêmes, quelles que fussent d’ailleurs l’origine, l’étendue et la dénomination de ce gouvernement; qu’il fût pris, reçu ou bien acheté ; qu’il fût absolu ou borné dans ses limites ; qu’il s’appelât Communie, ou Communia, ou Communitas, ou Libertas, ou Consuetudines, ou
publica pergit, (Perard , Recueil de pièces curieuses , p. 155, 156.)
(1) D. Calmet, Hist. de Lorraine, t. I, pr. col. 287.
(2) CateL, Comtes de Toulouse, |>. 100.
(3) Histoire du vicariat de Pontoise et du Vexin, p. 22.
COMMUNE FRANÇAISE