‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 46 sur 166 · SYMPTÔMES DE LA COMMUNE ANTIQUE. — MERCENAIRES ET MENDIANTS · texte numérisé non relu

SYMPTÔMES DE LA COMMUNE ANTIQUE. — MERCENAIRES ET MENDIANTS

Pour reprendre l’une des idées principales sur lesquelles repose l’économie de ce livre, la commune n’est pas , comme on le croit généralement à cette heure et dans l’état présent des études historiques, un fait propre aux temps modernes et aux royaumes occidentaux. C’est encore une erreur de penser que la première formation des communes date exclusivement du douzième siècle. A notre avis, la commune est un fait général, universel, humain, de tous les pays et de tous les temps; un fait qui s’est engendré, dans de certaines circonstances que nous avons précisées, parmi les Hébreux, parmi les Grecs, parmi les Romains, aussi bien que parminous, absolument pour les mêmes motifs et à peu près dans la même forme. H y a dans tous les peuples un élément, nous avons dit lequel, qui subit une certaine fermentation, une certaine préparation séculaire, et qui, lorsque le moment est venu.

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se métamoqihose régulièrement, infailliblement, et devient la commune. Cette métamorphose, disons-nous, se fait en tout pays, parce qu’elle opère sur un élément humain; mais elle ne se fait pas en tout temps, parce qu’elle est l’effet suprême de plusieurs causes successives auxquelles il faut donner le délai naturel de leur gestation. Il suitdonc,en admettant ceci, qu’e« un temps donné tout peuple a ses communes.

Notre intention, en une matière si grave, n’est pas seulement d’afïirmer , mais de prouver. Nous ne reculons pas devant la nécessité où nous sommes d’établir l’existence de la commune chez les anciens. Néanmoins le lecteur devra trouver tout simple que nous nous fassions les conditions de notre travail le moins ardues possible, tout en lui laissant la sincérité et la rigueur qu’il est dans notre désir de lui donner. Ainsi nous avons commencé par rétablir , le plus exactement que nous avons su , la commune française dans toute la vérité de son principe et dans toute la fidélité de sa forme; nous avons donné le pas devant aux temps modernes sur les temps anciens, parce que ceux-ci sont moins sous notre main et se dérobent davantage à notre idée. Nous n’avions en cela d’autre but que de procéder, comme on dit, du plus connu au moins connu ; d’épargnerau lecteur l’effort prolongé et fatigant d’analyse que nous avons dû faire pour rebâtir la commune antique directement, sans point de comparaison , sans sortir d’elle-même et en ramassant un à un les débris qu’elle a laissés dans les historiens, et de lui donner au contraire le spectacle aisé et complet de la com-

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miinc à une époque voisine de nous, où elle se montre bien arrêtée et bien nette, pour l’aider ensuite à reconnaître son principe et sa forme à une époque éloignée de nous, où elle ne se laisse apercevoir, surtout au premier coup d’œil, que vacillante, indécise, douteuse.

Toutefois nous devons prévenir que nous ne serons 4>as aussi catégorique à l’égard de la commune antique que nous l’avons été à l’égard de la commune française , ou , pour mieux dire , nous ne serons pas aussi systématique et aussi complet. D’abord , l’important pour nous , dans ce livre , est moins de préciser la forme et le mécanisme de la commune chez les anciens, que de mettre hors de doute son existence. C’est surtout à ce dernier point que nous allons nous attacher. Du reste, nous n’avons été si explicite en tout ce qui touche la commune française, que pour n’avoir pas besoin de l’être autant une seconde fois en ce qui touche la commune antique, laquelle est , selon nous, un fait historique exactement pareil. Nous allons donc nous borner à mettre en lumière les divers ordres de symptômes qui attestent de la manière la plus formelle l’existence de la commune antique , laissant à la volonté du lecteur le soin d’en préciser plus ou moins la forme, d’après le type complet que nous avons mis sous ses yeux.

Quand nous parlons de la commune antique, nous voulons désigner la commune hébraïque, la commune grecque et la commune romaine.

Nous n’avons pas encore trouvé une occasion naturelle de dire pourquoi nous faisons entrer la municipa-

COMMUNE ANTIQUE

lité juive dans notre cadre. C’est pourtant une explication qui nous est nécessaire et que nous allons hasarder ici sous forme de parenthèse , sans savoir au juste si le moment que nous prenons pour cela est le meilleur ou le pire. Nous avons mis, ou plutôt nous voulons mettre la commune juive à côté de la commune grecque , de la commune romaine et de la commune française, parce que les Juifs, qui sont la tige et le centre des peuples sémitiques, peuvent être considérés comme représentant l’Orient, et que nou.s étions désireux, dans l’explication universelle, humaine et absolue que nous voulons donner de la commune, de la montrer toujours identique dans les circonstances les plus opposées, par exemple parmi les peuples d’Orient et parmi les peuples d’Occident. I.<es témoignages que nous sommes allé chercher et que nous irons chercher encore dans la Bible ne sont donc pas un effet du désir d’enfler notre érudition, mais font partie intégrante de notre pensée et sont des étais naturels de notre sujet. Nous reprenons.

Nous disions qu’il existe des symptômes dont la présence sulBsamment établie atteste toujours infailliblement la formation des communes. C’est à l’aide de ces symptômes que nous allons rétablir la commune antique.

Le premier de ces signes, c’est l’existence des mercenaires et des mendiants. Sans vouloir répéter à ce sujet ce que nous avons déjà dit au commencement de ce livre, il est évident que, durant les périodes primitives , c'est à-dire durant les périodes d’esclavage

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