CHAPITRE VIII
pur, il n’y avait pas de mendiant, puisque chaque maître nourrissait ses esclaves. Aujourd’hui même, malgré l’affaiblissement considérable de leurs institutions primitives , les colonies européennes des Antilles et de la mer des Indes n'ont pas un seul mendiant , et nous avons même , depuis quelques années , sous les yeux , une sorte d’image assez fidèle des peuples à constitution primitive dans les Arabes de l’Atlas et du désert, où la mendicité est une chose parfaitement inconnue et inouïe, toujours par cette raison que tous les maîtres y sont au-dessus du besoin , puisqu’ils sont maîtres, et tous les esclaves pareillement, puisqu’ils sont esclaves, ceux-là ayant toujours, vu qu’ils donnent, ceux-ci ayant encore, vu qu’ils reçoivent. Les premiers pauvres qui se voient dès la formation des grands peuples proviennent ainsi des affranchis mercenaires, lesquels, ayant été livrés à eux-mêmes avec leur pécule et leur industrie, c’est-à dire, en termes d’économiste, avec un capital et un crédit naturellement peu importants, couraient le risque de dépenser l’un et de perdre l’autre , et d’être réduits ainsi à l’aumône pour y suppléer. Or, comme moins il y a d’ouvriers mercenaires en un pays, plus ils y ont des chances de s'enrichir, trouver des mendiants chez un peuple, c’est signe que les mercenaires, c’est-à-dire, les affranchis, y sont déjà en grand nombre ; et comme d'un autre côté les affranchis ont été toujours et partout repoussés avec mépris du gouvernement et des alliances des familles nobles, trouver des affranchis en grand nombre chez un peuple, c’est une présomp-
Digilizea Dy (.joogle
COMMUNE ANTIQUE. 147
lion bien forte, c'est presque un indice positif qui peut en quelque façon porter à croire qu’ils y forment une association séparée, confrérie, corporation ou commune , ce qui est la même chose , du plus au moins.
Voilà déjà un pronostic sur la foi duquel nous sommes tout disposé à croire , en présence des textes de l’Odyssée, du Lévitique et du Deutéronome, qu’il y avait eu afiranchissement des communes chez les Grecs et chez les Juifs, à l’époque de la dispersion des Chefs et à l’époque du séjour dans le désert. Nous avons , plus haut, indiqué nos preuves, qui sont l’existence des mercenaires et des mendiants ; il a des mendiants mentionnés dans l’Odyssée, dans Hésiode et dans le Lévitique. Nous avons déjà dit qu’on n’en trouvait pas dans l’Iliade; et, dans les poètes primitifs, dans Homère surtout, le silence sur un grand fait équivaut presque à une affirmation , à cause de la scrupuleuse exactitude avec laquelle toutes les réalités historiques, politiques, même scientifiques, morales et religieuses, y sont toujours consignées. Nous disons qu’il y a silence relativement aux pauvres, dans l’Iliade; mais nous devons ajouter qu’il en est question dans l’Odyssée, poème que nous considérons comme quelque peu postérieur; car il y a un passage dans le quatrième livre, où il est dit formellement qu’il n’y avait pas de pauvres dans le camp des Grecs (i). Toutefois, d’au-
( 1 ) ... Aùràv fcarl xaizKKpiicTtùv ■nëffXïv,
iiixTip, Si où$kv T0I05 sijy inl vrjvaiv ’Ax^tûv,
(Ilomer. Oilyss., lib. IV, v. 247, 248.)