‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 50 sur 166 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

et qui serait contraint de revenir sur ses pas pour se forger une cognée.

Nous disions tout à l’heure que l’existence des villes murées témoignait, chez les peuples anciens , de l’existence des communes. Nous allons montrer en effet, que, toutes les fois qu’une ville s’entoure d’un mur d’enceinte, c’est une preuve que scs maisons sont construites par masses , en pâtés , comme on parle dans notre langue , ou en îles, insulas, comme on parlait dans la langue latine. Or, d’un autre côté, nous nousréservons de faire voir que dansles commencements de tous les peuples, les familles nobles habitent toujours des maisons isolées , et les familles bourgeoises toujours des maisons prises ensemble et associées ; de telle sorte qu’un château correspond infailliblement à un gentilhomme, de même qu’un mur mitoyen correspond infailliblement à deux bourgeois.

Même sans aller plus loin, nous pouvons dire en (leux mots, mais en réservant tous les développements et toutes les preuves , que les familles nobles ont dû naturellementhabiter desmaisons autrement construites (jue les familles bourgeoises. Nous avons déjà montré que, dans les premiers siècles de chaque peuple, tout chef de famille noble a juridiction. Or, dans tous les temps, dans l’antiquité comme au moyen âge, le centre de la juridiction, c’était la tour seigneuriale. Par exemple, tout le territoire de l’ancienne vicomté de Paris relevait de la tour du Louvre. Il fallait donc nécessairement que la demeure de toute famille noble fût seule , parce que toute seigneurie était indivisible;

COUMDNE ANTIQUE.

en un mot, et on le ven’a, l’architecture reproduit toujours l'organisation de la société : à des nobles isolés elle bâtit des maisons isolées ; à des bourgeois associés elle bâtit des maisons associées.

Nous avons quelque regret à entrer un peu maintenant dans riiistoire des races nobles , que nous avons l'inteUtion de traiter à part ; mais les races nobles et les races esclaves sont deux grands faits qui se tiennent si étroitement embrassés , qu’il y a une multitude de cas où il est est impossible de toucher à l’un sans toucher à l’autre. Il y en a même certains où ils sont si évidemment, l’un vis-à-vis de l’autre, cause ou effet, restriction ou généralisation , qu’il devient tout à fait indispens<able de les étudier simultanément pour les bien comprendre individuellement. Nous allons donc expliquer un peu ce qu’étaient les maisons isolées, pour expliquer tout à fait ce qu'étaient les maisons a.ssociées.

Primitivement, c’est-à-dire avant l’époque des affranchissements, car il importe de remonter là pour que les deux histoires des races nobles cl des races esclaves soient bien distinctes et ne fassent pas irruption l’une dans l'autre, primitivement, une maison isolée, un château , appartenait toujours à un gentilhomme , à l’un de ces nobles, à l’un de ces Pères, que les poètes nomment divins, et ce château avait essentiellement un donjon. Ceci est fondamental et universel , et rien n’est plus historiquement rigoureux que l’expression d’Horace dans cette ode où il dit que c la mort frappe également de son pied les masures des pauvres et les

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