ISA
donjons des races princières (i). > Turris veut dire strictement donjon dans ce passage, et nous allons dire pourquoi.
Dans la, première ode d’Horace , c’est-à-dire dans celle où le poète fait hommage à Mécène de ses vers, il le qualifie ainsi en sa langue : atavis édité regibus (2) , issu du sang des rois , comme disent tous les traducteurs, et ce qui est, à notre avis, un contre-sens. La difficulté du passage est dans le mot begibus, que l’on traduit à tort par roi , qui est le sens moderne , et qui n'est pas le vrai dans ce cas. D’abord il faut remarquer que l’ode d’Horace est dédicatoire , et par conséquent que Mécène doit y être désigné par les titres qu’il portait officiellement, ainsi que nous disons. 11 y est désigné en effet par la qualification de bex , qui est dans l’ode un mot de sens étroit , appartenant au vocabulaire héraldique de la noblesse romaine , et qui doit être traduit en français par prince, également dans le sens étroit, et signifiant ce que signifie ce mot dans une qualification comme celle de < M. le prince d’Hénin , » ou de « M. le prince de la Trémoille. » Mécène prenait en effet dans les actes publics le titre de REX, ce qui prouve bien clairement qu’il ne signifiait pas ROI, comme les traducteurs d’Horace le croient. Du reste, un passage de Plutarque est bien formel là-
(1) ... Pallida morsæquo puisai pede pauperum tabeenas Recum qiiexuRRES.
(Horal. Carmin., lib. ], od. 4.)
(‘i) Mœcenas, alavis édité regibus.
(llorat, Carmin., lib. I, od. 1. v. I.)
COMMUNE ANTIQUE
dessus, car il dit qu’il y avait à Rome quatre familles, les Mamerci, les Calpurnii , les Pomponii et les Pina* rii , qui avaient seules le droit de signer et de prendre dans les actes la qualification de reges. Plutarque ajoute que les quatre familles justifiaient cette titulature, en disant qu elles descendaient de Numa (i). Or, Mécène était de l’une de ces familles. Il résulte du passage de Plutarque que l’explication , vraie ou fausse, de l’origine du titre de prince , donnée par les quatre familles qui le portaient , avait été inventée après coup. C’est ainsi que les aînés de la maison de Rohan justifient également leur titre de prince , en disant qu’ils descendent des ducs de Rretagne , ce qui n’est vrai du reste qu’à demi, car ils en descendent en effet, mais seulement par les femmes. Toutes ces choses que nous
(1) Oî Sè npàf TKWTTj riaeapxç ûtoùs àvxypifouaiv «Ùtoü (N ou/Jtâs), Uô/J-itoiva, ütvov, Kà^Ttov, Vl.iiJ.tpMv, wv txuarov ouou xai yivouç ivrifto\J x.X7xXnttt-j' tivxt yxp ànb
fiiv TOÜ nôyu7i<uyo$ TOÙ$ VLofmtÊyjloMi, xitb Sk Uivou toù$ Iltvaploui, xnb Si KàAnou roiç ^xXitovpvloui, xnà Si Mxjuipxou TOUS Mx/upxiovs' oTç Six TOÜTO x«i'PHrA2 ytvéerôxi nxpuwfjiiov, OKtp ixrl fixacXixf. (Plularch. NutU., cap. XXI.)
Le texte de ce passage prouve bien évidemment que REGES, dans le cas présent, était un mol technique , et ne voulait pas dire proprement roi, puisque Plutarque, qui ne peut pas le traduire rigoureusement en grec , le grécise et le rend par Pr/ya;, ajoutant seulement pour ses lecteurs grecs que ce mot voulait dire en leur langue ^xadixç ; néanmoins ce n’était là que le sens approximatif et dérivatif , puisque le sens primitif et propre n’avatl pas de mot correspondant dans la langue grecque, à moins queP>lyas qui est un barbarisme.
lie CHAPITRE IX.
(lisons de la qualification princière de Mécène deviendront de la dernière évidence au second volume de cel ouvrage, qui traitera des races nobles, et où nous , essayerons de faire revivre les principes qui réglaient les noms propres, le blason, la titulature, enfin tout le cérémonial héraldique de la noblesse grecque et romaine.
11 est donc démontré pour nous que , dans le vers d'Horace dont nous parlions, le mot rex signifie prince. Or, cette signification, qui est la vraie , réagit sur celle du mot TURRis, contenu au même vers, et qui ne veut plus dire simplement tour, mais tour seigneuriale, DONJON. En sa qualité do maison seigneuriale, de maison d'un gentilhomme , la maison de Mécène devait avoir un donjon. Elle l’avait en effet ; Horace le mentionne, dans une ode où il écrit à Mécène qu’il serait heureux de boire avec lui à son ombre (i). D’ailleurs ce donjon est expressément nommé par Suétone, qui dit que Néron y monta pourvoir l’incendie de Rome (s).
Le propre de toutes les maisons des nobles était, avonsnous dit, d’avoir une tour et d’être isolées. C’est un principe qui ne souffre pas d’exception chez quelque peuple que ce soit, dans les temps primitifs. Ainsi, dans V Iliade, Pairocle et Hector sont mentionnés comme ayant une
(1) Quando
Tecuin sub alta, sic .lovi gralum, doho,
Beale Mœcenas, bibam?
(Hurat. Epod. lib., od. 9.)
(2) ... Hoc incendium è liirri Mcecenatianà prosi»cclans.
(Siielon. Tranquill. Ner. Claud. Cæsar., cap. xxxvi.)
COMMUNE ANTTQUE.
maison haute (i), et dans VÈnHde Tiirnus en a une pareillement ( 2 ).
Il y a même plus ; on peut descendre des temps homéri(iues vers les temps plus rapprochés de l’ère vulgaire , sans cesser de trouver l’isolement et le donjon comme signes caractéristiques des maisons seigneuriales. Dans 1 Anabase , Xénoplion cite un village sans murailles et par conséquent, ainsi que nous le montrerons, un village noble, dont les maisons étaient surmontées de tours (3) ; et un peu plus loin il mentionne également un chef de tribu de l’Asie Mineure qui demeurait dans un donjon (4).
L’histoire des Juifs est remplie de faits analogues ; pour nous borner dans nos exemples, nous citerons Démétrius, roi de Syrie , qui habitait, à quelque distance d Antioche, un château cantonné de quatre grandes-tours (s) , et Hérode le Grand qui fît bâtir , à
(1) ...'ï^e^sÿès fiiyoc âü/xcc.
(Homer. iliad. lib. XIX, v. 533.) ixpYiXoïo...
(Homer. Iliad., lib. XXII, v. 440.)
(“) • • • Tectis hic Tut niis in altis.
(Vifijil. Æneid., lib. Vil. V. 443.)
(oj El? (îe Îîv atjiixovTO y.iifxr}v, rs TtoU jiaaiXsiov
TE ei^E TW txxzpxTZTp , x«i sTti T«ts nXsldTxtç o£xt«<ç zùpatus
s.Tzr,axi)... (Xeno|)li..Anabas., lib. IV, cap. iv, ^ 2 .)
(4) 'O d' h iv rùpaet fiiXx tfuXxr'rôp.Bvoç... (Xenoi.h. . 4 nabas., lib. VU , caj). ii , § 21.)
^ ( 5 ) KnoxXziaxi yxp xÙt'ov s£; -iZTpxitùpytov rljixaü.uov, 0 xaTEffXEÛstffsv xùrbç oùx xizoyvi t>5s 'ky-noyüxi, oùâévx npo-
fftfiTo... (Flav. Joseph, anliquit. Judæor.,lib. XIII, cap. m.) ’• 14