‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 54 sur 166 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

nelle, exercée au nom des aïeux, avait son siège auprès du foyer, qui était, en quelque sorte, le sanctuaire de la justice domestique. Coriolan, banni de Rome, alla s’asseoir au foyer de Tullus, roi desVolsques (i). C’était précisément là que les pères de familles sacrifiaient aux dieux de la maison , qui s’appelaient dieu des ‘parents, divi parentum ( 2 ), de la même manière que la Bible dit : Le dieu de nos pères, le dieu d’ Abraham, d'Jsaac, de Jacob. Or, de même que dans une famille noble tout entière il n’y avait qu’un père, dans une maison noble il ne pouvaity avoir qu’un foyer, qu’un sanctuaire, qu’un tribunal; et de même qu’un étranger n’entrait ]>as en participation de la puissance paternelle d’un noble, de même une maison voisine de la maison noble n’entrait pas en participation de la sainteté de son foyer. L’autorité paternelle du noble était un tout parfait; la maison du noble en était un autre.

L’association des maisons , c’est-à-dire la création du mur mitoyen, est contemporaine de l'association des affranchis et de la création des bourgeoisies; C’est une histoire fort difücile , mais qui serait fort importante à faire, et que nous ne pouvons qu’esquisser.

D'abord c’est un fait général pour toutes les villes

( 1 ) ’EêâJcÇsv ouv inl r>iv olxtçcv rov TvXXov, xai notpstesX-

0ÙV «fvoi Tzphi TTjv iirisvj (tcuttv^,... (Plularch. Coriol.,

cap. xxiii.)

(2) Scï. Parentum. puer, verberil. Ast. oloe. plora. SU. nivEis. PARENTUM. Sacer. eslod. (Codex Papyrian., lejj. 30. Terrass., Hisl. de la jurisp. rom.)

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primitives, qu'elles se sont formées par raccumulation des maisons bâties autour d'un château.

La naissance des villes et l'époque de leur enfance où elles étaient encore à l'état de villages féodaux, est même un spectacle des plus curieu.v que l'on puisse se donner dans l'histoire. Les chroniques grecques fournissent des exemples abondants de ces bourgs primitifs, dont les maisons se groupaient autour du château seigneurial. Xénophon mentionne le château du satrape Pharnabase , autour duquel des villages s’étaient bâtis (i) ; ailleurs il cite pareillement le château du roi des Mosynèques , situé aussi au centre d'uu village; et ce qu'il en dit est bien concluant pour le principe général que nous venons d'émettre, car il rapporte que ce roi ou ce seigneur avait la garde du village, et que les habitants lui payaient pour cela un cens annuel (s).

L'Asie Mineure n’olfre pas seule des exemples de cette accumulation d’hommes de race esclave autour du château seigneurial ; le même fait se retrouve dans ce que Plutarque raconte de la fondation d’Athènes par Thésée et de la fondation de Rome par Romulus. 11 y a ceci de particulier pour certaines villes de l’ancienne Grèce, qu’au lieu de s’élre formées autour d’un château , elles se sont fondées autour d’un

(1) 'Enl Aaoxuiiou inopeiero, üvOoc xtxi roc ^aaiXsta r,v ^eepvx6x!^u, xxi xSifixi itepl xùrèc rcoXXxl x«t /JLsyxXxt... (Xnnoph. Hellenic., lib. IV, cap. i, § Î5.)

( 2 ) 'O ik ^xaiX^i aùrwv, o iv tm p-oauve tw in’ àixpov ùko- Sopripéva (3v rpéfovst TrivTîç xo(v^i «Otou pévovzx xxi yuAâr tcvt«...) (Xenoph. Anabas., lib. V, cap. iv, S 26.)

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temple. C’était toujours un vasselagc et une seigneurie. Telles étaient les villes de Delphes et d’Olympie. C’étaient des espiîees de villes sacrées , auxquelles le temple, qui en était le centre, servait de sauvegarde, devenues libres de bonne heure, s’administrant ellesmêmes et ayant juridiction (i). C’est ainsi qu’on s’explique comment ces deux villes étaient à peu près les deux seules de la Grèce qui fussent à la fois des villes ayant une commune et n’ayant pas de murailles ( 2 ).

Durant notre moyen âge, ce phénomène de petites villes fondées sous la protection d’un seigneur, baron ou abbé , se présente absolument avec les mêmes caractères que dans l’Asie Mineure , dans la Grèce et dans l’ancienne Italie. Un chroniqueur du douzième siècle raconte que Louis VII fondait, sous sa protection, une multitude de villes nouvelles, ce qui faisait grand tort aux monastères et aux seigneurs des environs , dont les esclaves venaient s’y réfugier (3). A proportion qu’on remonte dans riiistoire de France, les exemples analogues se multiplient. En H 18, c’est une charte qui permet aux moines de Machecoul de bâtir un bourg

(1) Tô S’ iipbv, xBci ràv veùv rbv êv AeÀjioïs tou ’ATToiAcovo;, xal AeXfovç, «urovi/touç eîvcxi, xoci aÙTOTsAeîs, xxi aùroâtxoui x«i xùtüv, xxi T-/ÎS yÔç éauTiüv, xxrx zx Tzxzpix. (Thucyd., lit). V, cap. XVIII.)

(2) Tï;v Jè TtoÀtv (àzei'/,iaroç yxpr,v)... ^Xciloph. Hellenic., lil). III , cap. Il , S 27.)

(3) Qiiasdam villas novas ædilicavit, per quas plures ecclesias et milites de propriis suis hominilms ad eas conFu- {;icntibus, exhæredasse non est diibiiun. (.\piid scripl. rer. francic.. I. XII, p. 286.)

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libre (i). Le 28 juillet HOO, c’est une autre charte qui détermine et sanctionne l’enceinte du bourg de Nogaro dans l’enclave de l’église de Sainte-Marie-d’Aucb, et qui est aujourd’hui un chef-lieu de canton ( 2 ). En 1080, un Archambaud de Liriac, près d’Ancenis, donne à un monastère un terrain pour y construire un bourg (3).

Quand ces villes naissantes se fondaient ainsi autour d’un château ou autour d'un temple, le château ou le temple occupait toujours la hauteur, et les maisons descendaient en s’échelonnant dans la plaine.

Par exemple, en ce qui touche Troie, Homère raconte que Dardanns, fils de Jupiter, bâtit son château sur la hauteur, et que longtemps après il bâtit dans la plaine la ville sacrée d’Ilium pour des hommes parlant diverses langues, lesquels avaient habité jusqu’alors au pied du mont Ida ( 2 ). Il est évident, d’un côté, que la cité d’Ilium est appelée sacrée parce qu’elle servait d’asile; ensuite que ces hommes, parlant diverses langues et par conséquent appartenant à diverses nations, qui habitaient au pied du mont Ida et qui se réunirent dans la cité , étaient des serfs ou des aifranchis, parce qu’on ne peut pas supposer que des hommes

(1) D. Morice. Preuve de l’hist. de Bretag., l, I, coll.541.

(2) Chroniq. ecclOs. d’AucIi., part. 3, preiiv. p. 62.

(3) I). Morice. Preuv. de Phisl. de Bretag., t. 1, coll. 451.

( 4 ) TLrlaaeâe AecfsSecvi^v’ ind ouTtw I/£05 ipi)

’EvmSla irenô^taro, nàXii juspÔTzuv àvôpùntuv'

’A)./’ e 6 ' ÙTt(i)psi«i üxeov TroiuîriJazoç lo>j5.

(liiad.,’ lil). XX, v. 216, 217, 2J8.)

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