CHAPITRE IX
libres, des nobles de diverses nations, se soient trouvés réunis naturellement au pied du mont Ida. Platon parle dans son Traité des lois de l’avantage qu’il y avait à ne posséder que des esclaves parlant diverses langues, pour éviter les complots, par la difficulté des communications (i).
A l’exemple de Troie, il faut ajouter, parmi beaucoup d’autres, celui d’Athènes. Thucydide dit expressément qu’elle avait commencé par la citadelle, laquelle était d’abord toute la ville (a). Ceux qui sont familiers avec l’histoire et avec la langue grecques savent d’ailleurs que presque toutes les villes avaient ainsi dans leur enceinte un château situé sur une hauteur, et portant à Athènes le nom d’Acropolis, à Corinthe le nom d’Acrocorinthe , et ainsi de suite. Thucydide ajoute que l’enceinte de la citadelle, qui avait été autrefois toute la primitive Athènes, portait encore de son temps le nom de toA/ç, c’est-à-dire de cité (s) (»-cA/rjfç, bourgeois), mot qu’il ne faut pas confondre avec «cttu, qui désignait la ville moderne. Toutes les villes importantes de l’Europe actuelle , et entre autres Paris et Londres , sont ainsi nommées de deux noms ,
(1) M:^t£ noiTpi<S>7«ç etvxi toùî fjLé^i-ovrxç pâov
Sou^eùaitv, ocaufi.tfùvovi re eli Svv»/uv otc /xxAtara. (Plat, de legib., lib. VI.)
(2) Tà Sk npb toutou, ri àxpàitoi.iç y) vüv ouoa , noiti 7,v.." (Thucyd., lib. II, cap. xv.)
(5) KaietTKt Sk Stk mv TrxXxtôcv txvttjv x«rotxïiaiv xai ^ xxpÔTcoXti /Jiixpt Tou^e Sri ôn’ ’Aôijvatwv nôXtç (Tbucyd., lib. II, cap. XV.)
COMMUNE ANTIQUE
comme Athènes ; elles s'appellent cité dans leur partie ancienne, où étaient, à Londres, la Tour seigneuriale des rois d’Angleterre ; à Paris , le Palais des rois de France, et ville dans leur partie moderne.
D’ailleurs c’était une chose si remarquée des anciens que l’édihcation des demeures seigneuriales sur les hauteurs, et des maisons des affranchis dans la plaine, que, pour désigner un noble, ils disaient presque toujours c un homme né en haut lieu , > et pour désigner un bourgeois, un homme du commun, ils disaient c un homme né en bas lieu. > Les exenqiles de ces sortes de locutions sont si nombreux , que nous éprouvons quelque embarras à choisir. 11 y en a dans Tite- Live (i), dans Cicéron (a), dans Valère-Maxime (s), dans le Traité des hommes illustres, attribué à Pline (a), et en cent autres endroits dans le détail desquels nous croyons inutile d’entrer. Même cette locution des anciens est restée dans notre langue , car nous disons aussi { un homme de haut lieu , > c un homme de bas lieu. >
(1) ... Tanaquil suramo loco nata.
(Tit. Liv.,decad. 1, lib. I, cap. xxxiv.)
(2) ... Sed lamen très fratres, summo loco iiaios. . .
(Tull. Cicer. Epislol., lib. II, epist. 18.)
(3} ... Lucius Pelronius, . . . admodura humili loco natus, ad equeslrem ordinem . . . perveneral. (Valer. Max. Histor., lib. IV, cap. vu, § 5.)
(4) Calus Marius scplies consul, Harpinas, humili loco nalus. (De vir. illust. iiicert. auclor., cap. lxvii, § 1. Apud Aurel. Victor.)
CHAPITUE IX.
Nous voilà certains maintenant que les maisons des nobles avaient les divers caractères que nous leur avions attribués, à savoir qu’elles étaient isolées et qu’elles avaient un donjon : l’isolement pour marquer l’autorité seigneuriale , le donjon pour marquer l’autorité militaire. Passons outre maintenant aux maisons des bourgeois , et montrons qu’elles se groupaient en masses, en pâtés, ainsi que nous disons, et qu’alors, pour leur défense commune, elles s’enfermaient d’un mur de circonvallation et formaient les villes murées.
11 y avait-parmi les peuples anciens deux sortes de villes : les unes qu’on peut appeler des villes nobles, et qui étaient ouvertes ; les autres qu’on peut appeler des villes bourgeoises, et qui étaient murées.
Les villes nobles se trouvent parmi les peuples chez lesquels les affranchissements, encore restreints, n’avaient pas produit une grande masse d’émancipés, et par conséquent n’avaient pas nécessité l’établissement des communes. En général, les peuples chez lesquels les émancipations ont été tardives étaient méditerranéens et agricoles, tandis que les insulaires et les habitants des côtes, adonnés à la piraterie et au commerce, sont arrivés plus vite à la vie communale et démocratique (i). Les villes de ces peuples agricoles étaient ouvertes, parce qu’elles étaient faites de maisons isolées , ou plutôt parce quelles n’étaient que l’assem-
(1) ... K«t oi Ttocpàt. ôivOponzoï ixxYXov -fiSri
nzr.fjtv twvxp>î^«twv Ttoio<)p.viOt, (izôxiàz&pov dlxouV Ttvsj x«t zslx^ TzepuèxXXovxo, wç it). 0 }jaür&poi sxuz'Zv v«yvo/*£vo«.
(Thucyd., lib. I,cap. vni.)
COMMUNE ANTIQUE
blage de quelques châteaux forts, ayant tout autour d’eux les demeures des serfs ou des vassaux.
Les anciens Sabins étaient ainsi de ces peuples pasteurs et aristocratiques, qui habitaient des villes ouvertes (i). Les Gaulois cisalpins étaient une nation de même nature, et leurs villes n'avaient pas de murs ( 2 ). Ce fait relatif aux Gaulois est d’autant plus caractéristique, que Polybe ajoute qu’ils vivaient à l’état seigneurial et qu’ils avaient des vassaux (5). Les Germains du temps de Tacite n’avaient pas non plus , dans leurs bourgades, des maisons réunies par un mur mitoyen ( 4 ), et on sait que ce n’est qu’un peu avant le milieu du quatrième siècle, vers 550, que l’empereur Henri l’Oiseleur fit murer les villes d’Allemagne. Thucydide représente les Étoliens, lesÂcarnaniensetlesLocriens comme des peuples qui étaient à la fois agricoles et
(1 ) Oî Sk Zaètvoi... xéiftocç Se wxouv «Tet^îffTOUs wj npour,xov kÙtoÏs ju.éy« fpoveîv, xat pi}) tfoQstaOett, AaxeSactpo'JÎuv xnoixoti oZatv. (Plularch. Romul., cap. xvi.)
(2) “ûjxouv Sè x«ri xùpxç xreixiaTOVs, rr,ç loiniriç x«t«ffxeufls «piotpoi x«0£(7TWT£ç. (Polyb. Iiistoi'., lib. II, cap. xvii,
(, 3 ) Uepi Sk ràj érxtpelxi p.eyiarrjv anouSyjv i’jTOtoüvro , S(x rà xxl foëepÙTXTOV xxl SvvxTÙTxrov eivxt nxp' xZroïç toOtov, ôg âv •n}.eiaTovç ey^eLV Sox-ij toùç S-spxTTeuovrxç xxi cup-nepifepopiévov aÙT&i. fPolyb. hislor., lib. II , cap. xvit, § 12.)
(4) Ne pâli (juidem inter se jiinctas sedes. Colunt discret! ac diversi, ut fons, ut campus, ut nemus placuit. Vicos locant, non in iiostrura morem, connexis et cohœrentibus aedificiis : suam quique domum spa/t'o circumdat. (Taclt. Gcrmaiiia, cap. xvi.)