‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 57 sur 166 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

aliirme en deux endroits que Sparte avait des murailles (i).

Hâtons -nous de dire que la contradiction n'est qu’apparente. Xénophon et Thucydide parlent de Sparte telle qu’elle était de leur temps, c’est-à-dire plus de quatre cents ans avant l’ère vulgaire ; Polybe parle de Sparte telle qu’elle était dans le sien , c’est-à-dire cent trente ansseulementavant l’ère vulgaire. Les murailles de Sparte n’ont donc été qu’un accident, puisque Polybe parle précisément de leur démolition , et que Plutarque, postérieur de plus d’un siècle à Polybe, n’en tient aucun compte. Ajoutons quelques détails qui confirment notre théorie , loin de l’attaquer.

Dans l’état de mutilation où nous sont parvenues les chroniques grecques, l’histoire de Sparte se trouve assez incomplète. A l’époque dont parlent lesfragments de Polybe, Sparte avait subi une révolution populaire; la population seigneuriale de la ville avait été bannie , ses biens confisqués , et une espèce de commune insurrectionnelle, dont un personnage nommé Ghœron paraît avoir été l’àme (3) , s’y était installée et avait

(l") ’ETtJffyaiîj yüièv oiiyots oZ'it , xod toZtoiç tüv rstxwv Trs/styjprj/xévwv. (Polyb., lib. XXIIl, fragm. 5, cap. xii , §3.)

’El' un YiV loLfj&ivetv Sri oxJaxps^ojjvTXi jxkv x«t tt)

Twv Tstxwv y.xOxtpéast... (PoIyb. hist., lib. XXIII, fragm. 3, cap. vu , § 6.

(2) KaràTOus aÙTOÙîXKtpoùj^v t(; évA.xneSui/iovi%ctipuiv.,. avOpûJTTOs àyxivooi p.iv x«i npXTTtxbç, véoç Si, xaî Tarcer/às, x«i SripiOTtxrji ùyuyŸ,i rsrexjxoiç. (Polyb., lib. XXV, frag. 5, cap. vu , S !•)

COMMUNE ANTIQUE

eiuouré la ville de murailles, qui furent détruites par les Âchéens. Ainsi , et ce fait nous semble fort remarquable , tant que Sparte fut une ville de nobles , elle fut ouverte; dès qu’elle fut une ville communale, elle fut murée.

Du reste, il y a dans l’histoire grecque du quatrième et du cinquième siècles avant l’ère vulgaire deux exemples concluants qui établissent , ainsi que nous l’avons dit, que toute ville murée est une ville communale. En effet , premièrement Thucydide raconte que le peuple de Samo& ayant massacré une partie de la population noble et chassé l’autre , il s’érigea aussitôt en commune, à l’instigation des Athéniens fi), et qu’immédiatement après il entoura de murailles la ville, qui jusqu’alors avait été ouverte (2). Secondement, Xénopbon rapporte que les Spartiates, voulant se venger des Mantinéens, décidèrent qu’ils leur ôteraient le gouvernement populaire ou communal, et pour cela ils leur ordonnèrent de démolir les murailles qu’ils s’étaient récemment bâties (3). Les Mantinéens ayant

(1) K«i 5 SrjfiOi O 2x/j.loiV Stxxoaloüç fikv rcMi toù, Travraj

TW» iwxrûv xTtéxreivt... ’A0>jvaiwv re aùrovof/.iav fis’rx

rxijrx... iptiftax/xivu-jf-rk Xoiizic.Si(axowTiiv TtiAt»... (Thucyd., lib. VIII , cap. XXI.)

(2) ... ’ATStxtffTnjs ouffvjs 2«yttou... (Thucyd., lil). VIII, cap. IV.)

(3) ... Te 2â/40v wffTâxttxTK... (Thuc.,

Iib. VIII, cap. LT.)

’ExéXevaav aÙTOÙs rà rsî^Oi TZîptutpeXv.,, (Xenopll. Hellen. , Id). V, cap. U, S 1.)

OIAPITRE IX.

résisté à cette injonction , les Spartiates les forcèrent à reprendre le gouvernement des* nobles, c’est-à-dire démantelèrent la ville , et rétablirent la population bourgeoise dans des boui^ades , autour des châteaux, selon l’ancien usage (i).

Ainsi , quand la ville de Samos se donne une commune, elle se clôt de murailles; ainsi, quand la ville de Mantinée perd sa commune, elle voit démolir ses murailles ; les murs d’enceinte sont donc , comme nous le disions, parmi les peuples anciens, un sig ne certain de la formation des communes.

Les villes murées étaient ainsi ces villes boui^eoises dont nous parlions plus haut. Elles étaient habitées pardesgens de race affranchie, elles avaient un régime municipal, et leurs maisons étaient contiguës. Nous avons déjà vu que dans les villes ouvertes en général , et à Sparte en particulier, les maisons étaient isolées (3) ; noos pourrions montrer que dans les villes murées au contraire les maisons étaient associées. Par exemple , en ce qui touche Platée , qui était ville innl'ée, Thucydide raconte les détails du siège qu'en firent les Thébains , et desquels il résulte que les maisons avaient des murs mitoyens (3). D'un autre côté, toute

(1) ’Ex Jè TOUTOU x«6»j|Oi0>j ju.kv rb rsXxoç , StuxlaBr) Si Moevreveta tst/sk^vî, xoidinep tô àpxoûov ûxouv... sTrel Si oi ë^ovTss T«s oÙj('«s ÉyyUTSjOOV /xèv ûxouv twv xwpiwv, 5 vt ' j>v «Ùtoiç wept ràç xù/xoli;, ùp tarot. paria. S’ ixp&vro... (Xenopb* Hellenic., lib. Y, cap. 11, § 7 .)

(2) OÛTî |uvotx«ff0etcn75 TtûAï<us...{Thucyd.,lib. I, cap. ni.)

( 3 ) SuvE^syovro, Stopùaaovrsi roù;xo(voù{ rolxovi, izapà.XX^-

COMMUNE ANTIQUE

sorte d’association qui accompagne la commune se retrouve dans cette espèce de villes et manque dans les villes ouvertes. Ainsi , toutes les villes fermées de la Grèce avaient un trésor public ; Sparte, qui était ville ouverte, n’en avait pas (i). Ainsi encore, Thucydide mentionne une ville de Béotie, nommé Mycalesse, qui avait une école publique (2), signe infaillible de commune , parce que les familles nobles faisaient toutes élever leurs enfants par des précepteurs; or, il ajoute immédiatement que la ville était murée (3); ainsi enfin, Xénophon parle de Tégée, ville qui avait une maison commune, un hôtel de ville, et Tégée était ceinte de murailles {*).

Ce n’est pas néanmoins de prime abord que les maisons bourgeoises ont été bâties en pâté et ont eu

Àou$, ôitui fxii Stk rüv àSüv <favepol atstv Iôvt£(. (Thucyd*, lib. Il, cap. III.)

(1) ... nws xph ttpôi TOUTOUS ptfStâii Tcôie/iov £p»a$cu

xoec tIvi TtcoTeûeravTKs > ànapocmevovi ... rots

XffiifJLacatv • ... ours eu xotvô (Thucyd., lib. I,

cap. Lxxx.)

(2) Kai èîTijrsffôvTSs é'jJasrxaAeiw ttki^wv, oTrep /isytazov

rtv uÙToOt... (Tbucyd.. lib. VU, cap. xxix.)

(3) ... Toü relxoui àoOevoüs ôvtos... (Tbiicyd., ibid.)

(4) C’est un passage uù ii est dit que les Thébains ayant pris Tégée, y firent des prisonniers et en remplirent la prison de la ville et la maison commune :"ûiTTe t«xù /*iv «ùtoîî TÔ âeafioiTfiptov fteurôv riv, raxù ^ Stip-oala. olxtsc.

Du reste, la ville de Tégée était ceinte de murailles, comme le prouve ce passage du même cbapilre ;

KAîtoavTes Tas TtuAas toü tüv XsysaTWu Tït^ouî--* (Xcnopll. Hellenic., lib VII, cap. iv, S 36.)

Page 1