‹ Histoire des classes ouvrieres et des classes bourgeoisesChapitre 59 sur 166 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

de l'isolement au système de l'association , juste le temps qu'il avait fallu aux affranchis pour entrer au sénat et conquérir sans dispute la participation aux affaires politiques. Plutarque , racontant le privilège que le sénat romain accorda à Yalérius Publicola pour ses grands services, d'ouvrir la porte de sa maison eu dehors, ajoute que toutes les maisons des Grecs s'ouvraient ainsi anciennement (i). Cette indépendance des maisons et l’espèce de seigneurie qu'elles exercent autour d'elles, même sur la voie publique, est le caractère de l'époque antérieure à l'établissement des bourgeoisies et le point de départ de l’arcbitecture ; les servitudes urbaines , ébauchées sous Auguste et complétées sous Néron , sont le caractère de l'époque essentiellement municipale et le point d'arrivée de l'architecture (î). Elle a pour alpha la porte ouverte en

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(2) Celte diotinc'tion des portes qui s’ouvi*aienl en dehors et des portes qui s’ouvraient en dedans était profonde dans les idées des Romains. Les premières s'appelaient fores, et les dernières janua. Il résulte d’un passage de Tertullien que Janus était le dieu qui présidait à celles-ci, et Foreculus le dieu qui présidait à celles-là. Voici ce passage :

Al eniin christianus nec januain suam laureis infaraabil, si norit quanlos deos etiam ostiis diabolus affixerit, Janiini a janua. . . Foreculum à foribiis... (Terlull. De coronà, cap. XIII.)

COMUCNE ANTIQUE.

<lehors et le donjon , et pour oméga la porte ouverte en dedans et le mur mitoyen.

Maintenant il faut bien comprendre que le mur d'enceinte est le complément naturel et nécessaire des maisons bourgeoises construites en pâté, c'est-à-dire, associées, et qu'il esta une commune ce qu'une ligne de circonvallation est à un camp. Le mur est en effet runité de la défense appliquée à des intérêts multiples qui se sont rapprochés, combinés et unis. En générai la maison isolée, le cliâteau, n'a pas de mur d'enceinte, étant lui-même une sorte de citadelle avec son donjon. La maison bourgeoise, au contraire, est beaucoup trop pauvre pour avoir sa tour particulière ; elle se réunit à ses pareilles pour faire masse , et toutes ensemble, qui ne sont qu'un seul et piéme corps, s’environnent d'un seul et même mur qui est leur défense commune. Il est à remarquer dans l'histoire que dès qu'un serf, par suite de quelque révolution politique , devient anobli , ou même bourgeois , il s'empresse aussitôt de donner à sa pauvre maison ouverte et démantelée le signe distinctif de la noblesse, qui est le donjon crénelé. Le serf de l'église de Véselay, qui se mdfitra le plus hardi dans la révolte contre l’abbé , n’eut pas de cesse , durant l’insurrection et dans l’attente de la commune qu’il espérait fonder, qu’il n’eût bâti une superbe tour à sa masure, et l’une de ses plus grandes douleurs fut certainement de la voir tomber sous le marteau victorieux du chapitre (i).

(1) Hugues lie Poitiers, clironiq. de Vésel., liv IV.

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